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lundi 15 mars 2021

Les Archives nationales du monde du travail, un témoignage visuel à portée de clic

CHRONIQUE

Antoine Reverchon  


Publié le 11 mars 2021

La mise en ligne des « mémoires du travail » fait découvrir la micro-histoire de l’économie française, rapporte Antoine Reverchon dans sa chronique.

Chronique. Depuis le 24 février, les Archives nationales du monde du travail, sises à Roubaix depuis 1993, ont lancé leur nouveau site Internet qui met à la disposition du public, des enseignants et des chercheurs, 630 000 documents numérisés, des expositions virtuelles et des albums thématiques d’images, ainsi que des outils de recherche et des animations pédagogiques (jeux, visites virtuelles) permettant de profiter au mieux de cette véritable mine d’or. Essentiellement issues de fonds privés collectés auprès d’entreprises, de salariés et retraités, d’organisations syndicales et professionnelles, de comités d’entreprise et d’associations liées au monde du travail, ces archives documentent l’histoire de la vie économique et sociale de la France à l’échelon des faits micro-économiques et de leurs représentations. Cette dimension manque bien souvent dans le travail des économistes, dont le matériau essentiel demeure, surtout à l’ère du big data, les données statistiques agrégées, et dont l’outil principal est la modélisation mathématique.

Les documents d’entreprise ont commencé à être collectés par les Archives nationales dans les années 1920, quand instruction a été donnée de conserver les archives des entreprises… en faillite, car « offrant un intérêt pour l’histoire économique ». Ce n’est qu’en 1949 qu’est créée aux Archives nationales une « Section des archives privées et économiques et du microfilm » qui collecte les documents que les entreprises doivent produire auprès des administrations ou du public (rapports d’activité, comptes des sociétés cotées, comptes rendus d’assemblées générales et de comités d’entreprise…). S’y ajoutent les dépôts d’archives privées : photos, affiches, correspondances, documents personnels et rapports des dirigeants, cadres et ingénieurs, mais aussi des salariés de base.

Intérêt en termes d’image et de réputation

Dans les années 1980, l’intérêt public pour ce qu’on appelle alors le « patrimoine industriel » et l’arrivée de la gauche au pouvoir raniment la collecte de documents issus du « monde du travail », qui devient l’appellation de la Section, et lui offrent l’opportunité de disposer d’un lieu réservé et moderne, installé à Roubaix – décentralisation et « mémoire ouvrière » obligent – inauguré en 1993. Les archives s’enrichissent encore de fonds privés issus d’organisations syndicales – le plus souvent sections locales ou d’entreprises – et d’associations de travailleurs.

C’est ce croisement des deux « points de vue » – de l’entreprise et des salariés – qui rend l’utilisation de ces archives particulièrement intéressante pour le chercheur. Malheureusement, le nombre d’entreprises concernées reste bien limité – il s’agit essentiellement des plus grandes et des plus anciennes, comme Suez. La recherche par thème (par exemple « industrie électronique », ou « mouvement politique et sociétal ») offre de bien meilleurs résultats. Peut-être faut-il y voir l’effet d’une plus grande prise de contrôle de leurs propres archives par les entreprises modernes, conscientes de l’intérêt en termes d’image et de réputation, de ne pas les mettre entre toutes les mains…

Témoignage visuel quasi vivant

L’abondance des images – photos, affiches, cartes postales – rend aussi passionnant le site pour le grand public, qui découvrira avec bonheur et surprise le témoignage visuel – quasi vivant – de l’évolution des organisations du travail, des techniques, ou même de la publicité (à travers les « réclames » et les images de représentation institutionnelle de l’entreprise). Trois expositions virtuelles – sur les mineurs du charbon, les femmes au travail, et (jusqu’au 31 mars) les travailleurs du rail – sont actuellement visibles sur le site.

Particulièrement émouvants sont les « dossiers professionnels des mineurs de fond » du Nord-Pas-de-Calais, constitués des fiches dressées par les entreprises pour décrire – et éventuellement commenter – la « carrière » des mineurs de leur entrée dans l’entreprise à leur sortie, à la façon de véritables fiches de police, photos d’identité à l’appui. Où l’on peut avoir la surprise de retrouver un ancêtre…


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