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dimanche 21 février 2021

Un apéro avec… Michel Cymes : « J’ai pris une vraie claque dans la gueule, pas en tant que médecin mais en tant qu’informateur »

Par   Publié le 20 février 2021

Tout juste vacciné, le médecin le plus médiatique de France fait son mea culpa à propos du Covid-19, rêvant de rosé et de charcuterie mais en buvant un verre d’eau.

Michel Cymes, à Levallois-Perret dans les locaux de Webedia, le 2 février.

Un baby-foot, un coin banquette avec une table bistrot, un bar et deux tabourets… C’est dans ce cadre inespéré en ces temps de crise sanitaire que je retrouve, mardi 2 février, Michel Cymes, le médecin le plus médiatique de France.

En toute légalité, puisque – mille fois hélas –, il s’agit d’un décor, mis à disposition par Webedia, actionnaire majoritaire de sa société Club santé média, sise à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). Un ersatz donc, mais à la guerre contre le Covid-19 comme à la guerre…

Attablé devant un verre d’eau – il est vrai qu’il n’est que 14 h 30 –, Michel Cymes explique, avec le débit assuré du discours bien rodé, qu’il enregistre ici les vidéos de Dr Good, version Web de son magazine lancé en septembre 2017, ses live ou encore Parlons vaccins, podcast en partenariat avec RTL né en janvier. Tout en déclinant les versions papier de Dr Good en Dr Good KidsDr Good c’est bonDr Good Véto

Une prolifération emblématique de la carrière du bon docteur. Au point que, alors que je me décide à accepter un café, il ne se souvient plus du nombre exact de livres qu’il a écrits ou coécrits – une trentaine ; au point que les lignes qui nous sont ici imparties suffiraient à peine à recenser toutes ses émissions, radio, télé, fictions, parrainages, contributions depuis ses premières chroniques de 1991 pour Europe 1 et France 2. Ce qui l’amuse beaucoup : « Comment allez-vous faire ? »

En pleine introspection

Aller à l’essentiel : Michel Cymes est médecin, chirurgien ORL, et consulte toujours, une fois par semaine, à l’hôpital. A la télévision, le grand public le découvre dans « Le Magazine de la santé » (1998-2018), sur France 5, et apprécie d’emblée son cocktail mi-sérieux mi-humour, même lourd. Il le suit toujours, aujourd’hui, dans « Les Pouvoirs extraordinaires du corps humain », sur France 2, en duo avec Adriana Karembeu. Sur RTL, Michel Cymes tient une chronique quotidienne matinale, « Ça va beaucoup mieux », prolongée le dimanche par « Ça va beaucoup mieux, l’hebdo ».

Il est, de plus, très fier de faire l’acteur, en particulier dans Diagnostic (2016), « un court-métrage génial de Fabrice Bracq, où je joue un conologue », avec Nicole Ferroni et… Roselyne Bachelot – à voir sur Youtube –, ou dans Meurtre en pays d’Oléron (2017).

Même si certaines chroniques sont enregistrées, en commun des mortels, on se demande comment il réussit à tout faire. Selon Nathalie Da Silva, son assistante aussi posée qu’il est agité, Michel Cymes est « opérationnel dès 5 heures du matin ». Sauf que… pour la première fois depuis ses 18 ans (il en a 63), il a dormi cette nuit jusqu’à 8 heures du matin, assommé par le rappel de sa vaccination de la veille contre le Covid-19.

Décidément, la pandémie bouleverse tout, apéro inclus. Michel Cymes veut en parler. Il aborde le sujet de biais, louant le Web pour sa capacité à ne pas se faire dépasser par l’actualité. « Dieu sait que je l’ai vu depuis un an : ce que l’on dit un jour peut être totalement obsolète le lendemain. Je l’ai vécu aussi. » Avant de plonger. « C’est la première fois que je me prends une telle leçon depuis que je fais de l’info santéJe me suis rendu compte que, depuis un an, je n’avais jamais dit je ne sais pas au public. On m’a toujours payé pour être l’expert qui sait et explique, ce qui fait que le jour où je me suis rendu compte que je ne savais pas, j’ai quand même fait comme si je savais. C’est bizarre, hein ? »

Un an après le début de la pandémie, Michel Cymes est en pleine introspection. « Aujourd’hui, je prends avec les autres ; au début, j’ai pris pour les autres. » Un peu plus et on lui demanderait d’aller s’allonger sur un des canapés qui jouxte le comptoir.

« Je me suis souvenu récemment de mon premier prime en direct sur France 2 sur le Covid [mi-mars 2020]. Je me suis souvenu avoir eu des doutes, intérieurs et donc non exprimés, quand je reprenais ce que disaient les autorités, c’est-à-dire que porter le masque quand on n’était pas malade ne servait à rien. »

Même s’il ne regarde pas les réseaux sociaux, il est alors très vite informé du bashing à son encontre. Au fil des mois et des déclarations du docteur, Didier Raoult le dézingue, Jean-Pierre Foucault le critique. Une gorgée d’eau pour faire passer.

« J’ai pris une vraie claque dans la gueule, pas en tant que médecin mais en tant qu’informateur – même si je ne suis pas journaliste. Je me suis même posé la question d’arrêter. »

L’introspection se poursuit. « Avant », il pensait qu’« un médecin se doit d’être sûr de son jugement, pour rassurer son patient ». Le Covid-19 lui a fait prendre conscience qu’il ne sait pas tout : « Et je me goure. » Michel Cymes fait le geste de s’autoflageller. « Mea culpa… J’ai pris une vraie claque dans la gueule, pas en tant que médecin mais en tant qu’informateur – même si je ne suis pas journaliste. Je me suis même posé la question d’arrêter. » 

Il n’en fera rien, en partie, dit-il, grâce au soutien de RTL, France Télévisions, 17 Juin (une société de production). Et au prix de quelques mises au point. Vis-à-vis de ses confrères : « On me présente souvent comme le médecin préféré des Français, ce qui est débile, le médecin préféré de chaque Français, c’est son médecin traitant. » Vis-à-vis de son public. « Je n’ai pas été à la hauteur de la confiance que les gens m’accordent. » Vis-à-vis de lui-même : « Ce qui aurait été dramatique, c’est que je ne sois pas secoué par tout ça. »

Il rebondit sur son actualité. Une nouvelle fiction La Doc et le véto, de Thierry Binisti, avec Dounia Coesens (Plus belle la vie), programmée « si tout va bien en mars », dans laquelle il a pratiqué un « vrai » agnelage. Une fierté qui lui redonne le sourire. « Hein, que je suis drôle ! », lance-t-il à l’attention de son assistante, jamais très loin.

La preuve ? Pour lutter contre la morosité ambiante – « Le confinement, l’impossibilité de voir les potes, j’en ai ras-le-bol ! La vie est mortellement triste » –, il présente, sur France 2, « Antidote », sa nouvelle émission dominicale de l’après-midi, entouré de quatre chroniqueurs : Cécile Djunga, testeuse Internet, Farah Kesri, vétérinaire éthologue, Major Mouvement, kiné 2.0, et le mentaliste Fabien Olicard. « Je veux qu’on s’amuse, qu’on se marre… »

« Antidote » débute le 21 février. Et non le 14, comme il l’avait indiqué par erreur à un confrère. Un peu de surmenage, peut-être ? Le 14, c’était l’hebdo radio de la Saint-Valentin, une fête particulièrement inspirante pour cet éternel carabin : « Si à la Saint-Valentin, tu me tiens la main, vivement la sainte Marguerite ! » Une blague déjà contée le 9 février 2017 dans « Le Magazine de la santé » devant une Marina Carrère d’Encausse aux joues rosies. « Je revendique à 1 000 % l’humour médical, même pas toujours léger. Les gens me connaissent. » Un peu trop ?

Hyperactivité pathologique

« J’en ai conscience. On me voit trop, parfois. » Michel Cymes ménage son effet : « J’arrive en fin de carrière. J’ai 63 ans et je vais progressivement diminuer mes activités. Je développerai en revanche beaucoup Dr Good. Non pas par boulimie de boulot ou pour gagner dix fois plus que ce que je gagne, mais pour ne pas m’ennuyer. C’est ça, l’hyperactivité. » Une pathologie qu’il canalise en promouvant tous azimuts « la santé positive, avec comme maître mot : faites-vous plaisir ».

Comme en prenant l’apéritif ? Lui qui s’en est pris à plusieurs reprises aux olives noires et lisses industrielles – dans « Le Magazine de la santé », sur RTL – affirme raffoler de charcuterie. « J’en ai des tonnes chez moi. Je suis un fan de l’apéro ! » Et de nous donner en gage sa recette de tartine de feta gratinée à l’huile d’olive citronnée – la sienne, produite en Provence à titre privé, comme son rosé baptisé Zo’fine,une contraction de « It’s so fine » (« c’est si bon ») en anglais. « A tomber par terre, tellement c’est bon. Si vous venez chez moi prendre l’apéro, vous verrez, vous ne pourrez plus rien manger après ! »

En attendant, il finit son verre d’eau et s’en va prendre le train qui l’emmène à Lyon où il doit enregistrer les prochains « Pouvoirs extraordinaires » consacrés au goût et à l’odorat : « Demain, on tourne chez Bocuse… Y a pire ! »


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