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vendredi 15 juillet 2016

Noyons la dépression dans le thé, noir de préférence

 03/07/2016


Après l’eau, le thé constitue « le breuvage le plus consommé au monde. » Et les Asiatiques en boivent « depuis plus de 4 000 ans. » Des études épidémiologiques suggèrent qu’une consommation de thé élevée est associée à un risque plus faible de symptômes dépressifs, mais ce constat n’est pas retrouvé systématiquement. Une étude réalisée à Zhejiang (Chine) approfondit cette relation entre consommation de thé et dépression, chez 9 371 personnes âgées d’au moins 60 ans dont 979 (soit 10,45 %) sont étiquetées « avec troubles dépressifs. »

L’âge moyen des participants est d’environ 70 ans, avec une moyenne un peu plus élevée (72,2 ans) dans la population particulière des sujets dépressifs. L’évaluation des symptômes dépressifs a été réalisée au moyen de l’échelle PHQ-9 (une sous-échelle de la version complète du Patient Health Questionnaire-9 scale, du questionnaire sur la santé du patient) [1] et l’analyse des données s’est appuyée notamment sur des modèles de régression logistique, contrôlés pour un nombre important de facteurs susceptibles d’interférer avec cette incidence possible du thé sur la dépression : âge, sexe, ethnicité, niveau d’instruction, statut marital, niveau de revenus, consommation de légumes, de fruits, de viande rouge, de poisson, d’œufs, tabagisme, consommation d’alcool, activité physique, HTA, diabète, coronaropathie, autonomie personnelle et niveau du fonctionnement cognitif (évalué par le score au Mini-Mental State Examination [2]). Les auteurs ont précisé aussi le type de thé consommé (vert, noir ou autre).

Une relation linéaire

On constate que les buveurs de thé ont un risque plus faible de troubles dépressifs.  Cette baisse du risque dépressif est de 61 % (Odds ratio OR = 0,39 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,23–0,66 ; p < 0,01), mais elle ne concerne que le thé noir : boire du thé vert ou d’autres types de thé ne présente aucun effet antidépresseur significatif. Comparativement aux sujets ne buvant pas de thé (il en existe apparemment en Chine !), l’effet du thé noir sur le risque dépressif est plus marqué en fonction de la quantité consommée : OR = 0,48 ; IC 0,23–0,99 ; p < 0,01 pour une consommation < 3 tasses par jour ;   OR = 0,31 ;  IC 0,17–0,72 ; p < 0,01 pour une consommation ≥ 3 tasses par jour.
Les auteurs confirment ainsi l’existence d’une « relation linéaire » entre la consommation du thé noir et la symptomatologie dépressive. Divers mécanismes sont avancés pour expliquer cette action antidépressive : rôles de la théanine [3], de la caféine, des catéchines... aux propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires et susceptibles de franchir la barrière hémato-encéphalique, ce qui expliquerait leur effet réducteur du stress oxydant. Mais l’hypothèse la plus vraisemblable implique les théaflavines (des polyphénols) et leurs esters galliques[4] (contenus notamment dans les tanins), car ils sont présents principalement dans le thé noir.
Dr Alain Cohen

RÉFÉRENCE
Fu-Dong Li et coll.: Tea consumption is inversely associated with depressive symptoms in the elderly: A cross-sectional study in eastern China. Journal Affect Disord., 2016; 199: 157–162.

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