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vendredi 21 mai 2010





Est-il encore possible d'arrêter la destruction de la psychiatrie ?

20 Mai 2010 Par Les invités de Mediapart
Édition : Contes de la folie ordinaire

Bernard Durand, président de la Fédération d'aide à la santé mentale Croix Marine, réagit au reportage diffusé mardi soir sur France 2 dans l'émission «Les infiltrés», et tourné dans un service hospitalier de la région parisienne.

Le reportage sur un service de psychiatrie de la banlieue parisienne réalisé dans l'émission de France 2 «Les Infiltrés» suscite un malaise certain. Difficile pour un psychiatre qui a consacré sa vie professionnelle à rendre au malade mental sa dignité et à faire en sorte que l'asile de ses débuts soit définitivement révolu, d'être confronté à un tel document. Et que dire pour les patients eux-mêmes et leurs proches qui constatent qu'en 2010, on peut encore traiter un malade d'une manière aussi inhumaine, ce qui ne peut que les dissuader de recourir à la psychiatrie ?

Si le parti pris du journaliste infiltré était de dénoncer, ce qui constitue un biais certain pour rendre compte d'un quotidien – car je suis persuadé qu'il aurait pu filmer d'autres occurrences dans le même service qui auraient montré des gestes très différents, d'attention, voire de tendresse – il n'en reste pas moins que ce qui nous est montré là est inacceptable et intolérable. Mais avant de jeter la pierre à quiconque, il faut s'interroger ensemble sur le pourquoi de cette démission collective qui nous rend tous responsables de tels excès. Pourquoi la pathologie mentale, la folie reste-t-elle l'objet de tant de préjugés, de la part des médecins, des politiques ou de l'opinion publique façonnée par une presse et des écrans qui préfèrent l'émotion à l'analyse de la réalité ?

Devant un tel désastre, il est temps de rappeler un certain nombre d'évidences et d'ouvrir des perspectives.

La première évidence concerne l'objet même de la psychiatrie. Un des plus grands psychiatres du 20ème siècle, Henri Ey, disait que le malade mental était avant tout un homme entravé dans sa liberté, diminué dans l'exercice de son activité proprement humaine de coexistence par une désorganisation de son être et qu'il ne pouvait se réduire à l'image de l'aliéné. C'était affirmer qu'une approche de la folie construite sur des références strictement médicales ne suffit pas : il est indispensable de prendre en compte une dimension anthropologique qui manque cruellement, lorsque le savoir psychiatrique devient de plus en plus celui des molécules susceptibles d'éradiquer ce que le DSM (1) appelle «des troubles», définis selon de soi-disant normes.

La psychiatrie n'est pas une science, mais une forme d'exercice de la médecine qui doit s'appuyer sur de nombreuses références, médicales, neurologiques, génétiques et si les avancées des neurosciences permettent de mieux comprendre certains aspects de la vie mentale qui déboucheront tôt ou tard sur des traitements plus efficaces et peut-être mieux tolérés, vouloir réduire le psychisme au cerveau, ce que ne font pas les neurobiologistes eux-mêmes, constitue une erreur dramatique et aussi ridicule que d'aborder un tableau de Léonard de Vinci ou de Van Gogh en ne considérant que le type de pigments utilisés. Les sciences humaines, psychologiques et sociales sont tout aussi nécessaires et l'on commence à voir la régression humaine qu'implique un modèle où l'homme, réduit à son comportement, devient objet d'observation qu'il s'agit d'objectiver et de classer afin de réduire son trouble, sans même prendre le temps d'écouter sa souffrance et de comprendre le contexte dans lequel celle-ci est devenue manifeste.

La seconde évidence est qu'en psychiatrie le plateau technique, comme l'on dit dans les hôpitaux, est constitué avant tout d'individus, qu'ils soient médecins, infirmiers, psychologues, rééducateurs. Le soin psychique implique de prendre en compte la question du sujet et ne peut faire l'économie de la rencontre intersubjective. On ne progressera dans la qualité des soins en psychiatrie que par l'octroi des moyens humains nécessaires, cela doit être répété, et de ce point de vue, on doit accepter qu'il s'agisse d'une discipline coûteuse, comme les disciplines médicales les plus pointues le sont par ailleurs, du fait de matériels sophistiqués.

Mais le nombre ne suffit pas. Encore faut-il que l'on dispose de personnels correctement formés: cela est vrai pour les psychiatres qui ont tout autant besoin de connaissances médicales confirmées que d'une formation en sciences humaines et sociales, cela est également vrai pour les personnels infirmiers qui sont mis en face de malades dont on a à peine évoqué l'existence durant leur cursus de formation. Il faut des mois et des années pour savoir repérer des signes d'angoisse de dépersonnalisation, trouver les gestes qui enserrent et rassurent, disposer des mots qui soulagent cette angoisse. Aujourd'hui, cette clinique de la relation au quotidien n'est plus le fait que de certains vieux infirmiers qui partent tous à la retraite sans que leur soient donnés les moyens de la transmission. Les professionnels récemment formés sont démunis et vivent dans la crainte d'une violence qu'ils redoutent, leur propre inquiétude n'ayant pour effet que de faciliter la montée de l'angoisse chez les patients qui prélude aux réactions agressives et violentes. Ce véritable cercle vicieux conduit au fait que l'on n'a jamais autant utilisé les prescriptions de contention et les chambres d'isolement qu'aujourd'hui.

Il y a urgence à reconsidérer la formation des soignants de la psychiatrie: en chirurgie, on ne met pas dans les salles d'opération des infirmiers fraîchement émoulus de l'école, mais on exige d'eux une formation spécialisée supplémentaire; il est indispensable de l'exiger de ceux qui travaillent dans la pathologie du lien humain.

La formation permanente aurait pu répondre pour une part à ces besoins mais faute de remplaçants, les directions des soins des établissements refusent souvent les formations demandées. Et, osons le dire, les crédits de formation sont utilisés de manière prioritaire pour ce qu'on appelle la «démarche qualité», afin d'être conforme lors des visites de certification de la HAS (2). Cette démarche qualité, qui n'a plus aujourd'hui pour objectif que de tendre vers le risque zéro, est malheureusement devenue une caricature qui produit en fait conformisme, déresponsabilisation et désinvestissement professionnel. L'ensemble des procédures obligées et des protocoles consomment des tonnes de papiers et des centaines d'heures de soignants qui sont de plus en plus immobilisés devant des écrans à rendre compte de ce qu'ils sont censés faire, à défaut d'avoir le temps de le faire.

La sécurité est indispensable en psychiatrie, non pas simplement la seule sécurité opposée à une menace potentielle comme la ressentent de plus en plus de jeunes soignants, mais la sécurité interne que donne le fait de travailler dans de vraies équipes où l'on peut échanger à la fois sur les patients et le vécu des équipes face aux réactions suscitées par la pathologie mentale, une vraie sécurité qui permet de prendre le risque d'une relation à l'autre si différent et pourtant si proche si l'on prend le temps de l'écouter.

Une autre évidence à considérer en psychiatrie, c'est que si le temps de l'hospitalisation doit être aussi limité que possible, il ne peut se calquer, là aussi, sur le temps de la médecine somatique. Une des conditions pour que les soins soient opérants est qu'une relation de confiance se construise avec le patient, en particulier lorsqu'il s'agit de quelqu'un réputé schizophrène. L'alliance thérapeutique demande du temps, de la disponibilité et de la constance et ne vient qu'après le temps du déni initial et de l'ambivalence qui conduit à tenter d'interrompre les soins à peine engagés, et ce d'autant plus qu'une relation de confiance et des liens transférentiels ne sont pas encore vraiment solides.

Il n'est pas acceptable de faire sortir des patients dont on sait que le temps des soins ambulatoires n'est pas encore de mise, simplement parce qu'il y a «plus malade» que lui à admettre dans le service. Cela conduit au mieux à des hospitalisations répétées, au pire à des tragédies qui viendront nourrir la quête obsessionnelle de la sécurité. Et la semaine suivante, lorsque ce patient reviendra, il s'agira administrativement d'une autre hospitalisation: les gestionnaires seront contents et l'on pourra proclamer partout que la durée moyenne de séjour a diminué en psychiatrie (les belles économies!) et qu'il y a de plus en plus de patients suivis.

Le reportage de France 2 met dramatiquement en évidence l'absence de prise en compte de la dimension institutionnelle dans le travail de prise en charge des patients. Nos aînés, avant même l'apparition des neuroleptiques, avaient compris que l'on pouvait changer l'ambiance dans l'asile de l'époque, en utilisant les ressources collectives des soignants et des patients eux-mêmes, grâce à l'organisation d'activités et d'espaces de parole partagés. Aujourd'hui, c'est le Contrôleur général des lieux de privation de liberté qui dénonce le fait que les patients sont confrontés à l'ennui du fait de l'insuffisance des activités proposées et qu'ils n'ont d'autre opportunité que de rester, des journées entières, passifs devant la télévision. Ce travail d'animation et d'attention aux petites choses du quotidien était constitutif de la démarche thérapeutique: on parlait alors de psychothérapie institutionnelle, dimension essentielle sur laquelle la plupart des universitaires de psychiatrie ont fait l'impasse, au bénéfice de protocoles standardisés qui permettent de limiter au maximum le travail de pensée et la confrontation à la réalité clinique.

Enfin, il faut rappeler que le temps d'hospitalisation ne prend son sens que par rapport à un projet de soins qui s'inscrit dans une continuité de prise en charge. La France avait construit un dispositif qui a été longtemps considéré comme un modèle à l'étranger: celui-ci organisait la proximité et la continuité des soins sur un territoire à dimension humaine appelé secteur. Certes, cette politique de sectorisation a été inégalement mise en œuvre et a souvent pâti de la culture des soignants issus de l'asile, qui avaient une propension à vouloir tout gérer de la vie des patients. Cela a conduit les équipes de secteur à ignorer trop souvent les autres acteurs présents dans la cité, au premier chef les familles, mises fréquemment à l'écart, les médecins généralistes, les travailleurs sociaux, les acteurs associatifs.

Il est nécessaire de repenser cette pratique de secteur à l'aune des nouveaux territoires de santé prévus dans la loi HPST (3) et de la loi de février 2005 qui a reconnu que les personnes présentant des troubles psychiques au long cours avaient également le droit de bénéficier des compensations que notre société reconnaît aux personnes en situation de handicap. Cette dernière a permis des avancées comme cette innovation fantastique des groupes d'entraide mutuelle (GEM) qui sont des espaces d'accueil et de construction de liens sociaux, gérés par les usagers eux-mêmes en dehors du regard des soignants (ce dont doutent encore certains d'entre eux).

Le «plan psychiatrie et santé mentale 2005-2008» avait commencé à décloisonner la psychiatrie et le dispositif médico-social, trop souvent ignoré, voire disqualifié par les tenants d'une psychiatrie exclusive. Nous attendions une grande loi d'orientation permettant de fixer des grands objectifs pour la psychiatrie et ses partenaires dans le contexte de restructuration de l'ensemble de la santé lié à la loi HPST. Le rapport confié à Edouard Couty, ancien directeur de l'Hospitalisation et de l'Organisation des soins au ministère de la santé, pouvait constituer, malgré certaines ambiguÏtés et maladresses, une base de départ sur laquelle élaborer une telle loi.

Or, que voyons-nous depuis dix-huit mois ? La mise en œuvre du discours du Président de la République à Antony qui, à partir d'événements dramatiques, a produit un amalgame entre un petit nombre de personnes effectivement dangereuses et les 600.000 patients soignés pour schizophrénie dans notre pays, dont un grand nombre est en situation de fragilité croissante. Ils sont de fait encore plus stigmatisés et leur accueil dans les hôpitaux se ressent des grillages et des murs que l'on a renforcés, des portes que l'on a refermées, des procédures de contention que l'on a généralisées. Est-ce vraiment cela que veut notre société pour ces centaines de milliers de patients qui sont aussi nos semblables, souvent les plus vulnérables et les plus démunis d'entre nous?

Il n'est question pour l'instant que de la réforme de la loi de 1990 sur l'internement. On veut remplacer l'hospitalisation sous contrainte par la notion d'obligation de soins, y compris en ambulatoire. Si une telle proposition peut paraître de prime abord séduisante, voire progressiste, on n'a pas suffisamment perçu les effets pervers qui risquent d'en résulter dans une société dont on ne cesse d'instrumentaliser la peur. Nous pointions plus haut qu'il fallait du temps pour construire le lien de confiance indispensable aux soins. Or, si les mouvements négatifs du patient se traduisent par un signalement du psychiatre aux autorités qui pourront exiger du patient qu'il se soigne, nous ne sommes plus dans une logique de soins, mais dans celle d'un contrôle social et la place même des soignants s'en trouve radicalement interrogée. On peut comprendre que les représentants des familles, qui ne souhaitent pas que leur proche puisse être traité comme nous l'a montré ce reportage, envisagent favorablement ces soins sous contrainte en ambulatoire. Mais ils n'ont pas pris la mesure des effets pervers qui risquent d'en résulter et comment le temps essentiel dans l'engagement des soins n'est pas la contrainte (même si l'on ne peut parfois l'éviter), mais la possibilité de permettre une rencontre entre celui qui est consumé par le désespoir, la perte de son identité ou la peur des autres et un soignant capable de l'écouter dans son malheur.

Sommes-nous encore capable de comprendre que le sort que nous réservons à ceux que l'on appelait naguère aliénés est le reflet de notre malaise social et que la violence dont nous avons eu un écho dans ce film est en fait l'affaire du groupe social tout entier ? Aujourd'hui, heureusement, les usagers ont pris la parole et c'est avec eux que nous devons refuser cette régression. Comme le disait Georges Daumézon, qui fut après guerre un des pionniers de la révolution psychiatrique que nous sommes hélas en train de liquider, le médecin peut combattre la maladie, seule la société peut combattre l'aliénation.

(1) Diagnostic and Statistical Manual, classification nosographique nord-américaine fondée sur la description des symptômes et des comportements.
(2) Haute Autorité de Santé.
(3) Hôpital, Patients, Santé et Territoires.







A Lyon, la psychiatrie derrière des barreaux neufs
21/05/2010

PSYCHIATRIE - Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot, ministres de la Justice et de la Santé, doivent inaugurer cet après-midi à Lyon le premier hôpital psychiatrique pour détenus. Une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) ouverte depuis mardi et qui accueillera à terme 60 malades. Elle est baptisée «unité Simone Veil», en hommage au rôle joué par l’ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé d’Edouard Balladur dans l’amélioration des soins carcéraux. Mais l’académicienne a reçu cette semaine une lettre ouverte (1) de médecins, d’infirmiers et de syndicalistes inquiets de cette ouverture. En août 2007, Nicolas Sarkozy avait présenté la future UHSA de Lyon comme un «hôpital fermé pour pédophiles». Par la suite, les responsables du programme avaient ramé pour rattraper le coup, rassurer sur un projet qui n’a rien à voir avec ce qu’annonçait le Président. Des psychiatres continuent, cependant, de s’inquiéter de la qualité de soins possibles dans un tel établissement. Explications sur ce nouvel «hôpital-prison»...

Une structure pour qui ?

Construite dans le parc du Vinatier, vaste et passionnant hôpital psychiatrique lyonnais, l’UHSA accueillera des détenus, prévenus ou condamnés. Les indications restent assez ouvertes, mais le public devrait être essentiellement constitué de psychotiques, de détenus en état de dépression majeure ou souffrant de graves troubles de la personnalité. Les responsables n’excluent pas d’accueillir aussi, le temps d’un diagnostic, des détenus concernés par la rétention de sûreté, prévue pour les personnes lourdement condamnée (quinze ans de détention ou plus) et qui présentent, en fin de peine, de sérieux risques de récidive.

A l’UHSA, certains malades seront soignés avec leur consentement, d’autres hospitalisés d’office. Jusqu’à présent, note Pierre Lamothe, psychiatre et responsable du pôle «santé mentale des détenus et psychiatrie légale» dont dépend l’UHSA, «seuls les détenus dangereux pouvaient être hospitalisés, en raison du risque qu’ils représentaient». Les autres se contentaient de soins ambulatoires en détention, ou bien étaient placés - sur décision du directeur de la prison - dans l’un des 26 services médico-psychiatriques régionaux (SMPR) français, pour des soins de jour seulement. Désormais, les médecins pourront prescrire l’hospitalisation à l’UHSA lorsqu’un détenu «est en souffrance, même s’il ne constitue pas un danger en détention».

Avec quels moyens ?

Le coût annuel de l’UHSA serait de 7 millions d’euros pour la seule partie santé. En terme de coûts journaliers, on s’approche du prix quotidien d'un lit de réanimation. «Mais le coût de l’abandon de gens inanimés socialement et psychiquement est beaucoup plus élevé», évacue Pierre Lamothe. Son UHSA comptera trois unités de 20 lits. Seule la première, prévue pour les patients en décompensation aiguë, a ouvert mardi, avec deux psychiatres et une vingtaine d’infirmiers, aides-soignants et agents de service hospitalier. L’idée est d’avoir toujours trois personnes présentes au moment d’ouvrir une porte, en raison de la difficulté à maîtriser certains malades. A terme, l’UHSA comptera environ une centaine de soignants, dont 5 psychiatres. Une prime de 234 euros brut avait été promise à l’embauche, puis ramenée à 117 euros. Une partie du personnel est donc en grève depuis mardi et des réquisitions ont été prononcées pour faire tourner l’UHSA.

Hôpital ou prison ?


Officiellement, il s’agit d’une «structure médicale avec une sécurité périphérique». Mais lorsqu’on s’en approche, au fond du parc du Vinatier, cela ressemble furieusement à une prison. Des murs de six mètres de haut renforcés de barbelés, de douves. Un poste de garde aux vitres blindées. A l’intérieur de l'UHSA, une cinquantaine de surveillants de l’administration pénitentiaire assurent la sécurité, la gestion du greffe, des parloirs. Passée une grille et une zone "neutre" à l’intérieur, détenus et soignants sont en «territoire hospitalier». Où l’architecture et les couleurs rappellent assez les dernières prisons livrées à l’administration pénitentiaire. Simplement, les cellules s’appellent chambres, et le plateau de soin est assez complet. Les couloirs, en revanche, sont contrôlés par des caméras de surveillance, et les portes s’ouvrent à distance, depuis le poste de contrôle centralisé.

Certains médecins s’inquiètent de la «qualité de la relation» entre malades et soignants dans cet univers. Parmi eux, quelques-uns dénoncent le retour des«gardiens de fous». Un «contresens romantique», estime Pierre Lamothe, qui pense que «la réalité de l’UHSA pèsera sur les soignants» mais constituera «une bouffée d’oxygène pour les malades». Emmanuel Venet, psychiatre du Vinatier, est plutôt d’accord. Il ajoute que jusqu’à présent, lorsque les détenus étaient hospitalisés d’office, il y avait une levée d’écrou. Le compteur de leur peine s’arrêtait. A l’UHSA, ils restent placés sous écrou.

À l’intérieur, qui fait quoi ?


Officiellement, les surveillants ne s’occupent que du transport et de la garde de l’enceinte. Ses agents ne peuvent intervenir à l’intérieur qu’à la demande du personnel médical, en cas de danger. Mais un décret signé la semaine dernière ajoute qu’ils peuvent fouiller les chambres des malades, les lieux de soin. «Les deux professions n’ont pas la même culture, pas le même statut, pas les mêmes objectifs, pointe Philippe, infirmier psychiatrique au Vinatier. Elles subiront des injonctions paradoxales qui se traduiront par une confusion entre celui qui soigne et celui qui garde.»

Gilbert Rémont, éducateur et membre du conseil de surveillance du Vinatier, redoute que cela crée «des failles dans lesquelles pourront s’engouffrer les personnes psychotiques». Mais le psychiatre Emmanuel Venet relativise : «Ce sont des logiques professionnelles difficiles à faire converger, mais cela reste possible», dit-il. Il déplore plutôt que l’on «s’acclimate à l’idée de travailler en psychiatrie dans une structure où il y a des hommes en arme», et regrette le choix d’installer l’établissement au sein du Vinatier : «Cela renforce l’image d’une psychiatrie à qui l’on confie de plus en plus un rôle sécuritaire, un contrôle social, une contention de la violence

De l'hôpital à la prison, et retour

L’ouverture de l’UHSA pourrait se traduire par une nouvelle répartition des ressources, une érosion progressive des moyens à destination des autres services du complexe hospitalier. Cela accentuerait une tendance lourde : sur les 2 000 lits que comptait le Vinatier en 1970, il en reste 600. L’attente s’allonge pour une première consultation, ou pour la première visite après une hospitalisation. Le phénomène est national. Le nombre de lits a été divisé par cinq en psychiatrie depuis 1966. Or, «on n’a sans doute pas guéri pendant ce temps le 4/5e de nos malades», grince Pierre Lamothe. «Comme on ne soigne plus nos fous, prolonge Gilbert Rémont, membre du conseil de surveillance du Vinatier, une partie d’entre eux se retrouve en comparution immédiate, puis en prison, qui devient le plus grand asile de France.» D’une source à l’autre le nombre de détenus souffrant de troubles psychiatriques oscille entre 20 et 30%. Dans ce contexte, l’UHSA devient un progrès. «Un outil adapté à la réalité,soupire un psychologue. Mais la réalité est devenue désastreuse.»

Olivier BERTRAND
(1)  Téléchargement Lettre à Madame Veil




Un hôpital pour détenus, ça ressemble à quoi au juste?
le 21.05.10

SANTE - La première Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) de France axe ses soins autour du bien-être du détenu. Avec balnéothérapie médicalisée et ateliers de cuisine...

De l’extérieur, l’imposant bâtiment de béton a tout d’une prison. Seul l’inox poli installé au dessus de l’entrée, égaye un peu les murs. Derrière les vitres sont postés des agents de l’administration pénitentiaire.

La première Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) destinée à accueillir les détenus ayant d’importants troubles psychiatriques a été inaugurée ce vendredi après-midi à Bron, sur le site de l’hôpital psychiatrique du Vinatier. L’occasion pour 20minutes.fr de visiter les lieux, construits un peu à l’écart du reste.

>> A lire, les détails de l'inauguration par ici.

A l’extérieur les matons, à l’intérieur les médecins

Une fois les parloirs dépassés et quelques portes ultrasécurisées franchies, le lieu ressemble davantage à un hôpital avec ses couloirs couleur beige et son «plateau de soins». Les chambres sont sobres, équipées d’une télévision placée en hauteur derrière une vitre, d’un petit bureau et d’un coin salle de bains entièrement carrelé. Certaines chambres ont vu sur une cour intérieure où ont été installés une table de ping-pong, un terrain synthétique, un panier de basket et quelques fleurs.

C’est le concept de l’UHSA. Les détenus sont pris en charge à leur arrivée et sortie par des agents de l’administration pénitentiaire. Mais une fois à l’intérieur, ils sont entièrement encadrés par des médecins, infirmiers et aides-soignants. Les surveillants sont à leur disposition si besoin.

Huit détenus déjà hospitalisés


Depuis la mise en service de cet hôpital-prison mardi, huit détenus de la maison d’arrêt de Corbas sont arrivés. «Tout s’est bien passé», relate le personnel. A terme, soixante personnes qui présente des pathologies de dépression à tendance suicidaire ou des troubles psychiatriques pourront être soignées dans cet établissement.

«Auparavant, seuls les détenus dangereux pouvaient être pris en charge, explique Pierre Lamothe, psychiatre et responsable du pôle «santé mentale des détenus et psychiatrie légale». Avec l’UHSA, nous accueillons ceux qui sont aussi en grande souffrance et ceux qui demandent à être soignés. C’est une grande avancée.»

Le personnel en grève mais présent quand même

Pour soigner les patients, l’UHSA propose de nombreuses activités 24h/24 centrées autour du corps, comme la balnéothérapie, des ateliers de cuisine et du sport. «Les détenus malades parlent difficilement. Il faut donc que la personne prenne soin d’elle et retrouve confiance en elle», souligne Eve Becache, médecin psychiatre.

Le personnel soignant, qui mène un mouvement de grève pour ne pas avoir à effectuer des taches sécuritaires comme les fouilles, avait été réquisitionné. Tous avaient donc un discours très formaté. « Nous prenons nos marques, confiait Abdel, infirmier. Nous sommes à l’écoute des patients.»

Pierre Lamothe assure que la contestation s’éteindra «d’elle-même». Et il balaye les arguments des grévistes qui pointent du doigt la confusion entre les soins et la sécurité. «Le risque est beaucoup plus grand dehors quand une infirmière est seule face à un patient dangereux. A l’UHSA, le personnel travaille en équipe.»

A Lyon, C.B.



La France stigmatise les malades mentaux

Traitement sécuritaire de la folie


La castration physique pour un violeur ? Pourquoi pas, a répondu la ministre de la justice Michèle Alliot-Marie, lors d’un débat parlementaire. Cette conception antique du droit (œil pour œil, dent pour dent) rejoint, dans un autre domaine, celle de la psychiatrie ramenée, au fil des réformes, plusieurs décennies en arrière. Les changements entrepris par M. Nicolas Sarkozy font de tout malade mental un individu dangereux dont la société doit se protéger — et non un être humain qui doit être soigné.

Par Patrick Coupechoux

Le jour du 2 décembre 2008 pourrait faire date dans l’histoire de la psychiatrie française. Non parce que ce jour-là, pour la première fois, un président de la République en exercice s’est rendu dans un hôpital psychiatrique — celui d’Antony, en région parisienne —, mais en raison de la teneur du discours de M. Nicolas Sarkozy. Jamais probablement, depuis la Libération, le plus haut personnage de l’Etat n’avait à ce point stigmatisé la maladie mentale. Pour lui, aucun doute : les fous sont avant tout dangereux. Pour s’en convaincre, il suffit de l’écouter. Par exemple : « Votre travail comporte de grandes satisfactions (...). Mais il y a aussi l’agressivité [c’est nous qui soulignons], la violence, les réadmissions fréquentes de tous ces patients dont vous vous demandez si la place est bien ici [sic]. » Mais aussi : « L’espérance, parfois ténue,d’un retour à la vie normale (...), ne peut pas primer en toutes circonstances sur la protection de nos concitoyens. » Ou encore : « Je comprends parfaitement que le malade est une personne dans toute sa dignité. (...) Des malades en prison, c’est un scandale. Mais des gens dangereux dans la rue, c’est un scandale aussi. » Il faut noter, pour goûter pleinement la saveur de tels propos, que tous les experts s’accordent aujourd’hui pour dire qu’en France 30 % des sans-domicile fixe (SDF) sont des psychotiques, c’est-à-dire d’authentiques malades mentaux qui ont été abandonnés et qui meurent sur les trottoirs de nos villes.

Le président précise encore sa pensée : « Il va falloir faire évoluer une partie de l’hôpital psychiatrique pour tenir compte de cette trilogie : la prison, la rue, l’hôpital, et trouver le bon équilibre et le bon compromis. »
C’est donc clair : il faut banaliser l’horreur — des fous dans la rue ou en prison — et considérer que la maladie mentale, aujourd’hui, représente avant tout un problème sécuritaire. Ainsi les fous, après les pédophiles et les terroristes, sont-ils livrés à la vindicte d’une population effrayée. Faut-il rappeler quelques évidences ? D’abord, si l’on compare les statistiques, les fous commettent moins de crimes que la population générale (1). Ensuite, lorsqu’il y a crime ou délit, c’est bien souvent parce qu’il y a eu rupture de soin. La psychiatrie n’a donc pas besoin de vigiles, mais de soignants compétents. Enfin, les malades mentaux sont victimes de l’indifférence, de la stigmatisation, de la violence, de l’abandon, et ils ont une espérance de vie plus courte que les gens « normaux ». M. Sarkozy a ce talent de transformer des victimes en coupables désignés...

Forces de l’ordre et infirmières

Son discours a d’ailleurs été prononcé quelques jours après le meurtre d’un jeune homme par un schizophrène à Grenoble. En bon communicant, le président surfe sur l’émotion pour faire admettre sa politique. Car la visite à Antony a été pour lui l’occasion de présenter toute une série de mesures. Il a ainsi annoncé la mise en œuvre d’un plan de sécurisation des hôpitaux psychiatrique auquel l’Etat va consacrer 30 millions d’euros. « Il s’agira, explique-t-il, de mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements, de prévenir les fugues. » Des dispositifs de géolocalisation vont être appliqués aux patients hospitalisés sans leur consentement, afin de déclencher automatiquement une alerte au cas où ils s’enfuiraient. Des unités fermées, équipées de caméras de surveillance, seront installées « dans chaque établissement qui le nécessite » ; deux cents chambres d’isolement seront également aménagées. L’Etat va enfin investir 40 millions d’euros pour la création de quatre unités pour malades difficiles (UMD), c’est-à-dire des lieux fermés, venant s’ajouter aux cinq existant aujourd’hui.

Le président a également annoncé la présentation prochaine d’un projet de loi sur l’hospitalisation d’office. Au passage, il cite un chiffre faux : les placements d’office représenteraient 13 % des hospitalisations ; en fait, il s’agit des hospitalisations sans consentement du patient, la plupart du temps des HDT (hospitalisations à la demande d’un tiers, en général la famille). Les hospitalisations d’office (HO), décidées par la préfecture, qui interviennent lorsque l’ordre public est menacé — ce qui n’est tout de même pas identique —, ne représentaient, selon une circulaire d’avril 2008 du ministère de la santé, que 2 % des hospitalisations ; c’est sans doute trop peu pour M. Sarkozy. Celui-ci demande expressément que figure dans cette loi une obligation de soin. Cette mesure touche à une liberté fondamentale : on imagine les équipes infirmières, accompagnées des forces de l’ordre, venir faire une injection à un malade récalcitrant... Le soin suppose la confiance du patient ; sans quoi, comme le souligne le psychiatre Guy Baillon, tout pousse celui-ci « à comprendre que la société qui l’entoure lui est hostile (2) ». M. Sarkozy avoue connaître le principe : nul ne peut être soigné sans son consentement ; « encore faut-il, précise-t-il, que ce consentement soit lucide ». Comme les fous — citoyens de seconde zone — ne le sont pas, il envoie le principe au diable...

Les sorties des patients seront désormais encadrées et soumises à trois avis : celui du psychiatre et du cadre infirmier qui suivent le malade, et celui d’un psychiatre extérieur. Mais ils ne seront là que pour donner un avis : le préfet en personne prendra la décision. Pourquoi ? Parce qu’il est le « représentant de l’Etat », répond M. Sarkozy. On ne saurait mieux dire que les aspects sécuritaires seront désormais les seuls pris en compte. Dès lors, on ne considère plus les psychiatres que comme des experts à qui l’on demande une opinion que l’on n’est pas tenu de suivre. Les décisionnaires sont, dans le domaine public, le préfet, et, à l’hôpital, le directeur-manager, qui devra devenir le « vrai patron », celui qui« prend les décisions ». Inutile de préciser que ces « managers » ne connaissent rien à la maladie mentale. Ils ne sont là que pour gérer — rechercher les économies, imposer d’absurdes systèmes d’évaluation —, faire respecter l’ordre et garantir la sécurité. Enfin, M. Sarkozy revient à une idée qu’il avait déjà exprimée lorsqu’il était ministre de l’intérieur (3) : celle de créer un fichier national des patients hospitalisés d’office.

Ce discours a suscité une levée de boucliers parmi les soignants. En quelques semaines, une pétition, intitulée « La nuit sécuritaire », a été signée par plus de vingt mille d’entre eux ; le 7 février 2009, à Montreuil, en banlieue parisienne, un meeting a réuni près de deux mille personnes. Du jamais-vu.

Les propos d’Antony n’ont pourtant pas éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : ils ne sont que la brutale accélération d’un processus à l’œuvre depuis vingt-cinq ans. Pour mieux le comprendre, il faut s’attarder quelques instants sur ce qui s’est passé en France depuis la Libération. Au sein de la Résistance est né le mouvement « désaliéniste », qui a voulu en finir avec l’asile dans lequel on enfermait les gens, parfois leur vie durant ; un mouvement qui a réaffirmé avec force une idée déjà exprimée au temps de la Révolution française par Philippe Pinel, le fondateur de la psychiatrie française : celle de l’humanité de la folie (4). En d’autres termes, si les fous sont des êtres humains, il faut leur permettre de vivre parmi les hommes, tels qu’ils sont, y compris en affirmant leur droit à la folie. Mais il ne suffit pas, pour cela, de faire tomber les murs de l’asile — la folie fait peur, et les fous peuvent être laissés à l’abandon, on le voit aujourd’hui ; il faut organiser ce retour « à la cité ».

Les tenants de la psychothérapie institutionnelle et du secteur (5) — qui ont été les principaux acteurs de cette révolution — ont ainsi inventé une nouvelle psychiatrie, avec une redéfinition du rôle du psychiatre, non plus « personnage médical (6) », mais « animateur de pointe (7) » d’une équipe chargée de faire le lien entre les patients et la société.« Nous allons utiliser le potentiel soignant du peuple », disait Lucien Bonnafé, l’un de ces psychiatres de la Libération (8). Ils ont redéfini le statut de soignant : tout le monde peut l’être, y compris les autres patients. Cela suppose la fin du rôle central de l’hôpital, et surtout la continuité des soins ; autrement dit, l’équipe doit s’occuper du patient en permanence, c’est-à-dire nouer le lien avec lui et le maintenir, dans et hors de l’hôpital, durant toute sa vie. Et tout cela doit être organisé sur un secteur géographique : « Comme il y a une école publique dans chaque quartier, disait Jean Ayme, l’un des animateurs de ce mouvement, il y a une équipe médico-sociale par secteur (9). »

Une vision scientiste dominante

Il faut le dire avec force : cette psychiatrie, fondée sur la prise en compte du sujet, fonctionne et fait tous les jours ses preuves, même si elle doit sans cesse être interrogée et réinventée. La « crise » actuelle vient de l’impossibilité que l’on fait à cette psychiatrie-là d’exister. C’est avec elle que M. Sarkozy, comme ses prédécesseurs, veut en finir. D’abord parce que, dans l’esprit du néolibéralisme dominant, la folie est quelque chose qu’il faut neutraliser — c’est le sens des mesures proposées — et gérer, au coût le plus bas possible : les dépenses en psychiatrie sont, dans cet esprit, des dépenses inutiles faites pour des gens inutiles. D’où la rage des évaluations (10), des certifications en tout genre, les tarifications à l’acte, que l’on impose de plus en plus aux soignants. Ensuite, parce que le système a d’autres priorités, en particulier celle de faire face au phénomène massif de la souffrance psychique. Pour que le psychiatre accepte de s’occuper de la mère de famille déprimée ou du cadre suicidaire, il a fallu en finir avec la folie, qui est aujourd’hui niée, et passer de la « psychiatrie à la santé mentale ». Le psychotique est désormais sur le même plan que le névrosé ordinaire.

Enfin, nous assistons au triomphe de la raison froide et calculatrice ; pas la raison des philosophes, mais celle des comptables et des technocrates. Le fou n’est plus un sujet unique avec qui il faut nouer une vraie relation, mais un cerveau malade qu’il faut « scanner », un patrimoine génétique qu’il faut décrypter, une succession de troubles du comportement et une série de symptômes qu’il faut éradiquer pour revenir au plus vite à la norme. Cette vision scientiste, qui s’exprime notamment dans la biopsychiatrie dominante, permet aujourd’hui l’exclusion. A quoi bon, en effet, dépenser de l’argent pour des gens alors qu’on se dit que c’est en pure perte ? La science se chargera un jour de régler le problème ; en attendant, il y a les médicaments qui anesthésient — ce qui ravit l’industrie pharmaceutique — et les thérapies comportementales qui redressent...

La folie n’a donc plus sa place dans notre monde, elle qui pourtant nous montre que la vie ne se résume pas aux chiffres et aux courbes, elle qui nous enseigne que les relations entre les hommes ne peuvent être uniquement contractuelles. Elle qui s’oppose, par la force des choses, à une conception de l’individu considéré comme un « homme économique » ou un « homme du marché », comme on voudra, consommateur et producteur, capable de s’adapter à un environnement instable, engagé non dans une relation humaine, mais dans des « transactions », jusque dans sa vie intime. « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, disait François Tosquelles, c’est l’homme même qui disparaît (11). »

Patrick Coupechoux. Journaliste.

(1) Selon Jean-Louis Senon, enseignant en criminologie, seulement 2 à 5 % des auteurs d’homicides et 1 à 4 % des auteurs d’actes de violence sexuelle sont atteints de troubles mentaux. Les malades mentaux sont dix-sept fois plus souvent victimes de crimes et de délits que le reste de la population (audition, le 16 janvier 2008, devant la commission sénatoriale chargée d’étudier le projet de loi relatif à la rétention de sûreté).

(2) Lettre ouverte dans le cadre du mouvement La nuit sécuritaire : www.collectifpsychiatrie.frhttp://www.collectifpsychiatrie.fr/

(3) Lire « Même la folie a cessé d’être innocente », Le Monde diplomatique, juillet 2006.

(4) Pour Pinel subsistait en chaque fou une part de raison, d’où la possibilité, en s’adressant à celle-ci, de le soigner.

(5) Les deux courants désaliénistes sont nés dans la Résistance. Le premier, animé par François Tosquelles, insiste sur le fait qu’il faut« soigner l’institution » pour soigner le patient ; le second, animé par Lucien Bonnafé, imagine une organisation de la psychiatrie par quartier ou par « secteur ».

(6) Cf. Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Plon, Paris, 1961.

(7) Lucien Bonnafé, « Le personnage du psychiatre », dans Désaliéner ? Folie(s) et société(s), Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1991.

(8) Recherches, n° 17, 1975.

(9) Jean Ayme, Chroniques de la psychiatrie publique, Eres, Toulouse, 1995.

(10) « Un sourire (pas le sourire des hôtesses de l’air), c’est très important en psychiatrie, dit Jean Oury, le fondateur de la clinique de La Borde, à Cour-Cheverny, mais un sourire, cela peut-il s’évaluer ? »

(11) Le Vécu de la fin du monde dans la folie, Editions de l’Arefppi, Nantes, 1986.



JEUDI 20 MAI 2010

Comment les institutions de psychanalyse ont traité l’affaire Onfray

Il y a peu, Michel Onfray a publié Le Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne, charge sévère contre le fondateur de la psychanalyse. L’affaire avait fait quelque bruits dans les média. Quelques psychanalystes avaient donné des papiers a des journaux. Des émissions de télévision organisée pour “débattre” avec Michel Onfray. Et puis, l’attention médiatique s’est peu à peu éteinte.

Comment les institutions de psychanalyse ont elle traité “l’affaire Onfray”.

J’ai visité les représentations des principales associations de psychanalyse françaises : la Société Psychanalytique de Paris, le Quatrième Groupe,  les Séminaires Psychanalytiques de Paris, la lettre lacanienne,  les CCAF , l’École Lacanienne de Psychanalyse, le GRP, la FEDEPSY, le Centre de recherches en psychanalyse et écritures, l’Association Lacanienne Internationale,  la Société de psychanalyse freudienne, l’Espace Analytique , le Cercle Freudien, l’Association Psychanalyse Jacques Lacan, l’Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien, L’Ecole de la Cause Freudienne, l’Association Psychanalytique de France, l’École de psychanalyse Sigmund Freud, l’Association Analyse Freudienne.

Aucun des sites des associations française de psychanalyse ne parle du livre. Silence total

Pourtant, le livre a bel et bien été discuté sur le réseau. Il y a eu des échanges sur les forums de Oedipe.org et aussi sur Facebook.. On reconnait les même noms qui depuis une dizaine d’année maintiennent le signifiant psychanalyse sur l’Internet.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une volonté délibérée mais beaucoup plus simplement d’un mésusage du web. La fréquence de publication de ces sites est très faible, et beaucoup se limitent à leur stricte actualité : colloques, parutions, et quelques interview. Malheureusement, aucun ne se sert des outils du web 2.0. Il est par exemple impossible d’embarquer les vidéo publiées sur le site de la SPP ni même de les mettre facilement en lien. Le résultat est logique : les sites apparaissent encore trop souvent  comme vitrines ouvertes sur ceux qui sont déjà à bord.



Des actions ciblées peuvent réduire le risque de suicide













Une expérience aux États-Unis a fait chuter le taux de suicide chez des personnes souffrant de troubles mentaux.

«L'homicide de soi-même», selon l'expression de Voltaire, n'est jamais imputable à une cause unique. Une étude menée par des médecins américains, aux États-Unis, apporte une nouvelle pierre à l'édifice de ceux qui estiment que la prévention du suicide doit être pluridisciplinaire pour être efficace. En effet, grâce à ce programme débuté il y a quelques années dans le Henry Ford Health System, qui regroupe six hôpitaux de l'État du Michigan, le taux de suicide a fortement chuté en quelques années. Il est passé de 89 suicides pour 100 000 (patients suivis pour troubles mentaux) à 22 pour 100 000 la quatrième année du programme pour atteindre désormais zéro pour 100 000 (à titre de comparaison, le taux dans la population générale américaine est de 10 pour 100 000). Ces résultats spectaculaires ont été publiés mercredi dans le Journal of the American Medical Association (Jama).

Cette démarche a d'abord consisté à classer les 200 000 patients suivis pour troubles mentaux dans ces six hôpitaux en trois groupes en fonction du risque de suicide, chaque niveau correspondant à des interventions spécifiques. Les malades avaient par ailleurs un rendez-vous dédié uniquement à la délivrance de médicaments, un accès plus rapide aux soins et donc aux médecins. Une écoute renforcée avait été mise en place de visu avec un suivi par e-mails. Les mesures comprenaient également l'information et l'éducation de la famille du malade, une formation des personnels médicaux leur permettant de mieux évaluer les comportements à risques au téléphone. Enfin, le programme poussait les patients à se séparer de leurs armes à feu.

«Je crois que nous avons là un modèle qui pourrait servir de base aux recommandations des systèmes de santé, a estimé le neuropsychiatre Edward Coffey, qui travaille dans le groupe hospitalier Henry Ford de Detroit. Il pourrait ainsi améliorer l'état des patients souffrant de dépression ou d'autres désordres mentaux qui augmentent le risque de suicide». On estime à environ 33 000 le nombre de suicides par an aux États-Unis, dont plus de la moitié par armes à feu.

«Ce protocole est transposable en France», estime le Pr Michel Reynaud, psychiatre et chef du département de psychiatrie et d'addictologie à l'hôpital universitaire Paul-Brousse (Paris XI) qui juge ces résultats «très intéressants». Selon lui, les médecins américains ont réalisé «ce vers quoi il faut tendre, à savoir de la prévention ciblée sur une population à risques. L'idée est de repérer les patients susceptibles de passer à l'acte et de mettre en place un protocole». Or, le problème, ce sont les populations qui n'ont jamais été suivies et qui, un jour, passent à l'acte, «comme celui qui se jette sous le métro et qui n'a jamais consulté de sa vie», nuance le Dr Didier Cremniter, référent de la cellule d'urgences médico-psychiatrique de Paris. «Car il est clair que dès que l'on suit des gens en détresse et qu'on leur apporte un soin bien orienté on réduit les gestes suicidaires», analyse-t-il.

Les zones rurales sont les plus touchées

Ce spécialiste insiste, par ailleurs, sur le fait que si la sensibilisation de l'entourage peut aider à réduire le taux de suicide, dès que les campagnes de sensibilisation s'arrêtent, les passages à l'acte repartent aussitôt à la hausse.

En France, ce sont les régions du Nord-Ouest qui enregistrent les taux de suicide les plus importants avec 27 décès par an pour 100 000, suivies de la Basse-Normandie et du Limousin avec un taux de 23 pour 100 000. «Il n'y a jamais eu d'explication à ce phénomène, relève le Dr Juliette Daniel, inspecteur de la santé publique. Un suicide a toujours plusieurs causes: la précarité, la solitude, des comportements addictifs, un événement traumatisant.» Indépendamment de tous ces facteurs, il est vrai que les zones rurales ainsi que celles touchées par l'alcoolisme sont généralement les plus atteintes. «Les causes étant multiples, chaque professionnel a un rôle à jouer en matière de prévention: surveillants de prison, personnels de l'éducation, professionnels de santé afin de repérer ceux qui ne vont pas bien et de les envoyer vers un médecin qui prenne le relai», conclut le Dr Juliette Daniel.
La France du travail













Institut de Recherches
Économiques et Sociales
I.R.E.S.
Éditeur : Editions de l'Atelier
ISBN : 978-2-7082-4063-6
238 pages - Parution : 09/2009

18,00 €

Présentation par l'éditeur

Les dimensions économiques et sociales du travail sont au coeur du choix de société. Durée du travail, heures supplémentaires, stress au travail, délocalisations, licenciements, pouvoir d'achat, âge de la retraite ne cessent d'alimenter débats et controverses. Mais qu'en est-il vraiment de ces questions ?

Cet ouvrage propose des points de vue et des synthèses sur l'état du monde du travail dans la France d'aujourd'hui. Tour à tour les questions de l'emploi et du chômage, des salaires et des revenus, de la protection sociale et des conditions de travail, des restructurations d'entreprise et, enfin, des relations sociales et de la conflictualité, sont analysées par une équipe de chercheurs spécialisés.

L'objet du livre est d'éclairer les faits sociaux et économiques de la période contemporaine par les acquis de la recherche présentés de manière pédagogique et accessibles à tous ceux qui s'y intéressent. Le lecteur y trouvera les données disponibles les plus actualisées, des mises en perspective sur plusieurs décennies, des indicateurs inédits, des analyses et grilles de lecture, de même que des éléments de comparaison européenne.

L'ouvrage est réalisé par une équipe de chercheurs de l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Fondé en 1982 par l'ensemble des organisations syndicales représentatives, avec le concours des pouvoirs publics, l'IRES a pour vocation de répondre aux besoins exprimés par les organisations syndicales françaises dans les domaines de la recherche économique et sociale.

Les auteurs : Pierre Concialdi, Noélie Delahaie, Alexandre Fabre, Solveig Grimault, Michel Husson, Odile Join-Lambert, Annie Jolivet, Étienne Lecomte, Florence Lefresne, Jean-Louis Levet, Yves Lochard, Antoine Math, Christèle Meilland, François Michon, Jean-Marie Pernot, Udo Rehfeldt, Catherine Sauviat, Pascal Ughetto, Catherine Vincent.





Deux décrets habillent les ARS

Les agences régionales de santé (ARS) commencent à prendre corps. Deux décrets sont en effet parus ce jeudi au « Journal officiel », parmi l’arsenal réglementaire nécessaire au fonctionnement des nouvelles instances régionales installées le 1er avril dernier, clés de voûte de la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST). L’un d’eux porte sur le projet régional de santé, l’autre précise les modalités du programme régional de gestion du risque. Ces textes confirment que le projet régional de santé sera arrêté pour 5 ans par le directeur de l’ARS après avis du préfet de région, du conseil régional, des conseils généraux, des conseils municipaux et de la conférence régionale de la santé et de l’autonomie. Ce projet comprendra le plan régional stratégique de santé, les schémas régionaux de prévention, d’organisation des soins et d’organisation médico-sociale. Le second décret précise que le programme pluriannuel de gestion du risque, d’une durée de 4 ans, sera constitué d’un volet national et d’actions régionales complémentaires spécifiques.

CH. G.

Quotimed.com, le 20/05/2010



Un mari qui participe aux tâches ménagères réduit les risques de divorce
LEMONDE.FR | 18.05.10 |

Les risques de divorce se trouvent considérablement diminués dans les couples où le mari participe activement aux tâches ménagères, selon les conclusions d'une étude réalisée auprès de 3 500 couples britanniques par la London School of Economics (LSE).

L'enquête, publiée mardi 18 mai et intitulée "Travail masculin non rémunéré et divorce", précise que l'implication de l'homme dans le ménage, les courses et le soin des enfants contribue dans tous les cas de figure à la solidité du couple, indépendamment du statut de l'épouse : qu'elle soit femme au foyer ou qu'elle exerce un métier.

"L'étude montre que pour les familles dans lesquelles les femmes sont au foyer et les hommes participent peu aux tâches ménagères et à la prise en charge des enfants, le risque de divorce est 91 % plus élevé que quand la mère travaille et son mari participe au moins en partie aux tâches ménagères. Par ailleurs, il n'y a pas d'augmentation du risque de divorce quand la femme travaille et que son mari participe le plus possible aux tâches ménagères", estiment les chercheurs.

"La combinaison optimale présentant les plus faibles risques [de divorce] est celle où la mère ne travaille pas et où le père s'adonne à un maximum de travaux ménagers et de prise en charge des enfants", à en croire l'étude. Ces conclusions font voler en éclats la théorie solidement ancrée depuis les années 1960 selon laquelle la meilleure garantie de stabilité du mariage résulte de situations où l'homme travaille et la mère s'occupe du foyer. Les sociologues estimaient ainsi qu'une mère au foyer était souvent moins encline à divorcer en raison des difficultés économiques qu'elle aurait à affronter.

Le Monde.fr avec AFP

mercredi 19 mai 2010







Société

18/05/2010

La télé borderline sur la folie
Critique

Débat. France 2 diffuse ce soir un numéro des «Infiltrés» qui révèle des dysfonctionnements au sein d’un service de psychiatrie. Avis de professionnels.
Par ERIC FAVEREAU

C’était vendredi soir, lors de la réunion mensuelle du collectif de la Nuit sécuritaire, un groupe de 39 «psys» qui s’est constitué en réaction au discours très sécuritaire de Nicolas Sarkozy en décembre 2008 à l’hôpital psychiatrique d’Antony (Hauts-de-Seine). L’idée était de regarder le documentaire de l’émission les Infiltrés, diffusée ce soir sur France 2, dans laquelle un journaliste, se faisant passer pour un aide-soignant, était resté un mois dans un service de psychiatrie de l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Et selon le concept contesté de l’émission, il avait filmé en caméra cachée.

Hervé Bokobza, porte-parole du groupe des 39, s’était montré réticent : «Je crains le pire. Pujadas m’avait invité pour débattre après la diffusion de leur documentaire mais je n’ai pas voulu y aller. Une caméra cachée dans un service de grands fous, cela me déplaît. Dans n’importe quel service, on peut montrer des images terribles.»

Ce soir-là, ils étaient donc réunis. Et ils ont regardé. D’abord, un rien goguenards, ensuite effondrés. «J’ai envie de pleurer, et surtout de tout casser, lâche Michel Guyader, chef de service de psychiatrie à l’hôpital d’Etampes (Essonne). C’est une honte. Cela me rappelle douloureusement la malfaisance qui prévaut dans bon nombre de services.» Hervé Bokobza, brutal : «On ne veut pas de cette psychiatrie-là.» Mathieu Bellahsen, jeune interne en psychiatrie : «Quand on voit ces images, c’est comme un coup de poignard. Et ce qui me terrifie, c’est que j’ai vécu ça, il n’y a pas longtemps, avec des malades à l’abandon…» A l’abandon, c’est bien le mot. Et le juste titre de l’émission de ce soir : Hôpital psychiatrique : les abandonnés.

Cafétéria. Ce reportage est terrible, car anodin. Il ne s’y passe rien. Voilà des malades, la plupart enfermés dans leurs chambres, au gré des humeurs des aides-soignantes ou des infirmières. Ce n’est pas bien méchant, c’est juste terrifiant. «Tu restes là, où je t’attache», lâche une aide-soignante. Les médecins psychiatres sont peu présents. Bien sûr, on va dire que c’est la faute au manque de personnel. Mais tout le monde s’y habitue. Charlotte, une patiente, restera enfermée pendant quinze jours, comme ça, sans raison. Elle s’arrache les ongles, mais personne ne s’en occupera. C’est ainsi. Un malade passera un mois à réclamer d’aller à la cafétéria, distante de 30 mètres. Mais il n’ira jamais. Faute d’avoir été examinée, une malade qui se plaignait de douleurs au ventre se retrouvera peu après trente jours en réanimation pour une septicémie non diagnostiquée. «C’est terrible comme on travaille mal», murmure un élève-infirmier.

De fait, ce docu n’est pas le premier du genre. Depuis quelques semaines se multiplient les enquêtes sur l’effondrement de la psychiatrie publique en France. Il y a eu le travail très politique d’Un monde sans fous ? de Philippe Borrel, diffusé sur France 5 ; puis, la semaine dernière, sur Arte, celui d’Ilan Klipper qui s’est immergé pendant plusieurs mois à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Et maintenant, donc, les Infiltrés. Comme si d’un coup un couvercle de silence sautait.

Cause. Bien sûr, ce tir groupé peut paraître injuste, car il y a des lieux où la folie est reçue comme une forme d’humanité. «Il n’empêche, il faut voir ces films», reconnaît Hervé Bokobza. Le Dr Alain Mercuel, psychiatre à Saint-Anne, effondré lui aussi : «On nous montre surtout des services fermés qui ne concernent que 15 % des patients. Pour autant, ce qui me fait mal, c’est la pauvreté du niveau relationnel entre les soignants et les patients. Quand on entend un infirmier intimer l’ordre à un malade de baisser d’un ton, c’est comme s’il demandait à un fiévreux de baisser sa température.» Tous le disent et le répètent, la crise budgétaire est la principale cause de ce délaissement : comment, en effet, faire vivre un service de 28 patients, avec deux aides-soignants, la nuit, comme à l’hôpital d’Aulnay ? A l’hôpital Saint-Anne, pourtant, les moyens en personnel ne manquent pas. C’est plutôt un manque criant d’hospitalité qui ressort… Là comme ailleurs.











L'hôpital d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) porte plainte contre un reportage mettant en cause un de ses services de psychiatrie

L'hôpital Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a porté plainte contre France Télévisions et Capa pour un reportage filmé en caméra cachée mettant en cause le fonctionnement d'un service de psychiatrie de l'établissement, a-t-on appris auprès de son directeur.

Le reportage de 50 minutes, suivi d'un débat d'une heure, sera diffusé mardi soir sur France 2 dans le cadre de l'émission "Les infiltrés", présentée par David Pujadas, sous le titre "Hôpital psychiatrique : les abandonnés". L'émission, qu'APM a pu visionner, a été enregistrée le 24 avril.

Un conseil d'administration extraordinaire a lieu lundi matin et le directeur, Jean-Michel Toulouse, tient une conférence de presse lundi en début d'après-midi pour "rétablir l'exactitude des faits".

Le reportage a été réalisé en novembre 2009, en partie en caméra cachée, par un journaliste se faisant passer pour un étudiant aide soignant et qui a obtenu un stage de trois semaines dans le service de psychiatrie C de l'hôpital. Une autre partie du reportage est réalisée par une autre équipe de journalistes de Capa, qui avait obtenu l'autorisation de filmer par la direction de l'établissement et s'est entretenu avec le directeur et deux chefs de service.

Le reportage met en cause le service de psychiatrie C pour des "pratiques de contention abusive" et de mises en isolement abusives, effectuées sans avis médical, de "surcharge médicamenteuse" et critique l'absence d'activités thérapeutiques pour les patients, qui "s'ennuient".

A plusieurs reprises, le manque de personnel dans le service est la raison avancée pour expliquer des manques: impossibilité d'accompagner un patient à la cafétéria, chez le coiffeur, consultation médicale de "quatre minutes", absence d'écoute des demandes des patients, médicaments distribués sans sécurité par un élève infirmier non habilité.

Le cas d'une patiente hospitalisée, atteinte d'une péritonite, qui est transférée aux urgences une nuit, est évoqué pour dénoncer un manque d'attention aux problèmes somatiques des patients car elle se plaignait de mal au ventre depuis plusieurs jours.

La partie du reportage en caméra visible place le chef du service concerné, le Dr Fabrice Pécot, et les personnels infirmiers en contradiction par rapport aux pratiques filmées sur la contention, l'isolement, les activités thérapeutiques et le suivi médical des patients.

Le journaliste estime que l'équipe médicale est "dépassée" et évoque "un système délirant", mêlant médicaments et recherche de "productivité". "A peine stabilisés, les patients sortent puis cessent pour la plupart de prendre leur traitement. C'est la rechute, le retour à l'hôpital. Et là, la machine se remet en route avec de nouveaux traitements, encore plus radicaux", conclut le journaliste en voix off.

Le reportage évoque aussi un meurtre commis par un patient sur une patiente, intervenu en février 2008, dans un autre service de psychiatrie de l'hôpital, pour conclure que les responsables du service n'avaient pas pris de précaution suffisante compte tenu de l'état du patient.

"Réquisitoire à charge"

Interrogé par APM, Jean-Michel Toulouse estime que les journalistes ont mené "un réquisitoire à charge" contre le service, qui, à l'époque du tournage, était "en reconstruction" après le changement du chef de service en octobre 2008, intervenu à l'initiative de la direction.

Le directeur s'élève contre les conditions dans lesquelles il a pris connaissance du film, qui ne lui ont pas permis de rétablir la vérité lors du débat.

"J'ai découvert lors de l'enregistrement, sur le plateau, que le film avait été tourné en caméra cachée dans un service. Or, j'avais été contacté par le journaliste qui était venu filmer sur l'affaire du meurtre pour un débat général sur la psychiatrie, les patients en sortie d'essai et le projet de loi sur les hospitalisations sous contrainte. Je n'étais au courant de rien. Mais j'ai répondu à chaud aux questions", a-t-il déclaré à APM.

Ont notamment participé au débat le Dr Daniel Zagury (Etablissement public de santé mentale de Ville-Evrard, Seine-Saint-Denis), la présidente de la Fédération nationale des associations d'usagers en psychiatrie (Fnapsy), Claude Finkelstein, le Dr Jean-Luc Senninger, chef de l'unité pour malades difficiles (UMD) du CHS de Sarreguemines (Moselle), le député UMP Bernard Debré (Paris) et Marcel Rodriguez, le gardien d'une résidence de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) grièvement blessé par un homme qui a tué un autre résident en janvier.

Le débat aborde l'état général des services de psychiatrie, les mesures à prendre pour éviter que des patients en crise commettent des actes criminels et la création de nouvelles UMD.

Tentative d'obtenir un droit de réponse

Après l'enregistrement, Jean-Michel Toulouse a intenté une action judiciaire en référé pour obtenir une copie du reportage, des modifications de séquences et un droit de réponse le jour de diffusion de l'émission.

L'hôpital a été débouté le 6 mai notamment au nom de la liberté d'expression, du fait de l'absence de "dommages irréversibles" et parce que la direction a eu l'occasion de se défendre lors du débat, a indiqué Jean-Michel Toulouse.

Estimant les arguments infondés, Jean-Michel Toulouse a décidé de porter plainte. "Le film porte atteinte à la réputation du service et de l'établissement", estime-t-il.

Le Dr Pécot, qui n'a pas vu le film, indique que le personnel est "dans l'attente du film et de ses conséquences", a-t-il déclaré à l'APM.

Jean-Michel Toulouse a relevé une dizaine de séquences donnant des impressions erronées. Sur les contentions, le directeur indique que le patient incriminé est visé par une fiche de sécurité qui autorise sa contention en urgence en cas d'état agressif.

Il souligne d'ailleurs que le film focalise l'attention sur trois patients, dont deux sont des cas difficiles de psychose infantile hospitalisés l'un depuis 36 ans, l'autre depuis 22 ans. Ces patients "ne reflètent en aucun cas l'ensemble de l'activité du service qui accueille 27 patients".

Sur le cas de la patiente hospitalisée en urgence, le Dr Pécot estime qu'il n'y a eu aucun retard dans la prise en charge, et soutient que la patiente a été vue par un médecin à quatre reprises dans la journée, avant son transfert au service d'accueil des urgences (SAU) en raison de l'aggravation de son état. Ce transfert a permis d'identifier la pathologie et de la prendre en charge.

Le suivi somatique des patients a été fortement amélioré par la nomination, en janvier, à la demande du Dr Pécot, d'un médecin somaticien à temps plein pour les trois services adultes de psychiatrie, ajoute-t-il.

Le directeur dément le commentaire en voix off sur une absence de prise en charge somatique d'une patiente qui s'est automutilée. De même, la consultation de quatre minutes était un entretien pour "un réajustement thérapeutique" et pas une consultation.

Jean-Michel Toulouse souligne que les journalistes ont filmé un service en cours de réorganisation, qui a "beaucoup évolué entre novembre 2009 et mai 2010". Il indique que huit activités sont désormais organisées et que les patients du service vont régulièrement à l'hôpital de jour voisin.
Le Dr Pécot souligne de son côté que le service était sans direction médicale depuis plusieurs mois quand il a pris la chefferie et qu'il a renouvelé et renforcé l'équipe médicale, l'équipe infirmière, les psychologues et les assistantes sociales.

La distribution des médicaments est particulièrement sécurisée dans l'établissement avec une armoire à pharmacie avec ouverture sur empreintes biométriques des infirmières, indique par ailleurs le directeur. La distribution par un élève infirmier de troisième année est autorisée.

Jean-Michel Toulouse souligne par ailleurs que les services de psychiatrie de l'établissement a reçu début avril la visite d'une équipe du contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) et que le rapport qu'il reçu ne relève "aucun dysfonctionnement grave". La seule demande de changement porte sur l'emplacement d'un téléphone destiné aux patients qui ne garantit pas la confidentialité des conversations.



L'hôpital d'Aulnay-sous-Bois porte plainte contre "les Infiltrés"
(AFP)

BOBIGNY — Le centre hospitalier Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a annoncé mardi avoir déposé plainte contre France Télévisions et Capa, qui produit l'émission "Les infiltrés", dont un numéro tourné dans cet hôpital sera diffusé mardi soir sur France 2.

L'émission intitulée "Hôpital psychiatrique: les abandonnés", a été tournée dans le secteur psychiatrie du centre hospitalier Robert Ballanger en septembre pendant trois semaines en caméra cachée par un journaliste infiltré, qui s'est fait passer pour un stagiaire.

Une plainte a été déposée à Paris le 11 mai pour captation d'images, enregistrements de conversations téléphoniques irréguliers et atteinte au secret médical, a dit à l'AFP Me Jean-Louis Peru, avocat de l'hôpital. Elle vise le journaliste "infiltré", la société Capa et France Télévisions.

"Le droit à l'information dont se prévalent les sociétés France Télévision et Capa ne peuvent justifier de telles atteintes au respect dû aux patients", selon un communiqué du centre hospitalier, qui estime que l'émission "porte atteinte à l'image du service public hospitalier".

"Qui se souciera après la diffusion, des conséquences que présentera cette émission sur les malades et leur famille?", interroge le communiqué.

L'émission "présente les choses de manière sensationnelle, qui ne correspond pas à la réalité dans le service", selon Me Peru.

Le directeur de l'hôpital, Jean-Michel Toulouse, a découvert l'émission alors qu'il était invité sur le plateau de télévision, lors de l'enregistrement de l'émission, a encore déploré l'avocat.
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PLAINTE CONTRE L'ÉMISSION LES INFILTRÉS (AFP)
Par Gilles Klein
le 19/05/2010
http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=8105

Le centre hospitalier Robert-Ballanger
d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a porté plainte contre l'émission Les Infiltrés, tournée en caméra cachée dans ses locaux et diffusée mardi soir sur France 2 annonce l'AFP.


"Derrière les discours officiels et rassurants, la réalité est toute autre: personnel surchargé, défaut de formation, contentions abusives, surcharges médicamenteuses…les journalistes de l’agence CAPA ont filmé la face cachée d’un système de soin délirant." indique la présentation de l'émission sur le site de France 2.

Le reportage de l''émission intitulée "Hôpital psychiatrique: les abandonnés" a été tourné dans le secteur psychiatrique du centre hospitalier Robert-Ballanger en caméra cachée par un journaliste infiltré, qui s'est fait passer pour un stagiaire. Une plainte a été déposée à Paris le 11 mai pour captation d'images, enregistrements de conversations téléphoniques irréguliers et atteinte au secret médical, selon Me Jean-Louis Peru, avocat de l'hôpital. Elle vise le journaliste «infiltré», la société Capa et France Télévisions précise l'AFP.

Le directeur de l'hôpital était présent en plateau après la diffusion du reportage, et l'aurait découvert à cette occasion, selon l'AFP.


Coordination Nationale Infirmière

Psychiatrie : nous avons deux maux à vous dire

Écrit par Marie-Dominique GIRARD  
18-05-2010

Nous avons deux maux à vous dire

Depuis de nombreuses années, la psychiatrie se voit réorganisée afin de correspondre à une discipline médicale « comme les autres » devant répondre aux mêmes exigences de résultats et devant utiliser les mêmes moyens budgétaires et outil de mesure d’activité.
Son originalité, étayée sur l’utilisation de modèles conceptuels variés s’est vue critiquée, relayée et supplantée par les modèles médico-économiques.


Vous me direz et alors ?

Alors commence la lente dégringolade de la psychiatrie, le malaise s’est installé, tant au niveau des malades, des familles que des équipes soignantes.
Une insatisfaction permanente marque les esprits, car concrètement ce sont des situations de soins qui désespèrent l’ensemble des professionnels et des usagers, pas de place dans les hôpitaux, pas de place dans les structures de jour, des listes d’attente qui s’allongent dans les CMP, des durées moyenne de séjour qui se raccourcissent, trois patients en attente pour un lit vite ! vite ! Entrées, sorties, entrées sorties…
Un sentiment d’insatisfaction permanente palpable parmi les professionnels, car concrètement, les difficultés de recrutement sont présentes, les personnels se sentent insuffisamment formés et nombreux pour répondre de manière individualisée aux demandes des patients et aux attentes des familles. 

Au niveau du travail de secteur même constat, une précarisation de plus en plus importante des patients, des troubles psychiatriques que les patients essaient de juguler par des conduites addictives et une tolérance de la société de plus en plus faible par rapport à la misère et à leurs difficultés de vie. Des demandes adressées à la psychiatrie tout azimuts pour la prise en soin sur des populations ciblées, adolescence, troubles suicidaires, personnes âgées…
Quel est ce paradoxe que de vouloir faire disparaître cette spécialité tout en la mandatant pour intervenir dès lors que la société va mal ?

Et comme si cette pression médico-économique ne suffisait pas, la judiciarisation vient s’installer de manière prégnante dans le système de santé car les rapports humains, de plus en plus, se formalisent par le droit.
Le drame de Grenoble vient percuter l’édifice déjà très fragilisé de la prise en soin psychiatrique notamment quand des assimilations sont faites comme actuellement :

maladie mentale = dangerosité.

La création d’un fichier national pour les personnes hospitalisées en Hospitalisation d’Office revient en force après cet évènement.
Déjà présent dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance, il avait été abandonné sous la pression des associations de famille et des professionnels médicaux et paramédicaux.
Mais au premier accident, la médiatisation et l’instrumentalisation de l’émotion annule toute possibilité de réflexion et toute capacité de concertation sereine pour décider d’une remise en cause de la loi de 1990.
C’est une utopie de penser qu’un fichier chargé d’instaurer une traçabilité des malades mentaux placés en Hospitalisation d’Office peut servir à prévenir les éventuelles rechutes de la maladie mentale. Si l’on doit parler de traçabilité dans ce domaine, c’est bien dans la capacité de suivi médical des patients que l’on peut y trouver un intérêt.

la médiatisation et l’instrumentalisation de l’émotion annule toute possibilité de réflexion

Il est notoire que la Psychiatrie n’a plus les moyens pour dépister ou pour suivre ses patients. Il est notoire que la psychiatrie n’a pas les moyens d’accompagner comme elle le souhaiterait les familles et pourtant la vraie sécurité des patients et des populations, réside dans l’accompagnement de la souffrance mentale pour prévenir de ces excès et non pas dans l’instauration d’un fichier qui recenserait les incidents à postériori. Les hospitalisations sans le consentement sont à réfléchir et penser comme outil de prévention par rapport à un patient qui est trop mal pour penser à demander de l’aide, c’est le préalable à ne pas oublier avant d’avoir une lecture judiciaire.
Pour la psychiatrie, la Personne avec qui nous essayons d‘entrer en relation, la Personne cachée sous la folie ou la maladie mentale s’escamote au profit du Citoyen-Consommateur.
A trop vouloir protéger l’individu par une abondance de textes règlementaires, on le ligote.
Les écrits qui eux, restent et se contrôlent mieux, prennent le pas sur la parole qui se partageait avec l’Autre.
Il ne faut pas se tromper, ce sont les patients et leurs familles qui sont en danger parce que l’équilibre entre qualité des soins, respect des individus et souci légitime de sécurité de la société est rompu.

Marie-Dominique GIRARD
CNI Coordination Nationale Infirmière Montperrin

Article paru dans le n° 28 (janvier 2009) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)
le JDD
http://www.lejdd.fr/Societe/Sante/Actualite/Avec-des-psys-en-banlieue-193568/


Santé
16 Mai 2010 
Avec des psys en banlieue

Un mois après la sortie du livre réquisitoire du philosophe contre Freud, voyage auprès de psychanalystes en banlieue. "Michel Onfray, nous on s’en fout..." disent-elles en souriant.


"Ces attaques ne me touchent pas." "On a trop de travail pour prêter l’oreille à la calomnie." "Freud n’était pas un saint? Et alors? On le savait déjà." Vendredi matin, à l’hôpital de Saint-Denis, en proche banlieue parisienne. Autour d’un café, les psychanalystes rattachées à la maternité évoquent la semaine écoulée, les difficultés de femmes qui débutent une grossesse ou viennent d’accoucher, les inquiétudes rencontrées par leurs collègues gynécologues et puéricultrices. La charge lancée par Michel Onfray(*) contre "l’idole" Freud les laisse indifférentes. Seule compte leur propre pratique, ancrée dans le quotidien de mères issues de milieux modestes.

Pour le philosophe, la psychanalyse n’aurait eu qu’un effet: soigner son propre inventeur. Comme de nombreux psys de terrain, salariés des hôpitaux psychiatriques, des centres médicopsychologiques ou d’associations, ces professionnelles exerçant en Seine-Saint-Denis boudent, en conscience, la controverse. Elles préfèrent relater des trajectoires singulières éclairées par la parole, des vies dont le cours change parfois après la rencontre avec un analyste. La preuve par l’exemple, en somme. "Notre travail consiste à faire en sorte que les choses ne se reproduisent pas à l’identique, que le déterminisme ne soit pas le plus fort", résume Sarah Stern. La pédopsychiatre a monté en 2005 une équipe de psychopathologie périnatale au sein de la maternité de Saint-Denis.

"Une écoute neutre, sans jugement"

Peu à peu, ces femmes psychiatres et psychologues formées à la psychanalyse et chargées de la prévention précoce des troubles mère-enfant, ont trouvé une place dans tous les recoins de la grande usine à bébés (3.000 naissances par an): dans les consultations prénatales, auprès du lit des jeunes mères, dans la salle de travail, à la nursery. "Nous pratiquons une écoute neutre, sans jugement et seulement si les patientes le souhaitent. Quand un psy entend leurs fantômes, ils pèsent moins lourds", poursuit Sarah Stern. Le spectre peut se cacher dans le ventre d’une femme ou dans son passé.

La psychiatre se souvient d’une mère "terrifiée" qui ne parvenait pas à toucher son nouveau-né, un grand prématuré: "Pour elle, il n’avait pas le statut d’un enfant. Elle pensait qu’il allait mourir et, en même temps, elle disait le sentir encore dans son ventre. Le fait de n’avoir pas pu porter le bébé à terme avait entravé la rencontre." Une autre patiente a fini par prendre conscience que son frère était handicapé et qu’elle avait peur que son fils, un autre grand prématuré, le devienne à son tour. "En parlant de son frère, la collusion entre le traumatisme du passé et la naissance de son enfant est apparue clairement", note Sarah Stern. Ou comment fermer la porte au fantôme d’un frère pour mieux accueillir un fils…

A la maternité, il n’y a ni divan, ni protocole rigide, ni silence pensant. "On s’adapte à chaque cas, on invente", sourit Marcela Palacios. Généralement, cette psychologue-psychanalyste refuse de revoir en urgence une mère dont le nourrisson vient de mourir. Mieux vaut laisser passer quelques jours avant de proposer un rendez-vous. "Récemment, j’ai néanmoins foncé en salle d’accouchement car l’équipe médicale était très angoissée. Dans ce cas, les soignants ont tendance à automatiser leurs pratiques sans tenir compte de la patiente. Fallait-il montrer le bébé mort à sa mère, comme mes collègues voulaient le faire? Moi je ne savais pas, c’était à la mère de décider."

Grâce à la parole, on peut éviter certains passages à l’acte

"On n’apporte pas de réponse universelle. Chaque patient doit trouver la sienne." Psychanalyste à Paris, Dominique Miller participe depuis quelques années à une autre aventure originale nourrie par la psychanalyse. Avec d’autres lacaniens, elle a fondé des centres psychanalytiques de consultation et traitement (CPCT) qui proposent, durant quelques mois, des rendez-vous réguliers à des adolescents révoltés, des adultes en rupture amoureuse ou atteints de cancer, des chômeurs en fin de droits, des SDF… Au total, à Paris, à Bordeaux et dans d’autres grandes villes, ces lieux accueillent quelque 200 personnes chaque année. "Ce n’est pas une véritable analyse, qui suppose un déchiffrage de l’inconscient, mais un travail qui peut permettre à la personnede dire quelque chose qu’elle n’a jamais dit ", souligne Philippe La Sagna, psychiatre-psychanalyste.

Sa consœur Dominique Miller précise: "En psychanalyse, on a le devoir de ne pas répondre comme les autres, de se détacher du conformisme social, de réaliser un réveil." Derrière l’alcoolique qui pousse la porte du centre, elle voit d’abord une personne et pas "une étiquette". "On essaie de comprendre avec le patient à quoi sert son alcoolisme, quelle tristesse, quel traumatisme la boisson permet de supporter. En une vingtaine de séances, une personne peut envisager une partie de ses difficultés autrement."

La psychanalyse guérit-elle? Les psychanalystes ont l’habitude de répondre, en citant Freud, qu’elle permet de passer "du malheur névrotique au malheur ordinaire". Plus libres, les patients ne seraient pas forcément plus heureux car la réalité n’est pas toujours rose… Si leur discours est empreint de modestie, les psys livrent des exemples de vies bouleversées par le tête-à-tête avec le psy. "Chez les ados, c’est souvent spectaculaire. Le fait de leur montrer que ce qu’ils disent a de la valeur suffit à arranger pas mal de choses. Grâce à la parole, on peut éviter certains passages à l’acte: fugues, accidents ou même tentatives de suicide", observe Philippe La Sagna. Sarah Stern, la psychiatre de la maternité de Saint-Denis, a, elle, vu certaines jeunes mères dépressives changer de vie à l’issue de quelques mois d’entretiens. Certaines femmes modestes ou d’origine étrangère décident de poursuivre leur analyse à la sortie de l’hôpital. Dans la foulée, il n’est pas rare qu’elles parviennent à changer de travail, à entamer une formation ou des études. Preuve pour les analystes que la vie, si on lui en laisse le chemin, est capable de se montrer très inventive.

(*) Le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, Grasset.


Romandie News   
http://www.romandie.com/infos/news2/100519085247.vrmlsk21.asp     

Lyon inaugure le premier hôpital-prison pour détenus psychiatriques

LYON - La première unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA), accueillant des détenus souffrant de maladies psychiatriques, sera inaugurée vendredi à Lyon en présence de la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie et de l'ancienne ministre de la Santé Simone Veil.

L'ouverture de cet établissement, prévue initialement à la mi-mars, a été plusieurs fois reportée dans l'attente de la publication du décret encadrant le fonctionnement de cet hôpital-prison.

Dès mardi, "deux ou trois détenus" ont été transférés de la maison d'arrêt de Lyon Corbas dans cette nouvelle unité de 20 lits, a déclaré à l'AFP la direction de l'hôpital du Vinatier. "Ca va monter en puissance et on va en accueillir toute la semaine", a-t-elle ajouté.

L'UHSA de Lyon est la première structure d'un programme de neuf hôpitaux-prisons en France, qui devraient accueillir 600 détenus environ d'ici 2012. La seconde devrait ouvrir à Rennes en 2011.

"Il s'agit d'une offre de soins supplémentaire pour les détenus afin qu'ils puissent être soignés s'ils le souhaitent, et pas seulement hospitalisés en urgence lors d'une crise", résume le Dr Pierre Lamothe, médecin-chef du Service médico-psychologique régional (SMPR) de Lyon.

Construite au fond du parc de l'hôpital psychiatrique du Vinatier à Bron (Rhône), cette nouvelle structure pourra accueillir à terme 60 détenus dans trois services: les soins intensifs lors de crises aïgues, une unité de vie collective où se prépare la réinsertion sociale, et une unité de soins individualisés, où seront notamment hospitalisés femmes et mineurs.

A l'extérieur, un mur d'enceinte en béton et une douve, surveillés par des gardiens de prison. A l'intérieur, uniquement du personnel soignant --près de 120 personnes--, pour une médicalisation 24H/24.

Ceux-ci réclament que leur prime de risque de 117 euros soit portée à 234 euros, comme c'est le cas dans les UMD (unités pour malades difficiles).

"Actuellement, quand l'état d'un détenu nécessite une hospitalisation, il est emmené dans un hôpital civil, où il est enfermé dans sa chambre, même si cela ne correspond pas à son état, car il reste détenu", explique le Dr Eve Becache, future responsable de l'une des unités de l'UHSA de Lyon.

"Il n'a donc pas accès aux soins collectifs et les séjours sont souvent courts par crainte d'une évasion. Dans l'UHSA, les détenus auront enfin accès aux mêmes soins que la population civile, avec un projet de soins, et des ateliers ou des repas collectifs thérapeutiques par exemple, même si nous devrons limiter le nombre pour éviter les incidents", détaille-t-elle.

"C'est une vitrine, un gadget, pas une véritable politique sanitaire", dénonce pourtant le Dr Louis Albrand, auteur d'un rapport sur le suicide en prison et coordonnateur d'un collectif pour l'humanisation des prisons et des hôpitaux psychiatriques.

"Sur 60.000 prisonniers, 15.000 environ sont atteints de maladies mentales graves. C'est comme si on soignait un cancéreux sur 25: largement insuffisant", déplore-t-il.

Pour Céline Reimeringer, déléguée de l'Observatoire international des prisons (OIP) en Rhône Alpes, "la situation actuelle s'explique par une défaillance de la psychiatrie publique générale en amont". "Ces unités risquent au contraire de légitimer l'incarcération de malades mentaux qui ne devraient pas être en prison", regrette-elle.

(©AFP / 19 mai 2010)