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mardi 9 mai 2017

« Pas plus de 2 verres par jour » : les nouveaux repères de consommation d'alcool

Damien Coulomb
| 09.05.2017




L'agence Santé publique France et l'Institut national du cancer (INCa) ont proposé de revoir le discours public sur l'alcool, dans un avis remis à la suite d’une commande conjointe de la direction générale de la santé et de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).
Ils proposent que les pouvoirs publics recommandent aux consommateurs d'alcool de ne pas consommer plus de 10 verres standards par semaine, et pas plus de 2 verres par jour pour les hommes et les femmes. Actuellement, les repères définis par la haute autorité de santé (HAS), reprise par la Société française d’alcoologie, suite à une préconisation du Programme national nutrition santé (PNNS) sont : jamais plus de 4 verres par occasion pour l’usage ponctuel, pas plus de 21 verres/semaine pour l’usage régulier chez l’homme et pas plus de 14 verres/semaine chez la femme.

L'INCa et Santé publique France ont rassemblé 8 experts qui se sont livrés à une recherche documentaire et ont auditionné des experts français et étrangers. Ils se sont aussi basés sur une analyse de la situation française actuelle en termes de niveaux de consommation, d'historique réglementaire, d'impact de la publicité sur les jeunes et d'historique des repères de consommation d'alcool.
Une consommation divisée par deux en 55 ans
Les experts sont tombés d'accord sur ces repères de consommation à la lecture d'une nouvelle étude, menée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), évaluant le risque de mortalité vie entière attribuable à la population française selon différents niveaux de consommation d'alcool. Selon ces résultats, une consommation inférieure à 10 verres par semaine correspond à un risque de mortalité vie entière attribuable à l'alcool pour la population française située entre 1/100 et 1/1 000. L'avis comprend aussi un calcul de la consommation en 2014, estimée à 12 litres d’alcool pur par habitant âgé de 15 ans (elle était de 26 litres/habitant/an en 1961).
Ils suggèrent aussi que l'on remplace l'avertissement sanitaire « l'abus d'alcool est dangereux pour la santé », par un message signifiant que toute consommation d'alcool est à risque pour la santé, tout en évitant la thématique du « zéro alcool » qui a provoqué « un tollé général ».
Plus sévère que les Anglo-saxons
L'avis traite aussi de l'ensemble des actions produites par les instances officielles : repères de consommation, marketing social, informations, avertissements sanitaires, réglementation… Plusieurs pays ont révisé les repères de consommation, à l'image des Britanniques qui ont modifié les leurs en janvier 2016. Il est désormais recommandé au Royaume-Uni de ne pas consommer plus de 14 unités par semaine. Si l'on atteint 14 unités par semaine, il est préférable de les consommer sur 3 jours ou plus. Il est rappelé que le risque de certaines maladies (par exemple, les cancers de la bouche, de la gorge ou du sein) augmente quelle que soit la quantité bue de façon régulière. Les patients souhaitant réduire les quantités consommées sont invités à définir plusieurs jours de non-consommation chaque semaine.
Au Canada, les autorités sanitaires ont fixé en 2011 les consommations recommandées à : pas plus de 2 verres standards canadiens (13,45 g) par jour en Ontario, pas plus de 5 verres par jour pour les hommes et 4 verres par jour pour les femmes au Québec.
En France, la loi de modernisation du système de santé de janvier 2016 a introduit des amendes en cas d'incitation de mineurs à la consommation d'alcool. Les experts rassemblés par l'INCa et Santé publique France estiment que cette nouvelle réglementation est mal connue du grand public et devrait être mieux expliquée.
Cette loi a également introduit une distinction entre publicité et propagande d'une part, et information sur la production d'alcool au sens patrimoine culturel d'autre part. Cette modification de la loi Evin avait suscité des réactions très vives.

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