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vendredi 16 décembre 2016

Un psychiatre doit-il être tenu responsable des actes de son patient ?

PIERRE BIENVAULT, le 15/12/2016

Mercredi 14 décembre, le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné à 18 mois de prison avec sursis un psychiatre dont le patient, schizophrène, s’était échappé avant de commettre un meurtre en 2008.

Une décision « incompréhensible » pour son avocat tandis que, du côté de la famille de la victime, on évoque les « fautes caractérisées » du médecin.
Si la peine est confirmée en appel, c’est un jugement qui fera date : le tribunal correctionnel de Grenoble a condamné mercredi à 18 mois de prison avec sursis un psychiatre dont le patient, schizophrène, s’était échappé avant de commettre un meurtre en 2008.
« Avec cette condamnation, la justice envoie un message très clair à tous les psychiatres : ’’enfermez tous vos patients schizophrènes pour ne pas prendre le moindre risque’’», indique Me Jean-Yves Balestas, l’avocat du médecin.
« Il ne faut pas tirer des enseignements concernant toute une profession. Le tribunal a juste estimé que ce praticien avait commis des manquements graves et des fautes caractérisées »,répond Me Hervé Gerbi, le défenseur de la famille de la victime.

Un drame au retentissement national

Le drame date de novembre 2008. Jean-Pierre Guillaud, 56 ans, s’était échappé de l’hôpital de Saint-Egrève (Isère) alors qu’il bénéficiait d’une autorisation pour se promener sans surveillance dans le parc de l’établissement. Il avait pris le car pour Grenoble à une dizaine de kilomètres avant d’acheter un couteau puis de tuer Luc Meunier, 26 ans, un étudiant en doctorat de génie mécanique.
Une vive émotion s’était emparée du pays, jusqu’au plus haut niveau de l’État. « Le drame de Grenoble ne doit plus reproduire », avait martelé moins d’un mois plus tard Nicolas Sarkozy, alors président de la République, en annonçant diverses mesures visant à renforcer la prise en charge des patients suivis en psychiatrie. Pour de nombreux professionnels, ce discours très musclé avait constitué un tournant dans un virage « sécuritaire » de la psychiatrie.
Mais la famille de l’étudiant s’était toujours refusé à instrumentaliser cette tragédie. « À un moment, certains politiques ont évoqué l’idée de ’’ficher’’ tous les patients schizophrènes ayant déjà commis un passage à l’acte violent. La famille Meunier, reçue à l’Élysée et à Matignon, a dit qu’elle s’opposait à cette solution », rappelle Me Gerbi.

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