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samedi 3 février 2018

Après la diffusion d'« Hippocrate aux enfers », un tour de France des facs de médecine pour Michel Cymes

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| 03.02.2018Hippocrate en enfer












Mardi 30 janvier a été diffusé, sur France 2, « Hippocrate aux enfers », un documentaire inédit signé Michel Cymes et Claire Feinstein, consacré aux médecins nazis qui ont mené des expériences médicales sur des déportés dans les camps de la mort de 1933 à 1945. Les pires atrocités au nom de la « recherche scientifique ».

Pour valider son idéologie, fondée sur la classification des races, le régime nazi a besoin alors de la médecine et de ses praticiens. Plus de 70 % d'entre eux adhéreront au parti nazi. Un engagement qui coûtera la vie à des milliers de déportés utilisés comme cobayes humains. Petit-fils de déportés – ses deux grands-pères ont disparu à Auschwitz –, Michel Cymes retrace dans son documentaire-enquête le parcours de certains de ces médecins et cherche à comprendre comment ceux qui, comme lui, ont prêté le serment d'Hippocrate, ont pu commettre ces actes barbares. 
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Réalisé par Jean-Pierre Devillers, le film est d'abord un livre de Michel Cymes, « Hippocrate aux enfers », sorti en 2015, « recommandé dans pas mal de facs de médecine », indique son auteur (sur France 2, en deuxième partie de l'émission « Infrarouge »). Celui-ci souhaite désormais faire un tour de France des facs de médecine pour présenter son documentaire et échanger avec les médecins de demain.
« Il y aura une vie après la diffusion. Je vais faire le tour dans toutes les facs de médecine en France, avec le doc, annonce Michel Cymes à Marie Drucker qui l'interroge après la diffusion du documentaire (en replay France TV). J’ai demandé aux doyens de nous accueillir pour qu’« Hippocrate aux enfers » soit diffusé aux étudiants en médecine, pour que le mot éthique ne soit pas quelque chose d’abstrait pour eux. Puis ce sera suivi d’un débat et j’irai partout dans toutes les facs de médecine pour discuter, dialoguer avec ceux qui seront les médecins de demain. »
« Ceux que l'on appelait Docteurs »
Sur des notes du quatuor Renaud Capuçon, la voix-off du célèbre médecin du paysage audiovisuel français donne rendez-vous, dès le début du film, au camp d'Auschwitz-Birkenau, encore « empli de fantômes et de cris », devant le terrifiant Block 10. 
Dans ce bâtiment de briques rouges, des femmes, marquées par la peur, telle Irène Garon, subirent des sévices, des expérimentations « insoutenables » de médecins tortionnaires. « Ceux que l'ont appelait Docteurs, (ceux-là même) qui ont envoyé Hippocrate aux enfers. » Une question taraude le médecin : « Comment peut-on choisir un métier dont le but ultime est de sauver des vies et en arriver à commettre de telles atrocités. » 
Le médecin nous entraîne au camp de Natzweiler-Struthof, dans les Vosges, en France, ou dans la salle d'audience de Nuremberg, où s'est tenu dès décembre 1946 le deuxième procès, appelé également procès des médecins. Parmi 23 praticiens jugés pour crime contre l'humanité, Karl Brandt, médecin personnel d'Hitler et personnage emblématique du procès, « convaincu d'avoir été dans le droit chemin », passe à la barre. Sans l'anatomiste August Hirt, au rêve macabre de réaliser une collection de crânes, de squelettes de prisonniers juifs, qui s'est suicidé en 1945. Sans le tristement célèbre Dr Mengele, qui fera, à Auschwitz, des recherches sur les enfants jumeaux et échappera lui aussi à des poursuites judiciaires. De ce procès naîtra le Code Nuremberg, qui régit l'éthique d'aujourd'hui.
Un médecin, au pouvoir immense
Envoyés dans les différents camps, « tous étaient de grands pontes de la médecine », de grands praticiens, non seulement dévolus à l'idéologie nazie, mais aussi convaincus d'avoir bien agi. Des « médecins qui n’étaient pas fous, qui étaient brillants, sensés », rappelle Michel Cymeset pourtant responsables, par conviction, de meurtres de masse. 
Des victimes rescapées, telle Janina Iwanska, racontent leur calvaire et celui de tous les cobayes humains, humiliés, mutilés, disparus dans d'atroces souffrances lors « cette névrose mondiale ». Des victimes qui ne pouvaient imaginer qu'un médecin, au pouvoir immense, « puisse un jour faire le mal ». Lui qui s'était engagé à protéger les plus faibles.
C'est tout le mérite de Michel Cymes que d'avoir mis en évidence cette ambiguïté. Son travail d'histoire ne semble pas terminé.

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