19/02/2020
59 MIN
Enfant, Jacques Demy monte un théâtre de marionnettes où il reconstitue des contes. Quand il réalise, en 1970, le film dont il rêve depuis toujours, "Peau d'âne", il mêle onirisme, baroque et pop psyché, dans une oeuvre à double lecture qui fait rêver les enfants et qui fait réfléchir les adultes...
Peau d'âne est l'un des contes les plus anciens du répertoire populaire. Ses premières traces remontent à plus de 150 ans avant que Charles Perrault n'en propose une version rimée en 1694.
L'histoire tient en une phrase : pour échapper au désir incestueux de son père, Peau d'âne exige de lui des robes de plus en plus somptueuses jusqu'au jour où elle s'enfuit, déguisée en souillon. Le 16 décembre 1970, Peau d'âne sort au cinéma. Le réalisateur s'appelle Jacques Demy et ce film est l'aboutissement de huit années de réflexion et de travail qui transpose le monde du conte dans l'univers baroque et romantique qu'affectionnait le réalisateur.
Les contes, quels qu’ils soient, je les ai tous lus. Dans ma jeunesse, j’adorais ça. Il y a des enfants qui aiment la réalité mais pour moi tout était possible : je parlais à mon crayon, à mon mouchoir, à mon plumier. Adulte, quand j’ai relu les contes, j’ai pensé qu’il y avait avec Peau d’âne deux films : un film pour les adultes et un film pour les enfants, c’est très rare de trouver un sujet qui soit passionnant pour tous.Jacques Demy
L'invitée du jour :
Marie Sauvion, rédactrice en chef adjointe cinéma à Télérama
Psychanalyse des contes de fée
Le désir de Jacques Demy, il l'a signifié très clairement en 1970 à la sortie du film, c'était de faire une œuvre à double lecture : il y avait de quoi rêver pour les enfants et de quoi réfléchir et rêver aussi pour les adultes, selon, disait-il, leur degré de puritanisme. La question de l'inceste dans le film passe comme une lettre à la poste avec les enfants, c'est une péripétie comme une autre. Et pour les adultes, Demy savait que selon le spectateur, l'accueil de cet aspect là du film serait différent. Et ça a été vrai chez les critiques, par exemple Jean de Baroncelli, qui, dans Le Monde, en décembre 70, dit qu'heureusement, Demy ne s'est pas farci la tête de psychanalyse des contes de fées, il fait le film de l'innocence... Or Demy lui-même dit qu'il s'est intéressé à la psychanalyse des contes de fées, ou en tout cas à la question de l'inceste.Marie Sauvion
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