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mercredi 1 juillet 2015

Si « Le Généraliste » était paru en juillet 1900 Pages humoristiques : excentriques et demi-fous

« La représentation du drame de M. L. Bruyerre a mis la folie à l’ordre du jour. Parisis (alias Émile Blavet) rappelle à cette occasion quelques cas d’aliénation mentale – ou, plutôt de demi-aliénation – qu’il a eus sous les yeux. Nous lui empruntons les deux observations qui suivent dont nous lui laissons l’entière responsabilité.

“ Je connaissais un jeune chirurgien à qui quelques opérations malheureuses avaient irrémédiablement détraqué le cerveau. Sa folie consistait à se promener tous les jours de une heure de l’après-midi à trois heures dans le cimetière Montmartre et à débiter sur les tombes toutes sortes de choses inarticulées. Je le surpris un jour qu’il voulait forcer la grille d’une concession perpétuelle.

– Que faites-vous ? lui demandai-je en cherchant à l’emmener.

– Laissez-moi, me répondit-il ; je vais faire des excuses à mon dernier malade !

– À quelque temps de là le pauvre diable mourut chez le docteur Blanche. Tous les pensionnaires de la maison suivirent le convoi et on put lire le lendemain, dans une feuille facétieuse : “ Hier ont eu lieu les obsèques du docteur X…, il y avait un monde fou ”.


Après la note lugubre, la note gaie. Beaucoup d’entre nos lecteurs ont certainement entendu parler du docteur Campbell, l’un des accoucheurs les plus distingués du Royaume-Uni. Bien que d’origine anglaise, Campbell exerçait en France et n’avait qu’un seul client de l’autre coté du détroit.

– Client !, interrompit toute la table en chœur…, vous voulez dire cliente ?

– Point du tout.

– Mais Campbell était accoucheur !

– Eh bien ?

– On n’accouche que les femmes…

– Et les hommes aussi…

– Mauvais plaisant !

– C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire. Voici d’ailleurs l’anecdote en deux mots, telle que je la tiens de Campbell lui-même. Son client d’outre-Manche était Lord D… Ce gentleman, colossalement riche, et, du reste, absolument sain de corps et d’esprit, était atteint d’une folie unique en son genre que j’appellerai la folie de la génération. À certaines époques déterminées, le noble lord croyait ressentir les douleurs de l’enfantement. Il s’alitait, commandait la layette, prenait toutes dispositions usitées et mandait Campbell par télégraphe. Le docteur arrivait. Inutile de dire que son intervention était purement platonique et que le malade accouchait par la simple opération de son propre cerveau. La délivrance accomplie, on recherchait parmi les nouveau-nés du village le plus intéressant et le plus nécessiteux ; on le présentait à Lord D… qui l choyait, le caressait, le dotait et, une fois relevé de couches, n’y pensait pas plus qu’à sa première molaire. La dernière fois qu’il fut en mal d’enfant, il n’y avait dans le pays que des mioches hors d’âge. Comment faire ? Le cas était urgent… Passe un collégien en uniforme : on le hèle, on l’empoigne et, sans qu’il ait eu le temps de protester, on le dépose sur le lit de souffrance.

– Ah, fit Lord D… avec un soupir et tapant sur la joue du bonhomme, je m’explique pourquoi j’ai tant souffert… Ce sont les boutons ! »

(La Chronique Médicale, 1900)

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