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samedi 12 avril 2014

Mouvement infirmier de 1988 : le der des der ?

11.04.14

Qu’est-ce qui a bien pu se passer en 1988 pour que les infirmières se mettent en grève aussi massivement pour la première et jusqu’à présent la seule fois de leur histoire ? À l’époque « cadre infirmier», Michèle Bressand, directrice des soins de l’AP-HP, puis inspectrice générale des Affaires Sociales (IGAS), maintenant à la retraite est intervenue sur les raisons d’un mouvement qui, selon elle, a très peu de chances de se reproduire aujourd’hui...
mouvement infirmier de 1988
100 000 infirmières et infirmiers dans la rue... un événement reproductible ?
Invitée le 20 mars dernier par la Chaire Santé de Sciences Po dans le cadre des conférences des Tribunes de la santé, dont le thème cette année est « Les conflits de la santé. », Michèle Bressand a rappelé en préambule le contexte de l'époque.
En décembre 1987, Michèle Barzach, ministre de la santé de l’époque (gouvernement Chirac), publie un arrêté (souvent nommé improprement « décret Barzach ») qui ouvre l’accès aux études d’infirmières aux non bacheliers. Pour de nombreuses infirmières, c’est une « gifle » lancée à la profession qui a obtenu en 1978 la reconnaissance du métier par la validation d’un diplôme et la mention du « rôle propre » (auparavant, était infirmière toute personne à qui un médecin confie un malade …). En mars 1988, l’UNASIIF (qui regroupe la plupart des associations infirmières), la CFDT et la coordination des infirmières anesthésistes appellent à une manifestation qui rencontre peu de succès. Un groupe d’infirmières se réunit alors et décide d’organiser une mobilisation propre à la profession et indépendante des syndicats généralistes : c’est la naissance de la Coordination infirmière Île de France.
En 1987, le « décret Barzach » ouvre l’accès aux études d’infirmières aux non bacheliers. Pour de nombreuses infirmières, c’est une « gifle » !
Commence alors un long travail d’explication et de mise en ordre de bataille dans les services hospitaliers. Grève et manifestations sont décidées pour le 29 septembre 1988. Cette fois, c’est un très grand succès, soutenu par l’ensemble de la population. Même les malades aident les grévistes ou manifestent ! Mais le gouvernement ne reçoit que les syndicats, qui de toute façon, refusent que la Coordination participe aux négociations. Deux jours de grève sont décidés pour le 6 octobre. Nouveau succès, mais toujours pas d’avancée côté gouvernement (moins de 300 Francs d’augmentation, pour les seules infirmières du public). Le 8 octobre est créée la Coordination nationale infirmière, qui décide d’une manifestation le 13. Succès phénoménal ! 100 000 infirmières dans les rues de France (la profession en compte alors 400 000), sachant que les autres sont dans les services pour assurer la continuité des soins.
13 octobre 1988 : "100 000 infirmières dans les rues de France (la profession en compte alors 400 000), sachant que les autres sont dans les services pour assurer la continuité des soins."
Michèle Bressand raconte avoir rencontré à la manif une de ses collègues en congé : Mais tu n’es pas en vacances ? 30 ans que j’attends ça et tu voudrais que je n’y sois pas ? Finalement, les représentants de la coordination sont reçus à 3 heures du matin par le nouveau Premier Ministre, Michel Rocard, dont un membre de son cabinet aurait dit : Ça va être dur : elles ont l’habitude de bosser la nuit ! Dix jours plus tard, la Coordination appelle à l’arrêt du mouvement : le décret Barzach a été abrogé, les salaires ont été sérieusement revalorisés. Pour Michèle Bressand, deux séries de raisons expliquent le succès du mouvement : une profession unie pour sa reconnaissance et contre le mépris des politiques, administrateurs et syndicalistes.
Regarder le reportage sur la manifestation infirmière du 13 octobre 1988
mouvement infirmier de 1988



«artaud sent un désaccord profond sur la peinture entre van gogh et gauguin»

DOMINIQUE POIRET ET MARC QUATTROCIOCCHI

VIDÉO
Le musée d’Orsay propose une mise en perspective originale des oeuvres du peintre à la lumière des textes du poète. L’exposition est scandée par des citations et réunit une quarantaine de tableaux, un choix de dessins et de lettres de Van Gogh ainsi que des dessins d’Artaud et des photographies le représentant à l’époque de la rédaction de «Van Gogh le suicidé de la société».
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FREUD, VICTOR HUGO, BALZAC: COMPAREZ VOTRE RYTHME DE VIE AVEC CELUI D'UN GÉNIE

 

Vous avez, comme Freud, 24 heures dans chacune de vos journées, et pourtant, lui a inventé la psychanalyse, et vous... Vous vous êtes en train de lire Slate au lieu d'analyser vos proches, leurs rêves, leurs pulsions sexuelles, leurs névroses.
Vous avez aussi 24 heures dans vos journées comme Balzac. Il a écrit cent trente-trois œuvres comprenant quatre-vingt-quinze romans, nouvelles, essais, contes, et vingt-cinq œuvres inachevées. Et huit romans de jeunesse. Et vous ?


Inventaire du chaos


Les Théories sauvages, par Pola Oloixarac
(traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 252 p


Dans l’Argentine des années 2000, une femme cherche à séduire son professeur de philosophie en améliorant sa «Théorie des Transmissions Moïques» et drague un ex-guérillero pour théoriser le passage du sentiment révolutionnaire à l’envie de fornication. Pendant ce temps, Pabst et K, deux laiderons, baisent, dissertent, réalisent des œuvres fumeuses et piratent Google Maps.
Le Buenos Aires d’Oloixarac est un monde parallèle et absurde, où règne en maître l’onanisme intellectuel et artistique. On y trouve pêle-mêle une satire des milieux universitaire et psychanalytique, des orgies, un poisson rouge, un trisomique travaillant pour Mc Donald, les carnets intimes d’une maoïste désabusée, un jeu vidéo révolutionnaire et une bonne dose de chansons populaires niaises. La cohérence y importe peu.
La langue d’Oloixarac, souvent incompréhensible, peut dérouter. Mais quiconque saura aller au-delà de cette parodie d’intellectualisme découvrira une œuvre à part: un inventaire du chaos, un miroir déformant de notre civilisation.

vendredi 11 avril 2014

Soins funéraires aux séropositifs: Marisol Touraine confirme sa volonté de lever l'interdiction

Le Monde.fr | Par 
La levée de l'interdiction des soins funéraires pour les défunts porteurs du VIH se dessine lentement. Dans un courrier adressé le 24 mars au Défenseur des droits, la ministre de la santé, Marisol Touraine, a réaffirmé sa volonté de faire évoluer la législation. Une volonté confirmée par son ministère, qui a indiqué vendredi 11 avril que « la levée de cette interdiction est désormais un principe acquis, et [que] la discrimination subie par les familles [de malades] [allait] enfin cesser ».

«Ne pas prêter à la famille des missions illusoires»

CÉCILE DAUMAS


Un an après l’adoption du mariage pour tous, le 23 avril 2013, où en est la famille ? Les antimariage ne cessent de déplorer son effondrement, le nouveau gouvernement ne lui consacre plus de ministère et les partisans de la procréation médicalement assistée (PMA) et de la gestation pour autrui (GPA) attendent toujours - un rapport sur la filiation, cosigné par la sociologue Irène Théry et la juriste Anne-Marie Leroyer, a été publié cette semaine (lire Libération du 9 avril). Du haut de ses 80 ans, Maurice Godelier, un des plus grands anthropologues français, en a vu bien d’autres : de l’Océanie à l’Afrique, il a étudié toute forme d’alliances et de filiations, partant toujours du terrain pour déjouer mythes et a priori. Non, dit-il, ne prêtons pas à la famille des missions impossibles, comme celle de restaurer la société. Ex-marxiste resté matérialiste, il n’a de cesse de «décentrer [s]a pensée par rapport aux opinions et thèses dominantes».

Quand le sexe est en désaccord avec le genre

02/04/2014

« Mon style correspond bien à mon état civil » disait Michel Polnareff dans sa chanson Je suis un homme (1970). Mais ce n’est pas toujours le cas, et les débats récents sur les « théories du genre » [1] ont au moins l’intérêt de stimuler les réflexions sur le concept de « genre», censé représenter une « construction sociale » distincte du sexe biologique.

L’homme qui ne pouvait se souvenir du passé, ni se projeter dans l’avenir

05/04/2014


Patient K.C. à Toronto.png

Il était l’un des amnésiques les plus célèbres. Il est mort la semaine dernière, le 27 mars, d’un infarctus ou d’un accident vasculaire cérébral. Il s’est éteint dans la chambre qu’il occupait dans une maison de retraite de Toronto (Canada), à l’âge de 62 ans, a rapporté le quotidien The Toronto Star dans son édition datée du 1eravril. La famille s’est opposée à l’autopsie.
Dans le monde de la neuropsychologie, il était connu sous ses initiales : « K.C ». Depuis l’âge de 30 ans, K.C., de son vrai nom Kent Cochrane (seulement dévoilé à son décès), souffrait d’un type d’amnésie très particulier. Il ne pouvait ni imaginer sa vie future, ni se souvenir de son passé.
Par rapport à d’autres amnésiques, K.C. se caractérise par son incapacité à se souvenir du moindre événement spécifique auquel il a participé ou dont il a été témoin. Suite à un traumatisme crânien, responsable de lésions irréversibles dans de nombreuses zones du cerveau, superficielles et profondes, ce patient avait une mémoire épisodique totalement perturbée.  


Mouvement de grève chez les psychologues hospitaliers

11.04.2014

Des psychologues exerçant à l'hôpital et dans les collectivités territoriales ont fait grève jeudi pour protester contre la faiblesse de leurs salaires et les contrats précaires, a indiqué la CGT. "Nous demandons une revalorisation des salaires mais à l'arrière-plan (...), il y a une revendication majeure qui est la diminution et la suppression de la précarité, qui touche aujourd'hui, dans la fonction publique hospitalière, 60 % des psychologues", a déclaré Gilles Métais, porte-parole CGT des psychologues hospitaliers. Selon lui, une grande partie de ces psychologues contractuels, qui n'ont pas le statut de fonctionnaires, sont employés à temps partiel et touchent moins de 800 euros par mois. "On se trouve dans une situation où il va y avoir - et tout le monde l'a entendu - une réduction sur le budget de la Sécurité sociale de 10 milliards (pour la seule branche maladie, ndlr) donc évidemment, dans ce contexte-là, on ne nous fait pas de promesse", a-t-il déploré, demandant "un geste du gouvernement pour résorber la précarité chez les psychologues". Une assemblée générale organisée à Paris jeudi après-midi a permis d'arrêter une nouvelle date de mobilisation, le 19 juin, avec grève et manifestation national.

La Cour des comptes alerte sur la dette des hôpitaux

AFP

La dette des hôpitaux publics se trouve à un niveau «critique», après avoir triplé en dix ans pour atteindre plus de 29 milliards d’euros fin 2012, entraînant des tensions de trésorerie, estime la Cour des comptesdans un rapport publié vendredi.
L’endettement hospitalier, qui représente désormais 1,4% du PIB, soit 29,3 milliards d’euros, pourrait mettre les hôpitaux «dans l’incapacité de financer à l’avenir leurs investissements courants», souligne la Cour dans ce rapport mis en ligne. Elle évoque entre autres des «tensions de trésorerie récurrentes» dans certains hôpitaux en 2011 et 2012. Les financements à court terme sont «plus difficiles à mobiliser», en raison des «réticences des banques à accorder des crédits à court terme au secteur hospitalier».

jeudi 10 avril 2014

67 personnes détiennent autant de richesses que la moitié du globe

Le Monde.fr avec AFP | 

« Les inégalités extrêmes se sont aggravées », selon l'ONG Oxfam.

Les 67 personnes les plus fortunées dans le monde possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, selon un rapport de l'ONG Oxfam« Les inégalités extrêmes se sont aggravées », a résumé,  mercredi 9 avril, l'ONG, rappelant que ce chiffre était de 85 en 2013.
Selon Oxfam, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, qui tiennent leur assemblée générale cette semaine à Washington, doivent passer de la rhétorique aux actes pour tenter de réduire ce fossé.

La Fédération hospitalière de France propose des pistes d’économies

LE MONDE  
Jean-Baptiste Chastand et Laetitia Clavreul
Le nouvel hôpital Pierre-Paul-Riquet, à Toulouse.
Alors que le gouvernement veut dégager 10 milliards d’euros d’économies sur l’assurance-maladie d’ici à 2017, pour atteindre les 50 milliards de baisses des dépenses publiques promis, les calculatrices sont de sortie. Et la santé est bel et bien un des principaux gisements d’économies.
Le dossier continuera d’être suivi par Marisol Touraine, seule aux manettes puisqu’aucun secrétaire d’Etat n’a été nommé à la santé. Mais Manuel Valls a un peu précisé la feuille de route, mercredi 9 avril sur BFM TV. « On peut par exemple beaucoup travailler sur la question de la chirurgie ambulatoire, restructurer l’offre de soins hospitaliers », a-t-il indiqué.
Tous les regards se tournent vers l’hôpital. La Fédération hospitalière de France (FHF), qui défend le secteur, a pris les devants. Elle a envoyé un courrier au tout nouveau premier ministre, à la veille de sa déclaration de politique générale, mardi 8 avril : elle y explique comment réaliser 5, voire 7 milliards d’euros d’économies en cinq ans. Des pistes qu’elle publie jeudi.

Y a-t-il une « question rom » ?

Le Monde.fr | Propos recueillis par 

La contribution de Carine Fouteau, journaliste à Mediapart, dans l’ouvrage collectif Roms & Riverains, est issue de plusieurs reportages qu’elle a faits à Paris, autour de la place de la République, où se trouvent de nombreuses familles roms, et en Essonne, notamment au campement de Ris-Orangis, où habitaient 200 personnes avant son démantèlement en avril 2013, à la suite de l’arrêté municipal du 29 mars 2013. C’est ce texte administratif qui a donné son titre à l’ouvrage Considérant qu’il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir, dirigé par le polito­logue Sébastien Thiéry. Il est le coordinateur des actions de l’association Perou – le Pôle d’exploration des ressources urbaines – qui a construit sur le site de Ris une « ambassade », un lieu d’articulation entre la ville et le bidonville.
Dans « Les Roms, ces Européens » (« Les Temps modernes » n° 677, janvier-mars 2014), le philosophe Patrice Maniglier écrit qu’il n’y a pas de « question rom », mais une question populiste. Vos deux ouvrages réfutent-ils aussi l’existence d’une « question rom » ?
Carine Fouteau Oui. Il n’existe pas de « question rom » en soi, mais nous sommes bien obligés d’observer qu’un « problème rom » s’est constitué dans l’espace public. Ce qui nous intéresse, c’est d’analyser les discours et les gestes politiques qui se sont mis en place pour gérer les problèmes prétendument posés par ces personnes venues d’Europe de l’Est, la plupart de Bulgarie et de Roumanie, et qui vivent dans des bidonvilles. Ces personnes sont fabriquées par les pouvoirs publics et les médias comme « roms ». Notre ouvrage n’est pas un livre d’histoire ni d’anthropologie sur les Roms, nous ne nous sommes pas penchés sur l’histoire de leur mode de vie, même si, comme journaliste, je me suis intéressée concrètement à la manière dont les gens se débrouillent sans eau courante ni électricité, etc. Car ils ont des droits, comme l’accès à l’eau, non reconnus par les municipalités.

COMMENT SE RECONSTRUIRE APRÈS LE SUICIDE DE SON COMPAGNON ?

09/04/2014

Chaque deuil se vit différemment. Après le suicide de son conjoint, celui ou celle qui reste traverse une période de douleur et de doutes. Pour tenter de comprendre et d’apaiser ces souffrances, nous avons demandé les conseils de Marie-Frédérique Bacqué*, psychologue spécialiste du deuil et professeur à l’Université de Strasbourg.
ELLE.fr. Face au suicide de son partenaire, quelles sont les émotions que le veuf/la veuve ressent le plus souvent ?
Marie-Frédérique Bacqué. Le plus douloureux, c’est certainement l’absence d’information. Pourquoi un tel geste ? Lorsque le disparu ne laisse aucune information pour son acte, la veuve (ou le veuf) se retrouve face à l’inconnu. Il faut relever également le sentiment d’impuissance. « Pourquoi n’ai-je rien vu ? », « Comment aurais-je pu l’aider ? » S’installe ainsi une sorte d’enquête pour comprendre d’où peut provenir ce geste. Y a-t-il des antécédents familiaux ? Ou est-ce du mimétisme psychologique ?

«Les associations censées défendre les droits des handicapés ont lâché l'affaire»

MARIE PIQUEMAL

Ils s’étaient donné rendez-vous via Facebook, au pied de l’église de la Madeleine, en plein Paris. Ils espéraient faire masse pour défendre leurs droits ce mercredi midi. Mais seules trois personnes, dont les deux organisatrices, ont pu faire le déplacement…
«Beaucoup auraient aimé être ici aujourd’hui, mais comment voulez-vous faire quand vous êtes en fauteuil ? Rien n’est accessible.» Mathilde Fuchs, 30 ans, souffre d’une maladie génétique qui l’empêche, entre autres, de marcher. Elle tempête contre le énième report de l’accessibilité à tous des lieux accueillant du public. «C’était acté dans la loi de 1975, déjà. En 2005, nouvelle loi, on nous dit : dans dix ans, promis, les bâtiments seront aux normes. Et là, il faudrait encore attendre neuf ans de plus ?»

mercredi 9 avril 2014

Après les soins intensifs, la dépression pour un tiers des patients concernés

09/04/2014

Douze mois après hospitalisation dans une unité de soins intensifs, la dépression concerne un malade sur 3 et le handicap dans la vie quotidienne 1 patient sur 4.
Une étude du devenir à long terme des patients admis en réanimation souligne l’importance de l’altération de leur qualité de vie. Beaucoup de malades sont incapables de retrouver une activité professionnelle comparable à celle qu’ils avaient avant leur hospitalisation, et leur qualité de vie semble très altérée. En réanimation, les facteurs de stress sont en effet nombreux et rendent compte de la diminution des capacités mentales, de la dépression, de l’anxiété et des troubles du sommeil. Les données de la littérature observationnelle soulignent l’insuffisance de la prise en charge préventive et curative de ces symptômes, mais aussi la caractérisation insuffisante des troubles mentaux et fonctionnels après séjour en soins intensifs.

mardi 8 avril 2014

L'interview retrouvée de Michel Foucault

CLÉMENT GHYS

«Je ne souhaite pas qu’au cours de l’émission télévisée que vous voulez bien me consacrer, une place soit faite à des données biographiques. Je considère en effet qu’elles sont sans importance pour le sujet traité.» C’est cet encart, tapé à la machine, qui introduit cette interview, quasiment inédite, de Michel Foucault.
En 1971, le philosophe français donne une interview à son collègue néerlandais Fons Elders, en préparationd’un débat qui aura lieu quelque temps plus tard, en novembre 1971, avec Noam Chomsky.
Oubliée pendant plusieurs décennies, la vidéo a été mise en ligne fin mars sur YouTube, en français et sous-titrée en anglais et en flamand. Filmé dans son appartement de la rue de Vaugirard, à Paris, le penseur français (1926-1984) explique, analyse de peinture à l’appui, quelques-uns des axes de sa pensée, comme l’analyse de la folie, le rapport à la question du sujet ou aux cultures étrangères.
A la fin de la séquence, interrogé sur l’étroitesse des liens entre la personnalité d’un penseur et sa pensée elle-même, il confie, rieur: «Je ne dis pas les choses parce que je les pense. Je dis les choses pour ne plus les penser.»

Contre le règne de l'immédiateté, retrouver le plaisir de la lenteur

DAVID LE BRETON ANTHROPOLOGUE, PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DE STRASBOURG


> David Le Breton participera au Forum «Libé» de Rennes consacré à «2030», qui se déroulera les 11 et 12 avril prochains. Programme et réservations ici
Les chemins de sens qui menaient au-delà du présent immédiat sont aujourd’hui rompus, la transmission cède le pas à l’expérimentation du fait de la multitude des transformations qui affectent la trame sociale sous l’égide notamment des technologies. Ainsi, toute déduction du futur au regard du présent est rendue impossible. Nous sommes dans une société de l’éphémère, de l’instant, de la volatilité, une société liquide dit Baumann. Le zapping et le surfing deviennent des morales essentielles du rapport au monde, une manière de se jouer de la surface pour éviter de choisir et multiplier les expériences sans s’engager. Un individu contemporain qui ne se soutient que de lui-même est confronté en permanence à une multitude de décisions. Il est soumis à l’écrasement du temps sur l’immédiat puisque le monde n’est plus donné dans la durée.

Positions du CRPA sur la "personne de confiance" dans les soins psychiatriques non consentis

 |  PAR ANDRÉ BITTON

Intervention au colloque organisé par la FNAPSY sur « la Personne de confiance » - « décider pour soi-même, mythe ou réalité », le vendredi 4 avril 2014, au Ministère des affaires sociales et de la santé, salle Laroque. 


Positions du CRPA sur la personne de confiance dans les soins psychiatriques.
                 
1°) L’article L 1111-6 du code de la santé publique instaure la « personne de confiance ».

Je préfère commencer cet exposé par le rappel des termes eux-mêmes de l’article L 1111-6 du code de la santé publique, sur la personne de confiance, issu de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades : 
« Toute personne majeure peut désigner une personne de confiance qui peut être un parent, un proche ou le médecin traitant, et qui sera consultée au cas où elle-même serait hors d’état d’exprimer sa volonté et de recevoir l’information nécessaire à cette fin. Cette désignation est faite par écrit. Elle est révocable à tout moment. Si le malade le souhaite, la personne de confiance l’accompagne dans ses démarches et assiste aux entretiens médicaux afin de l’aider dans ses décisions.
Lors de toute hospitalisation dans un établissement de santé, il est proposé au malade de désigner une personne de confiance dans les conditions prévues à l’alinéa précédent. Cette désignation est valable  pour la durée de l’hospitalisation, à moins que le malade n’en dispose autrement.
Les dispositions du présent article ne s’appliquent pas lorsqu’une mesure de tutelle est ordonnée … »
  
2°) « Personne de confiance » librement choisie et « personne de confiance » institutionnelle. 
Un échange de mails entre Mme Claude Finkelstein, qui était alors présidente de la FNAPSY, et moi-même, le 11 juillet 2013, faisant suite à l’audition du CRPA, entre autres organisations, par le député M. Denys Robiliard, en qualité de rapporteur de la proposition de loi du 3 juillet 2013 sur les soins psychiatriques, résume notre propos :
Mme Claude Finkelstein dans ce mail du 11 juillet 2013 : « Nous vous remercions d’avoir accepté d’intervenir lors de notre colloque sur la personne de confiance pour présenter les positions du CRPA. A notre connaissance  vous êtes la seule organisation à s’être positionnée sur ce sujet, et c’est à ce titre que nous vous l’avons proposé.
J’ai lu attentivement votre mail et j’ai été très étonnée de votre affirmation concernant une position commune, je pense qu’il s’agit d’un simple malentendu : nos organisations défendent toutes les deux un dispositif de « personne de confiance » pour apporter un accompagnement aux personnes hospitalisées sans consentement, dispositif à nos yeux indispensable.
Cependant notre vision de la « personne de confiance » diffère de la vôtre. Nous estimons – vous m’avez entendue lors des journées UNAFAM – que le dispositif hollandais [de l’Ombudsman, ou médiateur] serait adaptable à notre société : une personne de confiance mise à la disposition de toute personne internée … ».
On voit donc l’affirmation, ainsi posée, de deux conceptions de la personne de confiance en matière psychiatrique, singulièrement dans l’hospitalisation sans consentement. La nôtre qui est celle d’une « personne de confiance » librement désignée et choisie, sans qu’elle soit institutionnelle. Celle défendue par la FNAPSY d’une « personne de confiance » institutionnelle, mise à disposition par l’établissement hospitalier, pour toute personne hospitalisée sans son consentement.
Nous ne sommes pas partisans de l’option de la « personne de confiance » institutionnelle, pour les raisons que j’expose dans la présente intervention.
Notre désaccord porte essentiellement sur le fait que, selon nous, l’esprit et la lettre de l’article L 1111-6 du code de la santé publique, issu de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades doivent être préservés, afin qu’il n’y ait pas, sur le terrain psychiatrique, une exception créée qui diminuerait les droits fondamentaux des patients en psychiatrie
Notre désaccord est également basé sur le fait qu’à notre sens, les associations d’usagers actuellement habilitées à siéger dans les établissements psychiatriques, ou généraux incluant des secteurs de psychiatrie générale, sont par trop dépendantes de la hiérarchie hospitalière, des familles et de leurs représentants, ainsi que des services étatiques et de l’administration centrale.
Ce manque d’indépendance et l’état de sujétion des associations de patients en psychiatrie agréées par les pouvoirs publics, nous semblent former un obstacle fondamental qui ne peut qu’obérer la mise en œuvre de ce projet d’une « personne de confiance » institutionnelle, dans lequel les « médiateurs de santé-pairs », initiés par le Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé – EPSM de Lille Métropole, pourraient se requalifier, vu l’échec partiel, mais néanmoins important de ce programme expérimental des médiateurs de santé pairs tel qu’il a été conçu et mis en œuvre.
Plus grave, une telle institutionnalisation de la « personne de confiance », sous la dépendance de l’établissement d’accueil – cette « personne de confiance » serait dès lors un agent hospitalier en relation de subordination par rapport à la hiérarchie hospitalière - conduirait tout droit à la consécration en droit français, d’un statut d’incapable de fait, pour les personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie, avec une minoration et une diminution des droits courants mais aussi des droits fondamentaux des patients hospitalisés en psychiatrie, dans l’accès au droit, à l’information sur le projet médical et ses conséquences, au tiers de confiance, alors même que la loi du 4 mars 2002 - qui du reste contient des clauses de non applicabilité dans les cas de l’urgence et de la maladie mentale avec incapacité du consentement aux soins - ne prévoit pas, à juste titre selon nous, de dérogation sur la « personne de confiance »,  propre au champ psychiatrique.
La mise sur pieds, pour le terrain de l’hospitalisation sans consentement d’une « personne de confiance » institutionnelle, sous la dépendance hiérarchique de la direction de l’établissement d’accueil, mais aussi sous celle du service médico-psychiatrique, qui consacrerait ainsi une « impossibilité » de libre désignation d’une « personne de confiance », porterait une atteinte – illégale selon nous – au principe d’égalité des citoyens devant la loi.  Des dispositions réglementaires (une circulaire ministérielle ou un décret) qui mettraient en œuvre un tel schéma pourraient être attaquées en annulation devant le Conseil d’Etat, du fait de cette rupture d’égalité devant la loi.
Sur ce point, nous maintenons donc notre revendication de l’application du principe du droit commun posé par la loi du 4 mars 2002, de libre désignation de la « personne de confiance » selon le choix du patient hospitalisé en psychiatrie, ainsi que la mise à effet de ce que prévoit sur ce plan l’article L 1111-6 du code de la santé publique par une circulaire ministérielle rappelant aux établissements médicaux accueillant des personnes hospitalisées sans leur consentement les possibilités et pouvoirs d’intervention des personnes de confiance librement désignées par les patients.
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Les malades mentaux attendent des voix

C’est un homme d’un certain âge, les cheveux blancs. Pendant des années, Paul Manni était patient advocate, dans un hôpital psychiatrique aux Pays-Bas. C’est un métier unique. Il y en a 55 comme lui, aux Pays-Bas, pour suivre les 75 institutions de santé mentale du pays. En France, on dirait «personne de confiance», même si ce n’est pas tout à fait la même chose. C’était le thème d’un colloque qui s’est tenu vendredi au ministère de la Santé intitulé : «La personne de confiance en psychiatrie».
Les Pays-Bas sont un bel exemple : depuis une loi datant de vingt ans, tout établissement de santé mental se doit d’avoir un homme, payé par une fondation extérieure, dont la seule fonction est de défendre les malades hospitalisés. «Cette personne doit être indépendante, elle est libre, peut aller dans n’importe quel lieu de l’hôpital et rencontrer n’importe quel patient qui le demande», explique Paul Manni. Son boulot est de«porter assistance au malade» :«Chaque fois qu’un patient a besoin d’une information ou veut se plaindre, alors je le rencontre.»