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samedi 13 février 2021

On a vu "En thérapie" avec le psychiatre Serge Hefez

•  Le 11 février 2021


Parce que ce sont peut-être les psys qui en parlent le mieux, nous avons demandé au psychiatre et psychanalyste Serge Hefez son avis sur la série En thérapie. 35 épisodes crédibles, percutants, finement interprétés, qui pourraient bien permettre de démocratiser la psychothérapie, selon lui.

Lui non plus n'aura pas échappé au succès de la série En thérapie (1)d'Eric Toledano et Olivier Nakache, bien au contraire. Après avoir vu le premier des 35 épisodes de 26 minutes chacun, le psychiatre et psychanalyste Serge Hefez a été «pris dedans», et a dévoré le reste, suivant l'analyse et les confessions des cinq personnages joués par Reda Kateb, Clémence Poésy, Pio Marmaï, Mélanie Thierry et Céleste Brunnquell. Un visionnage «très jubilatoire», dit-il. Jubilatoire car proche de son quotidien, de ce qui se joue dans son propre cabinet depuis 40 ans.

C'est d'ailleurs une des questions que l'on peut se poser quand on est étranger à la psychothérapie : ça ressemble donc à ça, une séance avec un(e) psy ? On s'allonge sur un divan ? On contredit franchement son thérapeute ? Celles et ceux plus familiers s'interrogent sur ce que les professionnels de la santé mentale peuvent bien penser de la série. Quel effet cela fait, en tant que thérapeute, de changer de fauteuil, d'opter pour celui positionné devant sa télévision ou son ordinateur et d'écouter des patients qui ne sont pas les siens ? Réponses.

Madame Figaro.- La série reflète-t-elle la réalité d’une consultation psy ?
Serge Hefez.- Oui et non. À mon sens, ça reflète l'essence de ce qu'est une consultation, à savoir l'implication émotionnelle, sensorielle du thérapeute, le fait qu'il s'utilise comme instrument pour soigner les gens. On voit aussi à quel point le rapport thérapeute/ patient n'est pas médical, neutre, mais affectif. Ceci étant, on est dans une fiction, donc on a besoin de suspens, de rebondissements. Or dans la réalité il y a de nombreuses séances qui seraient ennuyeuses, par exemple. Mais le plus important selon moi, reste que l'éthique même de la psychothérapie soit correctement montrée.

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Décryptage «En thérapie» : la psychanalyse sur le divan de la scène

par Eric Favereau  publié le 12 février 2021

Le succès de la série d’Arte renforce l’impression que la psychanalyse, critiquée depuis le début des années 2000, est de nouveau plébiscitée par des Français fragilisés par une actualité anxiogène.


Jacques-Alain Miller, gendre de Lacan et fondateur de l’Ecole de la cause freudienne, marmonne trois mots autour de la série d’Arte : «J’ai juste regardé deux minutes.» Mais cette personnalité historique du monde de la psychanalyse lâche quand même, à propos d’En thérapie : «Pour une fois qu’on ne nous lance pas de la boue»

Que diable se passe-t-il, en effet ? Depuis le début des années 2000, on a assisté à un renversement impressionnant de l’image de la psychanalyse, passée d’une théorie dominante et incontestée à une discipline proche de l’escroquerie, avec des règles que l’on caricaturait à tous vents. Et voilà qu’une série télévisée s’immisce dans le cabinet d’un analyste, décrit des séances avec ses patients, révèle des liens entre des symptômes et des mots, et pointe la belle écoute du praticien. Et elle fait un triomphe. Une série «qui fait du bien», lâche Télérama, enthousiaste. «Des séances palpitantes»,écrit Libération (édition du 30 janvier). «Mes patients sont enchantés, poursuit Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste qui avait fondé «Stop DSM» (collectif qui combattait la classification américaine des maladies mentales). Ils sont très contents, ils disent que cela va permettre de sortir enfin des clichés autour de l’analyse. J’observe aussi un impact dans ma pratique : j’ai plus d’une dizaine de personnes − des jeunes, et certains venus de l’immigration − qui veulent commencer un travail. J’ai rarement vécu cela.» Ce que nous confirme l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco.

Tous en thérapie ?

RCF, La Joie se partage

Présentée par  

MERCREDI 10 FÉVRIER 


Tous en thérapie ?

© Niko Shiahin de Unsplash 

A l'occasion du succès de la série En thérapie sur ARTE, parlons de la psychanalyse et comment elle peut être une réponse aux différentes crises que traversent nos contemporains.

La crise actuelle est sanitaire, économique et sociale mais elle est également la source de nombreuses questionnements et fragilités psychologiques. Alors qu'Arte sort une série au succés retentissant dédiée à la psychanalyse, "Tous en thérapie", Melchior Gormand et Stéphanie Gallet interrogent leurs deux invités sur ce thème d'actualité. Isabelle le Bourgeois est religieuse, psychanalyste et auteure. Jacques Arènes est également auteur et psychanalyste mais aussi psychothérapeute.

 

LA PSYCHANALYSE, UNE BESOIN ADAPTÉ À L'ACTUALITÉ

La crise actuelle qui a donné lieu à plusieurs confinement nous a amené à nous recentrer davantage et pour certains à vouloir passer le pas et entamer une thérapie."Il y a quand même dans cette époque-là, aujourd'hui, la nécessité, le désir profond de se dire "j'ai envie d'aller explorer le plus profond de moi" et là l'outil de la psychanalyse le permet vraiment" analyse Isabelle le Bourgeois. Pour Jacques Arènes "nous sommes dans un monde où l'affectivité et la mise en actes sont parfois trés rapides, parfois trop rapides, on est un peu dans cette intensité là qui correspond à une mentalité de ce qui se passe aujourd'hui."

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« Au lieu de sortir, je regarde “En thérapie”. J’ai peur de l’amende sinon » : les addicts du divan

Qu’ils aient déjà ou pas mis les pieds dans le cabinet d’un psy, impossible de les faire décrocher des séances de Philippe Dayan, le thérapeute de la série « En thérapie », sur Arte.

Le psy Philippe Dayan (interprété par Frédéric Pierrot) et l’une de ses patientes Ariane (Mélanie Thierry) dans la série « En Thérapie », d’Olivier Nakache et Eric Toledano, actuellement sur Arte.


Avec ses 35 épisodes qui racontent le défilé de patients chez leur psy, la série d’Arte En thérapie est devenue la préférée de ceux qui ne regardent pas la télé, de ceux qui commencent leurs phrases par « moi qui déteste les séries d’habitude ». Grâce à la couverture médiatique, aux affiches sur les Abribus, parce que, « tu te rends compte, ça s’est vendu dans 19 pays », grâce au bouche-à-oreille, ils se sont imposé de regarder au moins quelques épisodes avant de tomber dedans. Ils ont trouvé douillet, à l’époque du couvre-feu, de pouvoir se réfugier dans un monde où chacun est écouté atten­tivement, un monde de gens conversant sans masque assis si près l’un de l’autre. Depuis, ils en parlent comme d’une série incontournable au point de faire culpabiliser ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils n’y trouvent pas leur compte.

La plus grande menace pour la sécurité de l'ère de l'après covid

13 février 2021

Protection le covid.
Légende image, 

Protection du corps médical contre le covid.

Les termes "sécurité nationale" ou "cyber-sécurité" sont peut-être familiers - mais qu'en est-il de la "sécurité épistémique" ? Si les sociétés la perdent, elles auront du mal à faire face à certaines des crises les plus inquiétantes du XXIe siècle, des pandémies au changement climatique.

La pandémie de Covid-19 a mis en évidence une chose : il est très difficile de coordonner le comportement de toute une société, même en matière de vie et de mort.

Prenons l'exemple de la réaction du public au lancement des vaccins. Pour que le monde puisse vaincre le coronavirus, il faut que la majorité de la population accepte d'en prendre un, et peu de gouvernements démocratiques choisiraient de le rendre obligatoire. Cependant, il subsiste une grande hésitation quant à la vaccination dans le monde entier. Si ce groupe était suffisamment important, l'une de nos voies les plus prometteuses pour sortir de la pandémie serait compromise. Le refus de ces personnes affecterait tout le monde, même les personnes vaccinées.

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"Dessine-moi ton coronavirus" : une psychologue lance un concours de dessins sur l'épidémie

Par  France Bleu Pays de SavoieFrance Bleu  
Jeudi 11 février 2021

Une psychologue du CHS (Centre Hospitalier Spécialisé) de Bassens (Savoie) a lancé en janvier un concours de dessin intitulé "Dessine-moi ton coronavirus". Le but : permettre aux enfants de s'exprimer par le dessin sur la pandémie. Une méthode souvent utilisée en psychothérapie.

Les enfants sont invités à s'exprimer sur ce qu'ils ressentent pendant cette période de crise inédite.

Les enfants sont invités à s'exprimer sur ce qu'ils ressentent pendant cette période de crise inédite. - CHS de Bassens

Exprimez ces émotions par le dessin, c'est le projet du CHS de Bassens. C'est le département de psychologie qui a lancé ce concours intitulé "Dessine moi ton coronavirus", le 15 janvier dernier. Ouvert à tous les enfants de moins de 18 ans, ils peuvent envoyer leur création, libre, par mail. Une initiative portée par la psychologue Séverine Muzet, qui lui avait été soufflée par des enfants qu'elle soigne au quotidien : "Ils m'ont dit un matin : "et pourquoi on ne dessinerait pas ?", j'étais en train de travailler sur le lien social et ça m'a plu. On dessine toujours pour quelqu'un", raconte-t-elle. D'autant plus qu'entre les confinements et le couvre-feu, les enfants ont besoin de "laisser place à leur créativité. Ils sont enfermés chez eux alors qu'ils débordent d'énergie", ajoute la psychologue. 

"Le dessin est une forme de premier langage" - Séverine Muzet, psychologue 

Mais l'idée du dessin est aussi un moyen de facilité l'expression des émotions, selon Séverine Muzet, une technique souvent utilisée en psychothérapie. "Le dessin a l'intérêt de proposer une certaine distance avec le vécu. C'est une première mise en forme de ce qu'on ressent. Des fois, ce n'est pas évident de mettre des mots sur ce que l'on ressent. Le dessin est une forme de premier langage", explique-t-elle. 

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Les mains, ces grandes oubliées !

publié le  

Lavez-vous les mains ! Crise sanitaire oblige, nous avons jamais autant parlé de ces drôles d’organes qui, avec leurs pouces opposables, constituent un trait évolutif caractéristique de l’Homo sapiens. Pourtant, à bien y regarder, les mains sont les grandes oubliées de la philosophie, analyse le spécialiste de littérature allemande Jochen Hörisch dans un ouvrage paru outre-Rhin le 25 janvier, Hände. Eine Kulturgeschichte [« Les mains. Une histoire culturelle », Hanser ; non traduit]. 

Un paradoxe, quand on voit le nombre d’images manuelles qui nous entourent : la main de Dieu, la main invisible du marché, la main courante. Les mains métaphoriques auraient-elles remplacé les mains concrètes ? 

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Les infirmiers scolaires sont très sollicités depuis le début de la crise sanitaire

Par  France Bleu Picardie  Vendredi 12 février 2021

Les fermetures de classe vont se multiplier dans la Somme car le coronavirus circule plus à l'école et aussi parce que le protocole sanitaire a été renforcé, estime Frédéric Boutelleux infirmier scolaire à Roye est aussi secrétaire académique du SNICS-FSU en Picardie.

"On voit bien que l'épidémie progresse, le virus circule un peu plus dans les établissement scolaires donc ça peut  entraîner plus de fermeture, d'autant que le protocole sanitaire a été renforcé. Une fermeture de classe peut être décidée dès le premier cas de variant dans toutes les classes", détaille Frédéric Boutelleux. 

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Avec le Covid, les psys ont des visios

par Rico Rizzitelli   publié le 12 février 2021

En France, les praticiens ont longtemps rechigné à utiliser la consultation à distance. Mais la crise actuelle les oblige à changer leurs pratiques.

Pour le coup, les Argentins l’ont anticipé depuis des années. Dans un pays éruptif à l’histoire politique et identitaire tumultueuse, les consultations sont monnaie courante. Ainsi, selon un sondage paru en 2017 dans le quotidien La Nación, pas moins de 32 % de la population locale avait vu déjà vu un psy. «En Argentine, il n’y a aucun tabou à dire qu’on voit un professionnel. L’offre s’est adaptée à la demande. Il y a des thérapies comportementales cognitives, des méthodes à court terme ou de l’analyse via Skype, apparue bien avant le Covid, notamment pour les exilés qui veulent conserver leur analyste et un lien avec le pays», résume Monica (1), comédienne de 37 ans qui vit à Buenos Aires et est en cure depuis douze ans. Depuis le printemps dernier, beaucoup d’Argentins ont replongé dans leurs angoisses et le rythme des séances hebdomadaires s’est démultiplié, ce qui n’est pas nécessairement le cas en France.

“L’indignité” du pôle de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Marguerite fustigée dans un rapport

Marsactu - Journal d'investigation Marseille et sa région

le 12 Fév 2021

Photo de l'unité Cassiopée, du pôle psychiatrie fermée de l'hôpital Sainte-Marguerite, issue du rapport du contrôleur général des lieux de privations de liberté de février 2021.

Le rapport est sans ambiguïté : “Il doit être mis un terme sans délai à l’indignité et au non-respect des droits fondamentaux des patients en soins sans consentement pris en charge au sein de l’unité Cassiopée de l’AP-HM“. La recommandation vient du contrôleur général des lieux de privations de liberté (CGLPL) au sujet du pôle psychiatrie fermée de l’hôpital Sainte-Marguerite (9e arrondissement). Dans un document de 93 pages, réalisé après une visite en janvier, il est plusieurs fois souligné que “la dignité des personnes n’était pas respectée ” au sein de cette unité médicale, comme le rapporte La Marseillaise.

Les onze chambres d’isolement de cette unité sont décrites comme “quasi toutes insalubres avec des sols décollés, des fenêtres qui ne s’ouvrent plus, des fils électriques apparents et interrupteurs cassés”.


Photo de l’unité Cassiopée, du pôle psychiatrie fermée de l’hôpital Sainte-Marguerite, issue du rapport du contrôleur général des lieux de privations de liberté de février 2021.
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Covid et santé mentale : un psy lyonnais constate une forte hausse des consultations


btw BFM Lyon santé mentale covid
Pascal Blanchard, psychanalyste et vice-président à la métropole de Lyon en charge de la santé, des personnes âgées et en situation d'handicap, sur le plateau de BFM Lyon. ©DR

Stress, déprime, anxiété, troubles du sommeil, dépression… La crise sanitaire a un fort impact sur la santé mentale des Français. Les incertitudes face à l’avenir et le manque de perspectives affectent leur moral. Dans ce contexte, de plus en plus de personnes consultent des psys. Quels sont les signes qui doivent alerter ? Qui consulter pour aller mieux ? Les explications de Pascal Blanchard, psychanalyste, invité de l’émission « Votre Santé ».

La crise sanitaire semble avoir lourdement affecté le moral d’une grande partie de la population. L’impact psychologique de l’épidémie de coronavirus est plus que jamais significatif. Dépressions, insomnies, angoisses… sont des symptômes en hausse depuis le début de la crise sanitaire.

Quand faut-il consulter pour se faire aider ? Y a t-il eu une hausse des consultations ? Éléments de réponse avec Pascal Blanchard, psychanalyste et vice-président à la métropole de Lyon en charge de la santé, des personnes âgées et des personnes en situation d’handicap, invité d’Elodie Poyade et de Pascal Auclair dans l’émission Votre Santé (BFM Lyon) de ce jeudi 11 février.

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DEUX-SÈVRES: OLIVIER VÉRAN RENCONTRE LA FAMILLE DE L'INFIRMIÈRE EN PSYCHIATRIE TUÉE IL Y A UN AN


 



Le 

Olivier Veran, lors d'une conférence de presse le 19 novembre 2020 à Paris. (Photo d'illustration)


Le 13 février 2020, Elodie, infirmière de 30 ans, avait été poignardée sur le parking devant l'unité psychiatrique du Centre hospitalier Nord-Deux-Sèvres à Thouars.

Le ministre de la Santé Olivier Véran s'est rendu brièvement ce vendredi matin dans les Deux-Sèvres, avant sa visite en Moselle, afin de rencontrer la famille de l'infirmière en psychiatrie tuée il y a un an par un patient, et lui remettre la Légion d'honneur à titre posthume, a appris l'AFP de sources concordantes.

Le ministre, dans le cadre d'une visite privée, a rencontré la famille de l'infirmière à Saint-Martin-de-Sanzay, près de Thouars, ainsi qu'une délégation de collègues de la jeune femme présents le jour du drame, et a remis la Légion d'honneur pour services rendus à la nation, a indiqué l'AFP de source au sein du personnel hospitalier. Le ministère de la Santé a confirmé la rencontre du ministre avec la famille ainsi que la décoration, sans plus de précisions.

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Ensemble au Jardin d’Epicure

LE 08/02/2021

À retrouver dans l'émission

LSD, LA SÉRIE DOCUMENTAIRE

par Perrine Kervran

Comment se pratiquait la philosophie au Jardin d’Epicure ? 

Double buste d'Epicure et Métrodore (capture d'écran)
Double buste d'Epicure et Métrodore (capture d'écran)

Dans ce premier épisode, nous évoquerons comment la notion d’amitié est centrale dans la doctrine épicurienne comme condition d’émergence de la philosophie et mode de vie du philosophe

Que sait-on du jardin d'Epicure, lieu de philosophie collective ? Quels effets ont-elles dans la société et quelle transmission cette pratique de la philosophie a-t-elle opéré ?

Le double buste Epicure/Metrodore

Son buste double est très intéressant parce qu'il montre bien qu’Epicure n'était pas le maître absolu du jardin, mais que pour lui, le jardin, c'était un groupe d'amis, Métrodore symbolisant d'une certaine façon l'ensemble des compagnons d'Épicure dans cette statue. Daniel Delattre

Assimiler la parole d'Epicure

Les épicuriens ont une pratique philosophique qui consiste principalement à assimiler la parole d'Épicure, à la comprendre, à l'interpréter dans une ligne strictement orthodoxe. Et la communauté des amis, c'est le lieu idéal pour cela. Julie Giovacchini

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Sophie Wahnich: «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu»


 


par Anne Diatkine   publié le 13 février 2021

Sophie Wahnich «Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu» Comment nous projeter dans l’avenir et imaginer un monde meilleur alors que la crise sanitaire nous donne l’impression de faire du sur-place ? Pour l’historienne, spécialiste de la Révolution française, la pensée utopique constitue une source d’émancipation plus que jamais nécessaire. Même si elle se heurte au réel.

Quand elle était en sixième, sa professeure de français demandait à ses élèves d’imaginer des mondes utopiques. L’historienne de la Révolution française Sophie Wahnich n’a finalement jamais interrompu cet exercice, que ce soit dans sa vie de citoyenne engagée, ou en scrutant les archives et les imaginaires sociaux de son époque de prédilection. Que deviennent les utopies aujourd’hui quand chacun éprouve la désolante impossibilité de se projeter, qui d’ordinaire est le propre de la dépression ? L’impression généralisée de vivre une journée sans fin anéantit-elle notre capacité à concevoir des organisations sociales aussi inédites qu’impérieuses ? Contre toute attente, Sophie Wahnich, directrice de recherche au CNRS, autrice notamment de la Révolution n’est pas un mythe, et longtemps chroniqueuse dans ces pages, dissocie l’aptitude à inventer des utopies, qui lui semble le propre de l’humain, de la possibilité du futur. Selon elle, s’il y a des périodes plus propices que d’autres à leur floraison, les utopies, leur dur désir de durer, et la faculté d’en imaginer de nouvelles, persistent même et surtout dans les moments qui paraissent le plus sans issue.

En quoi l’impossibilité actuelle de se projeter met à mal la construction d’utopies ?

L’utopie n’est pas forcément une projection dans le temps. Elle est une construction imaginaire qui se développe avec le plus de nécessité dans les périodes les plus entravées. Elle naît d’ailleurs avec Thomas More, qui écrit Utopia en 1516 en pleine Renaissance, période où l’essor du capitalisme met à mal certaines vies communautaires et lors de laquelle l’affirmation d’un nouvel art de gouverner est perçue comme tyrannique. Il ne me paraît donc pas contradictoire de soigner la dimension utopique de l’humain, dans les époques particulièrement sombres, despotiques, où, effectivement, on a le sentiment qu’on ne peut que se retirer dans ce «hors lieu» qu’est étymologiquement l’utopie. Produire ce lieu imaginaire permet de continuer à penser. Exercer son aptitude à l’utopie est une nécessité absolue quand l’avenir paraît avoir disparu. Sinon, effectivement, la mort est au rendez-vous : la mort sociale et la mort individuelle et psychique.

Quand les détenus doivent-ils être vaccinés contre la Covid-19 ?

Paris, le samedi 13 février 2021 - C’est une population condamnée (au sens propre comme au figuré) à vivre confinée dans un espace clos et dans la promiscuité. Depuis le début de la crise sanitaire, la situation dans les prisons a été scrutée à la loupe par les autorités. La semaine dernière, à Strasbourg, un foyer de contamination a été détecté à la prison d’Eslau. Face à la difficulté à aménager les gestes barrières (port du masque obligatoire, aménagement des parloirs…) la question de la vaccination dans les centres de détention se pose naturellement.

Le 5 février 2021, le Conseil d’État s’est prononcé sur la requête déposée par les Robins des Lois, association assurant la défense des droits des détenus.

Les détenus, des patients comme les autres

Les requérants reprochent notamment à l’instruction ministérielle du Ministère de la Santé du 15 décembre 2020, qui définit les modalités de la première étape de la campagne de vaccination, de ne pas avoir placé comme prioritaire l’ensemble des personnes actuellement détenus dans les établissements pénitenciers en France (une population de 63 000 détenus au 1er décembre 2020).

En vertu de cette instruction, devaient être considérés comme prioritaires les personnes susceptibles de développer les formes graves ou mortelles de la maladie : c’est-à-dire les personnes âgées résidant dans les établissements et services de longue durée ainsi que dans d’autres lieux d’hébergement, et les professionnels y exerçant et présentant eux-mêmes un risque accru (plus de 65 ans et/ou présence de comorbidités). Cette priorité a été au cours du mois de janvier étendue notamment à toutes les personnes de plus de 75 ans et à celles présentant certaines pathologies.

Pour les requérants, cette « exclusion » porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la santé ainsi qu’au principe d’égalité, alors même que la population carcérale ferait face à un « fort risque de propagation du virus » compte tenu « des conditions de détention ».


Une épidémie pas si grave… même pour les plus fragiles ?


 


Paris, le samedi 13 février 2021 – Quand, au tout début du mois de mars de l’année dernière, les visites dans les Établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD) ont été totalement suspendues, certains aides-soignants et infirmiers y exerçant savaient. Ils savaient que pour beaucoup de résidents, cette interdiction ne changerait rien ou presque. Pour ces aïeuls qui ne sont pas si rares, les contacts se limitent à quelques coups de téléphone épars et une visite rapide une à deux fois dans l’année. Pas un calendrier qui puisse être profondément bouleversé par une mesure sanitaire.

Le sens de la famille

Caricature nous dira-t-on ? Probablement. Cependant, la structuration des liens familiaux pourrait ne pas être totalement sans impact sur les variations de mortalité observées en fonction des pays. C’est ce que suggère le démographe Hervé LeBras dans une analyse publiée cette semaine dans Le Monde. Il constate tout d’abord que « Selon Santé publique France (…) 59 % des personnes décédées pour cause de Covid-19 étaient âgées de plus de 80 ans (…). Ces chiffres ne prennent cependant de la valeur que lorsqu’on les compare à d’autres données. Prenons par exemple ce pourcentage de 59 % et comparons-le à celui de la mortalité habituelle. (…) En 2018, dernière année disponible, 61 % d’entre eux provenaient de personnes de plus de 80 ans, soit, à 2 % près, la proportion des personnes âgées parmi les décédés du Covid-19 qui vient d’être citée. Le Covid-19 ne discrimine donc pas plus les personnes âgées que ne le font les causes habituelles de mortalité en son absence ». Or, cette situation est loin d’avoir été partout semblable ». Ainsi, le démographe poursuit : « En Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Suède, au Danemark et aux Pays-Bas, la proportion de personnes âgées de plus de 80 ans décédées du Covid-19 excède de plus de dix points celle des décès de cette même classe d’âge en période hors épidémie. Inversement, en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, les deux proportions sont voisines, à l’instar de la France ». Comment expliquer ces différences ? La diversité des mesures mises en place ne paraît guère permettre une explication logique simple. Hervé LeBras invite donc plutôt, comme souvent, à s’intéresser aux structurations familiales. « Les pays où les personnes âgées ont été plus atteintes que d’habitude ont en commun des rapports familiaux plus fréquents entre générations. L’Allemagne, la Suisse, l’Autriche, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas sont caractérisés par la « famille souche » où trois générations cohabitaient autrefois. Dans les pays où la mortalité des personnes âgées est demeurée à sa proportion habituelle, les rapports familiaux se concentrent traditionnellement au sein des familles « nucléaires » limitées à une ou deux générations. Or, la propagation de l’épidémie est fonction de la fréquence des contacts interpersonnels, en particulier entre générations » éclaire-t-il.

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