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jeudi 3 février 2011

Soutien psychologique : le rugby français montre l’exemple

Blog Fortes têtes
Récemment, nous apprenions que le syndicat des rugbymen professionnels, Provale, avait mis en place un dispositif destiné à accompagner les joueurs en difficulté psychologique sous la forme d’une permanence téléphonique offrant l’anonymat. Cette dernière est effectuée à tour de rôle par deux psychiatres et quatre psychologues. Le service, quant à lui, est basé au CHU de Bordeaux, au Centre d’Accompagnement et de Prévention pour les Sportifs (CAPS), créé en 2001 par Serge Simon, médecin et ancien international.
En tant qu’intervenante en psychologie du sport, il est toujours agréable de constater que la prise en compte du sportif dans son entier prend de l’essor et que le versant psychologique tend à « être regardé en face ». Ces hommes et ces femmes que nous avons coutume de nommer les « Dieux du stade » lors de grandes performances, n’en restent pas moins, nous en avons souvent discuté ici, faillibles, humains. Pourtant, dans certaines pratiques, il semble plus sûr, pour la réussite de l’athlète concerné, de se faire passer pour un gladiateur indestructible… même s’il n’en est rien. David Attoub, qui vient de retrouver les terrains après une suspension d’un an pour mauvais geste, avoue : « Si ce dispositif avait existé, j’aurais pu composer ce numéro d’aide, sans fard. L’anonymat est très important. Dire à l’encadrement du club que ça ne va pas, c’est risquer de se retrouver sur le banc. Du coup, on reporte le malaise sur ses proches, sa famille. Cela peut être horrible… » (p.30).

Le président de Provale, Mathieu Blin légitime l’initiative et raconte : « En onze ans de professionnalisme, j’ai constaté chaque saison qu’un ou deux coéquipiers étaient en souffrance (…). En un match, tu peux ressentir de la tristesse, du ras le bol, de la colère, de l’injustice. Tu ne te maîtrises plus, tu perds l’envie de respecter les règles. Sans compter la mise en danger de notre intégrité physique et de celle des autres ». Serge Simon, à son tour, précise : « Il existe une fragilité particulière du sportif de haut niveau. C’est de plus en plus vrai dans le rugby, avec le professionnalisme et la médiatisation. Les joueurs sont hyper-investis, constamment dans une machine à laver émotionnelle, où ils passent par des très hauts et des très bas ».

Si cette initiative doit être soulignée et félicitée compte tenu de l’intérêt qu’elle témoigne aux rugbymen français et à leurs souffrances éventuelles, nous partageons le sentiment de Nadine Debois, Présidente de la Société Française de Psychologie du Sport (SFPS), Docteur d’Université en STAPS et Professeur agrégé détachée à l’INSEP, lorsqu’elle précise que « la relation directe reste primordiale » et qu’ « il vaut mieux repérer les fragilités en amont plutôt qu’en aval ». Pour cette raison « former les entraîneurs à la psychologie comme le font les fédérations d’athlétisme, de cyclisme et bientôt de ski est aussi une excellente chose ».

Cependant, devant la réticence de certaines disciplines à « franchir le pas » d’une réelle prise en compte des aspects psychologiques de la performance et du vécu de leurs sportifs, l’écoute que cette permanence téléphonique offre reste très intéressante… Néanmoins, il faut reconnaître que ceux qui finiront par composer le numéro auraient dû rencontrer de l’aide antérieurement… Peut-être même certains d’entre eux n’en auraient-ils pas eu besoin grâce à la formation psychologique et mentale et à l’accompagnement reçus en amont… Allons savoir… 

mercredi 2 février 2011

La psychiatrie, ça sert à quoi au juste ?
Chroniques de La Quinzaine
Roger Gentis

Il y a des ouvrages qui ont le mérite d'être inattendus. C'est le cas de ce recueil de chroniques, impulsé par Patrick Faugéras, qui furent publiées en leur temps dans La Quinzaine littéraire. Pourquoi inattendu ? Peut-être parce que la personnalité de Roger Gentis l'est tout autant, ainsi que son sens acéré de l'écriture, devenue trop rare ces temps-ci. Celle-ci donne un coup de jeunesse aux problématiques les plus contemporaines à travers des textes pourtant anciens. Ces chroniques concernent le champ de la psychiatrie au sens large et la parution d'ouvrages devenus, pour certains, des classiques à l'instar de leurs auteurs, des noms qui comptent dans le domaine du soin psychique. Certains controversés (Bruno Bettelheim), voire plus (Wilhelm Reich), et d'autres à reconsidérer, comme Ludwig Binswanger ou encore Edouard Zarifian. Mais Roger Gentis sait à qui il a affaire et le dit en quelques mots dans sa langue vigoureuse, réhabilitant certains à leur juste place en tenant compte de la portée de leurs œuvres, tel le commentaire quasi visionnaire datant de 1976 à propos de Fabriquer la folie de Thomas Szaz.

D'autres analyses concernent plus précisément la situation de la psychiatrie en France qui n'a rien à envier, à l'époque, à celle d'aujourd’hui. Ainsi, l'ouvrage de Francis Jeanson, intitulé La Psychiatrie au tournant, où la situation est qualifiée de "merdier idéologique" et où sont dénoncés les comportements indolents des médecins. Bref, que de l'actuel, mais aussi un plaidoyer pour une psychiatrie enthousiaste, libérée de ses carcans et de ses acteurs les plus rétrogrades. Un peu d'air frais en somme. À lire aussi, dans la même collection – "Des travaux et des jours" : Freudaines du même auteur.
Patrick Conrath

La psychiatrie, ça sert à quoi au juste ?
Chroniques de La Quinzaine
Roger Gentis
Erès, 2010
220 p.


Rêve ou cauchemar ?
31.01.11

Le rêve reste une source d'inspiration pour les artistes. A Paris, les Ateliers d'art de France invitent à découvrir diverses "chambres" du rêve, à travers l'imagination de quarante créateurs et artisans. En quatre lieux - L'Atelier Bastille, Collection Le Marais, Talents Etoile et Talents Opéra - cohabitent des oeuvres de papier, de verre, de céramique, de bois, de métal ou de tissu (Hybrids rouges, de Géraldine Gonzalez ; Curiosité, de Sophie Dalla-Rosa ; Des-Composition, d'Alexandre Bour). Les mots de Daniel Sibony, psychanalyste et écrivain, explorent et décrypte ce parcours onirique. Au fil de sa pérégrination, le visiteur passe d'un univers du rêve à l'autre. Le Marais a choisi la volupté ; à la Bastille, c'est l'éden ; à l'Etoile, c'est l'heure du réveil, de l'interrogation et de la recherche de sens. Quant au quartier de l'Opéra, c'est à croire que les fantômes y rôdent toujours : c'est le contre-pied de la thématique du rêve, le cauchemar, qui y est présenté, non sans humour.

Du 4 février au 26 mars.
Tél. : 01-44-01-08-30.
Sur le Web : Ateliersdart.com.


Melina Gazsi
"Les évadés du bocal"

Festival du 4 Mars au 3 Avril 2011 au bar-restaurant le Lieu-Dit, 6 rue Sorbier, Paris XXe


C’est avant tout une histoire de rencontres. De rencontres et d’ouverture à autre. Tout part d’une conversation, suivie de la proposition d’Hossein Sadeghi, le propriétaire du Lieu-dit, à une personne qu’il rencontrait pour la première fois, de mettre à disposition son lieu pour un événement politique sur l’art et la folie. Cette proposition engendra d’autres rencontres : entre des soignants en formation (Utopsy), des soignants révoltés (le collectif des 39), des artistes (collectif Pounchd), un collectif philosophique et radiophonique (Zones d’attraction), de Nouveaux cahiers pour la folie, un Théâtre du reflet… Ainsi est né le collectif des évadés du bocal.

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À quel réel répond le discours psychanalytique ?

Colloque de la Fondation européenne pour la psychanalyse
à l’hôpital Sainte-Anne à Paris
(amphithéâtre Raymond Garcin,
entrées 2 rue d’Alésia ou 1 rue Cabanis, 75014 Paris)

le 28 mai 2011, de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h
et le 29 mai de 9h30 à 13h


À quel réel répond le discours psychanalytique ?

Cette question a un présupposé, qui ne va pas de soi aujourd’hui. Dans le climat idéologique contemporain, les discours sont jugés à l’aune de leur vraisemblance et de leur supposée efficacité, plutôt que d’être confrontés au réel dont ils procèdent ou à celui qu’ils pourraient éclairer.

Le réel auquel renvoie la psychanalyse, c’est d’abord celui de l’inconscient. Mais ce qui pour nous constitue une évidence ne peut être soutenu qu’à travers un discours qui permette de le rendre appréhendable. Ce n’est d’ailleurs pas là seulement une contrainte sociale. La pratique de la cure elle-même ne nous fait atteindre ce réel – fût-il situable hors chaîne de discours – qu’à travers une pratique de parole et de langage. C’est le cas par exemple dans l’analyse du rêve, où le déchiffrage d’un désir vient faire pièce à la jouissance muette du réel qui s’y inscrit.

Reste qu’aujourd’hui, moins encore que naguère, la psychanalyse ne peut se désintéresser d’un autre réel, le réel social dans lequel le sujet se trouve pris. Si Lacan a pu dire que « l’inconscient c’est la politique » c’est que l’écho des bouleversements du vingtième siècle résonnait dans les cures que l’analyste avait à conduire. La situation d’aujourd’hui est certes différente. Mais l’ultra-libéralisme et les idéologies qui l’accompagnent ne sont pas sans effets subjectifs.

Un dernier questionnement concerne ici la question de ce que nous désignons comme « discours de la science ». Peut-être sommes nous allés un peu vite lorsque nous avons, à travers cette thématique, contribué à donner l’image d’une forme de pensée qui entraînait nécessairement une « forclusion » du sujet. Mais si la science a son propre réel, auquel elle s’affronte, la frontière est parfois mince, dans le champ de ce qu’on appelle sciences humaines, entre science et idéologie. Et que dire de la psychiatrie contemporaine, qui se cantonne à une démarche empiriste et pragmatique ?

Responsables du colloque Roland Chemama et Christian Hoffmann

Est déjà prévue la participation de : Sidi Askofaré, Graziella Baravalle, Gorana Bulat-Manenti, Roland Chemama, Marcel Czermak, Christian Hoffmann, Laura Kait, Jacques Leibowitch, Rosa Navarro, Gérard Pommier, Moustapha Safouan, Alain Vanier


Inscription sur place, 60 euros, membres de la fondation 40 euros, étudiants 20 euros
Soins aux étrangers : les associations s’inquiètent

Après les restrictions apportées à l’aide médiale d’Etat (AME) fin 2010, plusieurs associations et médecins se sont inquiétés lundi du projet de loi sur l'immigration qui sera examiné mardi par le Sénat, qui pourrait restreindre la possibilité de droit au séjour pour les personnes sans papiers lorsqu'elles sont atteintes de pathologies graves. Ce projet de loi relatif à l'immigration a déjà été adopté par l'Assemblée nationale. Le texte initial prévoyait dans son article 17ter de restreindre le droit au séjour pour raisons médicales, qui permet aux étrangers résidant en France et atteints d'une pathologie grave (cancer, diabète, VIH, hépatites, troubles psychiatriques, etc.), de bénéficier d'un titre de séjour et d'une prise en charge médicale, lorsqu'ils «ne peuvent effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine». Un amendement déposé par le gouvernement proposait de remplacer la condition de «non-accès effectif au traitement approprié» par une «indisponibilité du traitement approprié» dans le pays d'origine, un terme beaucoup plus flou et «sujet à caution», que dénoncent la sénatrice Alima Boumedienne-Thiery (Europe Ecologie-Les Verts) et l'Observatoire du droit à la santé des étrangers (ODSE). Willy Rozenbaum, président du Conseil national du Sida (CNS) et François Bourdillon, président de la société française de santé publique (SFSP) se sont également élevés contre ce texte.
Soins des maladies mentales : faut-il une nouvelle loi ?

Pour des états généraux de la psychiatrie


Par Marie-Agnès Letrouit, ex-directrice de recherche au CNRS, et Paul Cossé, docteur en médecine, 
tous deux membres de l’association France-Schizophrénie (*).

Dans son exposé des motifs, le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes handicapées en raison de troubles mentaux affirme vouloir «lever les obstacles à l’accès aux soins et garantir leur continuité sans remettre en question les fondements des dispositifs actuels». Il propose de remplacer la notion d’«hospitalisation» par celle de « soins sans consentement», y compris en dehors de l’hôpital.

L’ignorance du public, la peur des soins en psychiatrie sont un frein. Des pratiques médicales fautives, dont le refus de soigner les patients incapables de se savoir malades et donc de demander des soins, en sont un autre. Enfin une loi spécifique à la psychiatrie qui, loin de favoriser l’accès aux soins comme on aurait pu le croire, comparativement à la loi générale, ne fait que le compliquer, l’empêcher et de toute façon le retarder. Pourtant, l’article L.1111-4 du Code de santé publique précise comment des soins peuvent être donnés à toute personne incapable d’y consentir. Par ailleurs, le maintien d’une loi spécifique conduit à des incohérences. Ainsi, pour une même maladie, Alzheimer par exemple, il y aura déclenchement du processus « psychiatrie » en cas d’hospitalisation en établissement de santé mentale. Au contraire, en service de gérontologie de l’hôpital général, il y aura hospitalisation ordinaire.

En 1838, les asiles d’aliénés étaient des lieux de « placement » des personnes vulnérables. Et dans l’esprit du public s’opère encore le glissement : placement = enfermement = atteinte à la liberté des personnes = atteinte aux droits de l’homme. D’où l’ambition des législateurs de résoudre simultanément deux problèmes : faire accéder aux soins les malades incapables d’y consentir et rendre impossibles les « hospitalisations abusives ». Or, celles-ci sont de purs fantasmes ! Les commissions départementales des hospitalisations psychiatriques (CDHP), dont le rôle est précisément de surveiller leur régularité, en font largement la preuve. Seules des fautes de procédure dans les modalités compliquées d’hospitalisations ont pu être relevées et même utilisées pour saisir la justice et faire condamner l’État sur des défaillances inévitables au regard des méandres juridiques.

Du fait du dispositif actuel propre à l’hospitalisation psychiatrique, nous constatons quantité de suicides, d’accidents, de délits qui auraient pu être évités si on avait cessé de gêner l’accès des malades mentaux aux soins les plus précoces possible recommandés par les congrès de psychiatrie. Est-il admissible d’attendre parfois le trouble à l’ordre public pour que médecins, policiers, pompiers se posent la question d’intervenir et de conduire enfin le patient en pleine crise aux urgences psychiatriques, alors que les soins qui étaient nécessaires étaient demandés depuis longtemps ? La Haute Autorité de santé l’affirme : « Il est recommandé de se référer aux critères cliniques et de recourir à l’hospitalisation sans consentement si son refus d’hospitalisation peut entraîner une détérioration de l’état du patient ou l’empêcher de recevoir un traitement approprié. » Nous sommes en désaccord avec ceux qui demandent que tout soin sans consentement relève de l’autorisation d’un juge judiciaire. Que diable un juge a-t-il à voir avec la nécessité de soins ? Il ne pourrait que demander l’avis d’un psychiatre et cela ralentirait de façon drastique les soins urgents et indispensables à l’hôpital et hors hôpital dont des centaines de milliers de malades ont besoin pour recouvrer une liberté que la maladie leur interdit. Sans compter que la justice n’arrive pas à faire son travail ordinaire.

Nous aurions préféré la suppression de toute loi spécifique et nous proposons, avec d’autres, la tenue d’états généraux de la psychiatrie. Quoi qu’il en soit, s’il doit y avoir une nouvelle loi, elle sera ce que sa mise en pratique en fera. Le risque existe qu’elle ne soit prétexte à enrichir l’arsenal « sécuritaire » du pouvoir. Nous devons nous employer à désamorcer toute tentative contre-productive et dangereuse de cette nature. Le débat aux deux Assemblées devrait y contribuer en conservant les mesures simplifiant l’accès aux soins à et hors l’hôpital et en se focalisant sur son amélioration : rôle des Samu, programmes post-hospitalisations, formation de ceux qui hébergent les malades, programmation annuelle de diminution des malades à la rue, en prison et de ceux qui font la navette avec l’hôpital. Les parlementaires doivent être accompagnés par la mobilisation des professionnels et des usagers.

(*) www.schizo-oui.com ; contactschizo@free.fr

Schizo ?… oui ! Faire face à la schizophrénie, bât. D, 54, rue Vergniaud, 75013 Paris. Tél. : 01 45 89 49 44.
Marie-Agnès Letrouit
Les malades mentaux ne sont peut-être pas plus nombreux en prison, mais ils y restent plus longtemps
14/05/2010     

Évoquant l’incarcération de plus en plus fréquente et problématique de personnes souffrant de maladies mentales, le médecin chef du service médico-psychologique régional (SMPR) de la prison de Fresnes, Christiane de Beaurepaire n’avait pas hésité à déclarer en juillet 2006 : « La prison sert de cache misère. C’est bien l’asile du XIXe siècle où se mêlaient les fous, les criminels et les pauvres », décrivait-elle. Quatre ans plus tard, les sénateurs auteurs d’un rapport intitulé « Prison et troubles mentaux : comment remédier aux dérives du système français », rendu public cette semaine, dressent un bilan similaire : « Le constat est alarmant » ont-ils tonné.

8 % de schizophrènes en prison, contre 1 % dans la population générale

De fait, les chiffres rappelés par Jean-René Lecercf (UMP), Jean-Pierre Michel (PS), Christiane Demontès (PS) et Gilbert Barbier (divers gauche) révèlent la forte proportion de détenus atteints de troubles mentaux. Ainsi, 8 % des prisonniers souffriraient de schizophrénie, tandis que les sénateurs observent que « la proportion de personnes atteintes de troubles mentaux les plus graves (schizophrénie ou autres formes de psychoses) pour lesquelles la peine n’a guère de sens, représenterait 10 % de la population pénale ». Les sénateurs rapportent en outre que 39,2 % des détenus seraient atteints de dépression, notent que 31,2 % souffrent d’anxiété généralisée, alors que l’addiction aux substances illicites touche 38 % des personnes incarcérées et l’alcoolisme 30 %.

Envoie-t-on vraiment plus de malades mentaux en prison ?

Au-delà de ces statistiques, les sénateurs ont souhaité déterminer si la proportion de détenus atteints de troubles mentaux majeurs avait réellement progressé ces dernières années. En dépit de l’impression dominante exprimée par les experts, qui tendent à répondre par l’affirmative, « faute de statistiques, ce sentiment ne s’appuie sur aucune donnée objective » remarquent les sénateurs. Ces derniers mettent cependant en avant une série d’arguments qui confortent ce point de vue. Ils s’intéressent notamment aux conséquences de la réforme du principe de l’irresponsabilité pénale de 1993. Une distinction entre l’abolition du discernement qui aboutit à décréter le prévenu irresponsable et l’altération du discernement qui « n’exonère pas l’auteur des faits de sa responsabilité » avait été établie. En 2003, le même Sénat affirmait que cette refonte du code pénal avait entraîné une diminution très importante du nombre de cas d’irresponsabilité pénale. Le Palais du Luxembourg affirmait alors que si 17 % des prévenus étaient déclarés totalement irresponsables dans les années 80, ils n’étaient plus que 1 % en 1997. Le diagnostic diffère aujourd’hui. Il semble que si « le nombre de non-lieux a baissé en valeur absolue, la part de ceux motivés par l’article 122-1 (définissant la notion d’irresponsabilité pénale, ndrl) est restée stable (5 % du total) » écrivent les sénateurs de 2010.

Maladie mentale : une circonstance aggravante


La réforme n’a cependant pas été sans influence. En effet, dans l’esprit du législateur, si le principe « d’atténuation du discernement » ne devait pas permettre au suspect d’échapper à un procès, il devait coïncider avec un allégement ou tout du moins un aménagement de la peine. Or, c’est la situation inverse qui s’est imposée : « l’altération du discernement (…) a constitué en pratique (…) un facteur d’aggravation de la peine allongeant la durée d’emprisonnement de personnes atteintes de troubles mentaux ». De façon plus explicite, les sénateurs, lors de leur conférence de presse, ont remarqué que les jurys avaient tendance à considérer la prison comme « le lieu le plus sûr » pour protéger la société d’éventuels nouveaux passages à l’acte. Aussi, dans leurs recommandations, les sénateurs estiment que doit être « conservée la distinction entre abolition et altération du discernement » mais que doit être « prévue explicitement l’atténuation de la peine en cas d’altération ». En tout état de cause, les sénateurs sont loin de recommander une restriction de l’application du principe d’irresponsabilité pénale, alors qu’une telle tendance aurait pu séduire au plus haut sommet de l’Etat.

Chambres d’hospitalisation : une cellule comme une autre

Au-delà des effets de la réforme de la responsabilité pénale, les sénateurs évoquent les conséquences de « la réduction de l’offre de soins psychiatriques en hospitalisation complète ». Le nombre de lits est en effet passé entre 1985 et 2005 de 129 500 à 89 800 lits. Connaissant cette situation critique, les experts seraient tentés de « refuser l’irresponsabilité d’auteurs d’infractions afin d’éviter de mobiliser un lit d’hospitalisation ». Les sénateurs dénoncent enfin le fait que les expertises ne soient « quasiment jamais mises en œuvre dans le cadre des procédures rapides de jugement, notamment la comparution immédiate qui concerne un nombre croissant de délits (près de 11 % des jugements en 2006) ». Si cette situation doit être dénoncée, c’est, martèle le rapport que la prison n’est nullement le lieu adapté pour des patients atteints de maladie mentale. Ils observent par ailleurs que les solutions mises en place ne sont pas toujours optimales : ils soulignent notamment comment dans « une majorité de SMPR, les chambres d’hospitalisation ne se différencient pas réellement des cellules de détention ».

La prison doit devenir plus séduisante pour les soignants

Aussi ont-ils établi une série de proposition, dont certaines semblent déjà avoir été entendues par le ministre de la Santé. Ils appellent en effet à une réforme rapide de la loi de juin 1990 sur l’hospitalisation d’office, or on sait que celle-ci est déjà engagée. Par ailleurs, ils invitent à renforcer la formation et l’offre en psychiatrie. Déjà, le 19 avril dernier, au lendemain de la prise en otage par un détenu d’un médecin de la prison de la Santé pendant quelques heures, Roselyne Bachelot avait annoncé qu’un plan dédié à la santé en prison allait être adopté et qu’il aurait notamment pour vocation « d’améliorer l’attractivité des métiers de la santé en milieu pénitentiaire ». Le ministre avait dans cette même lignée affirmé que : « Des opérations d’information auprès des étudiants seront amenées à se multiplier pour changer l’image des métiers de santé en milieu carcéral ». De leur côté, les sénateurs appellent à la création d’un « diplôme d’études spécialisées complémentaire en psychiatrie médico-légale ». Ils savent cependant que c’est l’ensemble de l’offre en psychiatrie qui doit être augmentée. En effet, « depuis 1997, les effectifs médicaux et soignants n’ont progressé que de 21,45 % en psychiatrie contre 108,3 % pour les soins somatiques » remarquent-ils. Aussi suggèrent-ils de « créer une spécialisation de niveau master en psychiatrie pour les infirmiers ».
Aurélie Haroche
Autisme : de la génétique aux innovations thérapeutiques

Les enjeux

Utiliser les outils modernes des neurosciences pour mieux comprendre les mécanismes étiologiques qui sous-tendent l’autisme infantile est un enjeu capital.

Les résultats obtenus au cours de ces dernières années par les chercheurs français sont à la hauteur de l’enjeu. Les équipes de la Fondation FondaMental ont identifié les premières mutations délétères de gènes rencontrées dans l’autisme idiopathique. Elles démontrent ainsi que certaines modifications de la connectivité cérébrale contribueraient à l'apparition de l'autisme.

Ces équipes ont également identifié des mutations dans les gènes impliqués dans la synthèse de la mélatonine qui pourraient sous-tendre les troubles du sommeil rencontrés chez les personnes avec autisme. Ces études se poursuivent en collaboration avec des équipes de biochimistes qui caractérisent les anomalies de la mélatonine et avec des équipes spécialistes des troubles du sommeil.

En pratique, ce type d’étude devrait conduire à l’identification de bio-marqueurs et au développement d’innovations thérapeutiques.

En parallèle à ces recherches très fondamentales, les équipes de la Fondation poursuivent des études utilisant l’imagerie cérébrale, le cognitif ou la recherche clinique. A cet égard, le réseau de Centres Experts Asperger va permettre de poursuivre ces recherches.

Source: http://www.fondation-fondamental.org/

Repères :
La Fondation FondaMental est une fondation de coopération scientifique dédiée aux maladies mentales.

Son ambition : faire des maladies psychiatriques des maladies comme les autres.

Son rôle : allier toutes les intelligences pour améliorer la compréhension, le soin et la prévention et redonner espoir aux patients et à leurs proches.

Elle a été créée en juin 2007 par décret du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, dans le cadre de la mise en place des Réseaux Thématiques de Recherche et de Soins (RTRS).

La Fondation FondaMental travaille en particulier autour de trois pathologies considérées parmi les plus invalidantes : la schizophrénie, les troubles bipolaires et l’autisme de haut niveau (syndrome d’Asperger). Ses travaux favorisent également la compréhension et le traitement de pathologies comme la dépression ou les conduites suicidaires et feront à terme reculer les troubles psychiques.

Un réseau d’excellence pour un enjeu majeur de santé publique


La psychiatrie est à un tournant de son histoire. Elle connaît aujourd’hui des avancées scientifiques et technologiques qui permettent une lecture nouvelle des maladies mentales et de leurs causes. Pour relever ces défis, la Fondation FondaMental :

< mobilise psychiatres et chercheurs de haut niveau appartenant à plus de soixante laboratoires de recherche et services hospitaliers sur l’ensemble du territoire ;

< coopère avec les équipes internationales les plus performantes ;

< œuvre à la constitution de réseaux européens de soins et de recherche en psychiatrie.

cyberpresse.ca 
Les poissons du Fleuve intoxiqués au Prozac

 21 janvier 2011
La concentration de médicaments dans l'eau est trop faible pour nuire à la santé d'une personne. Selon le professeur Sauvé, elle équivaut en effet à un grain de sel dans une piscine olympique.
Photo AFP
Mathieu Perreault

Les antidépresseurs qui se retrouvent dans le fleuve après un passage dans les égouts affectent les poissons, selon une nouvelle étude montréalaise. Le chercheur Sébastien Sauvé n'a toutefois pas pu observer d'effet sur le comportement des poissons.

«Nous avons soumis des truites mouchetées à une concentration d'antidépresseurs semblable à celle des effluents de l'usine de traitement», explique M. Sauvé, de l'Université de Montréal, qui publie ses résultats dans la revue Chemosphere. «Le composé semble traverser la membrane du cerveau. Ça pourrait avoir un effet sur le comportement, mais c'est difficile à observer.»

L'équipe de scientifiques dirigée par le professeur Sébastien Sauvé, du département de chimie, a trouvé des traces de médicaments dans le le foie et le cerveau de truites exposées à l'eau du fleuve. Les composés chimiques étaient concentrés dans le foie, mais les chercheurs ont aussi constaté qu'ils s'accumulaient dans le cerveau.

Problème réglé en 2013

Y a-t-il eu des changements dans les populations de poissons? «Rien de frappant», répond M. Sauvé. Et de toute façon il serait difficile de lier un médicament en particulier avec des changements dans les populations de poissons. «Manger du poisson contaminé aux antidépresseurs ne pose pas problème, selon M. Sauvé, parce que les concentrations sont trop faibles.»

Cet automne, une étude de l'Université d'Ottawa a constaté que les truites sont moitié moins susceptibles d'éjaculer en présence d'une concentration d'antidépresseurs 1000 fois plus importantes que les effluents des usines de traitement.

Le problème sera réglé en 2013, quand l'unité de stérilisation à l'ozone de l'usine de traitement sera terminée, à un coût de 150 millions. «L'ozone est l'une des seules techniques de stérilisation qui élimine les produits pharmaceutiques des eaux usées», dit M. Sauvé
Ce n'est pas la première étude de M. Sauvé sur le sujet. En 2009, il avait constaté que les médicaments anticancer se retrouvaient dans le fleuve.

Eli Lilly augmente d'un quart son résultat net trimestriel

Eli Lilly augmente d'un quart son résultat net trimestriel
27 janvier 2011
Par Cercle Finance

Eli Lilly a dégagé un résultat net de 1,23 milliard de dollars au titre de son quatrième trimestre, en croissance de 24%. Rapporté au nombre d'actions, le bénéfice du laboratoire pharmaceutique s'est établi à 1,11 dollar, globalement conforme aux hypothèses de marché.

Cette amélioration des résultats s'appuie sur une croissance de 4% du chiffre, d'affaires, à près de 6,2 milliards de dollars (dont un effet volume de +3 points), et sur une progression de la marge brute.

Par produit, l'antidépresseur Cymbalta (+20%) et les médicaments vétérinaires (+19%) ont le plus contribué à la croissance des ventes, devant l'anticancéreux Alimta (+9%).

Pour l'exercice 2011, Eli Lilly indique prévoir un BPA ajusté entre 4,15 et 4,30 dollars, en baisse par rapport à celui de 4,74 dollars réalisé en 2010.

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mardi 1 février 2011

Mauritanie : santé mentale, tout reste à faire
Par Laura Martel

Selon l’OMS, 10% de la population mondiale est susceptible d’être touchée par une maladie mentale, du simple trouble psycho-social à la pathologie psychiatrique. Dans la capitale mauritanienne, ce sont donc près de 100 000 personnes qui sont potentiellement en demande de soins. Depuis 2010, l’ONG Santé Sud s’est vu confier un projet de renforcement des soins en santé mentale dans la Communauté urbaine de Nouakchott. Manque de personnel, de financement, de législation ou tout simplement de connaissances des troubles mentaux, le défi à relever est de taille.

Écouter (02:23) en cliquant ici




lundi 31 janvier 2011

Quand la technologie devient l’architecte de notre intimité
21.01.11


Combien de fois par jour vérifiez-vous votre e-mail ? Dès votre réveil ? Avant de vous coucher ? Une douzaine de fois entre les deux ? Si vous êtes comme beaucoup d'entre-nous, le clignotant rouge de votre BlackBerry est la première chose que vous voyez chaque matin – vous avez un message ! – et la dernière lumière à disparaître quand vous vous endormez
", rappelle Jessica Bennett pour Newsweek. Ajoutez Twitter, Facebook et le reste de nos médias sociaux à ces obsessions et la connectivité permanente qui était censée nous simplifier la vie est devenue le boulet que l'on traîne avec soi du matin au soir. L'avantage de ces gadgets, bien sûr, c'est la connectivité qui nous permet de répondre à un mail sur la route et qui nous permet de rester en contact avec plus de personnes que nous sommes capables d'en rencontrer en une journée. Reste que pour Sherry Turkle, ces technologies nous rendent plus isolées que jamais.

On ne présente plus l'ethnographe et psychologue Sherry Turkle directrice du département sur la technologie et l'autonomie du MIT et auteur de nombreux livres dont La vie à l'écran sur l'identité à l'heure de l'internet (1995), ou La simulation et son malaise (2009). Elle publie un nouveau livre qui analyse notre relation à la technologie, intitulé Seuls ensemble (Alone Together) où elle dissèque l'ambivalence de la technologie quand elle propose d'être "l'architecte de notre intimité". Seuls ensemble est un fascinant portrait de notre relation changeante avec la technologie, estime Jessica Bennett et de comment celle-ci a redéfini notre perception de l'intimité et de la solitude.

Turkle y parle de ces élèves du secondaire qui craignent d'avoir à passer un coup de fil à quelqu'un, de ces enfants des écoles élémentaires désemparés quand leurs robots jouets de compagnie en viennent à mourir. Elle se demande comment sa fille se souviendra de leur relation, si toutes les communications longue distance qu'elles échangent se font principalement par textos. Turkle dénonce l'engagement superficiel qu'impliquent ces objets. "Nous utilisons des objets inanimés pour nous convaincre que même quand nous sommes seuls, nous nous sentons ensemble. Et puis, quand nous sommes avec d'autres, nos appareils mobiles nous mettent constamment en situation où l'on se sent seul. Ces objets induisent une véritable tempête de confusion sur ce qui est important dans les relations humaines".

Certes, la technologie, malgré ses défauts, rend la vie plus facile. Elle nous permet de communiquer avec plus de personnes en moins de temps. Elle rend la conversation plus simple. Elle peut même avoir un rôle thérapeutique. Mais elle peut aussi être séduisante : elle sait fournir plus de stimulation que la vie réelle : "Par rapport à une centaine de retweets et une avalanche de textos, une seule conversation pendant le dîner semble terriblement ennuyeuse"

Avec ces technologies, "la montée d'adrénaline est continue" estime Sherry Turkle. "Nous avons une petite poussée de dopamine à chaque fois nous faisons une connexion". Un étudiant du secondaire lui a confié qu'il se sentait bien dès qu'il commençait à écrire un texto.

Les sentiments que les machines nous font ressentir ne sont pas les mêmes que ceux que nous ressentons en temps réel, dans l'intimité du face à face. En ligne, nous pouvons ignorer les sentiments des autres. Dans un message textuel, nous pouvons éviter le contact visuel.

Cela ne veut pas dire que nous courrons à la catastrophe, nuance Sherry Turkle, mais peut-être qu'il nous faut réfléchir à la façon dont nous voulons vivre avec ces technologies. Car Sherry Turkle se défend d'être une luddite ou d'exprimer le point de vue moral d'une maîtresse d'école, mais elle craint que l'usage des technologies transforme nos normes sociales, plutôt que l'inverse. Nous n'avons pas à sacrifier la société pour les applications phares du moment, estime-t-elle.

Avec ces machines, "Il y a une réelle ambiguïté de savoir si nous avons ou pas l'attention des autres dans cette culture de la connectivité permanente" dans laquelle nous baignons, explique la psychologue qui rapporte dans son livre des exemples provenant de centaines d'extraits d'entretiens qu'elle a eu avec des patients. L'une des constatations les plus frappantes de l'ouvrage estime Peter Dizikes du service de presse du MIT, repose sur un renversement des rôles autour des technologies dans les familles. Les jeunes, pourtant grands utilisateurs d'appareils mobiles eux-mêmes, n'en sont pas moins malheureux quand leurs parents surutilisent ces mêmes appareils. Beaucoup de lycéens se plaignent ainsi de ces parents qui demeurent dans la "zone BlackBerry", qui les font ignorer leur entourage, même pendant les repas de famille.

"Mais pouvons-nous vraiment changer nos habitudes ?" demande Nancy Rosenblum, professeur en éthique politique à Harvard. Sherry Turkle n'évoque pas de grande révolution en conclusion de son ouvrage. Au contraire. Elle suggère de commencer par des choses simples qui ressemblent plutôt aux bonnes manières : parler à des collègues dans le couloir, ne pas utiliser son téléphone lors d'un diner, quand on est venu voir son enfant faire du sport, dans la voiture, ou en compagnie.

Une "Netiquette" que nos pratiques ont depuis longtemps fait voler en éclat. "Ces actes ne sont pas nécessairement faciles", en tout cas pas aussi faciles qu'ils le paraissent. "Quand nous essayons de retrouver notre concentration, nous entrons souvent en guerre contre nous-mêmes". Mais nous ne pouvons pas céder pour autant le contrôle de notre vie à la technologie.

DES EXEMPLES DRAMATIQUES FONT-ILS PATHOLOGIE ?

Le livre de Turkle explique que la technologie redessine le paysage de notre vie affective. Mais il pose également la question de savoir si elle nous offre pour autant la vie que nous voulons mener ?, explique David Weinberger dans le Boston Globe. Ce qui ne l'empêche pas d'être plutôt critique face à cette vision. "Turkle lit comme des maladies bien des symptômes que beaucoup d'entre nous considèreraient comme des signes d'une bonne santé sociale. Pour Turkle, les photos des téléphones mobiles pendant l'investiture présidentielle de janvier 2009 ne sont pas la marque d'un partage d'un moment avec des amis éloignés, mais celle, pathologique, de vouloir échapper à l'ici et au maintenant."

Turkle ne lit pas le flot de SMS que s'échangent les adolescents comme le signe qu'ils sont socialement plus connectés que jamais, mais comme la preuve d'un besoin d'être constamment rassurés. Quand une adolescente lui rapporte qu'elle était heureuse d'apprendre la mort d'un mai par message instantané, car elle "était capable de se composer", d'avoir le temps d'y réfléchir", Turkle voit un repli dans le paradis protecteur de l'internet pour éviter des émotions fortes, plutôt que l'expression d'une solution raisonnable pour faire face à un moment difficile."

Pour David Weinberger, malgré tout le respect qu'il porte au travail de Turkle, son regard lui semble déformé par le modèle psychologique qu'elle cherche à plaquer sur le sujet. Son regard même est déformé, car les symptômes qu'elle égraine semblent souvent plus atypiques qu'autre chose. L'adolescent qui envoie des dizaines de textos par jour à sa mère, ou l'adolescente qui refuse d'utiliser le téléphone, car mettre fin à un appel lui donne l'impression d'être rejetée, sont des exemples dramatiques, mais cela n'en fait pas nécessairement les preuves d'une pathologie généralisée. Enfin, estime David Weinberger, Turkle préfère personnellement les téléphones à Facebook, les courriers papiers à Skype, les poupées aux robots. Comme souvent dans les réflexions critiques à l'égard d'internet, le rejet du nouveau rejoint la préférence pour les formes anciennes, traditionnelles.

La modernité qui nous déplace loin des "anciennes valeurs" semble pathologique par essence. "Les changements qu'induisent les technologies remettent en question jusqu'aux cadres conceptuels que nous maîtrisons pour comprendre ces changements", estime David Weinberger. Même d'un point de vue psychologique.
Hubert Guillaud

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Cet article a été publié à l'origine sur Internetactu.net


L’hôpital géant enfin achevé

1 017 lits, 20 blocs opératoires, 130 salles de consultation…il aura fallu quatre ans pour construire le nouveau Centre hospitalier Sud francilien, dont le chantier vient de s’achever.

BENJAMIN JÉRÔME
Publié le 22.01.2011
 
Les murs sont là : il ne manque plus que les lits, les malades dessus et les médecins autour. Après quatre années d’efforts — jusqu’à 1700 ouvriers ont travaillé sur le site —, le chantier du Centre hospitalier Sud francilien s’est achevé cette semaine, conformément au calendrier fixé. La direction de l’hôpital a symboliquement récupéré les clés des lieux jeudi.

Ouverture prévue en mai.

Installé entre Corbeil-Essonnes et Evry, ce centre regroupera les actuels hôpitaux de Corbeil-Essonnes, Evry-Courcouronnes et Yerres. Avec ses façades jaunes et orangées visibles de la Francilienne, c’est un mastodonte de la santé qui est en train de naître. Il réunira médecine générale, psychiatrie et rééducation et comptera 1017 lits, 4000 naissances par an, 20 salles de bloc opératoire, 130 salles de consultations… Ce sera une petite ville dans la ville. Au même instant, 4000 personnes, patients et personnels se croiseront sur ces 110000 m2.

Mais pour l’instant, seuls les pas des rares visiteurs résonnent dans les couloirs déserts. Il n’y a rien, ou presque, dans les murs du nouvel hôpital. Pas de lits dans les chambres ni même… de papier aux toilettes. Il y a bien un distributeur de barres chocolatées et de canettes à côté de l’ascenseur, mais il n’est pas branché. En fait, le centre hospitalier se donne quatre mois pour préparer l’arrivée du personnel et des patients. Il faut vérifier la conformité sanitaire des locaux, commander du nouveau matériel…

Un « bras multimédia » pour chaque lit

On sait cependant déjà à quoi ressembleront les chambres. Il y a un an, l’hôpital avait installé dans un préfabriqué une « chambre témoin ». Élus, administratifs et cadres hospitaliers avaient pu découvrir le futur aménagement de l’hôpital. « Les couleurs sont lumineuses, c’est important », réagissait à l’époque Pascale, encadrante de personnel soignant. L’occasion aussi de découvrir la grande nouveauté : un écran tactile accroché à un bras pivotant et déployé au-dessus du lit. Ce « bras multimédia » permet au patient de regarder la télé, écouter la radio, téléphoner ou même se faire livrer un croissant en provenance de la cafétéria. Ce gadget électronique devrait équiper chacun des mille lits de l’hôpital.

« Ce beau bâtiment va devenir un bel hôpital », promettait hier Alain Verret, le directeur général du centre. Quand tout sera prêt, les services déménageront les uns après les autres sur le nouveau site : d’abord la réanimation, les urgences et la chirurgie, puis la médecine, la rééducation et, enfin, les services psychiatriques. Le début des transferts est programmé le 17 mai, l’opération devant s’étaler sur sept semaines. En cas de retard, le déménagement pourrait être décalé à septembre-octobre.

Crises d’anxiété ou de panique: une thérapie centrée sur la respiration et une psychothérapie cognitive plus efficace que la psychanalyse

Une nouvelle thérapie respiratoire réduit la panique et l’anxiété en inversant l’hyperventilation : "ce nouveau programme de traitement enseigne aux gens qui souffrent de trouble panique comment réduire les symptômes en normalisant leur respiration" explique le psychologue Alicia E. Meuret (Southern Methodist University, de Dallas).

L’hyperventilation est un état de la respiration excessive, les résultats de la respiration profonde ou rapide et est fréquente chez les patients souffrant de troubles de panique.

CART aide les patients à apprendre à respirer de manière à inverser l’hyperventilation, un état très inconfortable où la circulation sanguine fonctionne avec des niveaux anormalement bas de dioxyde de carbone.

« Nous avons constaté que c’est le changement thérapeutique en dioxyde de carbone qui impliquent les symptômes de panique – et non l’inverse », a déclaré Meuret.

Des exercices de respiration deux fois par jour

Pendant le traitement, les patients subissent des exercices simples de respiration deux fois par jour. Le but de ces exercices est de réduire l’hyperventilation chronique et aiguë et les symptômes associés physiques. Ceci est réalisé par la respiration plus lente plus importante et moins profonde. Contrairement à la croyance laïcs, prendre de grandes respirations aggrave effectivement l’hyperventilation et les symptômes de panique.

« La plupart des patients disent qu’ils sont terrifiés par des symptômes physiques tels que l’essoufflement ou des vertiges », a déclaré Meuret. « Dans notre étude, la respiration lente et superficielle a conditionné la diminution des troubles ».

Source : eurekalert.org

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Santé.com
Sans amygdale, le cerveau humain n'a plus peur


Une nouvelle étude publie que l'amygdale, petite zone du cerveau, serait responsable de nos peurs. Pour preuve, une femme qui en est dépourvue décrète ne plus avoir peur de rien.


Certains scientifiques de l'Iowa cherchant à déterminer quelle partie du cerveau est responsable de nos angoisses et de nos craintes auraient démontré qu'il s'agit de l'amygdale, zone du cerveau située dans la région antéro-interne du lobe temporal. L'étude publiée jeudi dans la revue américaine Current Biology se base sur une femme de 40 ans, dont l'amygdale a été détruite par une maladie rare.
Cette femme affirme ne plus ressentir aucune peur et ne lit plus la peur sur le visage des autres personnes.

Jusqu'ici, seules des études menées sur des rats et des singes avaient montré que l'amygdale tenait un rôle central dans les réactions de peur.

Cette découverte est extrêmement importante, si l'on note que plus de 7 millions d'américains souffrent du syndrome de stress post-traumatique selon l'Institut national de la santé mentale. Ce syndrome est un trouble de l'anxiété qui survient après une dure expérience, notamment quand la survie de l'individu est en jeu. En 2008, une étude de la Rand Corporation estimait que plus de 300 000 soldats revenaient des combats en Irak en souffrant de ce syndrome.

Cette étude va donc ouvrir la voie sur de nouveaux traitements, en témoigne le professeur de neurologie et de psychologie Danien Tranel, principal auteur de l'étude. Ce dernier explique à l'AFP : "Les travaux publiés jeudi montrent que des zones spécifiques du cerveau pourraient bien être responsables du syndrome de stress post-traumatique. La psychothérapie et les médicaments sont les options actuelles pour le traiter et ces traitements pourraient ainsi être ajustés ou de nouveaux développés en ciblant l'amygdale".
Caroline Ovary

 

dimanche 30 janvier 2011

Menace sur la psychiatrie parisienne

Plusieurs établissements psychiatriques de la région parisienne sont sur le point de fusionner.


Cela fait des mois que les professionnels de la psychiatrie publique s’inquiètent. Hier, la CGT a tiré une nouvelle fois la sonnette d’alarme, pointant une menace très précise : l’agence régionale de santé d’Île-de-France est actuellement en train d’imposer aux hôpitaux psychiatriques de la région de passer une convention créant une « communauté hospitalière de territoire ». Dans les faits, le centre hospitalier Sainte-Anne, l’établissement public de santé Maison-Blanche ainsi que le groupe de santé Perray-Vaucluse constitueront la communauté avec laquelle l’Association de santé mentale 13 et l’établissement public de santé Esquirol pourront signer des conventions de partenariat. « Ce n’est ni plus ni moins qu’un projet de fusion de la psychiatrie publique de secteur parisienne », dénonce la CGT. Avec un but, idéologique mais surtout financier : trouver une solution pour que cela coûte le moins cher. Et tant pis pour les usagers.

«On a eu connaissance de ce projet il y a dix jours», déplore Bernard Bruant, de la CGT de Sainte-Anne. Comme tous ses collègues, ce qui l’inquiète, c’est la mutualisation de moyens. «Le plateau technique en psychiatrie, c’est le temps humain», rappelle d’ailleurs Christine, de l’hôpital Maison-Blanche. « C’est la fin de la continuité des soins, résume Serge Klopp, infirmier. L’idée de supprimer les secteurs permettrait de globaliser l’offre d’hospitalisation sur Paris. C’est oublier que le soin en psychiatrie repose sur le relationnel et la continuité. Nos patients ne sont pas hospitalisés longtemps, mais souvent. Il est important pour eux de retrouver des soignants qu’ils connaissent. » « On nous impose des choix bien loin des réalités de terrain », surenchérit Christophe Freychet, de la CGT Perray-Vaucluse. Exigeant le retrait de cette convention, la CGT a prévu de passer à l’action d’ici à février.
Alexandra Chaignon


 La CGT contre la réorganisation de la psychiatrie parisienne

La CGT ne veut pas du projet de réorganisation de la psychiatrie parisienne. La branche santé du syndicat a dénonce un projet de «Convention constitutive d'une communauté hospitalière de territoire parisien pour la psychiatrie» qui concerne cinq établissements psychiatriques publics de la région parisienne : Saint-Anne (XIVe), Maison Blanche, Perray-Vaucluse (VIIe, VIIIe et XVIIe, Essonne) et les Hôpitaux de Saint-Maurice (94, et Paris IVe et XIe) et l'Association de santé mentale ASM13 (Paris XIIIe). La CGT Santé estime qu’«une meilleure coordination des actions et une meilleure complémentarité des pratiques (...) ne passe pas obligatoirement par des fermetures de structures de soins, des fusions de services ou des transferts de compétences», selon les termes de Christine Bastouill, déléguée CGT de l'établissement public de santé Maison Blanche (Paris XXe).

Grèves dans 2 hôpitaux en Basse-NormandiePar Europe1.fr
28 janvier 2011

Des mouvements de grève ont été organisés dans les hôpitaux de Vire (Calvados) et de Cherbourg (Manche) vendredi pour protester contre des suppressions de postes. C'est la première fois depuis 1981 que l'hôpital de Vire est en grève, souligne un infirmier en psychiatrie et secrétaire de la CFDT à l'hôpital.

"La mobilisation est exceptionnelle. Nous étions entre 150 et 180 à manifester", a-t-il ajouté. Selon la direction, il y avait 5% de grévistes. Selon les gendarmes, 60 personnes ont participé à la manifestation dans l'après-midi. A Cherbourg, un des services de l'hôpital, soit une vingtaine de personnes selon l'Unsa, était également en grève vendredi pour la deuxième journée consécutive, pour des raisons similaires.

Décès du psychanalyste J-P.Valabrega
AFP
29/01/2011

Jean-Paul Valabrega, psychanalyste proche de Lacan et fondateur du Quatrième Groupe, est décédé le 25 janvier à l'âge de 89 ans, ont annoncé ses proches aujourd'hui. Ancien résistant, il a continué à manifester son indépendance d'esprit au travers des querelles qui ont secoué la psychanalyse française. Analysé par Lacan, il le suivra en 1953 dans la Société Française de Psychanalyse puis en 1964 dans l'École Freudienne de Paris. Il le quittera en 1969 pour fonder avec deux collègues, Piera Aulagnier et François Perrier, une quatrième société: le Quatrième Groupe - Organisation psychanalytique de langue française.Jean-Paul Valabrega a publié de nombreux ouvrages. Il sera inhumé le 2 février au cimetière du Montparnasse à Paris.


La famille dans tous ses états
28.01.2011

Le Conseil Constitutionnel se prononce aujourd’hui, vendredi 28 janvier 2011 sur la question du mariage homosexuel. Même s’il risque fort de renvoyer la balle aux législateurs…
Cet examen par le conseil fait suite à la procédure engagée par un couple de femmes auquel le tribunal de Reims a interdit l’accès au mariage le 24 août 2010… Elles ont donc déposé une QPC (Question prioritaire de constitutionnalité) devant le Conseil constitutionnel

C’est l’occasion pour nous de recevoir le grand anthropologue Maurice Godelier qui dans un entretien au Monde Magazine du 4 décembre dernier avait bousculé quelques conceptions bien établies de la famille… « La famille en chantier », c’était le titre de cet entretien, nous reviendront avec lui sur toutes les implications philosophiques et anthropologiques des révisions à l’assemblée des lois de bioéthique…


A écouter ici


Comment les médecins prescrivent-ils les médicaments ?
28.01.2011

 Après l’affaire du Mediator, ce médicament qui serait responsable de 500 à 2000 décès entre 1975 et fin 2009, c’est un traitement contre l’acné qui est soupçonné d’être à l’origine de 25 à 27 suicides d’adolescents entre 1986 et 2009, selon l’Agence française de sécurité sanitaire, l’Afssaps. Cette semaine, le père d’un jeune de 17 ans qui s’est donné la mort en juillet 2007 alors qu’il suivant un tel traitement, a saisi la justice. Peu avant le 15 janvier, date de la remise du rapport de l’Inspection Générale des affaires sociales, l’IGAS, sur le Médiator, la revue Prescrire avait révélé une liste de médicaments qu’elle juge dangereux comme le buflomédil, le nimésulide ou le vinflunine… Et, comme en 2008 et 2009, la revue n’a pas décerné, pour son palmarès 2010, de pilule d’or… C’est dire à quel point l’industrie du médicament traverse une mauvaise passe. Et c’est sans doute pour limiter les risques de contagion que le regroupement des entreprises françaises du médicament, le LEEM, a décidé, lors de son conseil d’administration du 18 janvier, de suspendre de la liste de ses membres Servier, le laboratoire qui a produit le Mediator pendant 34 ans.

Dans ce contexte, Nicolas Sakozy a chargé Bernard Debré, professeur de médecine et député UMP de Paris, d’une mission pour proposer, dès mars 2011, des mesures destinées à assainir la filière du médicament. C’est donc toute la structure actuelle des Agences et autres Commissions qui se retrouve sur la sellette. Néanmoins, en marge de ce tumulte et du parfum de scandale qui flotte sur la médecine, les patients continuent à consulter et les généralistes à prescrire. Et chacun d’entre nous est en droit de s’interroger sur le processus qui conduit le praticien à délivrer la fameuse ordonnance, sésame d’un traitement.

- Qui n’a pas été surpris de voir son médecin consulter le Vidal pour trouver le bon médicament ?

- Après son diagnostic, comment le généraliste choisit-il un médicament plutôt qu’un autre ?

- Quel rôle jouent les visiteurs médicaux dans ce choix et quels liens existent entre ces visiteurs et les
laboratoires pharmaceutiques ?

- Les patients réclament-ils eux-mêmes certains médicaments et les médecins ont-ils les moyens de résister à cette demande ?

Invités :
Fabienne Bartoli, directrice adjointe de l’Agence française de sécurité sanitaire, l’Afssaps,
Christian Lajoux, président des entreprises du médicament, le LEEM,
Claude Leicher, président du syndicat de la médecine générale, le SMG
Jean-Yves Nau, médecin et journaliste du site Slate.fr
Bruno Toussaint, directeur de la rédaction de la revue Prescrire

A écouter ici
Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue : de la pharmacologie
27.01.2011

Qu’est-ce que le soin ? Que veut dire prendre soin ? Quelle différence établir entre le soin thérapique et le soin thérapeuthique ? Existe-t-il une obligation de soin ? Sur quoi reposent les enjeux d’une politique de soin ? Le soin est-il  une relation intégrale ? On n’en finirait pas d’énoncer les multiples dimensions du soin. Prendre soin de soi et des autres ne relèvent pas d’une quelconque vertu morale transcendant les siècles et les civilisations telle la pitié primitive ou l’amour de soi dans l’état de nature chez Rousseau. La question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique selon le philosophe Bernard Stiegler. Elle s’inscrit au cœur des alternatives économico-politiques. Elle requiert la mise en œuvre d’une politique d’adoption capable de promouvoir une véritable écologie de l’esprit. Bernard Stiegler est de ceux qui anticipé la crise économique et financière de 2008. Il a tiré les leçons de l’effondrement du modèle industriel fondé sur l’automobile et la télévision. À ceux qui ne voient pas que le consumérisme est menacé par sa limite propre du fait que le désir du consommateur s’épuise en même temps que son savoir vivre s’émousse, il répond que la domination du court terme sur le long terme a assez duré. À la morgue du marketing irresponsable, il préfère contribuer à la formation d’un nouvel âge industriel. Face à une économie de l’incurie génératrice de bêtise sytémique, il préfère se demander ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. C’est le titre de son dernier livre. Ce n’est pas un livre de plus sur le soin. Mais un livre qui prend soin de la vie humaine. Il est venu à La Fabrique de l’Humain pour nous en parler….

A écouter ici


Psychanalyse et théorie sociale

S’interroger sur les rapports entre théorie sociale et psychanalyse, et demander s’il y a une théorie sociale en psychanalyse, une théorie sociale formulée et formulable par la ou les théories psychanalytiques, exige d’affronter deux représentations à la fois opposées et très répandues...

Séminaire avec Claire Pagès, professeur de philosophie à l'université Paris X-Nanterre.

A écouter ici





LE MONDE DES LIVRES
Critique

"Le Revolver de Lacan",
de Jean-François Rouzières : un revolver sous le divan

27.01.11
Lorsqu'un psychanalyste publie son premier roman et l'intitule Le Revolver de Lacan, on s'attend, reconnaissons-le, à lire un texte un peu conceptuel, très référencé, truffé de jeux de mots pour initiés. Jean-François Rouzières nous offre au contraire une fiction portée par une écriture étonnamment limpide et précise. Si la psychanalyse travaille son texte, ce n'est pas d'abord comme théorie, mais comme moteur du récit, en tant qu'expérience émotive et vitale vécue par le héros, Gabriel.

Des trois carnets qui composent Le Revolver de Lacan - "Carnet du soldat", "Carnet du patient", "Carnet du chasseur" -, le premier est sans doute le plus tourmenté. Ayant abandonné ses études de médecine, Gabriel est parti s'engager en Afghanistan, dans une unité d'élite. C'est le moment du traumatisme, mais ce pourrait aussi bien être le carnet du symptôme puisque, comme il le dit lui-même : "Je ne trouvais pas idiote l'idée de mourir pour mon pays. (...) Je sais (...) que les raisons qui me poussent sur un champ de bataille sont peut-être plus obscures que cette conscience qui semble s'être trouvée. Je sais tout cela, il n'empêche : les démocraties occidentales sont bien contentes de trouver des cinglés comme nous."

Revenu en France après une opération héroïque et tragique, Gabriel se mure dans le silence, sa voix étant "restée sur les champs de bataille". Il vit comme s'il était redevenu "l'enfant qui s'était demandé si ça valait vraiment le coup de venir au langage". Ce ne sont a priori pas les conditions idéales pour entamer une cure par la parole... C'est pourtant ce que va accepter d'engager avec lui l'étrange Monte-Cristo, dont les méthodes seront aussi inventives que les réactions de son patient. Détenteur d'un Smith & Wesson .38 Chiefs Special censé avoir appartenu à Jacques Lacan, et qu'il a placé en évidence dans son cabinet, le psychanalyste attise évidemment la violence de son patient : "Pourquoi avait-il gardé cette arme ? Pourquoi la mettait-il sous mon nez ? Ne tenait-il pas à ce que je m'en serve, finalement ?" Il faudra toute la patience, la finesse et l'originalité de ce psychanalyste pour que Gabriel comprenne que la guerre "n'est pas que sur les champs de bataille" et qu'il est temps pour lui de cesser de se battre avec lui-même.

Aussi passionnant qu'un "récit de cas", le roman de Jean-François Rouzières désamorce pourtant les risques d'une écriture clinique, ne serait-ce que parce qu'il adopte le point de vue du patient, et épouse stylistiquement le rythme de ses errances, de sa violence et de sa souffrance. Malgré quelques passages dans lesquels la vulgate freudienne s'expose en des formulations un peu trop prévisibles, la réussite de Jean-François Rouzières tient à ce que sa fiction ne perd jamais de vue la singularité de l'expérience psychique de son héros.

Le troisième carnet paraît d'abord un peu moins nécessaire que les précédents. Le roman aurait pu, sans frustration pour le lecteur, s'achever avec la fin de la cure. Gabriel reprend ses études de médecine, devient psychiatre et, avec une rapidité surprenante, psychanalyste. Il rencontre un vieil homme, ancien combattant comme lui, et toujours en guerre sous des dehors joviaux. Hystérique, diagnostique-t-il. Pourtant, c'est cette rencontre qui lui permettra de mener à bien son cheminement, en vertu de l'idée selon laquelle l'analyse continue bien après la fin de la cure.

LE REVOLVER DE LACAN de Jean-François Rouzières. Seuil, 304 p.



Deux drames soulèvent la question du suicide des enfants et adolescents

Une adolescente de 14 ans était dans un état grave après avoir tenté de se suicider jeudi dans son collège de Vaujours (Seine-Saint-Denis) en sautant du 4e étage de l'établissement, un drame qui survient au lendemain du suicide par pendaison d'un garçon de 11 ans.

La jeune fille, scolarisée au collège Henri IV, a tenté de mettre fin à ses jours jeudi en fin de matinée, a-t-on appris de sources concordantes, confirmant une information du site internet du Parisien.

Elle a été transportée à l'hôpital Necker, à Paris, dans un état grave, mais son pronostic vital n'est pas engagé, selon une source policière et le parquet. Elle souffre de multiples fractures.

Alors qu'elle devait aller en cours de sport, la collégienne a frappé à la porte d'une salle de classe et a demandé à l'enseignante d'entrer pour y récupérer un objet qu'elle disait avoir oublié, a expliqué le parquet de Bobigny.

Elle est entrée, s'est dirigée vers la fenêtre et a sauté devant l'enseignante et les élèves.

Les policiers ont entendu les élèves et professeurs témoins de la scène. Ses camarades de classe, ainsi que ses amis et sa famille vont également être auditionnés. L'Education nationale a mis en place une cellule de crise et de soutien psychologique au collège.

L'enquête a été confiée à la Sûreté territoriale de Seine-Saint-Denis.

Ce drame intervient au lendemain du suicide par pendaison d'un garçon de 11 ans, alors qu'il était seul chez lui à Saint-Laurent-en-Grandvaux, petit village du Jura.

L'enfant souffrait d'une "très grande solitude" et faisait d'ailleurs l'objet d'un suivi psychologique, selon le parquet de Lons-le-Saunier.

Neuf jours auparavant, près de Lyon, une fillette de 9 ans s'était défenestrée du 5e étage après avoir laissé un mot dans lequel elle faisait part de son mal-être, notamment face au diabète dont elle souffrait.

Ce cas de suicide infantile avait été qualifié d'"exceptionnel" par des experts psychiatres.

"C'est exceptionnel. Ce sont quelques cas par an, moins de cinq parfois, et encore pour les moins de 13 ans", avait expliqué à l'AFP le président de l'association France prévention suicide Michel Debout, légiste et psychiatre.

"Il y a aussi le problème d'interprétation du geste. Certains considèrent que, pour se suicider, il faut avoir une conscience d'être mortel. C'est pour ça qu'avant 12/13 ans on ne classe pas un certain nombre de morts dans la catégorie suicide", avait-il ajouté.

20minutes.fr
Stéphane Clerget : «Le suicide des enfants reste mal connu et mal évalué»


INTERVIEW - Le pédopsychiatre, auteur de «Ne sois pas triste mon enfant» (Éditions Robert Laffont) réagit à la création d'une mission d'information sur ce sujet...


Après la médiatisation de plusieurs suicides d’enfants et d’adolescents, le gouvernement a décidé de créer une mission d’information sur cette question. Que pensez-vous de cette initiative ?
Je ne suis pas surpris, je m’y attendais. C’est plutôt une bonne chose. Le suicide des enfants, c’est à dire des moins de 12 ans, reste mal connu et mal évalué.

Est-il en augmentation ?
Le suicide des adolescents s’est stabilisé, grâce à tout ce qui a été mis en place ces dix dernières années avec les Maisons des adolescents notamment. Mais pour l’enfant, c’est difficile à chiffrer dans la mesure où la différence est mal faite entre suicide réel et «équivalent suicidaire». Les accidents sont la première cause de mortalité chez l’enfant. Or, on ne recherche pas suffisamment un possible état dépressif derrière un accident, qui peut être le résultat d’un défaut d’attention, d’un laisser aller. Quand un enfant traverse au vert par exemple.

Quels sont ces signes dépressifs ?
Les enfants déprimés ne le montrent pas et ne le verbalisent pas toujours. Ce n’est pas le même tableau clinique que l’adulte. Mais un ensemble de signes peut alerter: la tristesse, des troubles du sommeil, des maux de ventre, une mésestime de soi - «je suis nul» -, des difficultés scolaires... En cas de doutes, mieux vaut aller consulter un pédopsychiatre.

La dépression chez l’enfant est-elle un phénomène nouveau ?
Non, mais le fait de la nommer est récent. Dans les années 70, on ne parlait pas de dépression chez les enfants. Comme si tout allait forcément bien pour eux. Alors que les facteurs de dépression sont nombreux: la perte d’un être cher -via un décès, une maman hospitalisée et donc absente, un divorce, un déménagement - un environnement conflictuel, insécurisant, la maladie, la maltraitance... Certains ont aussi une fragilité constitutionnelle dès la naissance. D’autres développent cette fragilité au cours des interactions dans la petite enfance.

Les causes de suicide ont-elles évolué ?
Au début du 20e, il n’y avait pas d’enquête épidémiologique sur le suicide. Mais on constate plusieurs choses. Les enfants et adolescents d’aujourd’hui sont très peu en contact avec la mort réelle, ils ne vont plus aux obsèques et ne voient pas les défunts. Cette dissociation entre la mort réelle et celle qu’ils voient tous les jours à l’écran peut favoriser un certain passage à l’acte. Qui peut d’ailleurs être perçu comme un passage à une meilleure vie. Ensuite, la puberté a rajeuni de deux ans. Les enfants sont adultes plus tard, mais ados plus tôt. Cette période de fragilité qu’est l’adolescence est ainsi prolongée. Enfin, parmi les «grands enfants» suicidaires (plus de 10 ans), on observe parfois une intolérance aux frustrations. C’est le syndrome de l’enfant roi.

Quelle représentation de la mort a-t-on à 9 ans ?
On a conscience dès 8 ans, de façon rationnelle, que c’est irréversible. Pour autant, l’enfant n’a pas la même notion de la mort que l’adulte. Pour ce dernier, souvent, elle est associée au néant, au rien. Pour l’enfant, la mort, ce n’est pas “zéro”. Elle peut être assimilée au sommeil et à cet âge-là, on croit aux morts-vivants. Mais de toute façon, on n’a pas besoin d’avoir conscience de la mort pour se laisser mourir. La pulsion de mort existe très tôt.
Propos recueillis par Catherine Fournier



Fousdetheatre.com

Laissez-vous séduire par la psy-causerie de Josiane Pinson...

On aurait pu la croire psychiatre (ou psychologue, psychanalyste... peu importe), tant l'écriture s'avère précise, subtile et acérée, si son brillant parcours de comédienne ne faisait pas état d'une toute autre réalité.  Car Josiane Pinson a su poser les mots justes sur les maux de l'âme humaine, en plus d'être vraiment drôle et grinçante.

Toute en finesse, celle-ci nous dresse le portrait d'une psy bordeline, divorcée avec ses enfants à charge,  à travers les séances d'analyse de ses patients qui la renvoient à ses propres souffrances et la font progresser dans sa thérapie. Se succèdent ainsi sur le plateau une galerie de névrosés sévèrement atteints dans lesquels chaque spectateur trouvera, à un moment ou à un autre, une part (même petite) de ses faiblesses et de son subconscient.

Nous retiendrons, dans le désordre, une femme ne pouvant évoquer ses traumas sans vomir (à chaque séance !), une autre qui lave sa nourriture à la lessive avant de l'ingérer et porte moufles et masque à oxygène par peur des microbes (une bacillophobe), sans oublier celle qui n'a jamais coupé le cordon avec sa mère, allant jusqu'à dormir à ses côtés, laissant son époux dans la chambre d'amis (hormis les jours d'ovulation pour procréer), ou encore celle qui somatise, j'en passe et des meilleures...

Ce joyeux catalogue des tares psychiques, tel un miroir qui nous est tendu par l'artiste, nous réjouit tant il sonne vrai mais peut aussi provoquer parfois, pour la même raison,  un certain malaise, et n'est pas sans une violence sous jacente. Josiane Pinson nous chatouille avec brio là où ça fait mal...

Ajoutons enfin que textes et séquences sont remarquablement agencés et interprétés, pour une théâtralité parfaite.

On sort donc conquis de cette heure et quart pleine d'intelligence et d'esprit.

Allez-y, sans aucune hésitation !

Interview et extrait du spectacle ici




Un généraliste lutte contre les claques et les fessées

À Romainville, en Seine-Saint-Denis, un généraliste a lancé une campagne d’information en partenariat avec la « maison des parents » afin de dissuader les parents de donner des coups aux enfants. Des « violences ordinaires » banalisées mais réelles, selon lui.

Jusqu’à 80 % des parents frapperaient leurs enfants : 50 % régulièrement et 30 % rarement. Lorsque le Dr Gilles Lazimi évoque ces chiffres, il pense d’abord aux familles dont il est le médecin. Dans sa ville de Romainville, où il exerce depuis près de vingt-cinq ans, d’abord en libéral puis au centre médico-social, il vient de lancer une campagne d’information afin d’inciter les parents à « élever leurs enfants sans violence ». Une vingtaine de grandes affiches-120 sur 160 cm- sont actuellement disposées dans la commune. Et tous les lieux d’accueil de la municipalité ont également accroché des affiches, en format plus réduit, dans leurs locaux.

Elles montrent des ours en peluche abîmés qui représentent les enfants victimes de coups de leurs parents. Il ne s’agit pas forcément de maltraitance au sens pénal mais plutôt de « violences ordinaires » : des tapes sur les mains, des claques, des fessées mais également des remarques ou des punitions humiliantes. Tout ce que ce généraliste de Seine-Saint-Denis, ancien militant de la lutte contre les violences (il fut notamment en 2006 le coordinateur de la campagne télévisée contre les « violences faites aux femmes ») veut dénoncer. La campagne d’affichage, réalisée avec le soutien de la Fondation pour l’Enfance, est accompagnée d’une série de conférences, autour de la « maison des parents » de Romainville. La première a été animée par une généraliste à la retraite, Jacqueline Cornet, fondatrice et présidente de l’association « Ni claques, ni fessées ».

Cette dernière a notamment étudié les parcours des adolescents victimes d’accidents de la route. Les jeunes issus des familles les plus autoritaires et donneuses de coups prennent davantage de risque et sont plus souvent blessés dans des accidents de la circulation, selon ces travaux. Pour le Dr Lazimi, cette étude n’en est qu’une parmi tous les travaux scientifiques qui démontrent que les coups fragilisent les enfants sur le plan psychologique et physique. « Une étude menée à Hong Kong suggère que les anciens enfants frappés souffrent davantage de maladie inflammatoire à l’âge adulte », insiste ce généraliste de Romainville.

Les médecins semblent encore peu familiers de ces problématiques. Actuellement, 1 % des enfants font l’objet d’un signalement pour maltraitance. Or seulement, un signalement sur vingt est fait par un médecin. « Entre la violence ordinaire et la maltraitance, la frontière est parfois tenue », remarque le Dr Lazimi. Le passage de l’un à l’autre n’est heureusement pas systématique mais on ne peut jamais l’exclure.

Il reste néanmoins toujours difficile pour un médecin, fût-t-il « de famille », de s’immiscer dans les relations entre les parents et les enfants. Le Dr Lazimi dit qu’il ne « faut jamais demander directement à un parent s’il donne des coups à son enfant, » mais qu’on peut « distiller des petites choses » au cours d’une consultation. Ainsi, lorsqu’un très jeune enfant pleure pendant qu’il est examiné, « le médecin peut aborder la question des pleurs et commencer par rappeler à la jeune mère que c’est un comportement tout à fait normal chez un tout-petit » conseille le Dr Lazimi. La consultation permet également d’observer le comportement des parents. Quand un enfant court dans le cabinet comment réagissent les parents ? Quelles expressions utilisent-ils pour parler de lui en sa présence ? « Quand une mère dit « c’est une peau de vache » ou « il m’a encore fait une fièvre », on peut la reprendre et engager le dialogue » estime ce généraliste qui rappelle inlassablement aux parents que « les coups n’ont jamais aidé à grandir ».
Véronique Hunsinger

www.niclaquesnifessees.org

Nouvelles psychanalytiques

Marx, Lacan : l’acte révolutionnaire et l’acte analytique
Colloque du Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle - Du 3 au 13 août 2011


« Ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas marxiste »
Karl Marx

« C’est à vous d’être lacaniens, si vous voulez. Moi, je suis freudien »
Jacques Lacan

Contrairement à la plupart des théoriciens, Marx et Lacan sont préoccupés des effets de leurs démarches : le marxisme et la psychanalyse sont avant tout des praxis. L’appel à la révolution de Marx est une manière de transformer une pensée en acte. Et le dire du sujet en analyse comporte toujours des effets pratiques sur ses actes : en ce sens, tout acte analytique est aussi bien un acte politique, car le sujet s’inscrit dans le lien social autrement. Y a-t-il une relation entre la révolte des masses voulue par le marxisme et la subversion du sujet à laquelle conduit la psychanalyse ? Toute la difficulté est de donner une valeur à ce qui sort du champ de la mesure et du calcul : le travail de l’ouvrier pour Marx, et le désir du sujet pour Lacan. L’impact de Marx et de Lacan dépasse le domaine de la politique, de la philosophie et de la psychanalyse, pour imprégner aussi le champ de l’art : littérature, peinture, musique… C’est autour de ces rencontres que l’histoire de notre temps a pu s’inscrire et laisser sa marque, toujours active, puissante et en devenir.

Intervenants et programme ici

Les Livres de Psychanalyse

Lacan et le contre-transfert

Patrick Guyomard


Février 2011 – PUF - Collection "Petite bibliothèque de psychanalyse"
« Lacan, le contre-tansfert… deux sujets de débat privilégiés. Le débat avec l’œuvre de Lacan a longtemps été gâché par l’enjeu pratique et politique, nous n’en sommes plus là. Quelle que soit la fermeté des critiques que l’on peut formuler, nul ne peut contester la part vive prise par Lacan à la construction progressive de la théorisation en psychanalyse. Le contre-transfert… il suffit de se souvenir des mots inquiets de Freud devant cette découverte dont il se serait bien passé (le « maîtriser », le « surmonter »), pour comprendre à quel point le contre-transfert impose à la psychanalyse de débattre avec elle-même. La question du contre-transfert est au cœur d’une théorie de la pratique. Lacan et le contre-transfert… Ce débat, Lacan l’a d’abord lui-même mené en discutant notamment les contributions anglaises de son époque, et l’on découvre alors chez lui une position beaucoup plus complexe que celle qui lui est ordinairement prêtée, celle d’un rejet, presque d’une négligence de la notion.
Reste les conditions du présent débat. Chacun, concerné par la psychanalyse, a fait l’expérience de ces colloques ou ouvrages qui voient s’additionner les contributions dans l’ignorance réciproque de ce que le voisin a bien pu penser. Le présent ouvrage procède d’une tout autre logique. Le texte de Patrick Guyomard, qui en constitue l’ouverture, a été proposé à la réflexion des différents auteurs plusieurs mois avant que nous nous réunissions — sous l’égide du Centre d’Études en Psychopathologie et Psychanalyse (CEPP) de l’université Paris Diderot —, et c’est ce débat que le livre restitue. »