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mercredi 23 novembre 2016

Se soigner est un acte culturel

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Se soigner est un acte culturel


Le professeur Philippe Even publie une version mise à jour de son Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux. Il y affirme qu’un tiers des médicaments aujourd’hui sur le marché sont inefficaces. Au-delà de la responsabilité de l’industrie pharmaceutique et des autorités de santé, l’existence de ces remèdes est également liée aux pratiques des patients eux-mêmes. Dans Médicaments et société, l’anthropologue Sylvie Fainzang souligne la diversité de nos rapports à la médecine. Pendant cinq ans, elle a observé les habitudes médicales de 185 habitants du sud de la France en distinguant leur culture religieuse au sens large (en tant que religion d’origine patrimoniale, et non pratique quotidienne). Leurs comportements vis-à-vis de l’ordonnance, du médecin et du médicament reflètent avec une grande fidélité des façons de comprendre le corps, d’assumer la souffrance et la maladie, de vivre les relations à l’autorité liées à leur culture.
Les patients catholiques ont ainsi tendance à vouloir partager avec leur famille les médicaments qui ont été efficaces pour eux-mêmes. Au contraire, pour les protestants les médicaments comme la maladie sont strictement personnels. La différence d’attitude vis-à-vis de l’autorité et donc du médecin et médicament lui-même est très nette. Pour les patients catholiques et musulmans, c’est le médecin « qui sait, » alors que les protestants et les juifs contrôlent davantage les prescriptions du praticien. De la même manière, le rapport à l’ordonnance, à son contenu tant qu’au morceau de papier lui-même, varie d’une culture à l’autre. Chez les musulmans, dont le nom lui-même signifie soumission totale à Dieu, la soumission est fortement valorisée. Le Coran n’est-il pas indiscutable ? Les ordonnances sont donc précieusement conservées et observées. Les catholiques auront, eux, tendance à les garder en vue de futures consultations, mais aussi parce qu’ils pensent qu’il faut le faire, tandis que les protestants les archivent dans le but de s’y référer eux-mêmes. Fainzang y voit une survivance de la longue tradition catholique du pouvoir des clercs dans l’interprétation des textes religieux, et au contraire de celle de la lecture personnelle de la Bible prônée par la Réforme.    

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Médicaments et société : Le médicament, le médecin et l’ordonnance par Sylvie Fainzang

Éditeur: Presses Universitaires de France
Date de parution: 2001

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