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jeudi 1 septembre 2011


Soins psychiatriques : une loi délirante


Le 30 août 2011

"Sécuritaire", "antithérapeutique", la loi du 5 juillet sur les soins psychiatriques est loin de faire l'unanimité. Hôpitaux, centres d'accueil alternatifs : qu'en pensent les professionnels ?










Au centre psychothérapique de Saint-Martin-de-Vignogoul (Hérault). Photo : Cyril Weiner pour “Télérama”




Difficile d'oublier ces visages denses qui scrutent intensément l'interlocuteur, le questionnent avec une clairvoyance incisive. Impossible de laisser filer ces voix laborieuses, et pourtant si désireuses de parler. Au centre psychothérapique de Saint-Martin-de-Vignogoul (Hérault), une évidence prend à la gorge : la psychose que l'on y soigne, c'est la part de folie, de difficulté à vivre, que tout humain porte en lui, mais que certains, plus fragiles, ne parviennent pas à dompter. Ils sombrent alors dans l'hystérie, la schizophrénie, les bouffées délirantes, ils sombrent en eux-mêmes, jusqu'à trouver une main tendue.

<p>Thérapies de groupe, jeux de rôles, sorties et ateliers sont proposés à Saint-Martin-de-Vignogoul. Photo : Cyril Weiner pour “Télérama”</p>
Thérapies de groupe, jeux de rôles, sorties et ateliers sont proposés à Saint-Martin-de-Vignogoul. Photo : Cyril Weiner pour “Télérama”




Alejandra, Angèle, Rémi, Marie (1) et beaucoup d'autres ont voulu témoigner de leur vie au centre. D'au­tres sont venus, sans pouvoir ou vouloir parler, offrant leur présence comme un témoignage silencieux. Ouverte en 1972 dans un château du Moyen Age bordé de somptueux lauriers, cette clinique privée, agréée par la Sécurité sociale (2) , accueille quatre-vingt-cinq patients venus 
« prendre le temps d'essayer de comprendre ce qui leur arrive », explique son directeur, le Dr Hervé Bokobza. Atteints de divers troubles psychi­ques, rarement nommés précisément « pour ne pas les étiqueter », presque tous sont passés par l'hôpital ou les cliniques psychiatriques, avant d'atterrir sur cet « îlot de résistance ». Adressés par des hôpitaux ou des psychiatres de toute la France, ils ont tous écrit une lettre de motivation. « Leur consentement est le socle du travail, insiste Hervé Bokob­za. Il faut qu'ils soient d'accord pour entrer, pour prendre leur traitement. Ils décident de leur départ. Ils sont ­acteurs de leurs soins. »


 Soins obligatoires et fichiers d'antécédents


 Ici, la loi du 5 juillet 2011 sur les soins psychiatriques, entrée en vigueur en catimini le 1er août, a été longuement expliquée. 
« Le jour où on en a parlé, j'ai pleuré toute la soirée », se souvient Marie. Conçue pour pallier le manque de lits hospitaliers, et lutter contre la dangerosité supposée des malades, cette loi instaure des soins obligatoires à domicile, sous la menace d'hospitalisation, renforce le pouvoir des préfets pour lever les internements forcés, crée un fichier d'antécédents qui suit le malade pendant dix ans. Après deux semaines de soins forcés, elle prévoit l'intervention d'un juge. Faute de moyens, la « rencontre » peut se faire par visioconférence : patient et juge chacun devant un écran vidéo ! Tollé général, comme dans le service de psychiatrie de l'hôpital des Murets (94), où le Dr Bernard Martin s'insurge : « Ce dispositif est absurde, et même dangereux, pour des malades en crise, qui se sentent persécutés et croient souvent que la télévision leur parle personnellement. »
Qualifiée de « sécuritaire » et « antithérapeutique », la loi a mis dans la rue quantité de professionnels, qui dénoncent une méconnaissance effrayante de la réalité des malades, la dégradation depuis des années de leurs conditions de travail, et un virage inquiétant vers une psychiatrie policière.




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Le SYNCASS-CFDT dénonce l’incohérence de la politique de santé
29/08/2011
       
Le Syndicat des cadres de direction, médecins, dentistes et pharmaciens des établissements sanitaires et sociaux publics et privés (SYNCASS-CFDT) s’insurge contre la politique de santé menée par le gouvernement. « Les erreurs de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) ne sont pas corrigées et le service public reste la portion congrue de l’hôpital public », s’alarme le SYNCASS-CFDT. Le syndicat cite pêle-mêle les « aléas de la tarification qui perturbent les établissements », l’érosion des financements des services de soins infirmiers à domicile et le report en 2012 du lancement de la réforme de la dépendance. « Le dossier du 5e risque était prioritaire, estime le SYNCASS-CFDT. Le report du financement de la dépendance laisse planer le doute sur les suites qui seront données ». Le syndicat estime que le gouvernement doit revoir sa méthode et associer davantage les corps de direction des établissements de santé.



Les magistrats se déplacent à l'hôpital
LUNDI 22 AOÛT 2011

L
es hospitalisations à la demande d'un tiers ou du préfet doivent désormais être validées par le juge. Le tribunal de Moulins a choisi d'organiser les audiences à l'hôpital.


La justice s'introduit dans le milieu psychiatrique. Jusqu'alors, les magistrats n'avaient pas leur mot à dire dans l'hospitalisation forcée (à la demande d'un tiers ou du préfet) dans un établissement psychiatrique. La loi relative « aux droits et à la protection des personnes faisant l'objet soins psychiatriques », appliquée depuis le 1er août (votée le 5 juillet), change la donne. Désormais, toute hospitalisation sous contrainte, est examinée par le juge des libertés et de la détention (JLD). Il doit confirmer l'hospitalisation ou au contraire l'invalider.
Autrement dit, le patient comparait devant le JLD lors d'une audience. « Avant, la loi était fondée sur un avis médical et une décision préfectorale. Là, il y a un rééquilibrage évident qui veut aller dans le sens du respect du droit des personnes » estime Jean-Philippe Gidon, responsable du pôle psychiatrie du centre hospitalier Moulins-Yzeure.
Ce qui ne va pas sans poser de problèmes d'organisation. D'abord sur le lieu de l'audience. Exceptionnellement, la loi permet à ce qu'elles se tiennent en dehors de l'enceinte du tribunal. Une solution choisie par les magistrats de Moulins : « Nous nous déplaçons à l'hôpital, indique Thierry Grandame, président du tribunal de grande instance (TGI) de Moulins. Le tribunal est à cinq minutes en voiture de l'hôpital. C'est faisable. L'hiver, s'il y a des difficultés de circulation, on s'y rend en un quart d'heure à pied ». Une solution qui évite à l'hôpital de mobiliser du personnel pour accompagner les patients au tribunal, au patient d'être emmené parfois en état de crise dans un tribunal, et de permettre l'intervention rapide, si nécessaire lors de l'audience, des soignants vu qu'ils sont sur place.
La nouvelle loi impose la tenue de l'audience dans un délai de quinze jours suivant l'admission du patient. Un délai jugé trop court par le psychiatre Jean-Philippe Gidon : « Je pense que le passage devant le juge est un petit peu trop tôt. Beaucoup de patients ne sont pas en capacité psychologique de comprendre ce qui sera dit à l'audience. Quelqu'un dans un grand état délirant, n'est pas soigné au bout de deux semaines. Le délai idéal serait de trois semaines ou un mois ».
Quinze jours, cela laisse aussi peu de temps aux magistrats pour organiser les audiences. D'autant qu'ils ne sont pas libres d'en fixer les dates : « Nous dépendons de la saisine du préfet ou du directeur d'établissement », indique Thierry Grandame. Quatre juges des libertés et de la détention du TGI de Moulins, les assureront à un rythme qui devrait être d'une audience par semaine. Elles sont publiques (*). Ce qui d'ailleurs pose un problème : « Cela contrevient au secret médical », s'alarme le docteur Gidon.
Lors de l'audience, le patient est assisté d'un avocat : « Nous allons voir la défense que l'on peut avoir... » confie le bâtonnier William Hillauraud. « Les avocats vont découvrir ce monde-là ».
Si le patient doit passer devant le juge au bout de deux semaines d'hospitalisation, il doit le revoir tous les six mois pour lever ou non l'hospitalisation sans consentement.
Pour prendre la décision, le juge possède les certificats médicaux, le dossier médical du patient s'il est déjà suivi. Mais précise Thierry Grandame, « à l'audience, il n'y a pas que l'écrit. Il y a le rapport à la personne, l'écoute de l'autre. Si j'ai une appréhension, c'est par la problématique humaine que cela pose ; le rapport à quelqu'un qui est malade. Si je décide de dire à une personne "vous serez soigné malgré vous", c'est quelque chose de pas banal... ».
Une décision que le juge prend seul.
(*) La loi permet de demander le huis clos s'il y a une « atteinte à l'intimité »

Psychiatrie : une loi à rendre fou

DECRYPTAGELa législation sur l’hospitalisation sous contrainte est entrée en vigueur hier. Problème : les juges, amenés à prendre des milliers de décisions, n’ont pas reçu de moyens supplémentaires.
44 commentaires
Par ERIC FAVEREAU
Définition commune d’un état délirant : c’est un état incontrôlable. Eh bien, c’est tout à fait dans cette situation que se retrouve le monde de la psychiatrie en France depuis hier matin, lundi 1er août, date à laquelle est entrée en vigueur la législation sur les hospitalisations sous contrainte.
Voilà une loi «confuse» aux yeux de tous les syndicats de psychiatres, et surtout extrêmement contraignante car, comme l’avait exigé le Conseil constitutionnel, tout malade hospitalisé contre sa volonté au-delà de deux semaines doit passer devant un juge des libertés et de la détention (JLD). D’un coup, ce sont plusieurs dizaines de milliers de décisions que la justice va devoir rendre en toute urgence.
«Avec cette surcharge énorme de travail, cette loi est inapplicable dans l’immédiat, affirme Virginie Duval, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). On nous avait promis 80 magistrats supplémentaires. Il n’y en a, à ce jour, aucun.» La même situation de pénurie prévaut dans les hôpitaux psychiatriques. «On va réquisitionner des infirmiers, mais s’il n’y en a pas…» ironise le Dr Paul Machto, psychiatre à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). «C’est la panique, tout le monde est angoissé», raconte un jeune médecin de l’hôpital de Clermont dans l’Oise.«Les responsables ont multiplié des réunions pour voir comment faire,poursuit Patrick Chemla qui dirige un secteur de psychiatrie, près de Reims, dans la Marne. Notre directeur se dit inquiet, mais il nous a dit que l’on n’avait pas le choix.»
Qui est concerné ?

Jusqu’à présent, en France, il y avait deux grands types de placement à l’hôpital : l’hospitalisation libre qui ne pose pas de problèmes. Et celle sous contrainte, à la demande soit d’un tiers, soit du préfet ou du maire. Désormais, ce sont les soins qui peuvent être contraints. La loi a créé une nouvelle hospitalisation pour péril imminent, signée par le directeur de l’hôpital.
Dans le cas de ces décisions sans consentement, le juge doit désormais donner son accord au bout de deux semaines, et le réitérer tous les six mois. Applicable au 1er août, un décret, publié en juillet, demande que cette loi s’applique immédiatement à tout patient hospitalisé depuis le 23 juillet. Pour les autres malades déjà internés, le juge doit les avoir vus dans les six mois. En 2010, il y a eu près de 80 000 patients qui ont été hospitalisés contre leur volonté. Cela fait, au minimum, autour de 160 000 actes judiciaires sur une année. Si au bout de deux semaines, le patient n’a pas été vu par un juge, il peut sortir librement.
Comment se passe l’audience ?

Le législateur est précis : le malade doit être conduit devant le JLD. Le procureur doit donner son avis en présence d’un greffier. «Dans notre hôpital, raconte le Dr Chemla, la direction a imaginé des ambulances pour trois malades. S’ils sont hospitalisés sans consentement, c’est qu’ils ne vont vraiment pas bien. C’est intenable, en tout cas franchement pas thérapeutique. En plus, il faut au minimum deux infirmiers pour les accompagner. Vous les trouvez où ?» Question subsidiaire : au tribunal, quelle place pour les patients qui attendent ? «En cellule», s’inquiètent des médecins.
Sachant que ce dispositif est lourd, le législateur autorise la visioconférence, ainsi que la justice dite foraine, c’est-à-dire le JLD se déplaçant à l’hôpital.«Nous sommes radicalement contre la visioconférence», a dénoncé le Syndicat de la magistrature (SM, gauche). «Vous imaginez un grand délirant se laisser filmer et parler devant une caméra, s’insurge le Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. Et l’avocat ? On le met où ?»
«Le juge se déplaçant à l’hôpital ? Pourquoi pas, avance de son côté l’USM.Mais qui va tenir le rôle de greffier ? Le personnel soignant ? N’y a-t-il pas confusion des rôles ?»Dans les hôpitaux, l’audience devra en plus se dérouler dans une salle de 30 mètres carrés minimum, pouvant recevoir 15 personnes.
Comment le juge va décider ?
Le Conseil constitutionnel a statué que toute privation de liberté est du ressort de la justice. Certes, mais sur quelle base ? «Le juge n’est pas un médecin. Il y a un risque qu’on lui demande de prendre parti sur une décision d’ordre sanitaire», s’était inquiété le garde des Sceaux lors du débat à l’Assemblée nationale. Le JLD peut demander une autre expertise, ce qui ouvre un nouveau délai de deux semaines. «Mais on connaît le manque chronique d’experts», note aussitôt l’USM.
Au passage, ce dispositif met à mal un des fondements de la relation thérapeutique : le secret médical. Toutes les audiences sont en effet publiques, comme l’a voulu le législateur. De ce fait, le dossier médical du patient est révélé au grand jour. Bizarrement, le conseil de l’ordre des médecins se tait face à cette transgression inédite.
Cette loi prend des allures de véritable casse-tête pour ceux qui doivent l’appliquer. A titre d’exemple, le service d’informatique médicale de l’hôpital de Reims a comptabilisé les types de certificats médicaux à rédiger désormais selon les situations d’hospitalisation : il y en a 27. Délirant.


Réforme de la psychiatrie : un collectif appelle à la résistance
Mise en ligne : 1er août 2011 

Le collectif Mais c’est un homme [1] vient de lancer une« déclaration d’entrée en résistance ». En ce 1er août, date d’entrée en vigueur de la loi du 5 juillet 2011 sur la psychiatrie, le collectif a décidé d’appeler à « un plan d’action et de résistance éthique » pour maintenir la pression contre ce texte très décrié et obtenir in fine son abrogation.


« Cette loi, avertit le collectif, participe des atteintes considérables portées aux libertés et aux droits sociaux. Elle organise la surveillance sociale des vulnérables et précaires stigmatisés en "classes dangereuses" ». Et de poursuivre : « Cette loi est fondamentalement inacceptable car elle impose la contrainte et le contrôle social comme organisation du soin en psychiatrie, de l’hôpital au domicile, sous la nouvelle appellation aberrante de soins sans consentement ».


Remettant en cause la vision sécuritaire de la loi, Mais c’est un homme appelle les psychiatres et soignants à « mettre en place des mesures de contrainte. Et notamment, le refus des collectifs soignants de tout programme de "soins contraints" à domicile contraires à la déontologie et aux droits fondamentaux ». Il appelle également à « la saisie systématique du juge des libertés » ainsi qu’à la « construction d’un observatoire national de suivi de l’application de cette loi ».
« Nous dénonçons l’hypocrisie du législateur et la duperie de la loi : un véritable soin psychique ne peut se concevoir sans le consentement », résume le collectif.
P.S. A lire aussi : 


[1] Membres du collectif : Advocacy France, Association pour la recherche et le traitement des auteurs d’agressions sexuelles (Artaas), Attac France, Cercle de réflexion et de proposition dʼ actions sur la psychiatrie (CRPA), Collectif dʼassociations dʼusagers en psychiatrie (CAUPsy), Collectif « Non à la politique de la peur », Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité, Fédération pour une alternative sociale et écologique, Fondation Copernic, Groupe multi professionnel des prisons, Ligue des droits de l’Homme, Nouveau Parti anticapitaliste, Parti communiste français, Parti de Gauche, Parti socialiste, Résistance sociale, Les Sentinelles égalité, SERPsy, Solidaires, Sud santé sociaux, Syndicat de la magistrature, Syndicat de la médecine générale, SNPES-PJJ-FSU, Union syndicale de la psychiatrie, Les Verts.
Les psys au bord de la crise

de nerf


ELSA SABADO


Les infirmiers des urgences psychiatriques ont manifesté place  Baylac./Photo DDM, Nathalie Saint-Affre
Les infirmiers des urgences psychiatriques ont manifesté place Baylac./Photo DDM, Nathalie Saint-Affre



Une vingtaine de blouses blanches se sont rassemblées hier sur la place Baylac, distribuant des tracts devant l'ancien hôpital de Purpan. C'est la quatrième manifestation de l'été pour les infirmiers des urgences psychiatriques : leur grève a commencé le 12 juillet. « Nous sommes débordés : la population toulousaine augmente, comme le nombre de pathologies, et les effectifs ne suivent pas. Du coup, elles sont mal soignées, et les gens reviennent plus souvent. Sans compter les plus précaires qui vont se faire soigner aux urgences » explique Christophe Malinowski, infirmier. Son service, divisé entre Purpan et Rangueil, est mobilisé à 100 %, hors intérimaires. Ils reprochent à la direction la répartition du budget en interne : « Les fous, c'est tabou, donc la psychiatrie est le parent pauvre de l'hôpital », et les coupes dans le budget : « Sarkozy ferme les vannes », affirme Christelle. Ils demandent donc un infirmier en plus sur 24 heures (soit l'embauche de 6 ou 7 infirmiers), une prime de risque de 100 euros et le remplacement des congés maternité et maladie. « Nous avons vu la direction. Elle nous parle rentabilité quand nous lui parlons humanité, continue Christophe. Les urgences psychiatriques sont une véritable cocotte-minute, prête à exploser à tout instant. Un infirmier pour quinze patients, ça n'est plus possible, on risque des fugues, des agressions qui finissent mal et des tentatives de suicide. Les soins prennent du temps, et nous n'en avons plus assez pour bien faire notre travail ».

Le conflit bientôt résolu ?

Valérie Hannon, membre de la direction du CHU : « Nous avons recruté deux des trois infirmiers manquants, ainsi que deux médecins. Nous allons procéder à une analyse des services pour redistribuer plus
justement les budgets, mais nous avons besoin de temps »

La psychanalyste Joyce McDougall
est morte

Mondialement connue, la psychanalyste Joyce McDougall, née Hilary Joyce Carrington, est morte à Londres le mercredi 24 août. Née en Nouvelle Zélande, le 26 avril 1920, dans une famille de commerçants aisés issus de l'immigration anglaise, elle fut très tôt sensible aux différences et aux inégalités au sein d'une culture encore très coloniale.

C'est à travers la lecture du Livre du ça de Georg Groddeck qu'elle découvrit la psychanalyse, ce qui la conduisit à poursuivre des études de psychologie. Après avoir épousé Jimmy McDougall, dont elle conservera le patronyme toute sa vie, elle se rendit à Londres où elle reçut sa formation clinique. Trois ans plus tard, elle s'installa en France et intégra la Société psychanalytique de Paris sans changer de nationalité.

Au fil des années, elle deviendra une clinicienne célèbre pour son talent et sa manière de mener des cures avec une finesse inouïe puis de publier des cas, toujours en accord avec ses patients. Comme le grand psychanalyste américain Robert Stoller, qui était son ami, elle s'orienta vers une compréhension novatrice des sexualités dites "déviantes" à une époque où la communauté psychanalytique méprisait les homosexuels au point de leur interdire de devenir des praticiens.

Dans un livre admirable, publié en 1978, Plaidoyer pour une certaine anormalité (Gallimard), elle aura le courage de dénoncer ce qu'elle appelait la"normopathie" (pathologie de la norme) en vigueur chez ses collègues et de montrer que ceux que l'on qualifiait de pervers pouvaient aussi être à l'origine d'une véritable créativité pour la psychanalyse.

Elisabeth Roudinesco





Lacan est mort il y a 30 ans, une tournée nationale prévue

Lacan image spéculaire de l’intelligentsia française ?

Rédigé par Xavier Gillard, le mardi 30 août 2011 

Jacques Lacan a fait école. 30 ans après sa mort, il réussit encore à motiver plus de 50 universitaires à lire ses textes à l’École Normale Supérieure. Résumé des festivités prévues pour fêter la mort du père.

Lacan est mort le 9 septembre 1981, à 80 ans. Il aura eu le mérite de prolonger et approfondir les théories de Freud, maître du soupçon moins ironique que son successeur, et sans doute un peu vieillissant dans les années 1960 et 1970.

Chapeautée par ces deux pères tutélaires et d’autres figures non moins prestigieuses comme Françoise Dolto, la psychanalyse aura fait florès en France et ailleurs. Plusieurs, comme Deleuze et Guattari, auraient voulu l’enterrer, mais elle continue à résister, principalement en France.
  
Haut lieu de la psychanalyse, Paris accueille aux éditions du Seuil Je parle aux murs et de Le Séminaire, livre XIX, ou pire , textes philosophiquement mis en place par Jacques-Alain Miller. 

Jean-Claude Milner, philosophe se laissant interviewer par deux lacaniens qui l’amènent à reconnaître sa dette envers le fondateur, publie Clartés de tout. Elisabeth Roudinesco a pour sa part historiquement établi la biographie du glorieux ancêtre, et montre sa perpétuelle actualité dans Lacan, envers et contre tout.
  

Le bal des festivités commencera le 9 septembre à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, où de 19h30 à minuit, 50 personnalités du monde de l’université ou de l’art liront des textes choisis par la philosophe et écrivaine féministe Catherine Clément.

Lire la suite iciPsychanalyse en Midi-Pyrénées : ACF- MPOn trouvera sur cette page spéciale, toutes les informations relatives à l’actualité éditoriale liée au 30ème anniversaire de la mort de Lacan.

Lire la suite ici
Lacan, la voix de l'inconscient



ARTICLE PARU DANS PHILOSOPHIE MAG N°52
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DOSSIERS
« Je ne fais aucune philosophie, je m'en méfie au contraire comme de la peste », dit-il, frondeur. Et pourtant… Singulier personnage que Jacques Lacan, disparu il y a trente ans. Psychiatre de formation, extravagant dans tous ses faits et gestes, il est d'abord l'homme qui a réinventé la psychanalyse. En pratique, il conduit des séances (très) courtes, et en théorie, il opère un spectaculaire retour à l'oeuvre de Freud. Génie subversif pour les uns, gourou réactionnaire pour les autres, il détonne par ses formules fracassantes et ses concepts novateurs. Qu'il rénove la notion de sujet, comme le montre Jean-Pierre Cléro, ou qu'il propose une éthique du désir, Lacan bouscule la philosophie. En conclusion de ce dossier, deux éminents connaisseurs, Élisabeth Roudinesco et Alain Badiou, reviennent sur la trajectoire et l'actualité de cette figure iconoclaste.

3 articles composent ce dossier


Le "lean management" séduit tous les secteurs

Dégager d'importants gains de productivité, jusqu'à 20 %, voire 30 % ; stimuler l'esprit d'initiative des salariés et réduire la pénibilité au travail : ainsi peut se résumer le lean management (le management "sans gras"), qui suscite l'engouement des employeurs. Salariés et syndicats se montrent en revanche souvent réticents face à cette méthode inventée dans les années 1970 par le constructeur japonais Toyota.


En France, le lean s'est développé à partir des années 1980 dans l'industrie - l'automobile en premier lieu - et gagne désormais les services : le commerce, les banques, les hôpitaux, les sociétés d'informatique, jusqu'à Pôle emploi.


La recherche de la performance passe par l'amélioration continue des procédures et par l'élimination des "gaspillages" : temps d'attente, déplacements inutiles, stocks... En général, sa mise en place démarre par l'observation du travail des salariés par des consultants. Ainsi, dans la société de services informatiques Atos, "on nous a demandé de noter dans un fichier chaque jour, quasiment minute par minute, tout ce qu'on faisait : tâches professionnelles, heure de départ pour déjeuner et de retour, temps passé pour la pause pipi, etc., indique un ingénieur. Puis, on nous a demandé de remplir chaque semaine un fichier en indiquant nos tâches. L'idée sous-jacente était de définir un temps moyen pour réaliser telle ou telle tâche."


Chez Decathlon, "des groupes de travail ont été mis en place dans des magasins pour que les salariés expriment leurs idées pour s'économiser dans leurs tâches et être plus disponibles pour le client", explique Hervé Lefebvre, représentant CFDT au comité central d'entreprise. Exemple d'idée : équiper les salariés d'une sacoche pour y mettre des ronds de taille des vêtements. "En fait, estime le délégué, ces idées sont aiguillées par la hiérarchie. On nous dit : "Tu n'en as pas assez d'aller sans cesse en réserve ? Si tu avais une sacoche, ce serait mieux. En plus des ronds de taille, tu y mets le petit maillet, des stylos, le carnet, la paire de ciseaux." Mais au final, la sacoche est lourde !"


Les directions vantent, elles, les mérites du lean. Les réunions quotidiennes "permettent aux managers d'être à l'écoute des équipes", juge Jean-Marie Simon, directeur des ressources humaines d'Atos Origin. "Le déploiement du lean n'est pas arbitraire, assure-t-on chez PSA Peugeot Citroën. Les opérateurs sont bien souvent à l'origine d'améliorations. C'est un ajustement permanent."


Mais pour des syndicats, le lean risque de porter atteinte à la santé des salariés. "Le but réel du lean est que le salarié reste tout le temps à son poste, note M. Lefebvre, chez Décathlon. Alors que lorsqu'il se déplace, cela lui donne un petit temps pour souffler." Chez PSA, à Sochaux, où les déplacements dits inutiles des opérateurs ont été supprimés, Bruno Lemerle, délégué syndical CGT, souligne la hausse des maladies professionnelles : "130 en 2009, 160 en 2010, essentiellement des troubles-musculo-squelettiques (TMS). " Mais pour la direction de PSA, le lean "n'est pas en lui-même source de TMS".


"L'idéologie du lean est que l'homme s'adapte à tout, ce qui constitue une vision fausse, estime Xénophon Vaxevanoglou, ergonome et maître de conférence à Lille-2. En fait, le lean intensifie les contraintes pour les salariés." Pour Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), "avec le lean sont introduits des standards. Dans l'automobile, on apprend aux opérateurs à faire le seul bon geste, prétendument moins fatigant", mais qui ne prend pas en compte les capacités diverses des salariés. "Cette chasse au gaspi provoque un mouvement rentré, une surcharge biomécanique et mentale", constate M. Clot.


Démarche dénaturée


Chez Atos, M. Simon met en avant le baromètre Météostress de février : 52 % des salariés ayant répondu se disent peu ou pas stressés ; 80 % disent que leur travail a du sens. Mais d'autres éléments du baromètre sont moins positifs : "Les sites où les salariés se sentent le plus mal appartiennent à l'entité Atos Infogérance, où le lean a été le plus déployé", note Jack Toupet, coordinateur CGT du groupe Atos.


L'autre effet dénoncé par les syndicats est la réduction d'effectifs, due, au moins en partie, au lean. Ainsi, chez Decathlon, dont la direction n'a pas répondu à nos sollicitations, M. Lefebvre dénombre une perte de 500 emplois en équivalent temps plein en 2010. "Dans les sites en lean, l'objectif affiché est de diminuer les effectifs de 20 %", indique M. Toupet, chez Atos.


Pour M. Clot, les organisations syndicales doivent "discuter de la santé des salariés et être porteurs d'une confrontation sur le travail de qualité". Mais les syndicats sont "trop peu associés à la mise en place du lean", déplore Laurent Rivoire, directeur associé de Secafi, cabinet d'expertise auprès des comités d'entreprise. Très souvent, le projet est déjà ficelé, les gains de productivité, les suppressions de postes et les investissements sont déjà définis. "Le projet lean répond souvent, ajoute M. Rivoire, à une situation d'urgence, à une volonté d'augmenter rapidement les marges. Ce qui dénature la démarche créée au Japon : une philosophie de progrès permanents sur vingt ou trente ans, de développement humain, dans une période de croissance."


Le lean implique de "reclasser en interne les salariés dont les postes ont été libérés par les gains de productivité, souligne le cabinet d'expertise Sextant.Aussi, dans le contexte économique actuel, sa mise en place semble impossible." Sauf à en faire une vaste opération de réduction des coûts.

Francine Aizicovici

"On bosse debout, en se passant les pièces de la main à la main"

C'est par les mains que ça a commencé. A force de gestes répétitifs : presser, saisir, presser... Pascale (un prénom d'emprunt) a travaillé quatorze ans durant sur les lignes de fabrication des enrouleurs. Jusqu'au jour où ses mains ont lâché. Opérée des métacarpes, la jeune femme a-t-elle repris trop vite le chemin de l'usine ? Après les mains, le dos... "Une fois qu'on est abîmé, ça reste", juge l'ouvrière de 44 ans. Est-ce la faute au lean manufacturing, qui rabote à l'extrême le mouvement du travail, au point, comme le dit Rémi Leroy, délégué du personnel et représentant CGT au comité d'entreprise de l'usine Autoliv de Gournay-en-Bray, qu'"il n'y a plus de métier, juste des gestes" ?




Champion de l'airbag et de la ceinture de sécurité, le suédois Autoliv figure parmi les équipementiers automobiles les plus prospères au monde. L'usine de Gournay-en-Bray (il y en a quatre autres en France) emploie 800 personnes. On est loin de l'âge d'or quand, en 1992, la société a vu la demande exploser - et les effectifs de l'usine s'envoler - grâce à son quasi-monopole sur le marché de l'airbag. En 2000, l'usine compte 1 800 salariés. Confrontés à une demande énorme des commanditaires (PSA, Renault, etc.), les dirigeants d'Autoliv s'adaptent. En recrutant, mais pas seulement.




Le lean manufacturing fait son entrée "peu à peu", se souvient Noam Lesueur, délégué CFDT. Lui et ses collègues, employés à l'atelier des prototypes, voient arriver un sigle bizarre, le "5F". Il s'agit d'une méthode de rangement : "Il faut identifier chaque outil, l'envelopper dans de la mousse après usage, ranger chaque chose à sa place, toujours la même, etc.. Bref, au début, ça faisait plutôt sourire."



Impératif "zéro défaut"



Puis apparaissent d'autres mots : le "kaisen" (amélioration continue, en japonais), les "muda" (temps perdu, geste inutile) et la "lean value" (réduction des coûts, en anglais), auxquels s'ajoute l'impératif "zéro défaut"... Les mots changent - et, avec eux, la culture de l'entreprise.



Catherine Parisy, 51 ans, déléguée CGT et secrétaire du comité d'entreprise, est entrée à l'usine de Gournay il y a trente-trois ans. Elle a connu le travail en ligne, puis la révolution du travail en U et du "kaisen". Les postes assis sont devenus l'exception. Puis on a supprimé les convoyeurs (tapis roulants). Désormais, "on bosse debout, en se passant les pièces de la main à la main". Chacun est tenu d'"optimiser" sa manière de travailler. "On s'impose à nous-même des rythmes qui nous cassent", résume Mme Parisy. Selon les syndicats, dans les ateliers de production, un quart des effectifs souffre de troubles musculo-squelettiques (TMS). "Théoriquement, ces personnes devraient se voir offrir un poste qui leur soit adapté. Mais ça coûterait cher, plus cher que de les laisser rester chez eux, à ne rien faire. C'est ce qui est fait", soulignent les syndicalistes.



Quand Mme Parisy a commencé à travailler, à l'âge de 16 ans, "malgré les cadences, assure-t-elle, il y avait une bonne ambiance". Pascale confirme :"Comme il y avait du stock d'avance, si l'une de nous flanchait, on pouvait se solidariser. Désormais, on ne peut plus : on est à flux tendu." Dans les bureaux, plus encore qu'à l'atelier, le personnel est "complètement atomisé", regrette le cégétiste Rémi Leroy, technicien à la maintenance informatique : "C'est une culture nouvelle - celle du "chacun sa peau"..."
Catherine Simon