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jeudi 1 décembre 2022

Grève des médecins libéraux : les raisons d’un « front commun historique »

Par  et    Publié le 1er décembre 2022

Engagés dans des négociations avec l’Assurance-maladie, tous les syndicats de médecins libéraux appellent à la fermeture des cabinets les 1er et 2 décembre. Un mouvement renforcé par celui des laboratoires, pour la deuxième fois en un mois.

Manifestation de personnels soignants, à Paris, le 17 novembre 2022.

La colère gronde dans les rangs des médecins libéraux. Tous les syndicats représentatifs d’une profession qui ne porte pourtant pas la grève dans son ADN ont appelé à la mobilisation sur deux jours, les jeudi 1er et vendredi 2 décembre. Selon une modalité-choc : la fermeture des cabinets médicaux.

De mémoire de syndicaliste, on n’avait pas vu pareil ras-le-bol traverser la médecine de ville depuis 2015 – et la loi Touraine –, voire depuis 2002. Et l’écho pourrait être majoré par le ralliement des biologistes qui ont annoncé, pour la deuxième fois en moins d’un mois, fermer les laboratoires, en vue de protester contre le « coup de rabot » qui leur est demandé dans le cadre du projet de budget de la « Sécu ».

Un « front commun historique », se sont accordés à dire les représentants de la Fédération des médecins de France (FMF), du Syndicat des médecins libéraux (SML) et de l’Union française pour une médecine libre (UFML) réunis, mardi 29 novembre, pour une conférence de presse conjointe avec le collectif Médecins pour demain. Apparu sur Facebook, se revendiquant « asyndical et apolitique », ce groupe de 15 000 membres affichés a été, le premier, à envisager de débrayer.

Mais « commun », ce front l’est jusqu’à un certain point : MG France – l’organisation majoritaire parmi les généralistes – et la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF)-généralistes, tout en appelant à la grève, ne rejoignent pas les promoteurs du mouvement sur leur revendication-phare : la revalorisation du tarif de la consultation médicale de base à 50 euros ; un doublement, au regard des 25 euros actuels, quand la moyenne des tarifs européens se situe autour de 46 euros.

Dégradation des conditions de travail

« La santé n’est pas une dépense mais un investissement, nous ne voulons pas gagner plus mais travailler mieux », défend Corinne Le Sauder, présidente de la FMF. « Il est indispensable de revaloriser le tarif de la consultation ; nous n’avons même pas assez d’argent pour embaucher des secrétaires, alors que 30 % de notre travail consistent en des charges administratives », insiste, de son côté, Céline Bretelle, porte-parole de Médecins pour demain en Ile-de-France.

Sur le sujet, les syndicats majoritaires assument un pas de côté. « La colère et l’inquiétude sont partagées, explique Agnès Giannotti de MG France, et la consultation de base devrait être revalorisée à hauteur de l’inflation, mais ce sont d’abord les consultations complexes du médecin traitant qui méritent une attention particulière. » Même positionnement de la CSMF-généraliste, qui évoque, pour les consultations longues, un tarif à 60 euros.

Revendications catégorielles ? Cela va bien au-delà, souffle-t-on sur le terrain. Les raisons du malaise, d’un syndicat à l’autre, brassent large mais se rejoignent : dégradation des conditions de travail, poids des tâches administratives, manque de reconnaissance… Les libéraux s’alarment aussi de la pression, ressentie, sur leur liberté d’installation, à l’heure où s’accumulent au Parlement les propositions de loi sur les déserts médicaux.

Autre motif d’inquiétude : le « partage de tâches » et les « délégations de responsabilités » avec d’autres professions de santé, portés par le gouvernement et vécus comme une rupture annoncée du parcours de soins. « A l’heure où 6 millions de Français, dont 650 000 en affection de longue durée, n’ont pas de médecin traitant, ce n’est pas une réponse acceptable », tempête Luc Duquesnel, de la CSMF.

Apres négociations sur le « round conventionnel »

« Nous percevons tous que c’est la dernière chance pour sauver la médecine de ville, avance Jérôme Marty, président de l’UFML. Certains médecins généralistes qui ne font jamais grève vont fermer leur cabinetOn pense que ce mouvement va être très suivi. » Les pronostics avancés, mardi, par Médecins pour demain plafonnaient entre 60 % et 80 % de fermetures. A la CSMF, on anticipait une « mobilisation forte » dans certaines régions plus que dans d’autres, notamment en Normandie, en Loire-Atlantique, en Vendée, en Gironde…

« Je ne suis pas sûre que ce soit populaire, ni que ce soit le bon moment », a récemment mis en garde Agnès Firmin Le Bodo. Pour la ministre déléguée aux professions de santé, les difficultés croissantes d’accès aux soins ont des répercussions, et « le sentiment de nos concitoyens à l’égard des médecins commence à changer ».

Au ministère de la santé, jeudi 1er décembre, on expliquait suivre la situation « de près » avec les agences régionales de santé : « François Braun est particulièrement attentif à ce que la continuité des soins des Français soit assurée. Il est aussi pleinement conscient de la pression accrue que les médecins libéraux subissent compte tenu du manque de médecins et de la hausse du nombre de patients à prendre en charge. Mais la négociation sur les moyens financiers et notamment le tarif de la consultation est indissociable d’une discussion plus large sur l’engagement des médecins libéraux. C’est tout le sens de la logique de droits et de devoirs que le ministre a eu l’occasion d’évoquer à de nombreuses reprises. »

Les appels à la mobilisation résonnent dans un contexte particulier pour les acteurs de la santé, en parallèle de l’adoption, à coups de 49.3, d’un projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 dont plusieurs articles nourrissent de fortes craintes parmi les médecins – sur l’allongement de l’internat de médecine générale notamment, les économies demandées aux laboratoires, l’organisation de la permanence de soins… Autre élément important du calendrier : d’âpres négociations ont démarré, entre la médecine de ville et l’Assurance-maladie, pour fixer, pour cinq ans, le cadre du contrat qui les lie. Le « round conventionnel », comme disent les intéressés.

« Les discussions démarrent, fait valoir Thomas Fatôme, “DG” de l’Assurance-maladie. J’ai déjà confirmé aux syndicats qu’aider les médecins libéraux à gagner du temps médical sera une priorité. Je les ai aussi assurés de mon engagement à ce qu’il y ait une revalorisation des actes et des consultations. C’est à nous, collectivement, de faire avancer la négociation. »

Un point d’étape est prévu mi-décembre. Les syndicats mobilisés, accompagnés par les jeunes médecins et les internes, n’excluent pas d’appeler encore à la grève durant les fêtes de fin d’année.


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