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vendredi 12 mai 2017

Idées suicidaires, burn-out, alcool, médicaments... Le constat alarmant d'un jeune généraliste sur la santé des externes

Amandine Le Blanc
| 13.05.2017
Certains cherchent longtemps leur sujet de thèse mais Alban Danset n’est pas de ceux-là. Travailler sur la souffrance psychique des externes est un choix qui s’est imposé tôt pour le généraliste. « Lorsque j’étais externe je suis moi-même tombé gravement malade, et beaucoup de mes co-externes n’allaient pas bien à l’époque. À ce moment-là je m’étais donc dit qu’au moment de ma thèse de fin d’études je travaillerais sur ce sujet » confie-t-il. Le généraliste a donc questionné les externes de Tours et de Paris7-Diderot. La thèse s’intéresse aux modes de vie, consommation de médicaments et toxiques, qualité de vie, anxiété, dépression, burn-out ou encore troubles du sommeil de ces étudiants en médecine.

Et les résultats sont très alarmants et concordants entre les deux universités. Un sur cinq a déjà eu des idées suicidaires (20,1% à Paris, 21,5 % à Tours). 70% présentent au moins une dimension du burn-out (69,1% à Tours, 76,1% à Paris). Beaucoup ont également des troubles du sommeil (57% à Tours, 68,8% à Paris) et des troubles psychosomatiques (37,2% à Paris, 26,7% à Tours). Leur consommation de drogues ou de médicaments est également inquiétante : 1 sur 4 prend des somnifères dans les deux universités; la proportion est similaire sur la consommation de stimulants; et la prise d’anxiolytiques grimpe à un tiers des externes (37,1% à Tours, 32,8% à Paris). Un peu plus d’externes consomment des drogues dures à Paris (15,5%) qu’à Tours (9,6%), idem pour le cannabis (21,1% à Paris, 6,4% à Tours) mais dans les deux cas leur consommation se situe à un niveau inquiétant. Si une très grande proportion des externes des deux villes consomme de l’alcool, ce qui retient encore plus l’attention dans les résultats c’est que près de 10% d’entre eux sont en probable alcoolodépendance.
Beaucoup songent à jeter l'éponge
La souffrance des externes est donc une réalité et parmi les facteurs qui peuvent y être associés la non satisfaction en stage hospitalier est celui qui ressort le plus. « Les externes sont d’autant plus en souffrance que ça se passe mal à l’hôpital. Ce n’est un secret pour personne que l’hôpital peut être un lieu victimisant et maltraitant » explique le Dr Danset. Plusieurs commentaires des externes interrogés montrent bien cela. « J'ai choisi ce métier pour la collégialité et le partage entre collègues et je vois tout l'inverse à l'hôpital, des chefs qui se prennent pour les tout-puissants, qui ne partagent pas une once de leur connaissance » souligne l’un d’entre eux. « On rencontre beaucoup de chefs qui nous humilient durant les visites/ staff » ajoute un autre. « Beaucoup soulignent également le harassement de travail universitaire » détaille Alban Danset, le commentaire de cet externe qui parle d’études « très longues et chronophages qui demandent beaucoup de sacrifices » y fait notamment échoLa thèse montre d’ailleurs aussi que beaucoup (65,6% à Paris, 63,5% à Tours) ont déjà pensé à abandonner leurs études.
À la fin de la thèse, plusieurs pistes sont évoquées pour améliorer la situation chez les étudiants en médecine. Des tests psychologiques au moment du concours, un tutorat par un médecin hospitalier ou libéral pendant toute la durée des études, l’extension des groupes Balint aux externes ou encore la remise à plat des études de médecine sont ainsi suggérés. Alban Danset espère surtout que ce travail puisse se faire dans toutes les universités et que cette réalité soit connue du plus grand nombre. « Il faut que cela remonte au niveau des instances hospitalo-universitaires et surtout qu’il y ait une prise de conscience politique avec un changement profond des mentalités ».
Une urgence également pointée du doigt récemment par les internes et son syndicat l’Isni qui demande aux autorités de réagir alors que cinq internes se sont suicidés depuis janvier. Regrettant un « silence médiatique et politique coupable », le Dr Danset pense que la santé des étudiants en médecine devrait être l’affaire de tous. « On pourra toujours dire que ces jeunes gens ne sont pas solides, ce sont des pleurnichards. C’est ce qu’on entend souvent de la part des anciens en particulier. En attendant qu’ils soient faibles ou pas leur santé est une question de santé publique majeure car ils sont les futurs médecins. Est-ce qu’ils vont vraiment être capables ensuite d’avoir l’empathie, l’ouverture, toutes les qualités requises pour être médecin après s’être fait broyer pendant tant d’années ? »

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