Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

samedi 6 juin 2020

Communiqué de l’Appel des appels

La psychiatrie française en revue, etc.: L'Appel des Appels

« Douze ans après sa création, l’Appel des Appel[1] constate la faillite des agences technocratiques du New public management dont la prétention de réformer nos métiers était de les rendre plus performants. Face à la crise sanitaire, climatique, sociale et politique, force est de constater que ce sont les professionnels utiles à la Nation qui ont permis aux citoyens et à la société de vivre. Les professionnels du soin, de l’éducation, de la recherche, des transports publics, de l’énergie, de l’information, de la justice et de la culture ont assuré aux mieux leurs missions d’intérêt général en préservant la vie sociale. L’hôpital maltraité, matraqué au cours des mois précédents, en a donné l’exemple le plus évident. Au moment où l’urgence sanitaire a permis aux services d’intérêt général de s’affranchir des logiques démentes de la concurrence à tout prix, de la rentabilité sans signification, de la soumission aux bureaucraties des Agences d’évaluation, aux restrictions budgétaires illimitées, à la servitude généralisée aux profits des actionnaires, les professionnels ont fait leur métier avec une efficacité  et un dévouement absolu salués par la population.  La rhétorique de propagande confondant excellence et concurrence, valeur et chiffre, s’est effondrée.  Nous ne reviendrons plus en arrière, nous ne nous laisserons plus confisquer notre éthique des métiers et notre liberté de professionnels par les parasites de la bureaucratie et le verbiage de ses communicants. L’éthique des métiers est indissociable des exigences que les services citoyens sont en droit d’exiger de nos actions.

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Un journal intime gravé à même les murs de l’hôpital psychiatrique

24 heures

SUISSE

Florence Millioud-Henriques le 6 juin 2020

Après une exposition en 2011 à la Collection de l’art brut à Lausanne, Lucienne Peiry poursuit son immersion dans l’œuvre de l’Italien Fernando Nanetti (1927-1994) en publiant «Le livre de pierre».

Fernando Nannetti dessinait d’abord les limites de sa page comme ici pour  «Il Mangiatore di Pastasciutta Spaghetti al sugo».
Fernando Nannetti dessinait d’abord les limites de sa page comme ici pour «Il Mangiatore di Pastasciutta Spaghetti al sugo».
PIER NELLO MANONI

Le format est vraiment mini, 77 pages, pour dire la trajectoire poignante de Fernando Nannetti, auteur d’un journal intime courant sur les murs de l’hôpital psychiatrique où il est enfermé. Mais tout y est, de l’attrait magnétique pour l’œuvre gravée à l’aide d’un ardillon (cette pointe de la boucle de ceinture) aux contours de l’existence cabossée, chiche et rebelle qui a pourtant ordonné ce travail avec une rare opiniâtreté.

L’intensité déborde de chacune de ces 77 pages signées Lucienne Peiry. Elle y décode, et le terme n’est pas galvaudé, l’épopée scripturale de ce patient diagnostiqué schizophrène, placé à 10 ans dans un établissement psychiatrique pour mineurs, arrêté pour outrage à agent à 29 ans puis interné jusqu’à sa mort à 67 ans, sans jamais avoir reçu de visite. Avec «Le Livre de pierre», l’ancienne directrice de la Collection de l’Art brut à Lausanne plante une nouvelle banderille sur les terres de l’oubli, elle qui n’en est pas à sa première salve pour éviter que l’œuvre de l’Italien, gravée dans la pierre d’un établissement aujourd’hui désaffecté, ne disparaisse. Avalée par le temps qui passe, altérée par ses intempéries, guettée par ses pertes de mémoire.

Des restructurations au coronavirus, l’apport controversé des cabinets de consulting à l’hôpital

Durant une décennie, des sociétés comme Capgemini ont accompagné les réductions de lits et les plans d’économies. Le coronavirus leur a donné un nouveau terrain d’exercice.
Par  Publié le 5 juin 2020
AUREL
« Nous vivons et travaillons dans une période sans précédent », constate Capgemini sur la page d’accueil de son site. Et le groupe français, leader du consulting dans l’Hexagone avec 14 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019, s’est adapté. Il multiplie les initiatives et il les affiche.
La société fait partie des groupes qui ont été sélectionnés pour le développement de la fameuse application de « tracking » StopCovid, qui permet de référencer les malades et leurs contacts. Elle a déjà réalisé une application de suivi à domicile pour les patients, Covidom, développée avec l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).
Capgemini a aussi mis sur pied durant la crise, toujours pour l’AP-HP, un centre d’appels dédié pour « accélérer le processus de mobilisation des professionnels de santé d’Ile-de-France ». La société réalise aussi de l’analyse de données pour l’Institut Pasteur ou encore une prestation de services auprès de la centrale d’achats hospitaliers RESAH pour « sécuriser les approvisionnements » en masques et autres matériels médicaux cruciaux.
Ce volontarisme fait grincer des dents chez quelques anciens du groupe, pour qui l’entreprise vient au secours d’hôpitaux dont elle a bien souvent contribué par le passé à réduire les moyens. « On demande à ces personnes de venir résoudre des problèmes qu’elles ont souvent contribué à créer », résume un ancien consultant.

« Non, l'hôpital n'est pas une entreprise ! » : la revalorisation des métiers hospitaliers vue par un médecin député



« Oui, les applaudissements à 20 heures leur font chaud au cœur. Évidemment, une prime sera bienvenue. Mais, dans la durée, la gratification, la considération et la reconnaissance doivent être d’une tout autre ampleur, » plaide le Pr Jean-Louis Touraine, député LREM, alors que professionnels de santé et gouvernement continuent leur discussion à l'occasion du « Ségur de la santé ».

Crédit photo : PHANIE
CONTRIBUTION - Chaque jour davantage, depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid-19, il apparaît clairement à tous que le fonctionnement de l’hôpital ne peut pas être confondu avec celui d’une entreprise.
Certes, un hôpital doit évidemment être bien géré, sur le plan des ressources humaines comme sur le plan budgétaire. Bien sûr, il est des entreprises où le personnel est animé du désir de perfection dans le travail quotidien, où il est motivé et même dévoué. La solidarité entre salariés, encadrement et direction peut bien sûr être exemplaire, le sens de la mission commune, l’objectif de progression et de réussite peuvent exister, l’ambiance peut s’apparenter à celle que l’on retrouve dans une famille moderne, sans que quiconque ne soit oublié mais aussi sans paternalisme susceptible de blesser la fierté de certains.
Cependant, dans quelle entreprise (même parmi celles qui se consacrent à des activités sociales et solidaires) trouve-t-on l’équivalent de ce que nous observons tous les jours dans tous les hôpitaux de France ?

Santé scolaire : un dispositif à revoir

Le recours à l'article 49.3 de la Constitution| Vie publique

La santé scolaire est un dispositif qui participe à la réussite scolaire des élèves et à la réduction des inégalités en matière de santé. La Cour des comptes en fait un bilan peu satisfaisant et demande la réorganisation de ce dispositif de l'éducation nationale.
Publié le 5 juin 2020

Dépistages obligatoires, problèmes de santé des élèves, éducation à la santé, accès aux soins, consultations médicales ou infirmières à la demande de l’équipe éducative, de l’élève, de sa famille, réponse sanitaire en cas d’épidémie : les missions liées à la santé scolaire sont nombreuses. Néanmoins, le récent rapport de la Cour des comptes sur les médecins et les personnels de santé scolaire pointe un certain nombre de faiblesses dans ce dispositif (ressources humaines, organisation, "management", évaluation...).
 Des difficultés persistantes

La médecine scolaire est gérée par des médecins, des infirmiers, des assistants du service social et des psychologues. Cela représente 20 000 ETP (équivalents temps plein). Ainsi, il y a un taux d'encadrement infirmier des élèves de 1 300 élèves par personnel infirmier en 2018. En parallèle, depuis 2013, le nombre de médecins scolaire a chuté de 15%, 1/3 de postes sont vacants (ce manque de médecin va s’accentuer avec les nombreux départs à la retraite). Il est estimé qu’il y a un médecin pour 12 572 élèves en 2018.
Or, dans le cadre du parcours de santé d’un élève, trois surveillance de santé sont incontournables :
  • le dépistage obligatoire à la sixième année effectué par un médecin scolaire ;
  • le bilan de santé à la douzième année assumé par un infirmier ;
  • la visite médicale d’aptitude (préalable à l’affectation à des travaux réglementés pour les élèves mineurs de l’enseignement professionnel).
La visite pour le dépistage obligatoire à la sixième année de l’élève a chuté de 26% en 2013 à 18% en 2018.
Quant au bilan infirmier de la douzième année, il est effectué pour 62% de l’ensemble des collégiens.
Enfin, la visite médicale d’aptitude n’est réalisée que pour 80% des lycéens concernés. Toutefois, ces élèves, issus souvent de milieux défavorisés pour lesquels l’accès aux soins est réduit, devraient être examinés systématiquement par un médecin.

Et si la vie obéissait à la Physique Quantique ?

RTFLASH    05/06/2020 

L’édification de la physique quantique fut certainement l’une des plus grandes aventures scientifiques de tous les temps et représente un saut conceptuel majeur dans notre connaissance intime du réel et des lois qui gouvernent la Nature. De 1900 à 1927, une génération de physiciens et théoriciens géniaux, parmi lesquels on retrouve Einstein, Planck, Bohr, De Broglie, Dirac, Born, Pauli, Schrödinger et Heisenberg, pour ne citer que les principaux, construisit une nouvelle représentation de l’infiniment petit et du monde des particules et des atomes. Le parachèvement théorique de cette nouvelle physique, souvent déroutante et particulièrement abstraite, fut le principe d’indétermination d’Heisenberg (1927), et la fonction d’onde, pressentie par De Broglie, en 1924 et formalisée par l’Autrichien Schrödinger en 1927.
En moins de 30 ans, les physiciens avaient dû se rendre à l’évidence, au grand dam d’Einstein qui, bien qu’ayant joué un rôle majeur dans l’émergence de la mécanique quantique (avec la découverte de l’effet photoélectrique qui lui vaudra son prix Nobel), n’accepta jamais complètement les immenses conséquences épistémologiques et philosophiques de cette étrange physique qui impose ses lois déroutantes dans le domaine de l’infiniment petit.
[...] En 2007, les physiciens Graham Fleming, Gregory Engel, avaient déjà montré que les Bacteriochlorophylles, des pigments photosynthétiques présents dans les bactéries sulfureuses vertes étaient capables de cohérence quantique, dans des conditions de très basses températures (-196 °) pour optimiser le transfert de l'énergie lumineuse absorbée. Quelques années plus tard, la même équipe alla plus loin, en montrant cette fois qu’on pouvait également observer ce phénomène de cohérence quantique  pendant un temps-record (300 femtosecondes) à la température, beaucoup plus « chaude » de 4°C.
Plus récemment, une autre équipe, dirigée par Gregory Scholes, de l'Université de Toronto, est allée encore plus loin, en montrant que, dans les algues Chroomonas et Rhodomonas, les cellules réceptrices qui captent les photons savent utiliser les propriétés quantiques pour optimiser les transferts d'énergie le long des pigments moléculaires. Ces travaux ont également montré que la cohérence quantique, dans ce cas précis, était maintenue pendant 400 femtosecondes (4 × 10-13 seconde) à température ambiante, ce qui était, jusqu’alors, considéré comme impossible…

vendredi 5 juin 2020

Epidémiologie sociale : santé, inégalité, comorbidité

LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE
par Nicolas Martin

La Covid-19 est-elle une épidémie socialement marquée ? Pourquoi les classes populaires sont-elles globalement plus exposées aux problèmes de santé ? De quels outils dispose l’épidémiologie sociale pour mettre en lumière ces inégalités sociales de santé ?
Aujourd’hui la question des inégalités sociales de santé est au coeur des études en épidémiologie sociale
Aujourd’hui la question des inégalités sociales de santé est au coeur des études en épidémiologie sociale Crédits : michel Setboun - Getty
Pas besoin d'être grand clerc pour savoir que de tout temps, les épidémies dans l'histoire de l'humanité ont touché plus durement les plus pauvres, et les populations les plus défavorisées leur payent toujours un plus lourd tribut. Depuis le 19ème siècle, une discipline se penche sur le lien entre conditions de vie et risques en santé. Et l'actuelle pandémie de Covid-19 n'échappe pas à la règle. Des données outre-Atlantique montrent, par exemple, que les populations noires américaines ont trois fois plus de chances de tomber malade, et six fois plus de chances de mourir que les blancs. En France, on suspecte que la situation est similaire mais on ne peut que le suspecter, car le recueil de données sociales et ethniques est proscrit par la loi. Est-il temps de briser ce tabou et de laisser l'épidémiologie sociale se développer sur notre territoire ?

Féminicides : « La logique patriarcale la plus pure se loge au cœur de l’intime »

Par    Publié le 03 juin 2020






ENTRETIEN Les féminicides sont devenus un phénomène sociétal et un fait politique, explique la philosophe et professeure de science politique Camille Froidevaux-Metterie.

Camille Froidevaux-Metterie est venue au féminisme par la maternité, percutée par la difficulté à gérer sa vie familiale avec un premier enfant et son poste à l’université. Depuis, elle a écrit plusieurs ouvrages sur le sujet et se définit comme une philosophe féministe. Elle est professeure de science politique et chargée de la mission égalité-diversité à l’université de Reims Champagne-Ardenne.
A Paris, en février 2019.
A Paris, en février 2019. AGLAE BORY

Madeleine Pelletier, doctoresse féministe

Par Barbara Marty  04/06/2020

Cinquante ans avant la loi Veil et le M.L.F., elle défendait le droit à l'avortement et à la contraception au péril de sa vie et de sa carrière de médecin.
Madeleine Pelletier entre dans l’Histoire en devenant, en 1902, la première femme à rejoindre l'internat des asiles en France. Après un an de combat, elle parvient à ouvrir ce concours qui excluait les femmes car, à cette époque, elles n’ont pas le droit de vote. 

Une ambition hors du commun

La jeune étudiante a une ambition hors du commun. Issue d’une famille pauvre, elle a obtenu son baccalauréat avec mention "Très bien" en étudiant seule, et rejoint à 24 ans les bancs de la faculté de médecine. En 1898, elle fait partie des 129 femmes sur 4 500 étudiants mais Madeleine Pelletier est bien décidée à faire évoluer la société et la médecine.
Elle choisit les sciences, elle choisit des carrières masculines parce qu’elle a compris que ce qui est codé au masculin, comme les études scientifiques correspond aussi à ce qu’il y a de plus valorisé dans la société. Elle a conscience également que dans les sciences se joue un des noyaux du sexisme, comme l’idée que les femmes sont intellectuellement inférieures aux hommes. Donc elle va s’intéresser à la capacité crânienne des femmes, à la psychologie et au corps parce que tout ce qui se joue autour du corps des femmes est fondamental dans la domination. Christine Bard, historienne du féminisme 
Avant de s'intéresser à la psychiatrie et d'intégrer le Centre hospitalier de St-Anne en tant que médecin interne en 1906, Madeleine Pelletier s'intéresse aussi à l'anthropologie. Elle étudie les capacités intellectuelles à travers les crânes et prouve ainsi que les femmes ne sont pas inférieures aux hommes. Néanmoins, elle adhère aussi à des thèses racistes qui soutiennent l'idée d'une "suprématie blanche" visible selon elle dans la composition crânienne.

Immersion post-déconfinement à Neuro Sainte-Anne

GHU Paris psychiatrie & neurosciences

Publié le 



Le pôle Neuro Sainte-Anne a été fortement impacté durant la crise épidémique. Depuis le lundi 11 mai, début du déconfinement, les services du pôle Neuro Sainte-Anne reprennent progressivement leurs activités grâce à la réorganisation de l’accueil des patients et à l’application de l’ensemble des mesures barrières. Et capitalisent sur les dynamiques collaboratives révélées par la crise telles que les interactions entre les différentes spécialités médicales au sein du GHU ainsi que l’élan commun des équipes au travail.