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mardi 13 septembre 2011


Lacan incarnait le transfert violent»

INTERVIEWPatrick Guyomard raconte les séminaires du psychanalyste qui a bousculé les codes de la cure analytique, et ses séances avec «le maître», intraitable dans sa pratique.

Par VIRGINIE BLOCH-LAINÉ

Comment peut-on être lacanien aujourd’hui ? Trente ans après la mort de Jacques Lacan, son interprétation du désir, de la jouissance ou de la parole de l’analysant ne provoque plus de guerres de tranchées, même si l’homme continue de diviser la profession. Patrick Guyomard, psychanalyste à Paris, fait partie de cette génération d’analystes formée par Lacan dans le sillage de la publication des Ecrits et de Mai 68. Membre de la Société de psychanalyse freudienne, qui considère Lacan comme un des lecteurs de Freud, il revendique avec «le maître» une filiation mêlée d’affection et de distance. Il se souvient des séances, rue de Lille à Paris, et des célèbres séminaires à l’Ecole normale supérieure.
Comment se passaient les séances, au 5 rue de Lille ?
J’ai le souvenir d’un endroit assez confortable, assez frais. On était un petit groupe, on attendait presque un peu, puis Lacan arrivait et nous faisait signe de venir. Il y avait toujours un peu d’angoisse, de désir - qui va-t-il élire ? - et aussi une ambiguïté, liée à la situation : c’était un psychanalyste que j’allais voir, mais c’était aussi Lacan, difficile de distinguer les deux. Il s’asseyait, la séance commençait et durait un quart d’heure ou vingt minutes, mais quelle qu’en fut la durée, il était toujours d’une réelle disponibilité. Et puis on entendait «très cher, mais bien sûr», signe que la séance s’interrompait, et il nous raccompagnait. Il avait une façon d’être assez extraordinaire. Pas seulement là pour nous écouter, mais pour nous écouter là. Cela incitait à ne pas trop dépasser, dériver, parce qu’il y avait cette pression réelle, cette impatience de Lacan. L’impatience, théorisée, poussait à dire ce qu’on avait à dire et le poussait lui, à interrompre, arrêter, scander.
Pourquoi l’avoir choisi ?
Pourquoi Lacan ? On était en 1970, ses Ecrits avaient été publiés en 1966, et c’était un événement considérable. J’étais normalien et j’assistais aux séminaires rue d’Ulm : pittoresques, difficiles, pas très compréhensibles, stimulants. Quelle que soit la façon dont Lacan pouvait intimider, même effrayer, je voulais être analyste, quoi qu’il m’en coûte. Pas seulement économiquement, mais aussi au niveau du risque psychique que je courais. Il était inconcevable de rater ça. Passer à côté de Lacan eût été passer à côté de moi-même et de mon désir. Mais ce n’était pas quelqu’un d’accommodant. Il était intraitable. Il voulait rendre Freud intraitable, rendre la psychanalyse intraitable et lui-même intraitable ! Avec lui, on était toujours dans une très profonde dissymétrie ou dans un rapport au maître, il incarnait la violence du transfert. Il se présentait comme très accueillant, mais dans sa vie, dans son œuvre, dans ses ruptures, il était sans concessions. Il était très disponible aussi, mais à son heure. Il n’acceptait pas tout le monde en analyse ; il appelait certains ses élèves, d’autres pas - moi il m’a appelé son élève. C’est lui qui décidait, seul. Il se singularisait au meilleur sens du terme. Frustrés que nous étions parfois de son silence, tout était en place pour que nous nous imaginions que c’était à nous qu’il parlait dans ses séminaires. Moi-même, je n’y ai pas échappé. J’ai retrouvé tel ou tel mot que j’avais prononcé en séance. Ce n’est pas tellement «il me parle» mais «je lui ai parlé». Donc ses séminaires, c’était à la fois sa pensée et l’actualité, l’actuel de la psychanalyse se différenciant de tous les modes de pensée. Lacan était un homme de la rupture.
Que suscitait-il chez ses patients ?
Une admiration et une attente. L’idée aussi de pouvoir aller loin avec lui, d’être dans une relance permanente. Il donnait l’impression d’une capacité d’étonnement, d’une attente de ce qu’on pouvait faire avec lui. Il n’arrêtait pas la séance tant qu’il n’avait pas, lui, l’impression que ce qui pouvait être dit à ce moment-là n’avait pas été dit. C’était une qualité extraordinaire. Par ailleurs, tout en lui, dans sa parole, dans ses actes, dans son allure, était singulier, tout allait dans le sens de quelque chose d’unique. Du coup, votre parole devenait un peu unique, un peu rare. Et surtout, il avait une liberté qui incitait à ce qu’on la prenne. Enfin, ça, c’est ma propre perception, mais pour d’autres, cette liberté incitait plus à la soumission qu’à l’indépendance. C’est pour cela que je disais qu’il incitait au risque. Mais on ne peut pas aller voir une personnalité comme Lacan et vouloir que ça se passe de façon ronde.
En 1968, il essayait d’influencer politiquement ses auditeurs…
Ce n’était pas une période tranquille, il y avait une intranquillité générale, revendiquée, vécue aussi dans la salle d’attente, sur le divan, aux séminaires, dans le transfert… Mais «influencer politiquement», ce n’est pas ce terme que j’utiliserais, même s’il était partie prenante des questions qui nous traversaient mais que nous ne savions pas encore formuler. Très vite, dès 1970, on trouve dans les séminaires une analyse très critique de ce qui s’était passé en 1968. Quelque chose de l’ordre d’à quoi bon. Certains militants disent que Lacan est le seul qui les a retenus de passer politiquement à des actions plus directes, à cette époque, les avertissant des impasses d’une telle voie.
Qu’attendait Lacan de ces cures ?
Ce n’est pas un homme de l’adaptation. Il y a déjà cette idée chez Freud : une analyse ne doit pas guérir, ni normaliser ; la psychanalyse apporte une intranquillité psychique. Une vie, c’est une vie de conflits, de pulsions qui ne sont pas intégrables. Mais Lacan radicalise cette idée à l’excès - je dis à l’excès parce que je pense qu’il allait un peu trop loin. Pour lui la psychanalyse est «anti-adaptatrice» et l’être humain est destiné à être irréconciliable, même après une analyse. Il faut être capable d’aller plus mal, de souhaiter que l’être humain soit à jamais irréconcilié avec les souffrances du désir, le renoncement à la jouissance, le fait d’avoir à faire avec lui-même et avec les autres. On ne s’y fait jamais et on ne s’y fera jamais. C’est ça Lacan. Il a porté plus fort que tout le drapeau du désir, et c’est un drapeau de l’impossible. Cela résonne avec ce qui pouvait s’écrire sur les murs en 1968 : nous désirons l’impossible. C’est la discorde absolue entre la vie psychique, nos aspirations, et ce que nous appelons réalité. On ne s’y fait pas, c’est une révolte essentielle.
Lacan a porté le refus du renoncement : il faut trouver une force et une identité dans la révolte. Il ne s’est jamais arrêté, a continué jusqu’au dernier moment à recevoir des patients alors qu’il était lui-même malade. Il s’est inscrit jusqu’à la fin de sa vie dans un défi au temps, posant la psychanalyse sur le mode du défi, un défi à tout. J’ai appris sa mort par un ami qui m’a téléphoné avec cette parole sidérante : «Les ennemis de Lacan font courir le bruit qu’il est mort.»
Comment expliquer cette façon d’annoncer sa mort ?
C’est une parole de déni, qui s’adresse dans un transfert idéalisant à un Lacan posé comme immortel. On ne voit même plus que c’est un homme âgé. Puisque Lacan était là, c’est qu’il pouvait continuer. Les frontières de sa vie privée étaient bousculées. Il séparait les choses mais en même temps, il faisait des séances dans les taxis ou disait «téléphonez-moi à la campagne».
Que saviez-vous de sa vie privée ?
A partir des années 70, l’homme Lacan ne se cachait pas. C’était vif, imposant, séduisant - même un peu trop - mais que chacun se débrouille avec ça. C’était son aspect kaléidoscopique, étant à la fois dans beaucoup d’endroits. Comme avec tous les gens un peu géniaux, si on s’en approche trop, on se brûle. Il ne nous protégeait pas de ce qu’il était lui-même. Certains ont fait quelque chose de leur transfert, d’autres non. Cela continue avec les séminaires, qui font je ne sais combien de milliers de pages. On peut passer trente ans, les lire puis recommencer, ça n’en finit pas. Certains s’y sont plongés et n’en sont pas ressortis.
Qu’est-ce qu’être lacanien aujourd’hui ?
On a essayé de donner un contenu repérable à ce terme : plusieurs personnes dans la salle d’attente, des séances à durée variable, l’insistance sur le signifiant plus que sur le signifié, des scansions permanentes, le contre-transfert qui n’existe pas… Certains pensent que ce n’est plus la peine de lire Freud, puisque Lacan a pris sa place. Comme si on pouvait faire l’économie des théories anciennes. C’est un usage positiviste de Lacan : tout commence avec lui. Ce n’est pas du tout ma position. Lacan s’est toujours référé à Freud, je ne vois pas ce que signifie une psychanalyse lacanienne sans Freud, en tout cas pas pour le moment. Pour moi, c’est la revendication d’un héritage et d’une filiation, ça veut dire qu’on a été analysé par Lacan ou qu’on prend acte des ruptures qu’il a posées. Il a incarné une position plus active dans l’analyse, pour qu’elle ne se ritualise pas.
La séance traditionnelle avec les quarante-cinq minutes et le ronron de l’analyste peuvent devenir répétitifs et vider la psychanalyse de tous ses désirs. Lacan disait que la psychanalyse ne peut se transmettre qu’en se réinventant. Ça veut dire que les psychanalystes ne doivent pas se prendre pour Lacan. Enfin, il y a chez lui une forme d’honnêteté, au sens où il ne cachait pas sa pratique et n’a jamais demandé à ce qu’on fasse comme lui. Il a joué cartes sur table et c’est la condition d’une transmission.
Des extraits de cet entretien ont été diffusés dans l’émission «Une vie, une œuvre», le 3 septembre sur France Culture.

Arrestation de la psychanalyste syrienne Rafah NACHED


11 septembre 2011


Le samedi 10 septembre à 1 heure du matin (heure de Damas), la psychanalyste syrienne Rafah NACHED, fondatrice de l’Ecole de Psychanalyse de Damas, a été arrêtée par les services de sécurité syriens à l’aéroport de Damas, alors qu’elle s’apprêtait à embarquer sur un vol d’Air France en direction de Paris afin d’y assister à l’accouchement de sa fille.


Rafah NACHED a juste eu le temps de passer un bref coup de fil pour prévenir ses proches dans les secondes qui ont précédé son arrestation. Depuis plus de 36 heures, sa famille est sans nouvelle. Les services de l’aéroport comme les services de police refusent de communiquer la moindre information. Nul ne sait où elle se trouve, ni si elle est en mesure de prendre les médicaments requis par son insuffisance cardiaque.

Le choc est d’autant plus violent pour ses proches que nul ne comprend les raisons de cette interpellation. Rafah NACHED, âgée de 66 ans, est diplômée en Psychologie Clinique de l’Université Paris 7. Elle est la première femme psychanalyste à exercer en Syrie et a récemment fondé l’Ecole de Psychanalyse de Damas, en collaboration avec des psychanalystes français. Son engagement professionnel a toujours été de nature scientifique et humanitaire, à l’exclusion de toute implication politique. Ainsi, fin août dernier, les presses arabe et française s’étaient fait l’écho des initiatives prises par Rafah Nached et la communauté jésuite de Damas pour organiser des réunions entre citoyens syriens de toutes obédiences. Il s'agissait de leur offrir un espace apolitique, ouvert et multiconfessionnel, au sein duquel verbaliser leurs angoisses et leurs peurs dans le climat de violence qui ravage actuellement le pays.



Est-ce ce dernier espace d’accompagnement psychologique de la souffrance humaine qu’on a voulu museler ce samedi par une arrestation arbitraire ? Alors même que ces trop rares initiatives sont probablement vitales pour maintenir le fil ténu du dialogue inter-communautaire et éviter que la Syrie ne bascule demain dans la guerre civile ?



A Paris et à Damas, comme dans les nombreuses capitales arabes où Rafah NACHED avait noué, au cours des 30 dernières années, de nombreuses amitiés personnelles et professionnelles au sein des communautés universitaires, et notamment dans les facultés de psychologie et de psychanalyse, l’inquiétude - couplée à un formidable sentiment d’injustice - grandit d’heure en heure en l’absence de toute information.
[Certains articles de Rafa NACHED sont accessibles ici]



Des vies à recoudre

"Ce n'est pas en six mois qu'on réinsère les gens !", s'emporte Valérie Boulogne. Quelques minutes plus tôt, la coordinatrice de l'association ProxiPol a eu Pôle Emploi au téléphone. L'organisme ne voulait pas prolonger le contrat aidé d'une couturière salariée dans la structure saint-poloise. "Ils estimaient qu'elle était apte à un retour à l'emploi. Mais ce n'est pas maintenant qu'il faut la laisser tomber !" Le temps passé au sein de l'association devrait en effet aider l'ex-chômeuse à valider son oral d'entrée pour le concours d'aide-soignante.
L'atelier de couture de l'association Proxi Pol © Elodie Ratsimbazafy
L'atelier de couture de l'association Proxi Pol. Zahra (à g.), Nathalie (au c.), Houcine (à dr.) © Elodie Ratsimbazafy
Dans les locaux de l'association, serrés dans un petit immeuble de la rue Gittinger,  on trie des vêtements usagés, on les recoud, on confectionne aussi des pièces originales, comme dans un atelier "ordinaire". Mais surtout on réinsère. "Il y a des gens qui tremblent lorsqu'ils arrivent ici tellement ils ont perdu confiance. Quand ils sortent après deux ans ici, ils croient de nouveau en eux", explique Stéphanie Anglais, encadrante technique.
A Proxi Pol, la paire de chaussures se cède à 50 centimes © Elodie Ratsimbazafy
A Proxi Pol, la paire de chaussures se vend à 50 centimes © Elodie Ratsimbazafy
Le gros de l'activité repose sur la récupération de vêtements donnés par des particuliers. "En ce moment, c'est le changement de saison, on peut recevoir jusqu'à dix sacs par jour", dit Valérie Boulogne, coordinatrice de l'association.. Les pièces du rez-de-chaussée sont pleines à craquer de pantalons, vestes et chemises. Une fois lavés et remis en état, ces vêtements sont donnés à des personnes en situation d'urgence ou vendus aux membres de l'association (341 membres qui ont cotisé 6 euros l'année), au prix de 1 € le jean, 50 centimes la paire de chaussures ou 3 euros le manteau d'hiver.  Certains clients viennent d'ailleurs toutes les semaines regarder les nouveaux arrivages. "Il arrive que des gens se croient à la brocante et essayent de négocier. Je dis non", soupire Valérie Boulogne.
Houcine, couturier, a passé une vingtaine d'heures à la réalisation de cette robe en cravates © Elodie Ratsimbazafy
Houcine, couturier, a passé une vingtaine d'heures à la réalisation de cette robe en cravates © Elodie Ratsimbazafy
Au premier étage, à l'atelier de retouches, Houcine, Nathalie et Zahra s'affairent derrière leurs machines à coudre. Ils réparent des fermetures éclairs, recousent des boutons... "Et quand on a des moments de creux, on fait des créations". Une cliente dunkerquoise s'est  récemment adressée à eux pour assembler une robe à partir de... cravates. Houcine a passé une vingtaine d'heures à la réaliser. L'atelier de la rue Gittinger a également à son actif une tente saharienne de 12 mètres de long, des banderoles pour un syndicat, ou 50 costumes de carnaval pour une association.
Dans l'atelier de couture de Proxi Pol. A gauche, le sac a été réalisé à partir de vêtements, trop usagés pour être portés © Elodie Ratsimbazafy
Dans l'atelier de couture de Proxi Pol. A gauche, le sac a été réalisé à partir de vêtements, trop usagés pour être portés © Elodie Ratsimbazafy
Ils sont quinze, entre 22 et 57 ans, à travailler à l'association sous le régime des contrats aidés pour une période maximum de deux ans. "Je ne leur dis pas forcément la durée de leur agrément, explique la coordinatrice. Pour ne pas qu'ils renoncent à chercher un emploi pendant leur passage chez nous." Ils touchent un peu plus de 800 € pour 26 heures de travail par semaine. "Il faut leur apprendre ou réapprendre le respect des horaires mais aussi les accompagner dans leurs démarches de CAF, de CMU ou de logement, pointe Stéphanie Anglais. Une fois que tous ces problèmes sont résolus, c'est plus simple de retrouver un emploi".
Stéphanie Anglais, encadrante technique (à g.) et Valérie Boulogne, coordinatrice (à dr.) © Elodie Ratsimbazafy
Stéphanie Anglais, encadrante technique (à g.) et Valérie Boulogne, coordinatrice (à dr.) © Elodie Ratsimbazafy
A quelques rues de là, dans la petite pièce surchauffée d'un bâtiment municipal, Édith et Angélique font tourner la laverie. Avec du matériel semi-professionnel, elles assurent le lavage des vêtements des membres de l'association qui n'ont pas d'équipement chez eux. A 6€ la machine à laver de 10 kgs, 4 € le séchage, on retrouve des tarifs proches de ceux d'une laverie automatique. "Nous sommes sur les prix du marché pour qu'on ne considère pas qu'on fait de la concurrence déloyale", dit Valérie Boulogne.ProxiPol assure également un service de portage du linge chez 37 personnes âgées et/ou dépendantes de Saint-Pol.
Angélique, une des trois salariées de la laverie. Les personnes qui font laver leur linge ici peuvent bénéficier du portage, ou apporter leur linge eux-mêmes © Elodie Ratsimbazafy
Angélique, une des trois salariées de la laverie. © Elodie Ratsimbazafy
L'association, présente également dans d'autres activités sociales (alphabétisation, travail sur l'équilibre alimentaire, aide aux courses, etc.) affiche un taux de placement de 50%, "là où la moyenne nationale est de 20%", rappelle Valérie Boulogne.  Parmi les dernières partantes qui ont retrouvé un emploi, l'une s'occupe de nettoyage au Port autonome de Dunkerque, l'autre a pris en charge la retouche de toile bleue dans une entreprise, une autre encore travaille comme aide à domicile. "Parce qu'aujourd'hui, le métier de couturière, il n'y a plus grand chose."

Bébés secoués : la HAS alerte les médecins

13/09/2011
      
 
Dans près de 40 % des cas, le secouement est mortel pour l’enfant - © Phanie
La Haute Autorité de santé propose des recommandations sur une forme mal connue de maltraitance aux conséquences irréparables, le syndrome du bébé secoué. Son but est d’aider les médecins à mieux repérer les bébés en danger.
Quelque 200 bébés secoués sont recensés chaque année, chiffre que la HAS estime sous-estimé. Ce syndrome se définit comme un traumatisme crânien qui « survient lorsqu’un adulte (un homme, dans 7 cas sur 10) secoue un bébé (le plus souvent âgé de moins d’un an) par exaspération ou épuisement face à des pleurs qui ne se calment pas ». Dans près de 40 % des cas, le secouement est mortel pour l’enfant, tandis que dans les autres cas, les victimes risquent en majorité de graves séquelles.
Les recommandations de la HAS répondent à deux objectifs principaux. Le premier est d’améliorer le diagnostic et la prise en charge du bébé en le protégeant des risques de récidives (la moitié des cas). Le second est de développer, via les professionnels de santé, la prévention auprès des parents, premiers responsables de ces accidents, loin devant les baby-sitters. Cette prévention devrait s’inscrire le plus tôt possible, dès la sortie de la maternité. Face à des pleurs prolongés, le réflexe à avoir est de coucher le nourrisson sur le dos dans son lit et de quitter la pièce, indique, à titre d’exemple, le Dr Cédric Grouchka, membre du collège de la HAS. « Il est naturel de s’exaspérer mais il faut prendre alors le temps de se calmer », affirme-t-il, en précisant que la HAS met à disposition des professionnels un poster sur les critères diagnostiques ainsi qu’un film vidéo de prévention (www.has-sante.fr).

Examen clinique et imagerie.

Les travaux de la HAS, qui s’appuient sur ceux de la Société française de médecine et de réadaptation (SOFMER), préconisent d’évoquer systématiquement le diagnostic de secouement devant des symptômes neurologiques mais aussi des signes moins spécifiques, comme les vomissements ou une pâleur. Le Dr Mireille Nathanson, pédiatre et spécialiste des questions de maltraitance, rappelle que l’examen clinique, sur un nourrisson dénudé, doit comprendre la palpation de la fontanelle, la mesure du périmètre crânien – qu’il faut reporter sur la courbe en cherchant un changement de couloir – et la recherche d’ecchymoses sur le corps, y compris le cuir chevelu. Le discours de l’entourage doit être pris en compte, surtout lorsque « les données de l’entretien ne collent pas avec la réalité ». En cas de doute, « il faut hospitaliser le bébé », tranche la pédiatre.
L’examen doit être complété par une imagerie cérébrale (scanner puis IRM) à la recherche d’un hématome sous-dural (souvent plurifocal) ou d’autres lésions cérébrales et par un examen du fond d’œil à la recherche d’hémorragies rétiniennes (inconstantes mais présentes dans 80 % des cas). En fonction des lésions observées, la HAS a délimité des critères diagnostiques selon quatre catégories : le secouement est« hautement probable voire certain », il est « probable »« possible » ou« écarté ».
Mais la protection de l’enfant ne s’arrête pas à l’hospitalisation : il est aussi judiciaire. « Le signalement à l’autorité judiciaire n’est jamais anodin », convient Fabienne Quiriau, responsable de la Convention nationale des associations de protection de l’enfant (CNAPE). La HAS envisage deux hypothèses : soit un signalement au procureur de la République si le diagnostic est « hautement probable » ou « probable », soit l’envoi d’une information préoccupante au président du Conseil général si le diagnostic est « possible ».
La prévention, conclut le rapport de la HAS, est l’outil le plus efficace pour enrayer ce symptôme de maltraitance. Ses résultats, dans les pays où elle a été menée, notamment aux États-Unis, ont été très encourageants.
› GRÉGOIRE TAVERNIER

Les ATS, deuxième drogue la plus consommée au monde

 13/09/2011
      
 
Les stimulants de type amphétamines (ATS) sont devenus la deuxième drogue la plus utilisée dans le monde, après le cannabis, devant l’héroïne ou la cocaïne. Dans un nouveau rapport publié ce mardi, l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) constate une évolution du marché des stupéfiants au profit des nouveaux produits de synthèse. Contrairement aux stupéfiants à base de plante (cocaïne, opiacées…), les ATS sont aisés à fabriquer et se révèlent fort rentables pour les trafiquants.
L’Asie du Sud-Est reste la région du globe la plus touchée par la prolifération des ATS, avec un nombre de pilules saisies en forte augmentation (133 millions en 2010 contre 32 millions en 2008). Des laboratoires clandestins voient également le jour en Amérique latine, en Afrique de l’Ouest et en Europe.
L’ONUDC s’inquiète par ailleurs d’une tendance grandissante en Asie de l’Est et du Sud-Est des consommateurs de drogue à s’injecter les ATS, avec des conséquences dangereuses pour la santé.

Dis-moi ce que tu cultives, je te dirai d’où tu viens…

A Saint-Pierre-des-Corps, les jardins familiaux situés à l’extrémité est de la ville, à quelques jets de noyaux de pêche de l’usine Primagaz, sont un marqueur social qui vaut bien des études. Ici, se lit autant la diversité de la population que sa grande modestie ; autant le souci de se nourrir à moindre coût que de partager les joies simples du travail de la terre.
Sala Hessainia, 75 ans, soudeur-tuyauteur à la retraite. © Antonin Sabot / LeMonde.fr
Créée en 1926, l’association qui gère l’attribution des parcelles est la plus ancienne de Saint-Pierre-des-Corps. D’une superficie de 177 à 300 m2, 85 jardins "familiaux" - on ne dit plus "ouvriers", même dans une ville aussi prolétaire que Saint-Pierre- sont proposés en location contre un loyer annuel de 60 euros. Le prix a beau comprendre la jouissance d’un cabanon en bois et l’accès illimité et gratuit à un puits indivuel, "pas mal de personnes nous disent que c’est beaucoup pour elles, indique Marie-France Puéchavy, la présidente de l’association. Nos adhérents sont en grande majorité des retraités qui touchent des petites pensions ou des bénéficiaires de minimas sociaux. Tous vivent en immeuble et s’ils viennent ici, c’est d’abord pour produire et consommer des légumes et des fruits qui leur coûteront moins cher qu’en supermarché."
Depuis "environ quatre ou cinq ans, estime-t-elle, le nombre des demandeurs est en augmentation constante". Une dizaine de jardins se libère chaque année ; il en faudrait deux à trois fois plus. Une extension a certes été ouverte il y a quelques années : la liste d’attente des requérants n’en cesse pas moins de s’allonger. "C’est affolant", dit encore Marie-France Puéchavy. Autre signe qui ne trompe pas : les visiteurs nocturnes venant se servir dans les rangées - qui de salades, qui de courgettes, qu’ils n’iront pas acheter en magasin - sont également plus nombreux. Une nouvelle extension de 48 jardins est à l’étude. Elle pourrait voir le jour d’ici un ou deux ans.
Marie-France Puéchavy est la présidente de l'association des Petits jardiniers de Saint-Pierre-des-Corps. © Antonin Sabot / LeMonde.fr
En attendant, les heureux locataires ne ménagent pas leur peine. Faire pousser des tomates et des poireaux ici, en contrebas de la levée de la Loire, est un exercice à la fois facile et complexe. Facile car la terre est très sableuse et se travaille sans forcer. Complexe car la pauvreté de son humus contraint à l’ajout d’engrais. Faire du bio relève de la persévérance. Certains s’y essaient mais quasiment tous renoncent. Le fumier de vache reste la meilleure alternative mais encore faut-il posséder une remorque pour le transporter, "ce qui n’est pas donné à tout le monde quand on habite en HLM", en soupire un jardinier. Alors l’entraide fait le reste. "C’est aussi pour cela qu’on vient : se faire des amis, une fois en retraite", confie une ancienne ouvrière de l’agglomération tourangelle. S’échanger des graines et des conseils entre voisins est un usage plus que répandu. Boire l’apéro également. Tout comme râler contre ceux qui n’entretiennent pas leur parcelle et laissent les mauvaises herbes essaimer à tout-va, par-delà les grillages.
Et que cultive-t-on, ici bas ? Un peu de tout. Les Maghrébins – Algériens et Marocains, principalement – rivalisent dans la coriandre, la menthe et le pois chiche, aliments de base de leur culture culinaire. Un couple de Chinois fait pousser du maïs et des"légumes dont on ne connaît pas le nom". Il y a aussi des Arméniens, des Pakistanais, un Yougoslave et un ancien jardinier professionnel ayant vécu au Canada, spécialiste de la carotte blanche fourragère et de la tomate noire de Crimée.
Ces moulins à vent artisanaux sont censés éloigner les oiseaux. Leur efficacité est parfois très relative. © Antonin Sabot / LeMonde.fr
Cet été, les potagers ont donné plus que de raison. Et bien plus que nécessaire. Parce qu’ils vivent en appartement et qu’ils ont peu de place chez eux, les jardiniers de Saint-Pierre-des-Corps préfèrent congeler leurs récoltes que de tout mettre en bocaux ou en conserves. Ils redistribuent également beaucoup autour d’eux. Tout en ayant conscience, parfois, que les habitudes alimentaires ont changé : "Quand je donne du céleri à mes gamins, ils me regardent en se disant : "c’est quoi ça ?", raconte Jacques, un ancien peintre en bâtiment. Dans le temps, il n’y avait pas le choix : on mangeait ce qu’il y avait sur la table. Et toutes les familles avaient un potager quelque part."
D'autres portraits de jardiniers corpopétrussiens.
Hadj Kies, 66 ans, retraité d'un sous-traitant d'Alstom, a travaillé sur l'isolation d'un grand nombre de centrales du parc nucléaire français. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

Laïd Bedani, 60 ans, a été manutentionnaire chez Liotard, l'usine voisine de conditionnement de gaz.© Antonin Sabot / LeMonde.fr

Jacques Frichet, 64 ans, cheminot à la retraite, habite avenue Lénine dans un immeuble collectif. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

Josette Bredif, 65 ans, une ancienne ouvrière de SKF, une importante usine de roulements à billes de l'agglomération. © Antonin Sabot / LeMonde.fr
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