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vendredi 30 avril 2010







Soins sans consentement : projet de loi en conseil des ministres mi-mai

La ministre de la Santé a annoncé sur LCP qu’elle présenterait mi-mai son projet de loi concernant les « soins sans consentement » en conseil des ministres. « Je veux dans cette loi aller de la notion de l’hospitalisation sous contrainte, sans consentement, avec l’hospitalisation d’office demandée par le préfet quand le malade est dangereux ou l’hospitalisation à la demande d’un tiers quand il est dangereux pour lui ou sa famille, à la notion de soins sans consentement », a-t-elle expliqué.

Le dispositif, dont la grande nouveauté est avant tout d’ouvrir la possibilité de soins sans consentement en ambulatoire, prévoit notamment un délai de 72 heures d’observation avant de prendre toute décision de soins (ou pas), en hospitalier ou en ambulatoire. S’agissant des autorisations de sortie, Roselyne Bachelot insiste sur sa volonté d’« un avis collégial et non plus porté par un seul médecin ».

Les professionnels, eux, militent pour une « grande loi sur la santé mentale et la psychiatrie ». Les Cliniques psychiatriques privées de France craignent notamment que « cette loi à vocation unique continue à installer un climat de peur et de stigmatisation à l’encontre de toutes les personnes souffrant d’une maladie mentale ».

AU. B.

Quotimed.com, le 28/04/2010









28/04/2010

«La psychiatrie a besoin de moyens, de visites à domicile, pas seulement de médicaments»

INTERVIEW
Recueilli par Marie Piquemal


Dimanche à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), un père de famille a été poignardé dans son jardin. L'agresseur présumé souffre de schizophrénie, selon le procureur. Et a été hospitalisé onze fois entre 2002 et 2008. Le mois dernier, un homme de 50 ans a été poussé sous la rame du RER à Paris. Là aussi, l'agresseur présumé était diagnostiqué comme schizophrène depuis 2005.

Ces faits divers soulèvent les mêmes questions: pouvait-on éviter le drame? Quelle prise en charge pour les malades souffrant de troubles psychiques ? Le gouvernement mijote un projet de loi pour élargir l'obligation des soins. Qui fait bondir le psychologue Pascal Ollivier, porte-parole du collectif «Sauvons le soin psychique».

On a le sentiment qu'une meilleure prise en charge aurait permis d'éviter ces drames. Qu'en pensez-vous ?


Le risque zéro n'existe pas. Il n'y a pas plus de passage à l'acte qu'auparavant. Ce qui a changé, c'est le traitement médiatique. Aujourd'hui, les faits divers sont amenés sur le devant de la scène, avec cette idée portée par les politiques: «On aurait dû, on aurait pu empêcher ce drame.» L'État se présente comme étant capable de prémunir ses citoyens de tous les dangers. Quand il n'y parvient pas, il cherche systématiquement un responsable sur qui rejeter la faute. C'est vrai pour tout: la tempête Xynthia, l'épidémie de grippe A... Dans le cas des personnes souffrant de troubles psychiques, l'Etat répond par un projet de loi pour donner des médicaments de force. Or, l'expérience le montre, l'injonction thérapeutique n'est pas la solution.

Pour quelle raison ?


On fait croire aux gens qu'une personne dangereuse, pour elle-même ou pour autrui, ne peut pas être soignée de force. C'est faux, la loi le prévoit depuis longtemps. On peut hospitaliser un malade contre son gré à la demande d'un membre de la famille à condition d'avoir deux certificats médicaux. Ou d'office sur arrêté du préfet. Le juge peut aussi imposer un traitement médicamenteux. L'injonction de soin existe, et ne résout pourtant pas tout. Comment s'assurer que les malades se soignent? En envoyant des policiers à leur domicile pour s'assurer qu'ils prennent bien leur pilule? Ce serait de la folie, ils n'ont aucune compétence en la matière. On ne prend pas en charge une personne dans un état psychotique délirant comme on interpelle un individu lambda dans la rue!

Il n'y a donc aucun moyen d'agir ?

Si, il faudrait redonner les moyens à la psychiatrie d'assurer l'accompagnement humain des malades. Permettre à nouveau aux professionnels de faire régulièrement des visites à domicile. Ce qu'on ne fait plus, faute de personnel. On le sait, les problèmes surviennent souvent quand le malade arrête les soins. Il prend les médicaments depuis quelques temps, se sent mieux, se croit guéri, interrompt le traitement... Et rechute. Sauf qu'il n'est plus en état de le reconnaître et de demander de l'aide. Seul un professionnel peut renouer le lien et éviter le passage à l'acte. Mais pour ça, il faut de l'argent.

La psychiatrie française manque-t-elle à ce point de moyens ?

Faites le test, appelez votre centre médico-psychologique pour prendre un rendez-vous: six mois voire un an d'attente! La psychiatrie en France est dans un état catastrophique. A l'hôpital, le nombre de lits dans les services de psychiatrie a été divisé par dix en vingt ans, faute de personnel. Un patient que l'on gardait autrefois six mois ou un an dans nos services, sort aujourd'hui au bout de trois semaines en moyenne... Souvent, les médecins psychiatres n'ont d'autre choix que de forcer la dose du traitement médicamenteux pour que le malade tienne le coup jusqu'au prochain rendez-vous.

Ce n'est pas la solution. Faut-il le répéter, un médicament ne guérit pas une maladie psychique. Il permet juste à la personne d'avoir suffisamment de conscience pour entreprendre des soins de fond. D'ailleurs, certains patients passent à l'acte alors qu'il sont sous traitement médicamenteux. C'est une idée fausse de croire que les médicaments protègent, cela sert les intérêts des laboratoires pharmaceutiques. C'est tout.

Votre collectif «Sauvons le soin psychique» se bat depuis plus d'un an contre la refonte de la convention collective de 1966 qui régit quelque 250.000 salariés travaillant dans le secteur associatif auprès des personnes dites «fragiles». Quelles peuvent être les répercussions pour les malades souffrant de troubles psychiques ?

On est en train de s'attaquer au dernier bastion médical et social qui existe aujourd'hui: les associations. Je l'ai déjà dit, le service public de psychiatrie est aujourd'hui un cadavre debout. Dans la pratique, les malades sont renvoyés dans le meilleur des cas vers le secteur associatif qui a encore les moyens d'une prise en charge. Je travaille dans un hôpital de jour, géré par une association, qui s'occupe des adolescents de 13-21 ans souffrant de troubles psychiques graves. On dispose encore des moyens de travailler. Parfois, un jeune reste trois ou quatre ans dans nos unités. Le temps de faire un travail de fond pour qu'à l'âge adulte, il soit stabilisé.

Demain, si la refonte de notre convention collective était menée à terme, les conditions d'exercice de soins seraient compromises. Un diplôme de psychologue ou d'éducateur spécialisé ne serait plus requis, il suffirait d'avoir des compétences psychologiques ou d'encadrement. On se bat sans relâche, une nouvelle manifestation est prévue le 11 mai. Car si ce dernier filet saute, les malades seront soit à la rue, soit en prison. 





http://www.mediapart.fr/club/blog/tsaint-prix/280410/de-lhopital-au-magasin-le-changement-de-paradigme-en-psychiatrie

De l'hôpital au magasin : le changement de paradigme en psychiatrie.

28 Avril 2010


Par T. Saint Prix

D'abord infirmier de secteur psychiatrique dans un CHS lyonnais, puis psychologue clinicien pour le compte d'un CHS du département de l'Ain, j'ai en 20 ans - car je date les premiers effets perçus de cette psychiatrie contemporaine aux années 1990 -  vu le contexte des soins psychiatriques changer totalement. Il ne s'agit pas tant d'évolution,  modernisation,  maturation de pratiques et délaissement d'autres, que d'une substitution de paradigme: en place d'une psychiatrie  humaniste, œuvrant aux soins des malades mentaux, s'est substituée la culture d'entreprise au service des troubles de la santé mentale. Une des différences majeures est que là où le sujet, aidé par famille et médecin, était l'acteur de sa démarche -ou sur le point de le redevenir- il est aujourd'hui un trouble, un symptôme à lui tout seul - un hyperactif, un suicidaire, un autiste, un addicté, un état-limite, un adolescent anorexique, un surdoué, un schizophrène, etc - qui doit se diriger vers le bon local de reconditionnement. Le magasin, connecté au marché, en fonction de celui-ci, ouvrira, fermera, reconvertira, délocalisera afin de répondre à la demande. Il n'y a, sur le principe, plus d'impossible  à traiter: chaque attente a sa réponse en rayonnage. La seule limite est financière. Des arbitrages y pourvoient, à moyens constants, voire diminuants ce qui bien sûr est mieux. Le magasin a cependant des missions de service publique: si par exemple "on" décide que le paquet doit être mis sur les "urgences", tous les locaux de (re)traitements devront faire la preuve qu'ils ont mis à jour leur logiciel. Et si demain la priorité absolue est: les adolescents suicidaires, les professionnels devront réécrire le logiciel local afin que la connection au réseau soit optimisée sur cet "ithème" en temps réel. Comme tout ne rentre (heureusement) pas dans les petites cases, les meilleures équipes seront celles qui feront de la contrebande. Par exemple, avec un budget "dépistage des troubles la relation précoce mère/enfant" si chère à notre société sécuritaire, une équipe organisera un lieu d'accueil parents et jeunes enfants, lieu de parole et de rencontre entre de grands sujets et leur petit sujet...d'inquiétude. Mais il faudra apprendre à maquiller les statistiques (un cancer, cette chose là !), et à parler le vocabulaire maison: "extraction d'indice de productivité", "démarche qualité",  connaitre sigles et acronymes à profusion. Le sujet est devenu un consommateur, plus ou moins contraint (mais qui ne l'est pas aujourd'hui ?), rencontrant une offre de soin théorique infinie...mais très restreinte concrètement (d'où de sérieuses "incompréhensions"). Dans ce contexte global, l'hôpital psychiatrique est devenu un centre de retraitement de l'aïgu, avec des séjours extrêmement courts, et une rotation des lits optimisée (celui-ci peut-être utilisé dans la même journée par plusieurs "clients": celui qui vient la nuit en semaine, celui qui est en hôpital de jour , celui qui est en "séquentiel" le week-end). Ensuite, dans le meilleure des cas, il y aura un suivi en ambulatoire, mais il faudra composer avec un délais d'attente qui frise les 6 à 12 mois en moyenne dans les grandes villes.

Le changement de paradigme amène un paradoxe: tout est possible potentiellement ( l'imagination d'une certaine medecine est là-dessus impayable, qui bilante à outrance le manque de concentration de Toto en classe), mais peu l'est en réalité (le centre de bilan renvoit Toto et son énorme dossier au médecin de famille, qui l'adresse finalement au petit Centre-Médico-Psychologique du coin.

Mais il n'y a pas que le sujet du soin qui, dans le contexte de la culture d'entreprise, a muté. Les acteurs n'ont pas été épargnés, et le management, depuis 20ans, ne leur épargne rien. On ravale son chapeau plus souvent qu'à son tour, surtout quand des gens qui ne connaissent rien  au soin, à la clinique, viennent vous intimer  de vous conformer aux attentes des tutelles...dont il est souvent difficile de savoir plus précisément qui y demande quoi. On peut vous dire: vous fermez demain, vous allez trente kilomètres plus loin, et il inconvenant de solliciter une explication.

J'ai écrit qu'il n'y a plus d'impossible à traiter, que la seule limite est financière. Bien sûr, c'est faux: l'impossible, comme le disait le docteur Jacques Lacan, revient toujours à la même place. Cette place est propre à chacun, singulière. Et c'est cette singularité qui, aujourd'hui dans la culture de consommation de masse ("surdoué", "trouble oppositionnel", "dysgraphie, dyslexie, 10 puissance 10..." n'a bientôt plus de lieu pour adresser les termes de son exil. Le fou, celui qui est en chacun de nous, est en réel danger d'indigence.

L'étonnant, est que le monde soignant soit resté, c'est mon constat, dans sa grande majorité silencieux face à ce bouleversement paradigmatique. Sidéré ? Trop content de quitter un monde...trouble,  pour celui plus compréhensible qui propose une multitude de méthodes dédiées au symptôme ? Freud nous avait pourtant enseigné qu'à ne soigner seulement que le symptôme, on s'expose à un dépalcement de celui-ci. Malaise dans la civilisation: le discours d'entreprise travaille déjà aux futures solutions...




Édition du jeudi 29 avril 2010
Mende.
VIE SYNDICALE CGT


Refus de l'ordre infirmier

Une délégation CGT a déposé en préfecture, le 20 avril, les premières signatures contre l'ordre infirmier, d'autres suivront. Les représentants du syndicat, reçus par la directrice des services du cabinet du préfet de la Lozère, ont alors rappelé que les infirmiers ne voulaient pas payer pour travailler, les 13,73 % de votants à ces élections en attestent.
Par ailleurs, ils demandent aux parlementaires de faire abroger les ordres kiné et infirmier. La CGT demande ainsi au préfet d'agir pour que cessent les intimidations auprès de ces travailleurs paramédicaux : « Les employeurs n'ont pas à être les gendarmes des ordres, surtout qu'aucun décret n'est paru ».
La CGT a aussi dénoncé le chantage fait aux infirmiers du secteur public : « ils perdent la reconnaissance de la pénibilité de leur métier en échange de l'accession à la catégorie A ».
Le syndicat a également rappelé que les réelles revendications des infirmiers sont liées à de nombreux facteurs : la dégradation des conditions de travail, la résorption de l'emploi précaire, les nécessaires revalorisations salariales, l'augmentation du quota des élèves infirmiers, à l'arrêt du glissement des tâches, le retour à la formation d'infirmiers en psychiatrie.
La CGT demande par conséquent à tous les professionnels du secteur de la santé de continuer à refuser l'ordre que le gouvernement veut leur imposer pour masquer les problèmes du secteur. « La CGT dit non à une vision uniquement comptable de notre système de soins : la santé n'est pas une marchandise ».





Maisons du handicap : le Médiateur s’inquiète du manque de moyens 

Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, exprime dans un communiqué son inquiétude quant aux MDPH (maisons départementales des personnes handicapées). L’un des points phares de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées, les MDPH, guichet unique d’accueil destiné à faciliter les démarches, « peinent encore à assumer pleinement les missions qui leur sont dévolues », regrette le Médiateur.

Il faut renforcer les moyens et diminuer les délais d’instruction des dossiers mais aussi et surtout favoriser le règlement amiable des litiges, insiste-t-il, soulevant« les difficultés d’organisation des MDPH consécutives à l’absence de stabilisation des équipes ».

Concernant l’accès à l’emploi, le Médiateur a lancé trois pistes de réforme, rappelle-t-il dans son communiqué, pour les personnes atteintes d’un handicap psychique ou d’une affection chronique dont l’état s’améliore, pour celles qui exercent une activité en ESAT (établissement de service et d’aide par le travail) et pour les invalides pensionnés.

Le manque de moyens s’étend évidemment aux structures d’accueil adapté en général, notamment pour les enfants, qui d’ailleurs s’expatrient en Belgique. C’est la raison pour laquelle le Médiateur réclame une évaluation du nombre de familles concernées et une meilleure coordination entre les deux pays.

Pour finir, il prône la professionnalisation des métiers de l’accompagnement des élèves handicapés en milieu scolaire en rapprochant notamment les auxiliaires de vie scolaire (AVS) aux auxiliaires de vie sociale.

› AU. B.

Quotimed.com, le 30/04/2010

Onfray ou on f'rait mieux d'se taire
René Major répond au dernier gag onfrayesque effrayant

Vu dans Libé cette réponse de René Major et Chantal Talagrand aux énormités d'Onfray, qui dit bien la double dimension de la dernière invention d'Onfray, plaisanterie saumâtre et délirante, diagnostic que je suggérai ici même.

Michel Onfray ou la folie raisonnante

Par RENÉ MAJOR Psychanalyste, CHANTAL TALAGRAND Psychanalyste

On f’rait mieux de se taire. Taciturire, comme le disait Blanchot, devant l’outrance de la provocation ou les âneries qui porteront désormais un autre nom : les «onfrayries» qu’une certaine «confrayrie» de médias s’empresse de répandre dans le ciel de la pensée pour tenter de paralyser tout ce qui, depuis un siècle, n’a cessé d’éclairer les sources inconscientes des rapports entre les hommes. De quoi Michel Onfray est-il donc devenu le nom ? Du symptôme du rabaissement de la pensée qui déferle quotidiennement dans la presse ou à la télévision. En venir, en effet, à faire de Freud un antisémite est le comble de l’onfrayrie.

On croirait lire un canular. L’auteur n’hésite pas à dire que «Freud n’écrit jamais contre Hitler, contre le nationalsocialisme, contre la barbarie antisémite», alors que, le jour même où Hitler est nommé chancelier, Freud écrit : «Nous sommes tous inquiets de ce qui va advenir du programme du chancelier Hitler dont la seule visée politique est les pogroms» et, dans la remarque préliminaire au Moïse en voie de rédaction, il est on ne peut plus explicite : «Dans le cas du peuple allemand […] on constate que la régression vers une barbarie presque préhistorique s’accomplit sans s’appuyer sur une quelconque idée de progrès.» Le 10 juin 1933, il écrit aussi : «L’Allemagne est la pire cellule de la gigantesque prison qu’est devenu le monde […] Ils ont commencé en prenant le bolchevisme pour leur mortel ennemi mais ils finiront comme eux - à ceci près que, malgré tout, le bolchevisme a adopté des idéaux révolutionnaires alors que ceux de l’hitlérisme sont purement médiévaux et réactionnaires.» On ne peut non plus laisser faire croire que Freud aurait pactisé avec la psychothérapie allemande aryanisée, lui qui fit procéder, avec l’accord de tous les membres, à la dissolution de la Société psychanalytique de Vienne.

 Onfray feint-il de ne pas comprendre que, dans son livre sur Moïse, Freud analyse le délire d’élection auquel est en proie le peuple allemand sous l’impulsion de son Führer dans la rivalité métaphysique qu’il prétend entretenir avec le peuple juif ? Hitler avait bien déclaré que le peuple allemand était le peuple de Dieu et qu’il ne pouvait exister deux peuples élus. Où donc Onfray va-t-il chercher, à contresens, que Freud se propose de «tuer le père des Juifs» en parlant de l’homme Moïse ? Faire de Freud un fasciste parce qu’il remet un exemplaire de Pourquoi la guerre ? écrit avec Einstein en 1932, à Eduardo Weiss qui lui demande un de ses livres pour Mussolini, c’est ne rien comprendre à l’humour, parfois acerbe, de Freud. D’abord, le choix de ce livre dans lequel sont dénoncés les motifs cachés de la guerre qui se profile à l’horizon et où se trouve analysée la soif de pouvoir ; ensuite, la dédicace ironique qui «reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture». Comment Freud aurait-il pu sérieusement considérer Mussolini comme un héros de la culture ?

 Il faut être aussi naïf que Onfray - ou que Mussolini - pour le croire. Onfray va-t-il prêter à Freud une admiration pour les SS quand, lui faisant signer une déclaration selon laquelle il aurait été bien traité par eux avant son départ de Vienne, Freud ajoute en post-scriptum - et au péril de sa vie - qu’il recommande la Gestapo à quiconque ? D’autres philosophes se sont intéressés à Freud bien avant Onfray. Foucault, par exemple, n’a-t-il pas écrit que ce fut «l’honneur politique de la psychanalyse d’avoir suspecté dès sa naissance ce qu’il pouvait y avoir d’irréparablement proliférant dans ces mécanismes de pouvoir qui prétendaient gérer le quotidien de la sexualité […] et que la psychanalyse doit d’avoir été en opposition théorique et pratique avec le fascisme» ? Derrida, pour sa part, n’aura-t-il pas insisté sur le «révisionnisme» qui tente de nier la découverte freudienne et son impact dans notre culture en voulant procéder à une plate restauration de tout ce qui avait cours auparavant, où la psychanalyse, le nom même de la psychanalyse et celui des héritiers de cette pensée seraient désormais associés au mal lui-même ou à un remède pire que le mal. Car la psychanalyse, telle qu’inventée par Freud, s’est employée et s’emploie encore, avant même toute idée thérapeutique ou sinon avec elle, à envisager, sans alibi et sans prétexte, sans souci d’épargner la pensée bien pensante, les racines du mal radical, d’un mal généralement abandonné à la religion, à la métaphysique ou au théologico-politique.

 Allons Onfray, si, comme vous le prétendez, la psychanalyse est une philosophie et toute philosophie une autobiographie déguisée de son auteur, on ne donne pas cher de la vôtre. Elle est à reléguer aux poubelles de l’histoire. Allons, remettez-vous de votre folie raisonnante qui prend tout à rebours de la vérité de l‘histoire. Lisez Sérieux et Capgras qui ont magnifiquement décrit cette folie.

 [fin  de citation]

Entre canular qui ne mérite qu'un éclat de rire et folie  ratiocinante dont il est difficile d'admettre les "arguments" , c'est  également mon diagnostic, nietzschéen bien sûr, car nul n'ignore que Nietzsche faisait des diagnostics des penseurs. Notre philosophe  du bocage normand vient de se livrer, au-delà de ce qu'il imagine avec ce livre grotesque qui témoigne de sa croyance selon laquelle, il suffirait de faire les poubelles et montrer que l'auteur n'est ni un héros ni un saint pour invalider sa pensée et le travail de toute une vie. En l'occurrence  Freud dont la pensée a révolutionné le siècle.

Onfray, outre qu'il est peu digne de voir ses écrits reconnus comme "philosophiques" , est finalement un moraliste sévère et un donneur de leçons rabat-joie  professionnel, à l'esprit rigide, dépourvu d'humour,  et étonnament peu bon vivant pour un hédoniste [ceci, vient de sa folie ratiocinante]. Figurez-vous qu'il croit flinguer Freud et sa pensée en le dénonçant pour avoir pris  un temps de la cocaïne -Freud l' avait découverte pour ses propriétés anesthésiantes, et en ignorait les effets nocifs et addictifs-  et parce qu'il aurait -aux dires d'Onfray-qui-a-soudoyé-la-femme-de-chambre- trompé sa femme.  Quand bien même ce serait vrai, Freud doit être le seul et le premier et cela donc, interdit d'accorder quelque crédit à sa pensée.

Onfray est un curé hédoniste moralisateur pisse-froid sans humour , qui se réclame de Nietzsche dont il est éloigné par des années-lumières et qui déteste la contradiction... chez les autres... Ce qui n'empêche pas ses contre-sens qui relèvent d'une autre dimension que le simple contre-sens .

Une farce !

Alithia








Assassinat manqué de Freud par Onfray : BHL se prononce
Bernard-Henri Lévy
Pour Sigmund Freud


Michel Onfray se plaint d’être critiqué sans être lu ?
Eh bien, donc, je l’ai lu.
Je l’ai fait en m’efforçant, autant qu’il est possible, de laisser de côté les camaraderies anciennes, les amitiés communes ainsi que, mais cela allait de soi, le fait que nous soyons, tous deux, publiés par le même éditeur.
Et la vérité oblige à dire que je suis sorti de cette lecture plus consterné encore que ne le laissaient présager les quelques comptes rendus dont, comme tout le monde, j’avais pu avoir connaissance.
Non que je sois de ceux pour qui l’« idole » Freud doive être intouchable : de Foucault à Deleuze, Guattari et d’autres, beaucoup s’y sont frottés et, sans être d’accord avec eux, je n’ai jamais nié qu’ils aient fait avancer le débat.
Ce n’est pas davantage le ressentiment antifreudien, voire la colère, voire même la haine, qui, comme je l’ai lu ici ou là, créent, pour moi, le malaise dans ce « Crépuscule d’une idole » : on fait de grands livres avec la colère ! et qu’un auteur contemporain mêle ses propres affects à ceux d’un glorieux aîné, qu’il se mesure à lui, qu’il règle ses comptes avec son œuvre dans un pamphlet qui, dans la chaleur de l’affrontement, apporte des arguments ou des éclairages nouveaux, cela est, en soi, plutôt sain – et Onfray l’a d’ailleurs fait, souvent, ailleurs, et avec un vrai talent.
Non.
Ce qui gêne dans ce « Crépuscule », c’est qu’il est, soudain, banal, réducteur, puéril, pédant, parfois à la limite du ridicule, inspiré par des hypothèses complotistes aussi abracadabrantes que périlleuses et assumant, ce qui est peut-être le plus grave, ce fameux « point de vue du valet de chambre » dont nul n’ignore, depuis Hegel, qu’il est rarement le meilleur pour juger d’un grand homme ou, mieux encore, d’une grande œuvre…
Banal : j’en prends pour seul exemple la petite série de livres (Gérard Zwang, Pierre Debray-Ritzen, René Pommier) auxquels Onfray a d’ailleurs l’honnêteté de rendre hommage, à côté d’autres, en fin de volume et qui défendaient déjà la thèse d’un Freud corrupteur des mœurs et fourrier de décadence.
Réducteur : il faut avoir le cœur bien accroché pour supporter, sans rire ou sans effroi, l’interprétation quasi policière que fait Onfray du beau principe nietzschéen qu’il connaît pourtant mieux que personne et selon lequel une philosophie est toujours une biographie cryptée ou déguisée (en gros : si Freud invente le complexe d’Œdipe, c’est pour dissimuler, p. 111, ses pensées ulcérées à l’endroit de son gentil papa et pour recycler, p. 505, ses non moins vilaines pulsions en direction de sa maman).
Puéril : le regret (p. 477) de ne pas avoir trouvé, dans « les six mille pages » des œuvres complètes, cette « franche critique du capitalisme » qui eût comblé d’aise le fondateur de l’Université populaire de Caen.
Pédant : les pages (73-76) où il se demande, gravement, quelles dettes inavouables le fondateur de la psychanalyse aurait contractées, mais sans vouloir le reconnaître, auprès d’Antiphon d’Athènes, d’Artemidore, d’Empédocle ou de l’Aristophane du « Banquet » de Platon.
Ridicule : c’est la page où, après de douteuses considérations sur son probable recours à l’onanisme, puis une non moins curieuse plongée dans les registres d’hôtel, « luxueux pour la plupart » (p. 162), où le Viennois aurait abrité, pendant des années, ses amours coupables avec sa belle-sœur, Onfray, emporté par son élan de brigadier des mœurs, finit par le soupçonner d’avoir engrossé ladite belle-sœur alors parvenue à un âge où ce genre de bonheur n’arrive, sauf dans la Bible, que fort rarement.
Le complot : c’est, comme dans « Da Vinci Code » (mais la psychanalyse, selon Onfray, n’est-elle pas l’équivalent d’une religion ?), l’image fantasmée de gigantesques « containers » d’archives enterrés, en particulier, dans les caves de la bibliothèque du Congrès de Washington et au seuil desquels veilleraient des milices de templiers freudiens aussi cupides, féroces, rusés, que leur maître vénéré.
L’œil du valet de chambre, enfin : c’est la méthode, toujours bizarre, qui consiste à partir des supposées petites faiblesses de l’homme (son habitude, p. 169, de choisir lui-même, allez savoir pourquoi ! le nom de baptême de ses enfants « en rapport avec sa mythologie personnelle »), de ses non moins supposés travers (désir de gloire, cyclothymie, arythmies cardiaques, tabagisme, humeur vacillante, petites performances sexuelles, peur des trains – je n’invente rien, ce catalogue de « tares » se trouve aux pages 102 et 157 du livre), éventuellement de ses erreurs (telle dédicace à Mussolini, connue depuis toujours mais qu’Onfray semble découvrir et qui, tirée de son contexte, le plonge dans un état de grande frénésie) pour conclure à la non-validité de la théorie dans son ensemble : le sommet est, d’ailleurs, atteint quand, à la toute fin (p. 522), il s’appuie carrément sur le livre de Paula Fichtl, c’est-à-dire sur les souvenirs de la propre femme de chambre, pendant cinquante ans, de la famille Freud puis de Freud lui-même, pour dénoncer les accointances avec le fascisme autrichien de l’auteur de « Moïse et le monothéisme ».
Tout cela est navrant.
J’ai peine, en tous les sens du terme, à retrouver dans ce tissu de platitudes, plus sottes que méchantes, l’auteur des quelques livres – entre autres, « Le ventre des philosophes » – qui m’avaient, il y a vingt ans, paru si prometteurs.
La psychanalyse, qui en a vu d’autres, s’en remettra. – Michel Onfray, j’en suis moins sûr.

(Le Point, Bloc-notes du 29 avril 2010)



Décréputide, ou la prédominance du crétin

26 Avril 2010

Par Michel Rotfus
http://www.mediapart.fr/club/blog/michel-rotfus/260410/decreputide-ou-la-predominance-du-cretin

Après Onfray, Crépu. Au règne de l’imposture s’ajoute celui de la prédominance du crétin. Le voilà, Michel Crépu, dans la page Rebond de Libération de ce matin, qui en rajoute au brouillage de sens. En pervertissant l’héritage de la Revue des deux Mondes, qui se réclame encore de « …la liberté d’esprit, l’indépendance intellectuelle, le goût pour l’exercice critique, le primat de la lucidité sur toute autre forme d’approche du réel… », il  confond lucidité de l’esprit critique et déversement de bile. Quand il était petit, on a dû lui retirer des mains arcs  et pistolets à flèches, tellement il devait se tromper de cibles. Que n’a-t-il lu les 600 pages d’Onfray pour en faire l’analyse et en montrer les failles, les erreurs, les approximations, les faux grossiers, et les soubassements idéologiques aux odeurs nauséabondes au lieu de s’en prendre à celle qui la première, et avec quelle efficacité et quel talent, à révélé la nouvelle imposture d’Onfray.  Il peste et rage contre Élisabeth Roudinesco qui encore une fois, défend la psychanalyse contre les attaques de bas étages aux couleurs et aux odeurs douteuses. « N y a-t-il donc personne dans cette baraque freudienne, qui puisse faire entendre une autre voix ? » peste-t-il dans ses éructations. Mais  à qui s’en prend-il ici sinon aux psychanalystes et peut-être même à ses amis, à leur silence et à leur incompétence. Au lieu de réclamer qu’ils sortent de leur tour d’ivoire et de leur superbe, enfermés dans leurs Écoles, société, et cercles de formation et d’auto reproduction, certes nécessaires pour que les demandes de soins et de cures soient satisfaites et que les générations d’analysants se renouvellent, mais totalement inefficaces pour contrer pas à pas les attaques idéologiques dont les enjeux dépassent de loin la thérapie analytique, il s’en prend à celle qui le fait et qui détient les titres et les compétences pour le faire. Crépu, en s’attaquant à Elisabeth Roudinesco, s’en prend à une universitaire, spécialiste d’histoire de la psychanalyse dont la compétence est mondialement reconnue par ses pairs. Si Crépu lisait celle qu’il injurie ainsi, en injuriant à travers elle la rigueur du travail universitaire qui fonde son autorité,  il découvrirait que dans sa réédition en Pochothèque de son Histoire de la psychanalyse, elle déplore l’état de décrépitude, pardon, de décrépitude de la psychanalyse en France, enjoignant les psychanalystes de s’intéresser enfin, et sérieusement, à leur propre histoire. Crépu présente un cas intéressant de pathologie dont pourrait s’enrichir la prochaine livraison du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux : ses noires vapeurs de la bile lui montant au cerveau, il attaque l’adversaire de son adversaire.





 








 

Freud et le nazisme. Une tribune de Frédéric SchiffterPhilosophe se réclamant de l'héritage de Schopenhauer et de Cioran

Michel Onfray, ou la philosophie à coups de ragots


PAR FRÉDÉRIC SCHIFFTER (PHILOSOPHE)

A la suite de la publication, sur BibliObs.com, d'un commentaire qu'y avait écrit le philosophe Frédéric Schiffter, celui-ci nous adresse ce texte dans lequel il détaille son point de vue sur Freud, le nazisme, et ses griefs contre Michel Onfray

Le vendredi 9 avril, lors de l'émission de Franz-Olivier Giesbert, « Vous aurez le dernier mot », Michel Onfray déclare textuellement
: « On nous dit : "Autodafés !" ; "On brûle les livres de Freud !". Mais on a brûlé les livres de Freud parce qu'il était juif, pas parce qu'il était psychanalyste ! Les Juifs gênaient le national-socialisme, pas la psychanalyse !».  Et d'ajouter que Freud, « admirateur » de Mussolini et de Dollfuss, avait même« collaboré » avec l'Institut Göring « jusqu'à la fin ».

Je ne suis pas un spécialiste du mouvement psychanalytique.
Peu m'importent la question de la scientificité de la psychanalyse comme celle de son efficacité thérapeutique. En revanche la vision freudienne de la condition humaine m'intéresse depuis longtemps dans la mesure où, à partir d'une clinique et d'une réflexion rationnelle, elle rejoint des thèmes et des thèses chers à mes maîtres matérialistes, athées et pessimistes - Hobbes, La Rochefoucauld, Schopenhauer. Voilà pourquoi je répondrai ici à quelques unes des allégations relatives au prétendu fascisme de Freud que Michel Onfray ne cesse de trompeter tranquillement dans les médias.

1) « On nous dit : "Autodafés !" ; "On brûle les livre de Freud !"
. Mais on  a brûlé les livres de Freud parce qu'il était juif, pas parce qu'il était psychanalyste !».
Faux, bien sûr. Si en mai 1933, les nazis, déjà pressés - avant Onfray - d'incendier la légende de Freud précipitent ses œuvres dans les flammes, c'est parce qu'il est le fondateur de la psychanalyse stigmatisée comme une « science juive » et « anti-allemande ».

2) « Les Juifs gênaient le national-socialisme »
- on appréciera la tournure toute faurissonienne de la formule. Ainsi, selon Onfray, quand les historiens affirment que c'était plutôt les nazis qui « gênaient » les Juifs, ils affabulent ?

3) Freud et Mussolini

Si Freud, à la demande du père d'une patiente, se fend d'une dédicace mi-figue mi raisin à Mussolini sur un exemplaire de son « Pourquoi la guerre ? » - co-écrit en 1932 avec Albert Einstein -, cela ne fait pas de lui un fasciste. Rien, dans l'œuvre de Freud, ne permet de déceler un parti pris idéologique. « Malaise dans la civilisation »,texte antérieur de trois ans, exprime un scepticisme radical à l'égard des idéaux totalitaires, de droite comme de gauche. Freud a fait sienne la maxime de Hobbes : homo homini lupus - l'homme est un loup pour l'homme. Politiquement, c'est un légaliste conservateur.  Mais, intellectuellement, il passe pour un subversif aux yeux de la société autrichienne de son temps, catholique et puritaine, en raison de ses thèses sur la sexualité.

4) Freud et Dollfuss

Onfray dénonce les sympathies de Freud à l'égard du chancelier Engelbert Dollfuss qui, en 1932, dissout le parti communiste autrichien et réprime dans les sang une insurrection populaire. Onfray oublie de préciser que Dollfuss, dans le même temps, avec le soutien de Mussolini (eh, oui !) mène aussi une guerre sans merci aux nazis autrichiens pangermanistes, interdit leur parti, en envoie certains à la potence et enferme les autres dans des camps de détention. En 1934, ces derniers finiront par l'abattre lors d'un putsch raté. Si, donc, Freud avait quelque indulgence pour Dollfuss, ce n'était pas parce qu'il approuvait son césarisme anticommuniste, mais sa fermeté implacable à l'égard des nazis et autres milices antisémites. On peut le comprendre.

5) Freud, Jung et Göring

Le docteur Matthias Göring, le cousin d'Hermann, médecin psychiatre et nazi de la première heure, fonde en septembre 1933, après les autodafés de mai et après avoir liquidé la Société psychanalytique de Berlin, la Société Générale Allemande de Médecine Psychothérapeutique. Influencé par Alfred Adler, psychanalyste d'origine juive converti au protestantisme, Göring entend « arianiser » la psychanalyse freudienne en la vidant de son athéisme, de sa théorie de la sexualité infantile et de celle de l'inconscient. Autant dire que son but est d'exterminer la pensée de Freud. À cette fin, il fonde en 1936 un Institut Allemand de Recherche en Psychologie et Psychothérapie - qui portera son nom - et dont il confiera la direction à Carl Gustav Jung, l'ennemi intime de Freud et antisémite notoire. Immédiatement après l'Anschluss, en mars 1938, Göring ordonne la dissolution de la Société Psychanalytique de Vienne. Jung, lui, dirigera l'Institut Göring jusqu'en 1940.
Quand, donc, Onfray accuse Freud d'avoir collaboré « jusqu'à la fin » (?) avec l'Institut Göring, veut-il dire que depuis Vienne, voire depuis Londres, il discutait le bout de gras au téléphone avec Jung même si les deux hommes étaient fâchés à mort depuis 1912 et cela pendant que des fanatiques brûlaient ses livres et persécutaient ses amis allemands ?

6) Onfray et Nietzsche

Onfray rappelle constamment que Nietzsche lui inspire sa méthode de contre-historien selon laquelle pour connaître le fond de la pensée d'un philosophe, il faut se référer à sa vie. Toute philosophie est une« pathographie » - un symptôme, dirait Freud. Soit. Mais alors, imaginons qu'un jour, un disciple d'Onfray, soucieux de rendre compte de la doctrine de son maître, suive cette méthode avec la scrupuleuse méticulosité que ce dernier lui a enseignée. Il se rappellerait qu'Onfray relate dans un ouvrage qu'il est gravement malade du cœur, pathologie imposant une médication lourde ayant pour effets secondaires la fin des matins triomphants et volcaniques. Suspectant alors l'hédonisme bêta-bloqué du philosophe, l'émule divulguerait-il ce ragot ?
Onfray professe depuis des années une philosophie alter-universitaire auprès d'un parterre bon public si peu instruit, et surtout si peu critique, que ce dernier ne voit pas en quoi la parole du mandarin est, en effet, contre-historique. Pareil enfarinement n'aurait nulle importance s'il se limitait à la Basse-Normandie. Or, dès lors que la télévision, la radio, la presse relaient l'enseignement du Zarathoustra du bocage, tout se passe comme si ces médias prenaient les téléspectateurs, les auditeurs et les lecteurs du reste de la France pour des bas-normands de la jugeote. Mais, en ces temps de récession intellectuelle généralisée, sans doute est-ce le cas.
F. Sch.








"Le pamphlet contre S. Freud et la psychanalyse, une nouvelle imposture !"

Par Paul Machto

 

Édition : Contes de la folie ordinaire



Voici une prise de position du Collectif des 39 contre La Nuit Sécuritaire à propos de l'apport de la psychanalyse dans le champ psychiatrique.


Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire


Communiqué

"Le pamphlet contre S. Freud et la psychanalyse, une nouvelle imposture !"

En tant que soignants (psychiatres, éducateurs, psychologues, infirmiers…), certains, psychanalystes, d’autres non, mais tous engagés dans un mouvement contre une psychiatrie sécuritaire, normative et hygiéniste, nous ne pouvons que nous insurger contre le propos récent de Michel Onfray.

Pierre Delion, qui fait partie des fondateurs de notre mouvement a su dire tout ce que nous devons à la fondation freudienne pour l’invention d’une pratique de psychothérapie institutionnelle, forgée dans la résistance au nazisme et à l’indifférence devant les 40000 malades mentaux morts de faim et d’abandon.

Ce qui compte pour nous c’est une politique de la folie et une éthique fondée sur une mise en acte d’un inconscient qu’il faut bien appeler freudien, ainsi qu’une méthode qu’il s’agit de réinventer sans cesse à partir d’une écoute et d’une « pratique de la folie »  soutenant des soins psychiques relationnels.

A rebours de toute idolâtrie comme de tout dévoiement de la psychanalyse, la transmission d’une pratique de la psychiatrie en prise avec l’inconscient ne peut être qu’une refondation permanente d’un savoir clinique qui laisse aussi sa place aux savoirs, trouvailles et inventions de la psychose.

La pratique nous permet de vérifier chaque jour la pertinence d’une approche soignante qui accueille le délire comme tentative de guérison, et donne la possibilité au patient de s’ouvrir au monde en le reconstruisant.

Il est assez scandaleux que les attaques que nous subissons depuis ces vingt dernières années de la part des tenants de l’économie néolibérale, et qui visent à éradiquer la subversion  d’un accueil de la parole folle, trouvent aujourd’hui un relais de la part de quelqu’un qui se prétend de notre bord et se présente sous le jour d’une posture pseudolibertaire. Se dévoile  ainsi un discours prétendument démystificateur qui fait le jeu de la marée montante de tous les courants obscurantistes visant à faire taire le sujet, à le formater ou à l’enfermer.

Il nous semble donc essentiel de soutenir le socle fondateur de nos pratiques contre une prétention nihiliste  à dire n’importe quoi au mépris de toute vérité historique. Cette imposture qui est un trait de notre époque est la même qui empêche la transmission et rejette notre engagement pour une psychiatrie orientée par l’hospitalité pour la folie.

Le 30 avril 2010

Le collectif des 39
www.collectifpsychiatrie.frhttp://www.collectifpsychiatrie.fr/









Lettre au «philosophe de gauche qui me séduisait»

30 Avril 2010


Édition : Les invités de Mediapart Contes de la folie ordinaire

Dominique Lanza, psychologue clinicienne, suivait Michel Onfray «avec une certaine sympathie» depuis des années. Considérant qu'aujourd'hui, son «ouvrage porte un tort irréparable à tous ceux qui pratiquent une psychanalyse populaire que [Michel Onfray ignore] superbement», elle lui adresse une lettre.

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Monsieur Onfray,
Psychologue clinicienne, formée à la psychanalyse, j'ai écouté l'émission «Du grain à moudre» sur France Culture le 22 avril. J'avais eu l'occasion de vous entendre à plusieurs reprises et de vous voir aussi, lors d'émissions télévisées. Le philosophe de gauche me séduisait, l'université populaire complétait le tableau de l'homme qui met ses actes en conformité avec ses idées, bref, je vous suivais avec une certaine sympathie.

Quelle n'a pas été ma déconvenue à l'écoute de cette émission dont il ressort que vous semblez penser que la psychanalyse se circonscrit aux textes et à la personne de Freud, à un petit nombre de ses disciples (particulièrement des lacaniens) et à quelques quartiers parisiens.
A l'homme qui a crée l'Université populaire de Caen, je dois dire que son ouvrage porte un tort irréparable à tous ceux qui pratiquent une psychanalyse populaire que vous ignorez superbement. Je ne parlerai pas du contenu de votre ouvrage, d'autres l'ont fait et le feront. C'est son extériorisation médiatique qui me heurte, par les arguments que vous avez choisi de présenter, par le texte de la quatrième de couverture.

Au philosophe de gauche qui, je cite, dit : «Mon propos c'est de faire un travail sur Freud dans son temps, je ne parle pas des patients ce n'est pas mon propos», je réponds que nous qui travaillons au plus près de la souffrance psychique et sociale, nous occupons précisément des patients. A l'heure où nous luttons pour tenter de maintenir une qualité de soin qui laisse à la personne sa place de sujet face à une rationalisation du vivant que le néo-libéralisme promeut, vos propos viennent accréditer l'idée que nous sommes tous fourvoyés dans une lecture dépassée et malsaine de l'humain, guidés par un gourou falsificateur. Or Mr Onfray, l'inconscient existe, nous en avons chaque jour la preuve dans notre pratique, auprès des plus démunis aussi. Mon propos n'est pas de relayer ici, les conflits de territoire qui animent les débats entre les promoteurs des thérapies comportementales et cognitives (TCC) et les défenseurs de la psychanalyse, les deux pratiques ont leur place. Le problème est que les thérapies comportementales et cognitives, au-delà de la validité plus ou moins grande de leur pratique, se trouvent répondre davantage à l'idéologie néolibérale en réduisant l'humain à un segment de comportement et la psychothérapie à un conditionnement technique. En disant que la psychanalyse équivaut à un effet placebo (30 pour cent d'effet thérapeutique), vous annexez l'humain au quantifiable comme le font les tenants de l'idéologie libérale. Si politiquement vous êtes où vous le dites, vous vous trompez de cible.

Les 450 euros (honoraires perçus par Freud pour une consultation selon votre calcul) que vous mentionnez à l'envie dans toutes vos interventions, laissent penser aux personnes étrangères au milieu psychanalytique que c'est aujourd'hui ce qui se pratique. Vous demandez avec une naïveté, j'en suis convaincue, non feinte: «est-ce qu'il y a vraiment une classe modeste chez des psychanalystes avec des tarifs concurrentiels?» A croire que vous n'êtes que peu informé et que vous ne savez pas que la psychanalyse se pratique dans les dispensaires depuis longtemps déjà puisque vous préconisez par la suite, de le faire. Quand votre interlocuteur vous informe de la gratuité de certaines consultations de psychanalystes, vous lui opposez: «Alors ce ne sont pas des psychanalystes» preuve que vous ne vous êtes pas intéressé à ce qu'est devenue la psychanalyse, comme si elle n'avait jamais, avant vous, été questionnée. Pensez-vous, Mr Onfray que les royalties que peuvent rapporter certains ouvrages à succès soient le lot commun des droits d'auteurs ?
Nous les praticiens de l'hôpital public, formés à la théorie psychanalytique, sommes mis en difficulté par votre ouvrage. Vous discréditez sans nuances et sans états d'âme tout un milieu professionnel qui travaille au quotidien avec les plus vulnérables et dont le salaire hebdomadaire correspond à celui que vous indiquez pour une séance d'une heure! Qui affabule?

Quand vous citez le livre le journal d'Anna G, bel exemple de vanité bourgeoise et de luxe introspectif, selon la description que vous en faites, vous assimilez tous les patients qui font une démarche analytique à un milieu, une minorité, cela ne dit rien de ce qu'est cette pratique aujourd'hui. Cette référence a pour seule fonction de présenter la psychanalyse comme réservée à des nantis et ce au mépris de la vraie souffrance, celle que vous prétendez vouloir défendre, celle qui s'exprime auprès de nous les psy. Et vous parlez de la «brutalité libérale aujourd'hui»! Qui construit une légende dorée pour les tueurs de Freud comme les amis des auteurs du Livre noiraiment s'appeler eux-mêmes?

A quel titre et de quelle place voulez-vous, comme vous le dites dans l'émission,«revaloriser le métier de psy» et «refonder la psychanalyse»? «C'est un livre que j'aimerais qu'il puisse servir à ça, refonder la psychanalyse de manière postfreudienne.... des  psychothérapeutes qui soient soucieux de repenser une psychanalyse post freudienne qui soit elle capable de soigner les gens gratuitement dans les dispensaires.» Mr Onfray, dans quel monde vivez-vous? Tout cela existe depuis bien longtemps. Que connaissez-vous réellement de nos métiers, de nos pratiques et de nos patients?

Une chose, entre autres, que la pratique individuelle de la psychanalyse nous fait découvrir, est notre propre ambivalence. Elle peut parfois se révéler par des actes manqués. Ils sont une richesse, ils disent notre fragilité et nous éloignent de l'illusion du savoir. C'est peut être au rang de cette fragilité là qu'il faut ranger votre présentation de l'ouvrage, un acte manqué, sinon personnellement, au moins politiquement. Vous qui aimez vous revendiquer de Nietzsche pour dire que toute œuvre est la forme déguisée d'une autobiographie, qu'en est-il ici de votre propre ouvrage?

La  quatrième de couverture de votre livre est une injure au travail intellectuel, en l'acceptant, vous cédez aux sirènes de la rentabilité éditoriale, au risque de révéler n'être plus que marchandise de votre éditeur.
En espérant vous retrouver sur un terrain moins médiatique et plus politiquement pensé.

Dominique Lanza.
Psychologue clinicienne.



jeudi 29 avril 2010





La psychiatrie aura son atlas

20.04.10

Il y a davantage de suicides en Artois et dans le Cambrésis que dans la métropole lilloise. C'est dans les mêmes secteurs géographiques que la consommation de médicaments psychotropes est la plus élevée. Voilà le genre d'informations qui seront disponibles dans l'atlas de la psychiatrie et de la santé mentale* qui sort aujourd'hui. Cette base de données a été rassemblée par la Fédération régionale de recherche en santé mentale (F2RSM) qui regroupe établissements publics et privés. Elle présente aussi une carte des offres de soin, secteur par secteur.G. D.




Sainte-Anne, hôpital psychiatrique
Documentaire (Société)
VENDREDI 7 MAI 2010 / 22H55

RÉSUMÉ
Durant plusieurs mois, la vie des patients et des soignants dans les services fermés de l'hôpital Sainte-Anne à Paris, une unité psychiatrique.

CRITIQUE TELERAMA



Documentaire d'Ilan Klipper (France, 2010). 90 mn. Inédit.

Saisissante introduction. Une jeune femme attend, assise dans un bureau. Derrière elle, un couloir d'hôpital, d'où proviennent des cris déchirants : « J'en ai ras-le-bol ! J'en ai ras-le-bol ! J'en ai ras-le-bol ! » La jeune femme ne bouge pas, comme immobilisée par la peur. Où est-on ? Qui est-elle ? Soudain, un psychiatre déboule. S'adresse brusquement à elle : « Je vais vous hospitaliser. Pour vous protéger de vous-même. » A peine le temps de (mollement) protester, là voilà embarquée dans le labyrinthique hôpital Sainte-Anne.

Sainte-Anne... Dans l'esprit des Parisiens, ce nom est empreint de mystère et d'effroi. L'institution psychiatrique n'ouvre pas souvent ses portes aux caméras. C'est donc de manière exceptionnelle que le réalisateur Ilan Klipper a pu s'y installer pendant plusieurs mois. A bonne distance mais sans rien cacher, il y filme les patients, délirants, lucides, énervants, attachants, paumés, drogués. Le personnel médical, compétent et dépassé, précis et tâtonnant. De cette violente et étouffante plongée ressort l'impression que le secteur psychiatrique, sinistré par les coupes budgétaires, tente de maintenir la tête hors de l'eau, au jour le jour. Et que la France s'occupe bien mal de ses malades mentaux.

Lucas Armati

Télérama, Samedi 1 mai 2010



La fessée revient en force


Le Conseil de l'Europe organise aujoud'hui à Strasbourg, avec l’ONG Save the children, un débat international sur l’interdiction de la fessée. Pour cela, le Conseil a sorti les grands moyens : spots télévisés, conférences, incitation à une “parentalité positive” mais aussi pétition de “people”. Parmi les signataires figurent Claudia Cardinale, le prince Felipe de Bourbon, Mikhaïl Gorbatchev, ou encore la reine Silvia de Suède. A l’heure actuelle, 20 pays sur 47 au Conseil de l’Europe ont d’ores et déjà aboli les punitions physiques à l’égard des enfants.

Pourtant, Alexandra Echkenazi souligne, dans le Parisien, que la fessée séduit à nouveau grand nombre de parents en France et cite le psychologue Didier Pleux : « Tombée aux oubliettes dans les années 1970, la fessée connaît actuellement un retour en force. Les parents sont de plus en plus nombreux à me dire dans mon cabinet que c’est l’unique moyen qu’ils trouvent pour exercer leur autorité. »

Ce que confirme une étude récente menée par l’Union des familles en Europe auprès de 685 grands-parents et 856 parents. Près de 84 % des grands-parents reconnaissent avoir déjà ainsi réprimandé leur enfant lorsqu’il était petit, contre 87 % pour les parents. Soit 3 points de plus d’une génération à l’autre. Les deux groupes sont 95 % à penser que la fessée fait partie des traditions françaises et établissent une distinction entre cette correction considérée comme peu violente et les autres châtiments corporels. La gifle, en revanche, est à la baisse : 54 % des papis et mamies en ont déjà donné, contre 25 % des parents.

Les coups sur les fesses traduiraient pour les spécialistes un aveu d’impuissance des parents d’aujourd’hui. « C’est le résultat des théories éducatives en vogue depuis le début des années 1970. Cela fait trente ans qu’on dit aux adultes qu’il faut écouter les enfants, tout leur expliquer, être plus permissif… Résultat : ils se retrouvent confrontés à des enfants ne supportant plus aucune frustration et ils ne savent plus exercer leur autorité autrement qu’en infligeant cette punition à leur progéniture », poursuit Didier Pleux.

Mais il faut savoir que les enfants qui reçoivent régulièrement des fessées à trois ans sont plus agressifs à l’âge de cinq ans, selon une étude américaine publiée dans la revue Pediatrics. Catherine Taylor de l’Université Tulane (La Nouvelle-Orléans) a mené cette étude avec 2 500 mères d’enfants de 3 ans. Les chercheurs ont tenu compte, dans l’analyse des données, d’autres facteurs qui peuvent avoir une influence sur le développement de l’agressivité chez les enfants tels que la négligence, la consommation de drogue ou d’alcool, le stress et la dépression chez la mère. (Voir sur le site du New York Daily News)

mardi 27 avril 2010
















Le fichage en psychiatrie – Lyon 29 mai 2010

Les fichiers prolifèrent et leurs « croisements » se multiplient, sous prétexte de « sécurité » individuelle ou collective, mais souvent au mépris du respect des libertés individuelles et du droit à la vie privée. La collecte des données de santé et leurs traitements ne peuvent plus être considérées sur leurs aspects uniquement techniques, et la psychiatrie n’échappe pas à la règle.

Face à une situation qui ne fait que s’aggraver, l’association DELIS Santé Mentale Rhône-Alpes a décidé de consacrer une journée de réflexion au fichage en psychiatrie.

A la suite d’une présentation sommaire de cette rencontre, nous reprenons un article d’Odile Morvan, « L’informatisation en psychiatrie », publié en juillet 2004, dans Hommes & Libertés, revue de la Ligue des droits de l’Homme. Les mêmes problèmes continuent à se poser... mais avec une acuité croissante.

Voir en ligne : le RIM-Psy – Recueil d’Information Médicalisée en Psychiatrie

DELIS
DROITS ET LIBERTÉS FACE A L’INFORMATISATION DE LA SOCIÉTÉ
Santé Mentale Rhône-Alpes

FICHAGE EN PSYCHIATRIE
LYON LE 29 MAI 2010


Dans notre société les fichiers et leurs « croisements » ne cessent de proliférer, sous prétexte de « sécurité » individuelle et collective, au mépris du respect des libertés individuelles et du droit à la vie privée.
Dans ce contexte, le recueil des données de santé (recueil de l’information médicale, dossiers médicaux et futur DMP – dossier médical personnel –, « identito-vigilance ») ne peut plus être considéré comme une pratique purement technique et neutre, au bénéfice du suivi des patients et du calcul des tarifications des prestations de soins.
En psychiatrie tout particulièrement, ce recueil nominatif concerne des données sensibles (diagnostics, modalités d’hospitalisation…), qui s’accumulent dans les établissements de santé et les départements d’information médicale.
Beaucoup de soignants s’inquiètent de ce recueil obligatoire qu’ils doivent effectuer maintenant depuis 2007 sur tout le territoire pour chaque personne, enfant ou adulte, consultant en psychiatrie : pourquoi comme citoyen, participer à cette vaste entreprise de fichage, qui de plus altère et attaque notre travail relationnel (l’autre devient objet à identifier et étiqueter d’emblée dans un modèle réducteur, qui ne tient aucun compte de l’intersubjectivité) ?

Les autorités refusent jusqu’à présent de considérer cela comme un problème, malgré les positions du CCNE, les déboires du DMP, les alertes de la Cour des comptes sur le système d’information hospitalier… et toute la mobilisation contre les fichiers, Base-élève et Edvige en tête.
Que pouvons-nous faire ? Quels moyens d’action sont possibles et quelles sont leurs conséquences (refuser de « coder » par exemple) ? Pouvons-nous mobiliser les professionnels, les usagers et leurs associations ?

Discutons-en ensemble, samedi 29 mai 2010, à Lyon

Notre association propose une journée d’information et de réflexion, pour réunir tous les groupes, personnes, associations, syndicats… sensibilisés à ces questions.
 
Lieu : 147 avenue Général Frère, Lyon 8 ème
Repas : pouvant être pris sur place pour la somme de 10 euros.
Coût : Participation aux frais libre.

Programme :

8 h 30 : Accueil
9 h : Intervention Claire Gekiere et Olivier Labouret : État des lieux du fichage en psychiatrie (concret).
9 h 45 : 3 expériences d’équipes en face des dossiers à remplir et des diagnostics. (Collectif 13 et Dole sollicités).
11 h : Discussion avec la salle
11 h 45 : Intervention de Mireille Charpy, membre du « Collectif National de Résistance à Base- Elève ».

12 h 30 : Repas

14 h 30 : Evelyne Sire-Marin (Magistrate, fondation Copernic) : les fichiers, la justice et la psychiatrie.
15 h 30 : Jean-Claude Vitran (Ligue des Droits de l’Homme, responsable du groupe de travail "Libertés et technologies de l’information et de la communication") : l’enjeu des fichiers dans notre société.
16 h 30 : Quelles actions mener ?
17 h 30 : Synthèse de la journée

Discutant : Dr Bernard ODIER, psychiatre, Attaché de recherche au DIM, ASM 13, Paris
Modérateur : Pierre DAMESIN, psychologue, Chambéry (73).

Sites internet :

    * DELIS : http://www.delis.sgdg.orghttp://www.delis.sgdg.org/
  *Santé Mentale Rhône-Alpes : http://delis.smra.free.frhttp://delis.smra.free.fr/


L’informatisation en psychiatrie
Enflure et démesure
Quels enjeux et pour qui ?


Il est urgent de s’interroger sur les changements radicaux en psychiatrie, au regard de l’utilisation envahissante de l’informatique.
Qui sait ce que sont le PMSI (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information), la centralisation du dossier patient, les projets Fieschi, Babusiaux etc. ? Toutes modifications d’importance dans l’éthique du soin et sa qualité, l’évolution de la conception du soin. Aucune étude sérieuse n’a été menée par les gestionnaires pour en envisager les retombées, considérées a priori comme positives, et les négatives.
Quelles évolutions subit le secret médical du fait de l’utilisation extensive de l’informatique, du fait des multiples dérogations légales ?

Le secret médical et professionnel

Les conditions du secret sont-elles réunies, garanties par le code civil :" Chacun a droit au respect de sa vie privée", le code de déontologie médicale :" Le secret professionnel s’impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi" (souligné par nous), ou le serment médical : " admis (e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me sont confiés." ?
Pas sûr ! Il a bien fallu, que les personnels paramédicaux, sociaux aient accès à certains secrets : ce fût le secret médical partagé. Ceci a multiplié l’éparpillement des dits secrets. Tout est toujours et réellement pensé pour le soin optimum. On peut souhaiter qu’une vigilance toujours renouvelée permette de parer aux dérives inhérentes à tout système. Bien souvent un seul soignant ne peut suffire à soigner un patient, personne n’est tout puissant, si quelqu’un le croyait, il serait "fou" et dangereux pour lui-même et pour autrui.
Les secrétaires partagent le secret médical, pourtant ce ne sont pas des soignants, et désormais le personnel de maintenance et de conception informatique, en privé comme en public. Que dire des personnels des organismes d’assurance maladie qui voient défiler des feuilles de soin avec les diagnostics en cas d’arrêt de travail ! On a ainsi glissé du secret médical au secret partagé, aux dérogations légales au secret médical (les textes de Loi sont très précis à cet égard). Le nombre d’individus qui se trouvent de fait dans ce qui n’est plus une confidence d’un patient à un soignant prend des proportions considérables. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur l’individu, sur le soignant, sur le cadre de soin ?

La psychiatrie
Chacun peut être amené à rencontrer la psychiatrie en de multiples circonstances à tout âge de la vie. Il importe de ne jamais perdre de vue la spécificité du soin en psychiatrie qui s’appuie sur le respect de la personne dans ce qu’elle a de plus intime : ses pensées, désirs, souffrances, angoisses, questionnements par rapport à sa vie actuelle, passée, à venir, tout ce qui n’est pas objectivable (à la différence de ce qu’il peut en être en MCO-médecine, chirurgie, obstétrique). L’intimité de la personne, si elle concerne certes le corps, est encore plus sensible pour la pensée. Pourquoi s’inquiéter du devenir du secret médical qui est bien la pierre angulaire du soin en psychiatrie puisque il est tout à fait impossible de rencontrer un patient dans ce qu’il a de plus intime si les conditions de cette rencontre : confiance, confidentialité, ne sont pas assurées ?
En souffrance psychique, nos limites sont mises à mal, à divers niveaux. Les limites, c’est ce qui fait que nous sommes des sujets différents les uns des autres, différents des objets et du monde extérieur, non engloutis ou menacés perpétuellement de l’être. La souffrance psychique, qu’elle vienne de l’extérieur, de l’intérieur, plus précisément de l’interaction extérieur intérieur, fait effraction dans nos limites, entame nos capacités à distinguer fantasmes et réalité nous fragilise. C’est donc très essentiellement à la consolidation, à la reconstruction ou à la construction de ces limites que le soignant en psychiatrie s’efforce d’aider le patient.
Le cadre de soin doit être protecteur, ne pas faire effraction dans l’espace psychique du sujet. Ce cadre est dépendant de lois qui régissent l’exercice et les conditions du soin, de la capacité du soignant à être le garant des limites. Avoir des limites c’est pouvoir avoir une identité, un nom, des secrets, une filiation, des origines, une histoire. Avoir des limites c’est aussi décider à qui l’on fera partager ces différents aspects de soi-même.

Le PMSI Psy

Le 27 juillet 1994 paraissait un décret relatif aux systèmes d’informations médicales et à l’analyse de l’activité des établissements publics et privés et modifiant le code de la santé publique. C’était la naissance du PMSI (programme de médicalisation des systèmes d’information). Il est actuellement en expérimentation pour la psychiatrie, et déjà actif en MCO par exemple. Obligation est faite aux soignants de recueillir et colliger l’identité, le diagnostic, diverses données sensibles dont environnementales etc. pour chaque patient. Le temps passé à remplir des grilles PMSI est considérable et grève d’autant le temps clinique si précieux. Ces données sont transmises au DIM (Département d’Information Médicale) de chaque établissement ou structure, pour l’intra comme pour l’extra hospitalier. Elles sont ensuite anonymisées et transmises aux autorités de tutelle à des fins gestionnaires. Ainsi :

   * tout le personnel de chaque hôpital qui doit rentrer les données concernant le patient a accès au nom de tous les patients pris en charge par l’institution, à quelque registre que ce soit !
   * tout le personnel de chaque service a accès à l’intégralité des données enregistrées pour le PMSI, ce qui constitue un nombre non négligeable de personnes selon les lieux de travail.
   * des données indirectement nominatives sortent de l’hôpital. Ne nous arrêtons pas sur les risques de piratages, les utilisations et pressions abusives de la part d’assurances, employeurs... sur les patients pour avoir accès aux données qui leur seraient communiquées (droit d’accès du patient), mais quand même !

Ces données sont accessibles à des personnes qui ne sont pas des soignants du patient, voire pas du tout des soignants. Si le patient en est informé, il est de fait dépossédé de données biographiques, qui lui sont propres, à des fins gestionnaires.
Bien sûr, le travail des gestionnaires est de tout faire pour que les préoccupations de financement, le souci de la collectivité ait des retombées sur l’individu, et même si parfois la réalité nous incite à une grande prudence, pour le moins ne pouvons-nous pas blâmer a priori de louables intentions.
MAIS ce travail ne saurait se faire à n’importe quel prix, n’importe comment, et sans en mesurer les conséquences sur le patient et la qualité, les conditions du soin.

Avec le PMSI, il y a illusion d’une "vision patient", de la possibilité de suivi de la « trajectoire » patient. Des "morceaux", des "bribes" du patient viennent ainsi fabriquer une espèce de néo-identité à des individus bien souvent en quête, en mal d’identité. Une pseudo- biographie vient se substituer à une histoire à construire, reconstruire. Le nom, l’identité, accolé au diagnostic, constituent une effraction intolérable pour le patient. Nous connaissons les limites et la subjectivité très forte des diagnostics en psychiatrie, ils ne sont souvent que le reflet d’un instant T mais dans les faits se trouvent parfois réifiés.
Le nom c’est la filiation : je suis fils, fille de.., parent de... Quelqu’un aurait-il l’outrecuidance d’affirmer que le regard porté sur la maladie mentale s’est apaisé, atténué ? Affirmer que le malade mental est un malade comme les autres ne revient pas à changer la réalité de la différence et celle du regard d’autrui sur la souffrance psychique et ses conséquences. Reconnaître la spécificité de la psychiatrie c’est avoir pour chaque individu le respect qui lui est dû. La dignité humaine passe par le respect. Le respect de l’identité et de la pensée doivent être au cœur de la psychiatrie. Il ne faut pas les enfermer stigmatiser les patients dans les ghettos des fichiers.

Il y a une hypocrisie dans la Loi qui doit être encadrante et devient en réalité liberticide : le patient est informé que des données sont recueillies, centralisées au sein de chaque établissement, avec toutes les garanties de confidentialité et ne sortiront qu’anonymisées de l’hôpital. Point n’est question des données indirectement nominatives, nde la qualité et du nombre de personnes qui auront accès à leur identité, aux données recueilles dans le cadre du PMSI.

Aucune possibilité n’est laissée au patient de refuser ce recueil des données. La loi prévoit que les personnes "ont le droit de s’opposer pour des raisons légitimes (souligné par nous) au recueil et au traitement des données nominatives les concernant", sans définition des raisons légitimes. Peut-être cela renvoie t-il aux cas où l’anonymat est garanti (déclaration de séropositivité, accouchement sous x, cas de la toxicomanie). Cliquez sur la rubrique droit d’opposition du site de la CNIL, vous y trouverez : "il n’existe pas pour de nombreux traitements du secteur public." ! On imaginera aisément l’énergie qu’il faudrait pour s’opposer au recueil des données nominatives, et ce d’autant plus si l’on enfermé dans sa souffrance, ayant besoin de toute son énergie pour vivre si ce n’est survivre (même en MCO cela est vrai). Comment résister à cette force d’inquisition, particulièrement lorsque l’on demande de l’aide, A résister on se verrait potentiellement refuser l’accès aux soins dans le service public. On craindrait d’être encore plus traité de bizarre, soupçonneux, paranoïaque. Lorsque l’on souffre, l’autre est investi de pouvoirs, et en réalité en possède. La situation est très compliquée en psychiatrie. Si la loi sur les droits des malades est forte et importante, elle est par certains côtés hautement démagogique.

Divers arguments sont amenés par les tenants du PMSI

Premier argument : « après tout pourquoi pas ? » Cette remarque est redoutable ! Elle témoigne d’une méconnaissance profonde de l’enjeu du soin en psychiatrie. Un seul exemple : qui pourrait être serein face à cette question imaginée dans le regard des autres : il est malade mental, qu’ont donc fait ses parents, qu’a t-il fait, que va t’il transmettre à ses enfants, que pourrait-il me faire ? La honte n’est pas loin. Ne faisons pas les outragés, cela existe au tréfonds de chacun d’entre nous. La maladie mentale fait peur comme nous fait peur notre inconscient.

Second argument : « donner tous renseignements sur le patient serait le prix à payer par ce dernier pour être suivi "aux frais" de la collectivité. » C’est la médecine à deux vitesses. La préoccupation de la qualité du soin ne doit même pas se poser elle est donnée pour acquise.

Enfin : « cela n’empêche pas le patient de parler » ! Il est possible de penser qu’une effraction de l’intimité du patient n’est pas toxique et coûteuse pour son économie psychique interne : c’est opérer un véritable déni à la mesure du traumatisme subi (au sens du Petit Robert).

Une solution ?

Ceci est d’autant plus inquiétant et énigmatique qu’une solution technique simple existe, acceptée dan un premier temps par la Chef de mission du PMSI puis refusée par le Directeur de la Direction de l’Hospitalisation et des Soins se "repliant" derrière le Code de Santé Publique. C’est l’anonymisation à la source au sein de chaque unité fonctionnelle des données transmises au DIM qui limite considérablement le nombre de personnes concernées par la levée ou le « partage » de la confidentialité. Néanmoins il faut réexaminer de très près la question des données indirectement nominatives : l’anonymisation à la source ne règle pas tous les problèmes.
Le gestionnaire n’a nul besoin des noms, pourquoi les réclame-t-il ? L’argument de la recherche de doublons ne tient pas face à la technicité de l’anonymisation. Quid des doublons au niveau national ?

Toutes ces réflexions valent, de façon tout aussi aigüe et dramatique pour la centralisation et l’informatisation des dossiers patients, les contraintes et les retombées de la Loi Perben en psychiatrie, etc. Il est grand temps de nous réveiller, ce qui travaille en sourdine est ce qu’il y a de plus sournois et de plus dangereux lorsque des questions essentielles liées à la liberté de penser et de vivre sont concernées.

La centralisation du dossier patient

Notre grande opposition au PMSI, pour ce qui concerne la confidentialité, est tout aussi vive par rapport à la centralisation du dossier patient, mêmes remarques, mêmes propositions, les données recueillies sont bien plus nombreuses.

Idem pour les réseaux de soin. Dernièrement le rapport FIESCHI : « Les données du patient partagées : propositions pour l’expérimentation » - toujours sous couvert d’une meilleur e gestion, efficacité (soignante et du coût), affichant la maîtrise du patient sur ses données de santé- balise la piste pour la constitution d’une véritable cartographie du patient constituée à partir de tous les éléments recueillis par tous les professionnels de santé, accessibles à terme à toutes les professions exécutantes aux données de prescription, mélangeant allègrement les établissements hospitaliers, les professionnels hospitaliers et libéraux, les organismes d’assurance maladie et les régimes complémentaires. Ceci s’inscrit dans le même sens que la carte Vitale Sesam 2. Toutes les remarques supra sont valables au premier chef pour ce projet. Nous sommes au cœur de l’interconnexion des fichiers.
Ces problèmes concernent aujourd’hui 1 150 000 patients adultes et 432 317 enfants consultants ou hospitalisés (seulement pour les établissements publics en 2002, chiffres de la DREES (Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques), soit environ 80% de l’ensemble de la population consultante dans les établissements psychiatriques.

Hannah Arendt avait décrit la banalité du mal. Dans l’Allemagne nazie, les fichiers ont été d’une terrifiante efficacité, l’informatique n’existait pas. On sait le sort réservé aux malades mentaux par les nazis. L’informatique en elle-même n’est évidemment pas nocive, son utilisation, du fait de la multiplication considérable des champs d’application l’est déjà trop souvent. Seules la réflexion et l’extrême prudence face aux nouvelles technologies et à la constitution de fichiers nominatifs peuvent nous garder toujours vigilants sans être obtus sans refuser tout progrès technique de façon bornée. Il faut poser des limites sans concession aucune.

Les choses allant très vite, c’est maintenant le dossier patient partagé (à vie, la trajectoire et la traçabilité des patients fascine les gestionnaires) qui est également à l’ordre du jour, et dans les textes préparatifs au projet de Loi sur la prévention de la délinquance (version 8), la perspective de constitution d’un fichier national des hospitalisations psychiatriques… Les patients n’ont aujourd’hui que le droit de consentir (et il est écrit « consentement libre et éclairé ! »), drôle de conception du partage, de la liberté. Nous n’avons qu’à bien nous tenir ou à porter le débat, et en premier lieu, l’information, avec tous ceux qui sont concernés. Il nous faudra en parler plus longuement.

Odile Morvan






Mort de Brahim - La faillite du système psychiatrique
Samy Mouhoubi     
27/04/10

Praticiens et magistrats dénoncent un cruel manque de moyens et d’effectifs dans les structures existantes.


C’est une pomme de discorde qui revient à intervalles réguliers, opposant pêle-mêle les responsables politiques, le monde judiciaire et l’univers médical. Le meurtre apparemment « gratuit » survenu ce week-end à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) relance une nouvelle fois le casse-tête de la prise en charge des individus présentant des troubles mentaux – qu’ils soient encore en milieu carcéral ou qu’ils fassent l’objet d’un suivi thérapeutique une fois libérés.

Selon plusieurs acteurs de cette chaîne médico-légale, la problématique psychiatrique en prison et hors les murs sitôt une libération acquise demeure un « véritable désert ». « En pratique, les hôpitaux n’ont pas toujours les moyens qu’il faudrait pour soigner les détenus et ceux qui sortent », affirme d’un euphémisme choisi Philippe Carrière, ex-médecin psychiatre à Châteauroux (Indre) et à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor). Un état des lieux où règne l’indigence, souligne Virginie Valton, secrétaire nationale à l’Union syndicale des magistrats (USM). « Il y a un manque criant de praticiens en milieu carcéral en France. Et comme de plus en plus de personnes présentent de tels troubles, parfois aggravés par des problèmes de dépendance à l’alcool ou aux stupéfiants, on a une réelle carence de psychiatres capables de traiter des détenus ou des personnes qui ne sont pas encore concernées par des décisions de justice. »

En contacts fréquents avec les experts judiciaires, elle fustige un manque de concordance entre les moyens légaux à disposition et la réalité, tout autre. Il existe bien, en théorie, des services spécialisés censés permettre le traitement de détenus purgeant leur peine ou ceux tout juste élargis, tels les unités hospitalières sécurisée interrégionales (UHSI), créées en 2000, les services médicaux psychologiques régionaux (SMPR), fondés en 1986, et les unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA), émanant d’une loi de 2002.

« Que sur le papier… »

Or chacune de ces structures ne peut absorber la demande. Les SMPR, en principe à même de traiter des cas particuliers, ont trop peu de lits pour prendre en charge davantage de patients. Tandis que les UHSA, censées soigner des pathologies spécifiques, comme la pédophilie, viennent tout juste de voir le jour, huit ans pourtant après avoir été créées par la loi…

Ces unités ont en outre bien du mal à recruter des psychiatres exerçant, souvent, à coups de vacations espacées, pas forcément bien rétribuées, au détriment du suivi des prisonniers, voire des détenus libérés. « Peu de médecins veulent aujourd’hui travailler avec la justice. Ils estiment ne pas être rémunérés en conséquence », explique Catherine Vandier, vice-présidente de l’USM. « Ce n’est pas une absence de considération pour le suivi des détenus ou de ceux qui sortent, mais un vrai problème d’effectifs », déplore-t-elle.

Les deux magistrates pointent également un manque de personnel chargé, entre autres, d’épauler les juges d’application des peines (JAP). « Pour que nous puissions contrôler correctement les suivis psychiatriques, il faudrait que nous puissions étoffer les services de contrôle de probation », observe Mme Vandier.

Autre constat dont font état les magistrats : de moins en moins de personnes sont déclarées pénalement irresponsables car, selon certains psychiatres, il faut que ces dernières soient « confrontées à la loi ». Comme le remarque Matthieu Bonduelle, le secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM), « c’est pour certains d’entre eux une manière de thérapie ». « Or, attention à ne pas faire la confusion entre ce qui relève de la justice et ce qui incombe à la médecine. »

La création, par une loi de 1998, de médecins coordonnateurs assurant l’interface entre les juges et les praticiens chargés du suivi des ex-détenus, ce afin de contourner le sacro-saint secret médical, est en outre loin d’avoir fait ses preuves. En juillet 2009, 40 tribunaux (sur 175) en étaient encore dépourvus. « On crée des outils magnifiques, mais ce sont de magnifiques vitrines dont nous n’avons pas la clé ! » dénonce Virginie Valton, peu optimiste quant à une prochaine amélioration de la psychiatrie pendant et après la détention. « On a beau avoir des services spécialisés, tout ça n’existe, hélas, que sur le papier… »









PSYCHIATRIE : NON À LA CRIMINALISATION DES MALADES !


lundi 26 avril 2010


Claude Louzoun, Jean-Pierre Martin (psychiatres USP1) et Jean Vigne (infirmier Sud Santé sociaux) sont membres du collectif Non à la politique de la peur. Ils analysent le projet de loi sur l’hospitalisation psychiatrique.

Une nouvelle loi est en préparation sur l’hospitalisation psychiatrique ; dans quel contexte intervient-elle ?
Depuis le discours du 2 décembre 2008 du président de la République sur la psychiatrie, le gouvernement avance vers une réforme à visée sécuritaire du soin psychiatrique. Un projet de loi modifiant sur le fond la loi du 27 juin 1990 est en voie de validation. Ce texte complète un processus sécuritaire déjà très avancé.
Mais c’est aussi une « psychiatrie industrielle » qui se dessine, concevant le patient comme un objet de soins « rentables » dans le cadre du plan Hôpital 2007 et de la loi Bachelot.

Pouvez-vous en préciser les principales dispositions ?
Ce texte introduit surtout deux nouveautés : le traitement obligatoire dans la communauté et la possibilité de rétention pour évaluation de 72 heures dans le cadre hospitalier. Il réorganise le soin psychique autour du « soin sans consentement », avec un pouvoir accru du préfet et du directeur d’hôpital. Il confirme le passage des psychiatres sous les fourches caudines des préfets chargés de s’assurer de la compatibilité de la levée des mesures d’internement avec les impératifs d’ordre et de sécurité publics. Le directeur d’hôpital, de son côté, devient omniscient puisqu’en charge de décider des suites à donner en cas de non-observance du soin sans consentement ambulatoire.
Ce projet de loi introduit également des modifications diverses pour les hospitalisations d’office et sur demande d’un tiers2 et prévoit un régime spécial pour les personnes en cas d’antécédent d’internement en Unités pour malades difficiles3, ou déclarées pénalement irresponsables à la suite d’actes graves.

Quelle analyse faites-vous de ces mesures ?
Les « soins sans consentement », notamment ceux hors de l’hôpital psychiatrique, font du domicile et des espaces d’hébergement associatifs des lieux de contrôle et de contrainte au nom du soin, et nous placent au cœur d’une société de surveillance et d’une « psychiatrie criminelle » voulue par le chef de l’État. Ajoutons que « soins sans consentement » est une formulation qui consacre une fusion automatique et pourtant discutée et discutable entre traitement et détention ou limitation de liberté.
Il s’inscrit dans la lignée d’une remise en cause d’une psychiatrie portée par l’exigence de la qualité de malade et de sujet de droit du patient psychiatrique dans le cadre de la politique de secteur4. Nous dénonçons l’exploitation politique à des fins sécuritaires de la souffrance des malades et de ceux qui en sont parfois aussi les victimes. Nous dénonçons le manque de moyens et la perte de culture de ce soin spécifique, à travers les réformes et autres restrictions budgétaires de ces dernières années, avec pour conséquence la disparition de la politique publique de secteur psychiatrique et l’abandon de nombreux patients à leurs seules ressources ou à celles de leur entourage.

Face au tout sécuritaire, quelle alternative pour la psychiatrie ?
Les mesures de contrainte sanitaire à la personne ne peuvent être fondées sur la dangerosité sociale – pierre angulaire des lois liberticides dites de « tolérance zéro » criminalisant les « fous », les SDF, les jeunes (surtout de banlieue), etc. – mais sur l’état de nécessité clinique.
Toute loi dont le propos relève d’une contrainte, même de soins, doit être une loi de protection de la personne et non une loi de police donnant lieu à une mesure de sûreté sous la houlette du préfet. Le recours à toute privation de liberté nécessite la supervision et l’aval de la justice en matière de protection des citoyens. La législation psychiatrique ne doit plus être une législation d’exception. En aucun cas, la décision, l’application et la gestion d’une telle disposition ne peuvent relever du préfet.

La mobilisation est difficile sur ces questions, comment se dessine-t-elle ?
Face à ce retour d’un « grand renfermement », notre lutte est un enjeu politique de défense des libertés et des services publics dans la perspective d’un mouvement pour une psychiatrie démocratique.

1. Union syndicale de la psychiatrie.
2. Hospitalisations faites sans le consentement du patient (13 % des hospitalisations) contrairement aux hospitalisations libres.
3. Unités d’enfermement renforcé, ultra sécurisées (il en existe aujourd’hui cinq en France et bientôt neuf).
4. Cette politique vise à soigner la personne sans la couper de son environnement. L’hôpital n’étant plus qu’un recours le plus bref possible, dans les moments de crise.

Propos recueillis par Jean-Claude Delavigne




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PUBLIÉ LE 27/04/2010 | A.B.

Patrick Estrade, infirmier psy : « Assez de dérive sécuritaire »interview express


La coordination régionale CGT santé et action sociale organise aujourd'hui en partenariat avec les Cemea (formation en éducation, santé) et Erasme (formation continue) les premières rencontres de psychiatrie en Midi-Pyrénées à l'hôpital Marchant.


Questions à Patrick Estrade, infirmier au centre psychothérapique Philippe Pinel à Lavaur.

Vous faites le lien entre gestion hospitalière et déviance sécuritaire. Pouvez-vous préciser ?

Tous les hôpitaux sont déficitaires, et soumis à des pressions constantes pour réaliser des économies. L'hôpital psychiatrique n'échappe pas au phénomène et comme ailleurs, les coupes sombres se font sur le budget personnel. Mais nous ne sommes pas une entreprise marchande. Nous sommes des soignants qui ont de moins en moins de moyens pour prendre en charge le patient.

Concrètement, cela se traduit comment ?

On nous demande de plus en plus de devenir des gardiens alors que nous sommes des soignants. Mais chaque fois qu'il se produit un passage à l'acte dramatique, le discours sécuritaire se durcit. Il y a quelques mois, on a même parlé au plus haut niveau de l'État de bracelets électroniques. Une unité très encadrée va d'ailleurs ouvrir à Albi, et pour ça, il y a de l'argent. Reste que notre métier repose sur la prise en charge relationnelle. Mais on la sacrifie.

Vous attendez beaucoup de monde aujourd'hui.
Trois cents personnes environ ; des infirmiers, des psychologues, des psychiatres, des éducateurs. Le besoin de réfléchir ensemble, à nos pratiques est manifeste.