Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

jeudi 12 novembre 2009

L'anorexie (et autres souffrances adolescentes) vue de face

Par Louis Mesplé | Consultant photo | 05/11/2009 |

















C'est l'expérience délicate d'un travail photographique collectif, mené par Marc Pataut et réalisée entre 2003 et 2006 dans une unité de soins institutionnelle pour adolescents (Usipa). Elle est racontée dans un livre paru récemment aux éditions Lienart, « Toujours ou jamais ».Marc Pataut se définit comme artiste photographe. Depuis plus de vingt ans, il intervient sur des sur des territoires « de handicaps, de paroles empêchées, d'échecs ou d'exclusions, de souffrances ». Sa méthode s'approche de l'enquête documentaire de longue durée.

« Un témoignage n'existe pas : il se fabrique. »

Le portrait est le terrain muet sur lequel il emmène, après l'écoute et le dialogue, les participants à se déclarer, à affirmer leur existence. Cité dans le livre, le critique d'art et historien Jean-François Chevrier précise :


« La position de l'artiste n'est ni celle du journaliste ni celle du sociologue. En soi, un témoignage n'existe pas : il se fabrique. La parole est pour moi de la matière et de la terre. Je m'autorise à l'utiliser comme la lumière ou l'image. Les images sont des paroles. »


































Là, dans cet Usipa de l'hôpital Esquirol de Limoges (aujourd'hui restructurée), face à des adolescents hospitalisés (beaucoup pour troubles du comportement alimentaire et d'autres pour troubles psychologiques), la parole et la notion d'image sont relatives. On est au centre du corps et de son identité, de sa représentation.

Comment, dans un univers asilaire, emmener des jeunes patients (majoritairement des filles) à se représenter ? Comment le photographe va t-il s'y prendre ? Maurice Corcos, psychanalyste, psychiatre, spécialiste des troubles psychologiques des adolescents, commente ainsi les images de Pataut :

« Lui… Un corps masculin imposant, contre des corps féminins qui, pour des raisons compliquées, ont choisi de ne pas avoir de corps -d'imaginer, en tout cas, de ne pas en avoir. »

« L'artiste sait, comme les psychiatres, que la modestie est la condition de l'efficacité »


« Pataut privilégie la durée, avec tous les risques que cela implique . Il suspend l'obligation de résultat », explicite de son côté Jean-François Chevrier, tandis que Philippe Vigouroux, directeur du CHU de Limoges entre 2004 et 2008 compare sa démarche à celle des soignants :

« Trois années de résidence… L'artiste choisit une approche modeste. Il sait, comme les psychiatres eux-mêmes, que la modestie est la condition de l'efficacité. »

Le photographe commence ses ateliers par le conseil de « ne pas faire de belles images », mais de produire des photos (à la fin de l'expérience, il y en aura 9 000 environ).

Pour cela il confie aux adolescent(e)s des appareils reflex 24x36 argentique (le maniement de l'appareil et la prise de vue avec une pellicule demandent plus d'attention et incitent à limiter le nombre de clichés).

En contre-point, les portraits que réalisera le photographe. Ce sera en noir et blanc.

Le temps et le sujet des prises de vues sont libres. Les adolescent(e)s vont se photographier dans leur coin, leur chambre, et à l'extérieur, ils se tournent vers des paysages. L'autoportrait est privilégié. Ce sera tout en couleur.

Le lieu de l'échange, du dialogue, du choix, de la comparaison se fait sur des murs d'images dans une pièce polyvalente alternant la salle de consultation et le studio photo. On y crée des montages.










Jean-François Roche, pédopsychiatre, chef de service au centre hospitalier Esquirol de Limoges, commente ce travail au long cours :

« Un des aspects passionnants du travail de Marc Pataut est la réalisation des murs d'images. Il semble ne rien faire d'autres que de mettre des photographies les unes à côté des autres. Mais c'est justement la juxtaposition, la mise en liaison, qui permet de sortir de l'image et d'entrer dans la représentation.


Si je regarde le montage réalisé avec les photos de Virginie, ce qui m'intéresse c'est qu'elle se photographie non pas en train de se mutiler, mais en train de faire le geste de se mutiler. Ce qui n'est pas la même chose. »



























Faut-il parler d'art-thérapie ? « L'art-thérapie n'existe pas » Jean-François Roche. « L'art ne soigne rien, jamais-je parle de la maladie mentale sévère-. ».Maurice Corcos.

Simplement, « quelque chose s'est passé » . Selon le directeur du CHU, les hospitaliers ont découvert « une nouvelle forme de langage chez leurs patients, », et ces derniers une forme d'écriture -souvent poétique - pour une découverte de leurs corps et de sa représentation.

Photos : autoportrait de Judith, jardin de la cathédrale de Limoges ; sur la couverture : autoportrait de Morgane ; Mathilde par Marc Pataut ; Morgane par Marc Pataut ; autoportrait de Mathilde ; le mur de l'hôpital où sont affichées les travaux des participantes ; Virginie par elle-même ; Dalila et Elodie par elles-mêmes.

Toujours ou jamais de Marc Pataut - Lienart Editions, avec l'Arthotèque du Limousin - textes de Jean-François Chevrier, Maurice Corcos, Véronique Nahoum-Grappe, Jean Poussin et Jean-François Roche - 176 pages - 150 illustrations - 24X30 cm - 39€.




Lutte Ouvrière n°2154 du 13 novembre 2009

Dans les entreprises
Hôpital psychiatrique Maison-Blanche - Paris 19e - La mobilisation commence à payer

Cela fait maintenant plus d'un mois et demi que le personnel de Rémy-de-Gourmont, une des structures du groupe Maison-Blanche, débraye quotidiennement. C'est le manque de personnel qui a déclenché le mouvement : mutations, départs en retraite, arrêts maladie non remplacés, cela a pour conséquences une surcharge de travail et une dégradation des soins apportés aux patients.

Il faut dire qu'au nom des économies, et comme pour les hôpitaux généraux, la psychiatrie est touchée par les fermetures de lits. À Rémy-de-Gourmont, pour « régler » le problème de sous-effectif, la direction a fermé tout un service, la Thérapie Brève. Face à cette provocation, le personnel est resté mobilisé, si bien que mardi 27 octobre, lors d'une réunion avec les représentants du personnel, la direction a promis l'embauche de cinq infirmier(e)s sur les huit revendiqués. Cette embauche devrait se faire en décembre, lors de l'arrivée sur le marché du travail des nouveaux diplômés. La direction a aussi promis en début de semaine la réouverture de la Thérapie Brève pour le 1er janvier.

Ce ne sont pour l'instant que des promesses, encore insuffisantes, à mettre à l'actif de la mobilisation et, d'ici la fin de l'année, il faudra rester vigilant pour qu'elles soient tenues.

Correspondant LO




Les Maisons du handicap financièrement étranglées par l'Etat
LEMONDE.FR | 09.11.09 |


L'Etat doit 34,3 millions d'euros aux Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). C'est la conclusion de l'enquête sur les financements de l'Etat mené par l'association des directeurs de MDPH rendu le 16 octobre. A l'origine de cette dette qui menace la pérennité des services aux personnes handicapées, des non-compensations de postes. Résultat : l'Etat a été mis en demeure de paiement avant fin novembre, selon Le Parisien du 9 novembre. "En cas de non-versement, les structures de Paris et Seine-et-Marne déposeront un recours contre lui auprès du tribunal administratif", écrit le quotidien.


Créées le 1er janvier 2006 et placées sous l'égide des conseils généraux, ces Maisons du handicap ont été constituées dans chaque département pour servir de "guichet unique" auprès duquel les personnes handicapées peuvent faire valoir leurs droits. L'accord initial "engage l'Etat à prendre en charge les personnels des MDPH. Les fonctionnaires ont par ailleurs une possibilité de retour dans leur administration d'origine, l'Etat doit alors verser une compensation permettant l'embauche d'un remplaçant", explique Christine Dupré, directrice de la MDPH de Seine-et-Marne et membre de l'association des directeurs de MDPH de France. "Dans les faits, nous cumulons des postes vacants depuis le début de la mise en place de ce système. Des postes que nous tentons d'assurer afin de mener à bien nos missions. Nous faisons intervenir des vacataires alors que les versements de compensation ne correspondent pas aux montants prévus", note-t-elle.


INÉGALITÉS ENTRE DÉPARTEMENTS


Cette alerte n'est pas la première. Déjà, dans un rapport publié le 24 juin, les sénateurs Paul Blanc (UMP) et Annie Jarraud-Vergnolle (PS) mettaient en cause les dysfonctionnements du dispositif. Côté finances, les parlementaires soulignaient la "grande disparité des situations entre les départements", avec une part de l'Etat qui peut varier de 12 % à 67 %, amenant les conseils généraux à compenser le manque financier. Cela pose "la question de l'équité de traitement sur tout le territoire", selon M. Blanc. On remarque que la dette de l'Etat vis-à vis-de Paris se monte à plus de 1,2 million d'euros. La situation est encore plus difficile en Seine-Saint-Denis, où le montant atteint 1,8 million d'euros selon l'association des directeurs de MDPH. D'autres départements ne semblent pas touchés : le montant dû par l'Etat au département des Hauts-de-Seine est ainsi de 0 euro.

"A Paris, le département devrait budgéter 100 000 euros de subventions pour 2010" indique Véronique Dubarry, adjointe au maire de Paris chargée des personnes en situation de handicap et présidente de la MDPH de la capitale. Cette somme ne couvre pas le montant dû par l'Etat. Tous les départements français ne sont, en outre, pas en mesure de provisionner un tel montant. "Certains conseils généraux ont atteint leurs limites dans leur capacité à nous aider", s'inquiète Christine Dupré.

BESOIN D'UN INVESTISSEMENT LOCAL ET DE MOYENS


Parallèlement à la publication de son rapport, l'association des directeurs de MDPH a proposé au ministère du travail et de la solidarité un plan en dix recommandations pour résoudre la question du financement des Maisons du handicap. "Nous n'avons aujourd'hui reçu aucune réponse", s'inquiète Christine Dupré.


Le 4 novembre, le ministre Xavier Darcos et Nadine Morano, sa secrétaire d'Etat chargée de la famille et de la solidarité, ont présenté en conseil des ministres un décret créant le comité interministériel du handicap chargé "de tenir les engagements pris par le président de la République lors de la conférence nationale du handicap et de concrétiser les objectifs de la loi du 11 février 2005 d'assurer la pleine citoyenneté aux personnes en situation de handicap". " Un objectif qui passe par un investissement local et des moyens", rappelle, désabusée, Véronique Dubarry, présidente de la MDPH de Paris.

Eric Nunès


Sur le même sujet 6,5 millions pour les MDPH Selon le secrétariat d'État chargé de la famille et de la solidarité, "le gouvernement tient son engagement de garantir le bon fonctionnement des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH)". Nadine Morano devrait annoncer, mardi 10 novembre, le versement de 6,5 millions d'euros aux MDPH au titre de leur budget 2009. Dans son état des lieux de la situation financière, l'association des directeurs de MDPH de France estime à 34,3 millions d'euros la dette de l'État.

Selon le cabinet de Nadine Morano, la différence serait due au mode de calcul des compensations. L'association des directeurs de MDPH de France n'a pas encore été reçue par la ministre. Elle le sera "prochainement" selon un collaborateur de la secrétaire d'État.

mercredi 11 novembre 2009





Communiqué commun du 6 novembre 2009

Non à la destitution hypocrite des chefs de service et à la déstructuration de la psychiatrie sectorisée

vendredi 6 novembre 2009


Comité de liaison des Syndicats de la Psychiatrie Publique Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux Union Syndicale de la Psychiatrie Intersyndicale de Défense de la Psychiatrie Publique

Alors même que l’élaboration des décrets d’application de HPST se trouve en panne de concertation, le Centre National de Gestion vient d’annoncer précipitamment son refus de publier une liste de postes de chefs de service en psychiatrie, tandis que plusieurs chefs de service on vu s’interrompre brutalement leur procédure de renouvellement en cours.

A l’inverse des réassurances antérieures distribuées ici ou là, cette révocation subreptice des médecins chefs de service confirme que l’esprit de la loi HPST consiste bien à réduire la place des médecins à une simple fonction d’exécutants au sein de l’organisation hospitalière.


Faisant déjà table rase des dispositions existantes particulières aux nominations des psychiatres PH et chefs de service, le CNG estime que l’absence de référence aux services dans l’organisation en pôles de gestion des établissements de santé suffit à justifier la disparition des médecins responsables de secteur de psychiatrie.


Pour la psychiatrie, la réforme Hôpital 2007 avait en effet reconnu les particularités de l’exercice par des mesures dérogatoires en matière de nomination que le CNG veut balayer avant leur terme de 5 ans pourtant légalement défini par l’ordonnance du 2 mai 2005 et son décret d’application du 13 novembre 2007.


Les services sont aussi des secteurs, bases de notre organisation nationale de la psychiatrie. Les mesures spécifiques de nomination des psychiatres hospitaliers indépendante des pouvoirs locaux représentent une garantie fondamentale des droits des usagers hospitalisés. Des mesures transitoires doivent préserver ces dispositions particulières en attendant qu’une véritable concertation avec la profession puisse permettre d’élaborer une loi spécifique pour la psychiatrie. Cette future loi de santé mentale devra prendre en compte le secteur et sa direction médicale en lieu et place du service.


Les syndicats signataires composant le Comité de Liaison et représentant l’ensemble des praticiens hospitaliers de la discipline s’élèvent unanimement contre cette nouvelle effraction dans l’organisation médicale et sectorisée de la psychiatrie.

dimanche 8 novembre 2009




Un cas de désobéissance clinique

Créé le 03.11.09
Quel avenir se profile pour la pratique psychiatrique ? « On ne va pas revenir cinquante ans en arrière avec des grosses structures fermées », pronostique Marylène Fabre, médecin inspecteur en psychiatrie auprès de la Ddass. Sans aller jusqu'à ce genre de réformes, la loi Hôpitaux, patients, santé et territoires (HPST) provoque néanmoins quelques craintes auprès du personnel. « La nouvelle forme de gouvernance inquiète, les soignants ont peur de perdre une certaine autonomie », témoigne Marylène Fabre.

Surtout depuis que le docteur Pierre Paresys (lire l'interview ci-dessous), un chef de service de l'établissement public de santé mental (EPSM) de Bailleul a été démis de ses fonctions en juillet par l'agence régionale de l'hospitalisation (ARH). Contacté pour expliquer les raisons de cette décision, l'ARH n'a pas donné suite.


« Il n'avait pas de projet pour son service et un bilan qui ressemblait à un réquisitoire contre les projets gouvernementaux », assure Jean-Jacques Montagne, directeur de l'EPSM de Bailleul. Derrière cette sanction se cacheraient donc, entre autres, les prises de position radicales du docteur Paresys contre la politique « libérale » de la santé. « C'est un bon médecin, mais avec un caractère entier. Il est capable de débarquer dans un conseil d'administration de l'ARH avec une pancarte intitulée menteur », explique Jean-Jacques Montagne.


Le personnel semble, en tout cas, solidaire de son ancien chef de service. Sans candidat pour le remplacer, le docteur Paresys assure lui-même sa succession par intérim depuis déjà un mois.

Gilles Durand

« Vers un développement du carcéral »

Créé le 03.11.09


On vous reproche de ne pas avoir présenté de projet pour les cinq prochaines années...


On me reproche surtout d'avoir dénoncé la dérive comptable de la réforme hospitalière. On navigue dans le culte de la mesure et de l'évaluation. Or, la psychiatrie, c'est avant tout passer du temps avec les patients. Et ça ne se mesure pas. La tarification à l'activité est inadaptée en psychiatrie. Aujourd'hui, je peux encore dire à un patient que je n'ai aucun intérêt à le garder plus longtemps, car je ne suis pas payé plus. Bientôt, ce ne sera peut-être plus le cas.


Pourquoi ?


Parce que la logique comptable voudra qu'on s'intéresse aux cas les plus « rentables ». Les établissements chercheront à hospitaliser davantage pour justifier leur budget. L'autre danger, c'est qu'avec moins de personnel, on s'oriente vers un développement du carcéral. C'est-à-dire un retour en arrière.


Rien dans la loi Bachelot ne préconise cette évolution...


Bien sûr, le gouvernement n'attaque pas de front, il fragilise. Prenez par exemple le projet de spécialisation des services. Depuis les années 1960, la psychiatrie mène une politique de secteur géographique avec l'idée d'un dispositif complet pour une population donnée. C'est cohérent. Si quelqu'un se présente chez nous, on est obligé de s'en occuper. Et il y a aussi une garantie de continuité de soins. Avec des structures spécialisées, j'ai bien peur que chacune ait la tentation de se débarrasser des patients dont la prise en charge apparaît lourde, difficile et coûteuse.


Le code de déontologie ne doit-il pas éviter ce genre de dérives ?


Le code de déontologie est insoluble dans la loi Bachelot. Il supprime les instances démocratiques dans les centres pour les remplacer par des instances usine à gaz coûteuses. On se dirige vers une médecine à l'américaine. On aura tendance à retarder les soins. Or, aux Etats-Unis, 15 % du PIB est consacré à la santé, contre 10 % en France. Et 40 millions d'Américains ne sont pas pris en charge. W


Reccueilli par G. D