blogspot counter

Articles, témoignages, infos sur la psychiatrie, la psychanalyse, la clinique, etc.

vendredi 5 juin 2015

« Ici, on apprend à parler et à écouter, pas la soumission » : bienvenue au lycée expérimental de Saint-Nazaire

Basta

 

Imaginez une école où les cours ne sont pas obligatoires, où il n’y a ni notes ni contrôles, où les élèves participent à la gestion de leur établissement, et où il n’y a pas de violences. C’est le quotidien du lycée expérimental de Saint-Nazaire qui a ouvert ses classes il y a trente ans. Mis en place pour répondre aux manques de motivation et à l’échec scolaire, cet établissement alternatif accueille chaque année 150 élèves, dont de nombreuses « gueules cassées » de l’Education nationale. Accompagnés par une vingtaine d’enseignants, ils construisent eux-mêmes leur formation et choisissent les matières qu’ils souhaitent étudier, des apprentissages classiques jusqu’à la climatologie ou la physique nucléaire. Une découverte très concrète de l’autonomie et de la démocratie.
Bientôt 10h, à Saint-Nazaire. Sur le pas de la porte du lycée expérimental, les fumeurs profitent du soleil printanier. Les ateliers vont reprendre. Les plus ponctuels s’engouffrent dans le hall, pour rejoindre leurs salles. Les autres s’attardent un peu à la Casbah, la cafétéria du lycée. Dans la cuisine, l’équipe de gestion, qui réunit des élèves et des enseignants, commence à préparer le repas. Au menu : tarte aux oignons, galettes de légumes, purée de patates douces, poisson. « Tous les matins, on fait une cagnotte, explique Lucie, élève en 1ère. Chacun donne ce qu’il veut, ou peut. On fait les courses et le menu en fonction de la somme récoltée. » Mise en place sur la proposition d’un élève, la cuisine du lycée fait maintenant partie des incontournables. C’est même un gros poste pour l’équipe en charge de la gestion. « On gère le lycée par quinzaine, précise Lucie. Chaque équipe de gestion compte une vingtaine d’élèves et trois "mee" (pour "membre de l’équipe éducative"). » En plus des repas, il faut s’occuper de la documentation (livres, ordinateurs, connexions Internet, journal du lycée...) et du secrétariat (relations avec l’extérieur, commandes éventuelles, …).
Pas de personnel de cuisine, pas de secrétaire, pas de personnel d’entretien, et évidemment, pas de directeur. Le lycée expérimental de Saint-Nazaire est entièrement co-géré par ses 150 élèves et 20 enseignants, et ce depuis plus de 30 ans. L’aventure a commencé peu après l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981. Le 26 juin, Gabriel Cohn-Bendit, enseignant à Saint-Nazaire écrivait dans le quotidien Libération une « lettre ouverte au camarade ministre de l’éducation », Alain Savary. Prenant acte de « la profondeur et de la gravité du divorce qui existe entre certains jeunes et l’école », et du fait que certains enseignants « ne supportent plus non plus le système scolaire tel qu’il est », Gabriel Cohn-Bendit suggérait de laisser« ces allergiques à toute forme d’autorité » inventer et créer ensemble «  des conditions qui leur conviendraient bien mieux ». A la fin de l’été, le ministre donna son accord.

L’exclusion à fleur d’impros

ANNE DIATKINE 

Ils étaient une vingtaine, un dimanche matin de janvier, à s’être rendus à une séance d’informations au sujet d’un projet théâtral au nom bizarre, Adolescence et territoire(s), aux Ateliers Berthier-Théâtre de l’Odéon (Paris XVIIe). Ils ne savaient pas clairement de quoi il s’agissait, n’étaient pas certains d’être conviés à une audition, avaient vu une petite annonce, avait été poussés par un prof, leur conseiller principal d’éducation ou un ami, avaient déjà une expérience scénique via des petits cours de théâtre, ou pas du tout. Ils avaient 13 ans pour la plus jeune, et 20 ans pour le plus âgé, habitaient Clichy-la-Garenne, Saint-Ouen, Saint-Denis ou le XVIIe arrondissement, et ne se connaissaient pas. Et les voici, ce 22 mai, sur la scène des Ateliers Berthier, pour présenter Gabriel(le), face à une salle pleine et conquise. La joie et le plaisir d’être ensemble sont palpables, aussi indéniablement que cette création collective entièrement improvisée, engagée par la metteure en scène Julie Deliquet, plonge dans le plus noir de l’adolescence.

UNE MATURITÉ SURPRENANTE

Depuis cinq mois, que s’est-il passé ? Une résurrection. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est Katia, l’une des actrices, 18 ans, visage avenant, cheveux entièrement couverts d’un bonnet, qui résume l’expérience d’un capital : «Je revis.» Elle lance un peu plus tard :«Ça me redonne de l’entrain pour mon avenir.» Katia, chaleureuse et attentive, a été assidue, comme l’ensemble du groupe. Ils viennent de partout, ont des expériences et des conditions de vie excessivement différentes, le théâtre n’est pas une entreprise de sauvetage et n’a pas pour objectif de panser les plaies. Certains sont multirécidivistes dans l’exclusion scolaire, d’autres pas du tout. Il n’empêche, tous l’expriment de façon spontanée lorsqu’on leur demande ce que cette expérience théâtrale a changé : «On vit mieux.» Canelle, 15 ans, affine : «Etre constamment à l’affût des paroles et gestes des autres, pour improviser à mon tour et leur répondre, me rend hypersensible à tout ce qui se passe quand on est en groupe. J’arrive non pas à anticiper, c’est trop fort, mais à saisir d’où les risques vont venir.» Canelle, dont la maturité et l’assise sont surprenantes, est devenue experte pour saisir, dans un méli-mélo de propos intempestifs, l’imperceptible. Comment prend-on place ? Comment se sent-on légitime ? Comment se forge la figure classique du bouc émissaire ? C’est précisément le thème de ce spectacle en mouvement.

UN THÈME SACRIFICIEL

On assiste à la première représentation, la deuxième sera forcément différente, comme les suivantes, en juin, lors d’une minitournée, à Clichy-la-Garenne, Saint-Denis et Saint-Ouen, car aucun texte n’est jamais fixé. Julie Deliquet, qui a créé le collectif In Vitro en 2009, expérimente à chaque nouveau spectacle une écriture de plateau, c’est-à-dire une écriture qui ne préexiste pas à la scène. La particularité de sa démarche est qu’à aucun moment elle ne se fige :«Notre écriture est née de notre relation aux auteurs. Si on la fixe par écrit, quelque chose est gelé, et dans ce cas, je préfère travailler sur un grand texte du répertoire.» Du coup, la notion même de répétition perd de sa substance, puisqu’il ne s’agit surtout pas d’obtenir de l’identique. Julie Deliquet : «Le point zéro, c’est le jour de la première. Ensuite, l’écriture évolue constamment. Après chaque représentation, je fais deux heures de notes, où il ne s’agit pas de dire ce qui est bien ou pas, mais de remarquer ce qui s’est peut-être perdu, ou au contraire s’est épuisé au fil du temps. Il y a aussi des éclairs de génie d’un soir, qu’on ne cherche pas à réinventer le soir suivant. Quand on joue plusieurs semaines, les spectacles ont le temps de se renouveler complètement.»

Fantasmes de séduction dans la psychothérapie d’une adolescente


CAIRN.INFO : Chercher, repérer, avancer.
parFlorian Houssier
Psychologue clinicien Psychanalyste Professeur en psychologie clinique et psychopathologie à l’université Paris-13 Président du Collège international de l’adolescence (Cila


Le Journal des psychologues 2015/4

Premières lignes

Léa est une adolescente de quinze ans dont les problématiques illustrent bien celles de cette période charnière entre l’infantile et la vie adulte, et qu’elle met en scène ici dans la relation transférentielle, par un agir passant par des modalités variées telles que la recherche de séduction, la provocation ou l’expression dans un langage cru. Au psychothérapeute, par sa posture et son travail de...


Evaluer la douleur grâce à un logiciel de reconnaissance faciale

 | 
Mieux que l'avis de l'infirmière ! Une équipe américaine propose un logiciel de reconnaissance faciale pour évaluation de la douleur chez l'enfant qui est problématique tout particulièrement pour les jeunes de moins de cinq ans. 
L04-guide-douleur-p.9E-Elle-ne-se-sert-pas-de-son-bras
Une équipe de chercheurs de l'université de Californie a présenté, ce lundi dans une étude publiée dans le journalPediatrics, un logiciel de mesure de la douleur par reconnaissance faciale (FACS)*. Ce logiciel permet une estimation assez objective de la douleur pour les malades ayant des difficultés à s'évaluer, indique Le Figaro.

"Les expressions du visage sont des indices précis de la gravité de la douleur, explique l'étude. Dans cette perspective, FACS base son analyse sur 46 signes du visage à partir des vidéos des patients: comme le froncement des sourcils, l'apparition de rides sur le nez et les paupières serrées".

Les chercheurs ont testé le logiciel sur 50 jeunes âgés de 5 à 18 ans, à la suite d'une appendicectomie et attribué un score de douleur sur une échelle de 0 à 10 aux malades, après analyse des données vidéo.

Médecine Des internes à touche-touche avec l’éthique

5 JUIN 2015

L’apprentissage des touchers vaginaux et rectaux sur des patients endormis au bloc opératoire se fait-il en violation des règles éthiques ? Sur Internet ou au bout du fil, des dizaines d’étudiants en médecine racontent qu’on leur a déjà proposé de s’exercer à des touchers pelviens au cours d’opérations gynécologiques et urologiques. Souvent sans information préalable du malade.
Ils expliquent que ces examens sont effectués «en doub le», en plus de celui pratiqué par le médecin chef. «J’ai vu au moins une vingtaine de ces touchers pendant mes trois mois de stage. Je m’arrangeais pour obtenir le consentement du patient avant, mais beaucoup ne pensaient pas à le faire, car ils n’y étaient pas incités.Ces gestes étaient clairement inutiles pour le patient. La preuve : les chirurgiens qui me les demandaient ne prenaient pas la peine de connaître leur résultat. Il était évident que c’était uniquement pour m’exercer», témoigne une étudiante en sixième année de médecine dans un hôpital parisien. Après la publication, en février, d’un carnet de la faculté de médecine de Lyon mentionnant l’«apprentissage au bloc sur patient endormi» des touchers vaginaux, des médecins ont fermement démenti. «Je n’ai jamais entendu parler d’entraînement en bloc sur patiente endormie», a réagi Nicolas Nocart, le président de l’Association des gynécologues obstétriciens en formation (AGOF). «La formation à l’examen gynécologique se fait en consultation», a indiqué pour sa part le Pr François Golfier, chef du service de gynécologie de l’hôpital Lyon-Sud.

jeudi 4 juin 2015

L’encadrement à distance, source de nuisance

LE MONDE |  | Par 


"Le management désincarné. Enquête sur les nouveaux cadres du travail", Marie-Anne Dujarier (La Découverte, 250 pages, 18,50 euros).


Avoir à faire à des psychotiques, « c’est du lourd », affirme un infirmier en hôpital psychiatrique. Et pourtant, le plus difficile à vivre dans le métier, d’après lui, ce n’est pas la maladie mentale. « C’est le management. Le fait qu’on nous demande de faire sortir les gens coûte que coûte, même quand ils vont mal. C’est pour les statistiques. Le fait de devoir faire les clowns devant le comité de visite de la qualité (…) C’est complètement fou leur truc. Complètement fou. Je ne saurais pas dire de quelle folie il s’agit. Mais c’est fou. Là aussi, c’est du lourd ».

Sept enquêtes sur la fin de vie des enfants et des adolescents

03.06.2015

L’Observatoire national de la fin de vie (ONFV) a annoncé mardi avoir lancé une série d’enquêtes afin de « quantifier mais aussi qualifier les situations de fin de vie, les pratiques et l’accompagnement de fin de vie de la période de périnatalité à la prise en charge d’enfants et d’adolescents ».

Selon l’ONFV, les dispositifs de soin palliatif pour enfants et adolescents sont encore « jeunes » et il n’existe pas encore d’état des lieux à l’échelle national. En tout, ce sont 7 enquêtes nationales qui sont entreprises par l’ONFV, en partenariat avec diverses institutions.

Des chercheurs mettent le doigt sur les mécanismes génétiques à l’origine de la schizophrénie

05.06.2015

Des chercheurs mettent le doigt sur les mécanismes génétiques à l’origine de la schizophrénie - 1

Des équipes de recherche annoncent régulièrement avoir identifié un ou plusieurs gènes associés à la schizophrénie, mais parvenir à établir un réel lien de cause à effet est une autre paire de manches.

C’est pourtant ce que vient de réaliser l’équipe de Michael O’Donovan, de l’université de Cardiff, dans un article publié dans la revue « Neuron ».
Plusieurs mutations rares sont statistiquement liées au développement de la schizophrénie et notamment des mutations de type CNV. Les CNV sont des mutations qui consistent en une augmentation du nombre de copies d’un ou plusieurs gènes.

En 2014, 108 locus affectés par ces mutations avaient été identifiés par l’équipe de O’Donovan, au cours d’une analyse de très grande ampleur qui avait alors mis en évidence la piste immunitaire et la piste glutamatergique comme étant des explications possible de la pathologie.

Les salariés de Lidl annoncent une grève suite au suicide d'un collègue


Résultat de recherche d'images pour "Les salariés de Lidl annoncent une grève suite au suicide d'un collègue"
VIDÉO - Un employé de l'entreprise à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, a mis fin à ses jours le week-end dernier. La CGT dénonce les conditions de travail. La grève débutera ce jeudi 4 juin.
Jour noir pour les salariés de Lidl. Yannick, employé du groupe de distribution âgé de 33 ans, s'est suicidé dans la nuit de vendredi à samedi sur son lieu de travail, à Rousset dans les Bouches-du-Rhône, révèle La Provence.
«La CFDT Lidl se joint à la famille du salarié. Vous qui êtes salariés Lidl en souffrance, appelez n'importe quel délégué syndical, tous syndicats confondus, ne restez pas seul», a communiqué le syndicat sur son blogL'initiative Communiste-ouvrière a également adressé «ses plus sincères condoléances à la famille, aux amis et aux camarades de travail de ce salarié». Au lendemain des obsèques, et après une journée de deuil mardi, les salariés débuteront une grève ce jeudi 4 juin.

Ces scandaleux antidépresseurs

LE MONDE | 


Silhouette d'un homme derrière un écran blanc, Dresde, Allemagne, 1 février 2015.


Entre risques pour la santé et effets secondaires causant des comportements suicidaires et agressifs, certains antidépresseurs, toujours remboursés par la Sécurité sociale, présagent un scandale sanitaire qui ne dit pas encore son nom. Des antidépresseurs qui causeraient des comportements violents et agressifs ? L’information a de quoi surprendre, mais elle a été maintes fois démontrée.

En février 1998, l’Américain Tim Tobin, sous Deroxat, tue sa femme, sa fille et sa petite-fille. Le chercheur et psychiatre britannique David Healy révèle que le laboratoire GlaxoSmithKline (GSK) avait caché des essais cliniques prouvant que le Deroxat était responsable de comportements agressifs chez 25 % des patients testés. GSK a été condamné par la justice américaine à dédommager le gendre de Tim Tobin.

# CORPS BLESSÉ, CORPS MALADE, CORPS MENACÉ À L’ADOLESCENCE




Quel rôle pour la psychopathologie aujourd’hui ? Nécessité d’un travail interdisciplinaire


9 ET 10 OCTOBRE 2015 DIACONESSES PARISTélécharger le programme en PDF


mercredi 3 juin 2015

Il y a 40 ans elles étaient diplômées

02/06/2015

École d'infirmières



Gisèle Lascorz et Anne-Marie Ricaut devant l'hôpital Pasteur qui abritait l'école d'infirmières jusqu'en 1974./ Photo DDM, S. Lapeyrère
Gisèle Lascorz et Anne-Marie Ricaut devant l'hôpital Pasteur qui abritait l'école d'infirmières jusqu'en 1974./ Photo DDM, S. Lapeyrère

Un article paru dans «La Dépêche» en février 1975 a réveillé bien des souvenirs et surtout l'envie de se retrouver... 40 ans après. La promotion 1972-1975 de l'école d'infirmières d'Auch se réunira le 13 juin, à l'auberge «Le Cousteau» à Saint-Lary, pour fêter les 40 ans de diplôme infirmier.
«ça fait un moment que l'idée d'organiser cette journée me trottait dans la tête», confie Anne-Marie Ricaut, de Castéra-Verduzan qui a retrouvé cette coupure de journal chez sa mère. Alors, avec sa copine de promo Gisèle Lascorz, de Laguian-Mazous, elle a pris la peine de contacter celles perdues de vue depuis si longtemps. Il ne faudrait pas utiliser le féminin d'ailleurs car parmi les 33 diplômés de 1975 il y avait, rapporte Gisèle, «30 filles, deux religieuses et un garçon, le premier d'ailleurs à sortir avec le diplôme de l'école d'infirmières d'Auch». Ce pionnier, Jean Larrieu, de Condom, sera là le 13 juin, avec une vingtaine de ses collègues au féminin. «Une des religieuses est décédée mais elle avait 59 ans quand elle a passé le diplôme et il nous manque juste une infirmière qu'on n'a pas pu contacter.»

L’algopolitique

Par  le 20/05/15


Dans Les lois de l’imitation, un livre de 1890, le sociologue et criminologue Gabriel Tarde avait définit l’avenir des statistiques comme le “nouvel oeil des médias de masse”. Il écrivait : “Les [journaux] alors deviendront socialement ce que sont vitalement les organes des sens. Chaque bureau de rédaction ne sera plus qu’un confluent de divers bureaux de statistique, à peu près comme la rétine est un faisceau de nerfs spéciaux apportant chacun son impression caractéristique, ou comme le tympan est un faisceau de nerfs acoustiques. Pour le moment, la statistique est une sorte d’œil embryonnaire, pareil à celui de ces animaux inférieurs qui y voient juste assez pour reconnaître l’approche d’un ennemi ou d’une proie”. Pour le chercheur Matteo Pasquinelli (@mattpasquinelli), l’oeil des statistiques de Tarde annonce l’oeil algorithmique auquel nous sommes désormais confrontés, explique-t-il dans un récent article de recherche intitulé “La détection d’anomalies : la mathématisation de l’anormalité dans la société des métadonnées”.
Martian_face_viking
Image : un visage humain sur Mars, via Wikipedia, exemple d’interprétation erronée de motif.
Le but de ces algorithmes est de révéler un “nouveau sujet politique” : l’oeil des algorithmes tente désormais de distinguer l’individu “antisocial” de l’ensemble des individus, à l’image des travailleurs dont la productivité est mesurée par l’oeil des algorithmes comme le soulignait les travaux du groupe de recherche européen Forensic Architecture, qui dénonce les violences du développement de systèmes de contrôle sous forme de systèmes, d’”architectures”, véritables pathologies du monde moderne.

Le capitalisme du calcul : enfermé dans les datascapes

“L’oeil des algorithmes enregistre des modèles communs de comportement dans les médias sociaux, des mots clefs suspects dans les réseaux de surveillance, des tendances d’achats ou de ventes sur les marchés ou l’oscillation de la température dans certaines régions du monde. Ces procédures de calcul de masse sont assez universelles, répétitives, automatiques et inaugurent une nouvelle ère de complexité épistémique.”
Pour Pasquinelli, la gouvernance algorithmique repose sur la reconnaissance des formes et la détection d’anomalies, qui sont les deux faces d’une même pièce : une anomalie se détecte qu’au travers de la régularité d’un motif, et, inversement, une tendance se dégage que par l’égalisation de la diversité des celles-ci.
Pour Pasquinelli, le problème de la cartographie de l’internet est né avec lui, mais il a fallu attendre 1998 et la construction du premier centre de données de Google pour voir naître la société de métadonnées, capable de commencer à cartographier la topologie de l’internet. Si les réseaux étaient des flux d’information ouverts, comme le souligne Manuel Castells, les centres de données se sont construits sur l’accumulation de l’information sur l’information : les métadonnées. Les métadonnées divulguent “la dimension de l’intelligence sociale incarnée dans tout élément d’information”. Elles nous font passer d’une économie politique industrielle à la gouvernance algorithmique, ce “capitalisme du calcul”.
L’exploitation algorithmique des métadonnées permet de mesurer la production collective de la valeur et d’extraire la plus value des réseaux (ce que font les modèles d’affaires de Google ou Facebook), de suivre et prévoir les tendances et anomalies sociales (comme tente de le faire la science du climat ou les programmes de surveillance de la NSA), et d’améliorer l’intelligence machinique de gestion, de logistique et de conception des algorithmes eux-mêmes. Les centres de données ne sont pas seulement des espaces de stockage ou de calcul, mais des endroits d’où l’on ne cesse d’extraire du sens, rappelle le chercheur. En ce sens, ils sont des datascapes (despaysages de données), des représentations visuelles des forces quantifiables qui influencent le travail de celui chargé de les représenter, un moyen de rendre l’espace abstrait des machines perceptible comme le proposait William Gibson dans Neuromancien quand il représentait le cyberspace comme comme une ville de blocs de données entre lesquels circuler en 3 dimensions. Or, les structures algorithmiques représentent des modèles abstraits qui ne sont pas nécessairement associés avec l’expérience ou la perception. En ce sens, le processus algorithmique est un véhicule d’exploration qui s’étend au-delà des limites de la perception. Pour Pasquinelli, le datascape devient la carte qui permet de cartographier cet internet que l’on ne voit pas.

Peut-on vivre sans limite ?

Accueil

Muriel Flis-Trèves


30.05.2015 - La Conversation scientifique


Peut-on vivre sans limite ?49 minutes Écouter l'émission


Pierre Dac disait : « Même les bornes ont des limites qu’on ne saurait franchir sans les dépasser ». Chacun d’entre vous peut méditer pour son propre compte la portée de ce truisme aux implications plus profondes qu’il n’y paraît au premier abord. En physique, il apparaît que certaines choses ont des limites bien établies. Par exemple, il est impossible de refroidir un corps à une ...

Beaucoup plus de risques d’être exposé à la violence pour les malades mentaux

Publié le 15/05/2015


Si le grand public associe volontiers certains faits divers à la violence et à la criminalité attachée à la maladie mentale, une enquête réalisée au Royaume-Uni montre (en colligeant des entretiens concernant 361 sujets avec des « troubles mentaux sévères » et 3 138 sujets-témoins) que l’inverse tend plutôt à se produire dans la réalité, c’est-à-dire que les personnes souffrant d’une maladie mentale sont plus souvent des victimes que des auteurs de tels crimes ou agressions, probablement en raison de leur plus grande vulnérabilité.
En comparant les données relatives à ces personnes avec une maladie mentale aux statistiques portant sur la population générale, les auteurs constatent en effet que 40 % des malades mentaux (contre 14 % des sujets-témoins) ont « subi l’expérience d’une telle situation » dans l’année précédent l’entretien (Odds Ratio ajustés = 2,8 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 2,0–3,8). En particulier, les « agressions violentes » concernent 19 % des malades mentaux contre 3 % des sujets-contrôles (Odds Ratio ajustés = 5,3 ; IC 3,1–8,8). On observe sans grande surprise que cette vulnérabilité aux agressions concerne notamment les femmes atteintes d’une maladie mentale sévère, puisqu’elles sont « quatre fois plus souvent victimes d’une violence domestique » que les femmes sans affection psychiatrique, « quatre fois plus souvent victimes d’une agression sexuelle » et « dix fois plus souvent victimes de violences dans leur entourage » (perpétrées par des étrangers ou par des connaissances).