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mercredi 23 novembre 2016

La HAS estime possible une réduction de 68% des épisodes de violence en hôpital psychiatrique


La Haute Autorité de santé a présenté ce 22 novembre une batterie d'outils relatifs aux épisodes de violence en hôpital psychiatrique. Objectif : permettre aux équipes soignantes d'en prévenir les risques afin de réduire drastiquement leur survenue, et lorsqu'ils surviennent, de les gérer de façon optimale.
La Haute Autorité de santé (HAS) publie un guide pratique, quinze programmes et quatorze outils relatifs à la prévention et à la gestion des épisodes de violence des patients hospitalisés en psychiatrie*. "Pourquoi cette initiative ? Parce que ces événements sont fréquents — 500 000 incidents par an en France —, parce qu'ils ont des conséquences traumatiques lourdes — tant pour les soignants et patients victimes que pour les patients à l'origine des violences —, et parce que nous pouvons changer les choses", martèle le Dr Cédric Grouchka, membre du collège de la HAS, en conférence de presse, ce 22 novembre. Ces travaux s'inscrivent dans le cadre du programme de l'agence intitulé "Psychiatrie et santé mentale 2013-2016". Ils sont le fruit d'un groupe de travail réunissant des professionnels d'établissements et services de psychiatrie publics ou privés, ainsi que des représentants des patients et de leurs proches. Ce groupe de travail de 34 personnes a basé ses travaux sur la littérature scientifique, l'audition de six experts nationaux et internationaux, ainsi que sur leurs expériences propres.

Miser sur la prévention

Le Dr Cédric Grouchka en est convaincu, "ces outils et programmes permettent de réduire de 68% les épisodes de violence en établissement psychiatrique, et quand ils se produisent, de limiter les mesures de privation de liberté à 50%des cas", selon les travaux de recherche analysés par le groupe de travail. Deux situations particulièrement à risque ont été identifiées : l'admission dans le service du patient, et l'hospitalisation de très longue durée. Dans le cas de l'admission, "lorsque les patients s'opposent à leur hospitalisation, nient leur maladie, la mémoire infirmière et le dossier médical sont fondamentaux pour identifier un patient potentiellement violent. Sachant que le premier facteur de risque, c'est son antécédent", insiste le Pr Jean-Louis Senon, président du groupe de travail. Concernant les patients hospitalisés sur le long terme, les "oubliés" de l'hôpital psychiatrique, "sans projection dans le médico-social, le socio-éducatif ou autre", c'est le non-respect de leur bulle d'intimité, les moments d'extrême proximité, qui seraient sources de violences. Pour les éviter, "le travail de prévention est essentiel", poursuit Jean-Louis Senon, qui distingue prévention primaire (faire preuve de bienveillance et d'empathie lors de l'accueil du patient, se renseigner sur ses antécédents), prévention secondaire (repérer les patients irritables, chercher à les apaiser, les rassurer) et prévention tertiaire (analyse de l'incident, reprise de l'événement avec le patient et ses proches d'une part, et les victimes d'autre part). C'est tout l'objet de la "sacoche" d'outils et de programmes que propose donc la HAS, qui porte tant sur l'évaluation du patient que sur la recherche d'informations sur son parcours, son implication, l'accueil de sa famille ou encore la reprise des incidents avec le patient. 

Destinés à être repris intégralement ou en partie par les cadres de soins et d'établissements et les équipes soignantes, ces travaux font écho à l'instruction de la DGOS du 29 juillet 2016, relative aux orientations en matière de développement des compétences des personnels des établissements, dont la maitrise des épisodes de violence en psychiatrie constitue l'un des axes prioritaires.
Bruno Decottignies

* Ces travaux portent sur la violence visant autrui dans les services hospitaliers de psychiatrie adultes, hors urgences. Sont donc exclus les phénomènes d'auto-agression, les violences en pédopsychiatrie, en ambulatoire, ou dans tout autre cadre sanitaire.
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