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mercredi 14 mars 2018

Le Collectif infirmier français dénonce un mépris dans la reconnaissance de leur expertise

Le Collectif infirmier français et ses 22 composantes représentatives de la profession infirmière montent à leur tour au créneau pour dénoncer les projets de textes sur la pratique avancée. Ils dénoncent une "vision archaïque et médico-centrée du soin". Ils déplorent aussi une méthodologie de travail alternant latences et pressions soudaines.
"Un goût amer d'inachevé", une "déception majeure" ou encore "un mépris pour la reconnaissance de l'expertise infirmière". Le Collège infirmier français (Cif), qui réunit 22 personnes morales représentatives de la profession infirmière*, ne mâche pas ses mots après la première réunion de concertation sur les textes encadrant la pratique avancée de ces professionnels. Dans un communiqué transmis ce 13 mars, il fait part de sa déception quant à l'orientation des projets de textes (lire notre article). Selon lui, il ne répond ni aux préoccupations des infirmiers ni aux besoins de la population. Ces textes ont déjà suscité de nombreuses déception dans les rangs infirmiers (lire notre article).

Des propositions clivantes

À son tour, le Cif demande notamment d'ouvrir la réflexion à toutes les spécialités infirmières et toutes les modalités d'exercice, regrettant ainsi de voir "tirer vers le bas les possibilités qu'offre [la] profession, sans jamais prendre la pleine mesure des compétences de l'infirmier". Il dénonce en outre la méthodologie utilisée dans le cadre de la rédaction de ces textes "faisant alterner temps de latences et pression imposée par un calendrier contraint". "Nous déplorons également une approche initiale obligeant les participants à analyser des projets de textes en extemporané sans même disposer d'une version papier", poursuit-il.

Et le Cif de comparer cette méthodologie avec la mise en place de la pratique avancée chez nos voisins. "Les textes conservent une logique clivante séparant approche médicale et paramédicale alors que dans de nombreux pays une démarche intelligente et aplanie a été retenue, réunissant des professionnels de santé autour de situations pour faire vivre l'interdisciplinarité", détaille le Cif, regrettant le "modèle restrictif" choisi par la France. En témoigne selon lui, l'absence dans les textes des termes consultation, diagnostic... pour l'heure uniquement réservés aux médecins. 

Une vision archaïque et médico-centrée

À son tour, le collectif dénonce un lobbying médical. "Notons que les arbitrages opérés sont souvent très en accord avec la vision de la pratique avancée portée par certains groupes de pression médicaux des plus radicaux sur le sujet, dans une vision archaïque et médico-centrée du soin", déplore-t-il. Il s'élève "avec force" contre la mise en œuvre de ces mesures de lobbying, craignant par la suite des difficultés de mise en œuvre d'une approche collaborative entre médecins et infirmiers de pratique avancée.

Le Cif ambitionne, rappelle-t-il, "une reconnaissance à part entière de l'infirmier de pratique avancée, expert autonome conforme au modèle international et nourri des savoirs issus de la discipline des sciences infirmières". "Le Gouvernement ne doit pas faire l'économie d'un tel potentiel de compétences dans son objectif de garantir la qualité, la sécurité et la pertinence des prises en charge au bénéfice de la population", conclut le Cif.

Quid des paramédicaux ?

La loi de modernisation de notre système de santé, promulguée en 2016, ouvre la possibilité d'une pratique avancée à tous les paramédicaux. À ce titre, et alors que la mise en place pour les infirmiers ne se fait pas sans accrocs, l'Union interprofessionnelle des associations de rééducateurs et médico-techniques (Uiparm) s'inquiète que plusieurs des dispositifs présentés recouvrent des actes, des activités ou des préconisations voire des prescriptions, confiés de longue date à d'autres professions. Elle estime "urgent et important" de penser un dispositif concernant chacune des professions paramédicales et ce de façon collégiale et interprofessionnelle. Elle expose que seule une convergence d'activités peut répondre aux enjeux de spécificité de chacune des professions. Il est par conséquent nécessaire, selon elle, d'identifier actes spécifiques mais aussi actes partagés, dans un souci de trouver les réponses les plus adaptées aux enjeux de santé publique.
Clémence Nayrac
* Les organisations membres du Cif sont : l'Association des enseignants et des écoles d'infirmiers de bloc opératoire (AEEIBO), l'Association française des infirmiers de cancérologie (Afic), l'Académie des sciences infirmières (Asi), l'Association française des directeurs de soins (AFDS), l'Association nationale des infirmiers de sapeurs-pompiers (Anisp), l'Association nationale française des infirmières et infirmiers diplômés et étudiants (Anfiide), l'Association nationale des puéricultrices(eurs) diplômé(e)s et étudiants (ANPDE), le Comité d'entente des écoles d'infirmiers anesthésistes diplômés d'État (Ceeiade), le Comité d'entente des écoles préparant aux métiers de l'enfance (Ceepame), le Comité d'entente des formations infirmières et cadres (Cefiec), Convergence infirmière (CI), la Coordination nationale infirmière (CNI), la Fédération nationale des infirmiers (FNI), l'Ordre national infirmier (Oni), le Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia), le Syndicat des infirmiers conseillers de santé (SNICS-FSU), le Syndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs de la santé (SNIES-Unsa), le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC), le Syndicat national des infirmières puéricultrices libérales (Snipuerlib), l'Union nationale des associations d'infirmiers de bloc opératoire (Unaibode) et le Groupement infirmiers de santé au travail (GIST).
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