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lundi 14 mai 2018

Soigner derrière les barreaux

 14/05/2018




La médecine pénitentiaire est d’actualité. Malheureusement, pourrait-on dire, car cela confirme la triste réalité du phénomène de surpeuplement carcéral, en Europe[1] et dans le monde. La presse psychiatrique anglo-saxonne illustre cette problématique dans deux articles complémentaires. The Resident’s Journal (le supplément pour les jeunes médecins de l’American Journal of Psychiatry) propose une réflexion sur « la vie et la mort derrière des barreaux » : avec l’augmentation simultanée de la population carcérale et de l’âge moyen des prisonniers aux États-Unis, les praticiens exerçant auprès des détenus se trouvent confrontés à une hausse des « affections chroniques et des maladies de fin de vie » chez des sujets condamnés à une peine de très longue durée. Et The British Journal of Psychiatry évoque un autre aspect du même sujet : les « défis et les besoins en santé mentale pour les femmes en prison. » Triste application de l’idéal de parité (dans un domaine où il serait pour une fois superflu !), le nombre de femmes incarcérées augmente en effet partout dans le monde, avec une vulnérabilité pour certains troubles psychiatriques, notamment « les addictions, le syndrome de stress post-traumatique, les troubles du spectre autistique ou/et la déficience intellectuelle (ainsi que l’analphabétisme). » Cette vulnérabilité particulière des femmes en détention concerne aussi « les comportements d’automutilation ou suicidaires » dont les taux sont plus élevés en prison chez les femmes que chez les hommes. La proportion de femmes décédées en détention augmente au Royaume Uni (12 en 2016, « nombre le plus élevé depuis 2004 »). Et alors qu’elles ne représentent dans ce pays que 5 % de toute la population carcérale, « 50 % des incidents à type d’automutilation en prison concernent des femmes. » 

La psychiatrie seule offre trop peu, trop tard

Les auteurs estiment que « la psychiatrie seule offre trop peu, trop tard » et que les problèmes « extrêmes et insolubles » posés aux services de santé mentale en prison « exigent un leadership clinique dans le cadre d’une gamme plus large de services de soins et de soutien », dans des « environnements complexes. » De l’autre côté de l’Atlantique, un problème important est le vieillissement en prison. Pour affronter les difficultés d’une fin de vie en détention, des psychiatres participent à des « programmes multidisciplinaires, avec l’opportunité exceptionnelle de travailler avec des prisonniers volontaires. » L’auteur précise que l’investissement personnel de ces volontaires « peut grandement améliorer » leurs conditions d’incarcération, quand ils considèrent cette tâche « comme un moyen de valoriser leur propre vie ou comme une contrition pour leurs infractions criminelles passées. » En cas de décès d’un codétenu (notamment du fait d’une maladie incurable), ces groupes de paroles permettent aussi d’endiguer alors « la tension émotionnelle. »


Dr Alain Cohen
RÉFÉRENCES
Victoria J. Tann: Prison hospice care: life and death behind bars. The Am J Psychiatry Resident’s Journal, 2018(3): 3.
Annie Bartlett & Sheila Hollins: Challenges and mental health needs of women in prison. B J Psychiatry, 2018: 134–136. 

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