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Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

samedi 21 janvier 2012


La présidente de la Fnapsy en colère contre l'absence de politique de santé mentale

12.12.2011  
La présidente de la Fédération nationale des associations d'usagers en psychiatrie (Fnapsy), Claude Finkelstein, a exprimé le 8 décembre 2011 sa colère contre l'absence de ligne directrice dans la politique de santé mentale.
Présidente FNAPSY Claude Finkelstein"Nous n'avons plus d'interlocuteur", a-t-elle regretté lors d'un débat sur les droits des patients organisé par l'Association nationale des responsables qualité en psychiatrie (ANRQPsy), en critiquant la méthode d'élaboration du Plan de santé mentale, attendu pour début 2012.
Dans les réunions du comité d'orientation du nouveau plan, "il n'y a pas de ligne directrice et pas de pilote dans l'avion. Nous sommes dans une assemblée de 80 ou 100 personnes et chacun défend sa paroisse. Ce n'est pas ça qui va nous faire avancer".
Le précédent Plan de santé mentale 2005-08 "avait été préparé correctement", a-t-elle souligné. "Nous avions obtenu des avancées, la création des groupes d'entraide mutuelle (GEM) et un plan de rénovation des bâtiments".
Claude Finkelstein a aussi rappelé que de nombreuses avancées avaient été obtenues depuis 2002, notamment l'accès direct au dossier médical par la loi du 4 mars 2002, et la loi du 11 février 2005 reconnaissant le handicap psychique.
Mais " je vis un retour de 20 ans en arrière", a-t-elle constaté.

A titre d'exemple, elle a marqué son incompréhension devant le refus de la secrétaire d'Etat à la santé, Nora Berra, d'examiner une proposition de la Fnapsy de création de "maisons médicales en périphérie d'un établissement psychiatrique" afin de mieux assurer la prise en charge des soins somatiques. "Elle nous a répondu par lettre que le ministère était en train de réfléchir à d'autres choses".
D'une manière générale, elle a constaté qu'elle-même et d'autres acteurs de la psychiatrie n'avaient plus accès aux ministres en charge de la santé, Xavier Bertrand et Nora Berra.

Psychiatrie - Nora Berra parle du Plan psychiatrie et santé mentale 2011-15

18.01.2012  
La secrétaire d'Etat à la santé, Nora Berra, a répondu à trois questions de l'APM sur le plan psychiatrie et santé mentale(PPSM) 2011-15, en cours de finalisation.

Nora Berra Secrétaire d'Etat à la SantéAPM - Quelle est la portée du plan psychiatrie et santé mentale 2011-15?

Nora Berra -
 Le premier plan 2005-2008 a permis de réelles avancées en matière d'investissement en psychiatrie, de formation des professionnels, de transformation des établissements. Mais il faut aller plus loin.
J'ai annoncé l'élaboration d'un nouveau plan psychiatrie et santé, lors des débats sur la réforme de la loi de 1990, conformément aux souhaits du président de la République.
J'ai voulu que l'on définisse, au sein d'un comité d'orientation large, un cadre stratégique beaucoup plus clair, un cadre lisible pour les professionnels, mais aussi tous les citoyens, car ces sujets concernent la société toute entière.
Comme je l'ai dit, je suis persuadée que la psychiatrie et la santé mentale n'ont pas seulement besoin de mesures législatives et réglementaires, elles ont aussi, et surtout, besoin de sens.
Ce plan, ce n'est pas mon plan, c'est un plan qui est d'abord pour les personnes qui vivent avec la maladie, leurs aidants, c'est celui des professionnels, celui de tous les citoyens de notre pays.
Vous savez, ce n'est pas de Paris que l'on agit sur ces questions. Ce sont tous les acteurs locaux, sanitaires mais aussi médico-sociaux et sociaux, tous les travaux de concertation au sein des territoires qui construisent et améliorent les parcours de soin et d'accompagnement, dans une relation étroite avec l'ensemble du tissu social de la personne malade, et en particulier de ses aidants.
APM - Quel est le calendrier de sa publication et de sa mise en oeuvre
Nora Berra - J'ai tenu à respecter un calendrier ambitieux, et qui, en même temps, donne le temps nécessaire à la concertation. Nous venons d'adresser le document issu de cette concertation. Ce document sera débattu par le comité d'orientation du plan le 26 janvier prochain, soit un an, jour pour jour, après son lancement par le président de la République. D'ici le 26 janvier, et peut-être encore dans les jours qui suivront nous recevrons probablement des contributions écrites comme cela a été le cas jusqu'à présent. J'y serai très attentive, comme je l'ai été au cours de ces derniers mois.J'ai en particulier été très intéressée par les "20 propositions" rédigées de concert par la Fédération hospitalière de France (FHF), la conférence des présidents de CME de CHS, l'Adesm, l'Unafam et la Fnapsy, et je tiens à souligner le travail que nos partenaires ont mené et qui nous a permis d'aboutir à un projet de plan ambitieux.
APM - Comment pourra-t-on s'assurer que les préconisations seront suivies ?
Nora Berra - "Le projet l'affirme avec force : la mise en oeuvre du plan c'est une responsabilité collective. Comment ? Avec les organes de gouvernance du système de santé: les ARS, les conférences de territoire, les contrats pluriannuels d'objectifs et de moyens (CPOM), les projets d'établissement, mais aussi à travers la nouvelle convention médicale, et en s'appuyant sur le développement professionnel continu (DPC). Ce ne sont là que des exemples. Le plan montre comment se saisir des outils, en particuliers des outils de la loi HPST, pour que les changements concrets s'opèrent.
Plus précisément, voici comment nous allons faire: lorsque ce document sera rendu définitif, à l'issue des travaux du comité d'orientations, nous demanderons aux administrations centrales et aux agences régionales de santé (ARS) de définir la façon dont elles comptent le mettre en oeuvre: les ARS indiqueront ce qui, dans le projet régional de santé (PRS) en cours d'élaboration ou finalisé, répond à ces orientations, et comment précisément.
Ce sont les organes de suivi régional du PRS qui doivent s'assurer de cette mise en oeuvre.
Au niveau national, le pilotage est confié à la Direction générale de la santé (DGS), et nous ferons une conférence annuelle de suivi du plan. Parallèlement, nous travaillons à la finalisation de quelques indicateurs, car c'est très important pour évaluer la mise en oeuvre du plan, de ses impacts, des progrès que nous allons faire, et aussi de ceux qui nous resterons à accomplir. C'est un travail de longue haleine, mais nous franchissons avec ce cadrage stratégique un pas tout à fait décisif.



Une consultation pour dépister les 4-6 ans


Une consultation destinée à repérer les troubles de l’apprentissage et psychoaffectifs chez les enfants de 4, 5 et 6 ans. C’est ce que souhaitent mettre en place les URPS et l’AFPA sur l’ensemble du territoire français, après avoir mené une expérimentation concluante en Ile-de-France et en Rhône-Alpes.

Dyslexie, Dyspraxie, dyscalculie… les troubles de l’apprentissage concernent 4 à 10 % des enfants en France. Soit 1 à 3 enfants par classe ! Pourtant, ils sont peu nombreux à être dépistés précocement. Pour mieux repérer ces enfants en difficulté, les URPS (Unions régionales des professionnels de santé) médecins et l’AFPA (Association Française de pédiatrie ambulatoire) proposent une « consultation de repérage des troubles de l’apprentissage », destinée à être réalisée par les généralistes et les pédiatres libéraux chez les enfants de 4, 5 et 6 ans. Cette consultation baptisée « MOD 4,5,6 » a été testée avec succès en Ile de France et en Rhône Alpes (voir encadré). Et les deux Unions militent en faveur de sa généralisation sur toute la France, en complément, bien sûr, de la médecine scolaire et de la PMI.

Faisabilité démontrée

« L’expérimentation, réalisée auprès de 60 généralistes et pédiatres, a tout d’abord montré la faisabilité d’un tel test en médecine générale » indique le Dr Dominique Girardon (URPS). De plus, elle s’avère utile afin de détecter les troubles de l’apprentissage : au cours d’une consultation sur deux, une ou plusieurs anomalies ont été repérées pour la première fois. « Il s’agit surtout de problèmes de vue (21 %), de troubles de l’audition (10 %) et de troubles du langage oral (8 %) », détaille le Dr Jean-Paul Blanc (AFPA), qui indique que « ces pourcentages relevés dans le cadre de l’étude sont proches de ceux attendus et connus ». Par ailleurs, l’expérience a été jugée très profitable par les médecins y ayant participé. 78 % d’entre eux estiment qu’elle leur a permis de repérer des troubles qu’ils n’auraient pas décelés sans cela. « De plus, Un an après le test sur le terrain, la quasi totalité des médecins inclus ont indiqué qu’ils continuent à utiliser les outils fournis lors de l’expérimentation,» évoque le Dr Blanc.

Côté patient, la satisfaction est également au rendez-vous : les parents ont perçu la consultation comme intéressante (90 %) et l‘enfant comme « amusante » (81 %) et globalement, l’expérience a été vécue comme un moment privilégié d’échange avec le médecin.

Lorsqu’un trouble est dépisté, les suites données ont été de différents types : orientation vers une consultation spécialisée (40 % des enfants), nouveau rendez-vous donné à court terme (40 %), prescription d’un examen complémentaire (3 %). Toutefois, quelques bémols ont été relevés. Tout d’abord, la consultation est jugée trop longue (54 minutes en moyenne) : selon les expérimentateurs, « il est difficile de trouver le temps nécessaire et de l’intégrer dans un planning ». Elle a été désormais allégée en abandonnant certains tests, afin qu’elle ne dure pas plus de 45 mn , avec la possibilité de la scinder en deux temps.

La question de la rémunération se pose

Ensuite, pour que cette consultation puisse être effective sur le terrain, elle doit s’assortir d’une rémunération adaptée et d’une formation préalable. « Nous pouvons assurer la formation et lever les budgets nécessaires pour ce faire », avance le Dr Régis Mouries (URPS). En revanche, quant à la rémunération, c’est aux autorités d’en décider. L’association MOD 456 propose un forfait santé publique de consultation de prévention. « Ce forfait, aux alentours de 150 euros, propose le Dr Mouries, inclurait la ou les consultations de repérage (si la consultation est scindée en deux temps), l’analyse des tests, ainsi que le temps de coordination nécessaire pour amorcer la prise en charge de l’enfant lorsqu’elle se révèle nécessaire ». Il reste à convaincre le gouvernement de l’importance de développer les actions de prévention, en leur attribuant les moyens financiers nécessaires.
Charlotte Demarti

Hôpital Sainte-Anne : deux psychiatres suspendus

 | PAR LA RÉDACTION DE MEDIAPART
Interdiction d'exercice d'un an dont neuf mois avec sursis pour le docteur Gérard Massé ; interdiction d'exercice de trois mois dont deux mois avec sursis pour le docteur François Petitjean : le Conseil régional de l'Ordre des médecins d'Ile-de-France a fermement sanctionné, le 3 janvier, deux psychiatres du Centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Les deux médecins étaient poursuivis pour leur pratique exposée dans le documentaire Sainte-Anne, hôpital psychiatrique, de Ilan Klipper, filmé dans leurs services respectifs et diffusé sur Arte en mai 2010.
Au fil du documentaire, le nom de certains patients et leur traitement étaient révélés, et sont apparues comme récurrentes certaines pratiques comme la menace (de contention, d'interdiction de fumer, d'injection) contre certains patients résistant à la prise de médicament ou des attitudes peu respectueuses des patients voire maltraitantes (tutoiement systématique, «manque de délicatesse», et apparition d'une patiente en slip devant la caméra…).  


L'Agence de presse médicale (APM) publie ce 17 janvier le détail des sanctions. Le conseil de l'ordre a retenu sept infractions au code de déontologie : à l'obligation de respect de la personne du patient et de sa dignité
 ; au dévouement à l'exercice de la médecine
 ; au caractère absolu du secret médical
 ; à l'obligation d'une «attitude correcte et attentive envers la personne examinée»
 ; à l'interdiction de tout acte «de nature à déconsidérer» l'exercice de la profession médicale
 ; au devoir de délivrer au patient « une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu'il lui propose» ; au devoir de recueillir son consentement ou de prévenir ses proches s'il n'est pas en état d'exprimer sa volonté.
La sanction prendra effet le jeudi 1er mars sauf si les médecins font appel devant la chambre disciplinaire du Conseil national de l’ordre des médecins. Ils disposent de 30 jours suivant la notification.

Gérard Massé n'est pas n'importe quel psychiatre : chef du service à l’hôpital Sainte-Anne, longtemps président de la commission médicale de l'établissement, il a été l’auteur du rapport «la psychiatrie ouverte, une dynamique nouvelle en santé mentale» qui a précédé l'installation de la mission nationale d’appui en santé mentale en 1993 et qu’il a dirigée jusqu’en février 2008.

L’Ordre infirmier contre attaque

vendredi 20 janvier 2012

A revoir pendant 7 jours en cliquant ici



©D.R
Jeux criminels documentaire d'Adrien Rivollier (2012)

En direct de l'antenne de Psychiatrie et Psychologie légale de La Garenne-Colombe, le psychologue-criminologue Samuel Lemitre tente, depuis dix ans, une expérience rare : il suit des délinquants sexuels de 13 à 18 ans. Sur obligation du juge, ces derniers doivent s'y rendre chaque semaine et suivre ainsi une psychothérapie. Samuel Lemitre a autorisé une immersion dans cet étrange huis clos où les ados se livrent, parlent de leur passé teinté à 80% d'agressions sexuelles qu'ils ont eu aussi subi. Une approche différente qui, loin de justifier les crimes commis, donne enfin un vrai regard sur ces ados considérés comme des monstres.

Jeux criminels documentaire d'Adrien Rivollier Mardi 17 janvier 2012 de 22h50 à 23h45 sur France 2.

Quand la dangerosité devient le grand critère de la justice pénale


Par ALAIN BLANC Magistrat, SOPHIE BARON-LAFORÊT Psychiatre (Association française de criminologie)
Nul ne sait si, dans les semaines qui précéderont l’élection présidentielle de mai 2012, un crime particulièrement horrible surviendra ou non. En revanche, il nous semble utile de formuler dès maintenant des recommandations sur les questions qui se posent sur le fonctionnement de la justice pénale et les attentes de nos concitoyens à ce sujet car les prises de positions des responsables politiques, mandatés ou non par les candidats à l’élection présidentielle pour s’exprimer sur les questions pénales, ont en effet pris jusqu’à présent un tour réellement préoccupant, quel que soit le bord d’où elles venaient.
Tout a déjà été dit sur l’effet désastreux de l’accumulation de lois souvent contradictoires censées garantir le non-renouvellement de faits divers, prétextes à leur élaboration en urgence au Parlement. Il en est de même concernant la question des moyens des services publics en charge de ces questions, qu’il s’agisse de la police, de la justice, de la psychiatrie ou plus largement des politiques publiques contribuant à la prévention de la délinquance et en particulier de la récidive.
Venons-en au cœur du sujet : depuis quelques années, nous sommes, avec la question pénale, comme sur un toboggan qui entraîne tout le monde en chute libre : la dangerosité est en train de devenir l’alpha et l’oméga, la pierre angulaire de toute la politique pénale : la loi du 28 février 2008 a instauré la rétention de sûreté et la privation de liberté perpétuelle sans crime ni délit. Dans le même mouvement, à bas bruit, le psychiatre et le juge se voient de plus en plus assignés par les responsables politiques - et l’opinion qu’ils contribuent à façonner - non plus pour l’un, à soigner et à apaiser la souffrance, pour l’autre à dire le droit et à rendre une décision juste, mais pour l’un et l’autre, d’abord, à prévoir le risque de dangerosité.
Il y a là un risque grave pour tout le monde, sans garantie d’améliorer la sécurité des personnes : celui de voir le médecin et le juge («mais le constat vaut pour d’autres professionnels dans le travail social, l’enseignement, la police, la recherche…») ne plus assurer leur mission première. Déjà, les psychiatres déplorent d’être mobilisés sur des urgences considérées comme plus sensibles ou médiatiques aux dépens des soins à des malades qui souffrent mais dérangent moins leur environnement. De même, les délibérés des chambres correctionnelles ou des cours d’assises intègrent de plus en plus le «risque de récidive» dans le calcul des peines qu’ils prononcent. Tant que les malades sont malgré tout soignés et que les peines restent «justes», rien de grave, nous dira-t-on.
Mais ne voit-on pas là en germe un risque de dérive ? Car la pollution des esprits est générale : l’étranger, le malade, le pauvre, le sans domicile fixe, et même l’enfant sont de plus en plus perçus comme potentiellement dangereux. C’est ce qui explique la régression historique qui est actuellement en cours pour notre droit des mineurs, mais aussi ce qui n’est - peut-être - qu’une «bourde» : le récent programme du ministère de l’Education nationale dit de «détection des risques» chez les enfants de moins de 3 ans, là où rien n’aurait été sans doute critiquable s’il s’était agi de repérage des «besoins» de ces mêmes enfants.
Mais revenons à la justice pénale. Dans ce domaine très surexposé, les effets de cette obsession de la dangerosité sont considérables : le récent quasi-lynchage à Brest d’un marginal pris par erreur pour un pédophile et décédé dans la foulée d’un arrêt cardiaque, l’illustre concrètement. On se souvient qu’ailleurs, quelques mois plus tôt, son ADN avait sauvé du même sort un ancien condamné pour agression sexuelle.
Le projet de loi de programmation d’exécution des peines - présenté une fois de plus en urgence devant le Parlement, et quelques mois avant l’échéance présidentielle - en est un autre avatar.
D’une part, seule la dangerosité supposée et la durée de peine des détenus y sont prises en compte - à l’exclusion de tout critère criminologique minimal - pour définir une priorité : affecter 7 000 places à des condamnés à moins de trois mois, alors qu’ils relèvent d’un aménagement de leur peine comme l’exige la loi du 10 novembre 2009 (c’était hier…).
D’autre part, et les suites du drame du Chambon-sur-Lignon n’ont pas fini d’alimenter ce débat important, le même projet de loi prévoit que le médecin informe le juge de l’application des peines sur «l’effectivité» (exposé des motifs) des soins suivis par le condamné ou sur leur «régularité» (article 5 du projet de loi). Tout cela risque de se solder par un compromis très approximatif autour d’un concept qui l’est tout autant : celui de «secret partagé» alors que les questions qu’il sous-tend sont complexes.
Venons-en à trois questions de fond qui nous paraissent déterminantes si l’on veut définir des perspectives sérieuses et avec un minimum de recul dans ce domaine. L’une concerne les débats sur l’expertise des prévenus ou accusés avant le procès pénal, l’autre, les conditions dans lesquelles la peine est définie par les juges et les jurés, la dernière les politiques d’exécution des peines et leur évaluation.
Sur l’expertise. Si des débats doivent avoir lieu sur les méthodes permettant de mieux connaître les personnes vis-à-vis desquelles la justice doit statuer, et de repérer ce qui peut être discerné sur leurs perspectives d’évolution (y compris les risques de réitération), ce ne sont ni les affrontements idéologiques ni les dogmatismes qui permettront d’y voir plus clair.
Ce serait une erreur de penser qu’il faut choisir entre la clinique psychiatrique et les méthodes «actuarielles» (ou statistiques), abusivement présentées par leurs émules comme plus «scientifiques». Clinique et méthodes actuarielles n’ont absolument pas la même fonction. Elles sont, par rapport à la définition de ce qui serait une politique publique de prévention de la récidive, plus complémentaires qu’exclusives l’une de l’autre.
Si l’on veut bien admettre qu’il s’agit d’une question scientifique, celle de déterminer ce que les techniques et les méthodes mises à jour jusqu’à présent peuvent apporter, recourons, comme cela a déjà été fait sur d’autres questions du même ordre, à la Haute Autorité de santé et à une «conférence de consensus» qui fera le point sur les savoirs en la matière et contribuera à un vrai débat démocratique à partir des analyses et des propositions qu’elle formulera.
Sur les conditions dans lesquelles la peine est définie et prononcée. Au moment où la peine est sans cesse critiquée et remise en question, où certains extrémistes faisant litière de tout principe humaniste vont jusqu’à réclamer l’instauration de peines perpétuelles incompressibles et non aménageables, donnons-nous les moyens de faire en sorte que cette peine soit déterminée dans des conditions sérieuses. Il est temps de recourir à la «césure du procès pénal» en deux temps. Celle-ci est seule en mesure de faire en sorte que la nature et le quantum de la peine soient débattus contradictoirement à partir de données examinées, pesées et discutées par celui ou celle dont la culpabilité est acquise, par l’accusation et par la défense.
A cette fin, un «temps du choix de la peine» doit être instauré en lieu et place des échanges convenus dans les procès actuels en fin de débat sur la culpabilité, sans autre contenu, d’une pauvreté le plus souvent affligeante, que celui autour de la «gravité» des faits.
De la qualité de ce débat-là, qui exige du temps, des données riches sur la personnalité et l’environnement du condamné sont indispensables pour garantir la crédibilité et la légitimité de la peine prononcée et sa capacité à être comprise, y compris par celui à qui elle est infligée.
L’exécution des peines. Nous sommes en janvier 2012 et plusieurs maisons d’arrêts sont obligées de mettre des matelas par terre dans les cellules pour garder des détenus dont beaucoup sont condamnés à des peines de moins de six mois. L’articulation entre les juridictions, parquet et siège, et les services pénitentiaires, malgré la loi du 10 novembre 2009 censée corriger les effets de celle du 10 août 2007 sur les peines planchers, n’a pas permis de généraliser les aménagements pour ces courtes peines, dont beaucoup se traduisent par des incarcérations impossibles à aménager en si peu de temps. C’est l’une des conclusions d’un colloque inauguré par le garde des Sceaux début novembre 2011 à l’IEP de Paris.
La seule réponse proposée à cette situation, non contestée en l’état par l’opposition, est de créer 7 000 places pour les moins de trois mois dont on sait - mais le projet de loi n’en dit mot - qu’il s’agit pour l’essentiel, en dehors des conduites en état alcoolique, de «petits voleurs» récidivistes pour la plupart, alcooliques et/ou toxicomanes, tous désocialisés, sans emploi, souvent sans hébergement.
Cette unique réponse est envisagée au moment où l’on entre dans une crise économique que l’on nous annonce comme sans précédent, c’est indigne.
Tout est-il mis en œuvre pour faciliter la mobilisation d’autres réponses ? De quelles évaluations disposons-nous et, quand elles existent - c’est le cas sur ce sujet -, qu’en fait-on ?
Les réponses ne sont pas - ou pas seulement - dans de nouvelles places de prison. Si beaucoup dépendent de la justice, de ses professionnels et des politiques régionales et locales à définir conjointement, elles dépendent aussi des autres services de l’Etat et des collectivités territoriales et du développement de la recherche sur des enjeux essentiels pour la cohésion et le respect de l’état de droit dans notre pays.
Ces propositions ne sont pas les seules à pouvoir contribuer à une meilleure qualité de la justice pénale et à renforcer sa légitimité. Mais elles ont le mérite, essentiel en ces temps de polémique et d’approximations, de faire appel à la fois aux savoirs disponibles et à la responsabilité de chacun.




Mélancolie - Essai sur l'âme occidentale
Par Làszló F. Földényi

Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur), Charles Zaremba (Traducteur)



La mélancolie, nous dit László F. Földényi, est une tonalité constante du tempérament de l'homme occidental, quels que soient les contextes idéologiques qui le baignent. Il y aurait donc un fond de mélancolie, un esprit mélancolique à l’œuvre dans les soubresauts de la culture européenne. Tour à tour marque des devins et des hommes d’exception de l’Antiquité, maladie mentale caractérisant l’insensé du Moyen Age, altération psychique du héros romantique plongé dans la tristesse et l’ennui ou du névrosé ordinaire qui court les rues de la vie moderne, cette figure singulière des maladies de l’âme n’en reste pas moins l’expression aiguë des profondes contradictions de l’identité humaine.
Cette affection - aubaine ou fatalité - traverse les époques en convoquant autour d’elle philosophie, médecine, esthétique, art, ce qui en fait le lieu par excellence où ne cesse de se poser et de se renouveler l’interrogation sur le sens de l’existence. C’est que la mélancolie a l’audace de dévoiler le ressort caché de la condition humaine : cette ambivalence inconfortable de l’homme écartelé entre son destin d’être fini et son désir d’infini, s’éprouvant avec un plaisir jouissif ou une souffrance accablante.
Mais toujours, vertigineusement, comme un moins que rien qui désire plus que tout. La mélancolie, c’est l’histoire de cette épreuve solitaire indépassable mais c’est aussi et surtout une épreuve décisive de lucidité, selon le pessimisme serein du philosophe, qui lui rend ici un brillant hommage.

samedi 14 janvier 2012


Deux psychiatres de St Anne suspendus

Deux psychiatres, chefs de service hospitalier, ont été sanctionnés pour manquements au Code de déontologie médicale par la chambre disciplinaire du Conseil régional de l’Ordre des médecins d’Ile-de-France.
A priori, rien que de très banal, mais voilà il ne s’agit pas de n’importe qui, et encore moins de n’importe quelle situation. L’un des deux contrevenants n’est autre le professeur Gérard Massé, qui fut jusqu’à peu président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital St Anne.
Ces deux psychiatres ont été poursuivis à la suite de la diffusion le 7 mai 2010 sur la chaîne télévisée Arte d’un documentaire «Sainte-Anne, hôpital psychiatrique», filmé dans leur service respectif. Gérard Massé est sanctionné d’une interdiction d’exercice d’un an dont neuf mois avec sursis et le Dr François Petitjean, qui a quitté Saint-Anne depuis, d’une interdiction d’exercice de trois mois dont deux mois avec sursis. L’application de la sanction reste toutefois soumise à un éventuel appel des deux médecins devant la chambre disciplinaire du Conseil national de l’ordre des médecins, dans un délai de 30 jours suivant la notification.
 Que leur reproche-t-on? La mention du nom de certains patients, voire de leurs médicaments, traitements, le non-respect de leur dignité, voire la déconsidération de la profession font partie des griefs portés leur encontre, sur la base du Code de déontologie. Ce long reportage avait suscité un véritable choc,tant les conditions de traitements des patients hospitalisés manquaient singulièrement de «chaleur humaine», et de "simple hospitalité". Et cela était d’autant plus inquiétant que cela intervenait dans un des services les plus dotés de France. Qui plus est, Gérard Massé, chef du service à l’hôpital Sainte-Anne a été l’auteur d’un rapport sur la psychiatrie, il a mis en place la mission nationale d’appui en santé mentale qu’il a dirigée jusqu’en février 2008. Le professeur Gérard Massé a toujours été trés contesté, pour manifester beaucoup de soins à l'évolution de sa carrière. Celle ci vient de prendre un sacré coup d'arrêt.
Eric Favereau


CH Sainte-Anne (Paris)Deux chefs de service sanctionnés pour manquements au code de déontologie médicale

12.01.12 Le 3 janvier dernier, la chambre disciplinaire du Conseil régional de l'ordre des médecins (CROM) d'Île-de-France a sanctionné deux chefs de service de l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris pour avoir méconnu leurs obligations déontologiques. Comme le précise le CROM à Hospimedia, l'un s'est vu interdire d'exercice pour une durée d'un an, dont neuf mois avec sursis, le second pour trois mois, dont deux avec sursis. Ces deux psychiatres ont été poursuivis par le Conseil départemental de l'ordre des médecin (CDOM) de Paris suite à la diffusion le 7 mai 2010 sur la chaine télévisée franco-allemande ARTE du documentaire "Sainte-Anne, hôpital psychiatrique", filmé dans leur service respectif. En cause, des manquements aux articles 2, 3, 4, 7, 10, 13, 31, 35, 36 et 95 du code de déontologie médicale pour, entre autres, l'évocation du nom de certains patients, l'absence de floutage sur les visages, la divulgation des traitements, etc. Toutefois, l'application de cette sanction reste soumise à un éventuel appel des deux praticiens devant la chambre disciplinaire du Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM), pour lequel il disposent d'un délai de 30 jours à compter de la notification de la décision.
T.Q.

À télécharger :


Psychiatrie - Soins sous contrainte en ambulatoire : projet de décret

10.01.2012 


Le projet de décret sur le suivi ambulatoire des patients en soins psychiatriques sous contrainte précise le contenu des conventions qui devront être signées par les directeurs d'établissement.

Le projet de décret sur "la réinsertion sociale des personnes faisant l'objet de soins psychiatriques" a été présenté aux fédérations hospitalières, aux conférences nationales de directeurs d'hôpitaux et de présidents de commissions médicales d'établissement (CME) et aux associations d'usagers et de famille. Il a été envoyé pour avis aux syndicats de praticiens hospitaliers.

Le projet de décret est un texte d'application de la loi du 5 juillet 2011 sur les soins psychiatriques sous contrainte concernant les patients qui seront suivis en ambulatoire avec un "programme de soins", une des nouveautés introduites par cette loi.

La loi prévoit, à son article 8, la signature de conventions entre l'établissement de santé accueillant des patients sous contrainte, le préfet, les collectivités territoriales compétentes et le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) pour déterminer comment "assurer le suivi" et "favoriser la réinsertion sociale" de ces patients. Les conventions doivent aussi préciser les conditions dans lesquelles une réhospitalisation à temps plein peut être mise en œuvre.
Selon le projet de décret, la convention devra porter sur les modalités de coopération entre les professionnels sanitaires, médicosociaux et sociaux et des services territoriaux d'assistance sociale pour la prise en charge de la personne, sur "les conditions d'organisation des réponses des différents acteurs sur un territoire déterminé et les procédures à mettre en œuvre en cas d'urgence".



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Condamnés dangereux : les maires ne seront pas prévenus

Par le 12 janvier 2012 à 16h52
Lors de l'examen du projet de loi sur l'exécution des peines, les députés ont repoussé de justesse un amendement UMP qui permettait à un maire d'être informé de la présence de condamnés considérés comme dangereux et susceptibles de récidiver.

L'amendement, déposé par Richard Mallié (UMP) et signé par près de 200 députés du même bord, prévoyait qu'"à sa demande", un maire puisse être informé par le parquet de la présence d'une personne "faisant l'objet d'une surveillance judiciaire" (au moins dix ans de prison avec risque de récidive)  ou d'une "surveillance de sûreté" (après une période de rétention de sûreté).  


Le rapporteur du projet de loi, Jean-Paul Garraud (UMP), s'est lui aussi montré réticent, craignant "un piège pour les maires". "Que va-t-il faire de cette information?" impossible à divulguer, du fait du secret professionnel. "Il faudrait qu'il puisse partager l'information avec la police ou avec le directeur d'école", a-t-il plaidé. Emile Blessig (UMP) a dit craindre lui aussi que cela se "retourne contre le maire" et Patrice Martin-Lalande (UMP) a jugé l'amendement "dangereux". 


Information des établissements scolaires
Si l'amendement sur les maires a été retoqué, en revanche, les élus ont adopté un amendement prévoyant qu'"en cas de placement sous contrôle judiciaire pour des crimes ou délits violents ou de nature sexuelle, la justice informe les responsables des établissements scolaires de cette mesure et de la nature des faits commis". Cette mesure fait suite au meurtre en novembre dernier dans la Haute-Loire d'une adolescente, Agnès, par un lycéen de son internat qui avait été mis en examen pour viol en 2010 dans le Gard. Un amendement de l'UMP Jean-Paul Gara a également été adopté qui propose d'améliorer l'échange d'informations "entre la justice et les médecins qui suivent les personnes poursuivies ou condamnées pour des crimes ou délits violents ou de nature sexuelle ou justifiant un traitement et qui sont soumis à une obligation de soins ou une injonction de soins".

Incitation financière pour les experts psychiatres. Des internes en psychiatrie pourront obtenir une incitation financière pour pallier la pénurie d'experts psychiatres que connaît la justice, s'ils s'engagent à suivre un cursus en sciences criminelles ou psychiatrie, a également voté jeudi l'Assemblée. Ils devront aussi s'engager à être inscrits pour deux ans au moins, une  fois leurs études finies, sur une des listes d'experts judiciaires près les cours d'appel, lorsque le nombre des experts y figurant est insuffisant. Pour augmenter le nombre d'experts psychiatres judiciaires, le projet de  loi prévoit aussi une indemnité pour perte de ressources de 300 euros, en complément du tarif de l'expertise elle-même, lorsque l'expertise sera conduite par un psychiatre libéral.  


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Espace Analytique vous informe de ses prochaines

Journées d’études les 10 mars - 11 mars 2012 

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Ces troubles qu’on appelle bipolaires et la psychanalyse

La nouvelle nosographie psychiatrique impose la catégorie du trouble « bi-polaire » dont le succès croissant interroge nos pratiques. Peut-on alors considérer que l’écart croissant entre clinique psychiatrique et clinique psychanalytique est une chance pour cette dernière, contrainte alors à assumer une rupture avec le discours de la psychiatrie ? Est-il à redouter que cette nouvelle dénomination se soutenant de prescriptions chimiothérapeutiques et de remédiations ne complique le repérage des lignes de force de la subjectivité, d’autant que l’incontestable succès médiatique du trouble « bi-polaire » fonctionne aujourd’hui comme une identité ? Un affleurement pulsionnel nouvellement entendu se masque-t-il sous l'étiquette « bi-polaire » et comment le prendre en compte dans le vif du transfert ?
C’est bien aussi le rapport de la subjectivité à la mélancolie qui refait question aujourd’hui, au-delà du plan psychopathologique, pour venir interroger les destins de la mélancolie dans l’actuel du lien social et de la sublimation. 
12 rue de Bourgogne
75007 Paris



Le futur incertain de la psychiatrie
Publié le 12/01/2012


Pour les éditorialistes du British Journal of Psychiatry, la psychiatrie est une profession en crise, écartelée entre maintes « orientations théoriques », des « débats sur la nature des troubles », des reproches sur « l’inefficacité de certains traitements » et une « stigmatisation de la profession. » Les auteurs font un parallèle avec l’histoire des apothicaires : puissants et respectés, ils ont progressivement perdu leurs prérogatives, les actuels pharmaciens ne récupérant qu’une faible partie des fonctions et du rôle social dévolus jadis aux apothicaires.
On peut aussi faire le parallèle avec l’histoire des chirurgiens-barbiers : leur profession a disparu pour se refondre radicalement dans deux métiers a priori sans affinité aujourd’hui, les chirurgiens (relevant désormais des études de médecine) et les coiffeurs ! De même, facilitée notamment par le fait que les jeunes psychiatres se forment de plus en plus dans des cadres extra-hospitaliers (vu la diminution drastique des places en hôpital psychiatrique), la « démédicalisation » rampante de la psychiatrie pourrait déboucher, redoutent les auteurs, sur une disparition de l’enseignement de la clinique psychiatrique « à l’ancienne » (accélérée aussi par la vision trop réductrice du DSM).
Cette situation risque elle-même d’entraîner un redéploiement des tâches des psychiatres vers des professions différentes : autres praticiens (généralistes, neurologues, gériatres, pédiatres…), psychologues et divers psychothérapeutes, éducateurs, assistants de service social, etc. On pourrait ajouter (hélas) à cette liste non exhaustive la profession de gardien de prison, vu la proportion considérable de malades mentaux chez les sujets échouant à la « caseprison » malgré (ou à cause de) leur pathologie psychiatrique…
 Si le futur de la spécialité paraît donc incertain, les auteurs rappellent toutefois que la profession de médecin est «immuable, mais puisque les êtres humains auront toujours besoin de soins médicaux et d’attention, la médecine et des spécialités comme la psychiatrie continueront de prospérer. » Dès le XVIIème siècle, La Bruyère formulait une telle opinion, susceptible de motiver les générations nouvelles : « Tant que les hommes pourront mourir et qu’ils aimeront vivre, le médecin sera raillé et bien payé. »
Dr Alain Cohen
Oyebode F et Humphreys M : : The future of psychiatry. Br J Psychiatry, 2011; 199: 439–440.