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mardi 28 septembre 2021

Un homme en situation de handicap mental meurt à la suite d’un contrôle dans le métro de Marseille

Par    Publié le 29 septembre 2021

Saïd M’Hadi, 37 ans, a subi un « syndrome asphyxique » alors qu’il venait d’être « amené au sol » par des contrôleurs, selon la procureure de Marseille.

La station Joliette de la ligne 2 du métro marseillais, où un contrôle de titre de transport a conduit à la mort de Saïd M’Hadi.

Une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » a été confiée à un juge d’instruction deux jours après la mort, à Marseille, d’un homme en situation de handicap mental lors d’un contrôle de titres de transport, à la station de métro Joliette.

Saïd M’Hadi, 37 ans, est décédé, mercredi 22 septembre, en fin d’après-midi, victime d’un « syndrome asphyxique », selon un communiqué de la procureure de la République de Marseille, Dominique Laurens, alors qu’il venait d’être « amené au sol » par des contrôleurs de la Régie des transports métropolitains (RTM). La victime était inerte à l’arrivée des policiers appelés en renfort et une longue tentative de réanimation a été vaine.

Scène « ultra-violente »

« Je descendais l’escalator avec deux de mes fils quand les contrôleurs ont vrillé. Je n’ai pas vu le truc qui a fait qu’ils ont pété les plombs mais une dizaine d’hommes se sont jetés sur lui. C’était une énorme mêlée durant trente à quarante secondes », rapporte Marie – le prénom a été modifié à sa demande –, 37 ans, un des témoins des faits. Elle s’était manifestée dès le lendemain matin auprès des services de police.

« Je pensais que le gars allait finir au poste mais, en me levant, lorsque j’ai appris qu’un homme était mort à la station Joliette, j’étais bouleversée. Cette scène était ultra-violente ; ils lui sont tombés dessus à bras raccourcis », explique Marie, qui, sous un amas d’uniformes, n’a aperçu que « la cheville d’un homme à la peau mate ».

Parmi les nombreux « arrêts sur image » que ce témoin a mémorisés, il y a celui d’un contrôleur qui lui a lancé : « Vous croyez que c’est un cirque ! Dégagez, vous n’avez rien à faire là ! » Les enquêteurs ont eu toutes les peines du monde à retrouver les proches de Saïd M’Hadi, les poches de ses vêtements ne contenant qu’un porte-clés avec une adresse.

Les onze agents de la RTM présents sur le contrôle ont été entendus le soir même par les enquêteurs de la sûreté départementale, en audition libre, un cadre juridique qui permet d’interroger une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction sans pour autant la placer en garde à vue. La direction de la RTM ne souhaite pas s’exprimer sur ce point « le temps de l’enquête », car c’est précisément l’absence de garde à vue qui justifierait qu’aucune mesure conservatoire n’ait été prise contre les agents.

Une rangée serrée de contrôleurs

Néanmoins, à l’exception de deux ou trois d’entre eux, « les contrôleurs sont actuellement en congés car ils sont traumatisés », a déclaré à 20 Minutes Catherine Pila, conseillère (Les Républicains) métropolitaine et présidente de la RTM. « Ce n’est pas ce soutien inconditionnel de la RTM, cette communication maladroite, qui va faire échapper ces contrôleurs à une mise en examen, estime Fabrice Giletta, avocat de la famille M’Hadi. A ce stade, une intervention en nombre d’agents de la RTM qui conduit à un décès ne peut s’analyser qu’en violences volontaires. »

Dans son communiqué, publié au lendemain des faits, Dominique Laurens avait fait état d’un « homme décrit comme agité, virulent et violent ». Les contrôleurs ont évoqué un coup de poing reçu au visage par l’un d’eux. Cependant, aucun des agents n’a fait valoir d’interruption totale de travail, a confirmé l’avocat de la RTM, Philippe Duteil.

Le juge d’instruction, Patrick de Firmas, est dans l’attente des résultats complets de l’autopsie et de l’exploitation approfondie des images de vidéosurveillance de la station.

Dans son communiqué, le parquet évoque « un homme tentant de se soustraire au contrôle ». Une double équipe ayant été ce jour-là réunie, les passagers remontant des quais avaient affaire à une rangée serrée de contrôleurs. Ces derniers auraient indiqué que Saïd M’Hadi avait alors rebroussé chemin et que, appelé pour être contrôlé, il aurait violemment réagi. Une version contestée par sa sœur aînée, Khadija M’Hadi : « Il a dû avoir très peur, mais il aurait suffi de lui parler. Deux phrases et ils auraient compris qu’il était handicapé. »

« Mort pour un ticket de métro »

D’une forte corpulence – soit 1,82 mètre pour environ 100 kilos –, sans autre pathologie que son handicap mental, Saïd M’Hadi est dépeint par ses proches comme « doux et gentil ». Il passait ses journées à se promener, « parlant à l’air, radotant ».

Avec sa sœur aînée, ils s’étaient fixé des « statues », des repères à ne pas dépasser : le Stade-Vélodrome, la place Castellane, le Vieux-Port. Khadija M’Hadi avait conduit son frère à la station de métro Dromel, proche de leur domicile. « J’avais dit aux agents de sécurité : si vous le voyez, dites-lui simplement de faire demi-tour et il repartira. » Dans le quartier, les commerçants le laissaient s’asseoir aux terrasses et « jamais il n’a été chassé », témoigne sa sœur.

La famille, qui ne souhaite ni manifestation ni surenchère verbale, ne comprend pas qu’« on ait pu donner la mort pour un ticket de métro ». Elle réclame « simplement justice » pour cet homme handicapé qui demandait à ses infirmiers de l’appeler par son surnom : « Saïdou ».



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