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lundi 14 mai 2018

Halte aux "fake news" génétiques !

Association pour la Psychanalyse

Halte aux "fake news" génétiques !

Pour en finir avec une imposture !

Enfin du nouveau ! Dans « Le Monde » du 25 avril, on peut lire avec soulagement la déclaration de 19 chercheurs qui dénoncent l’utilisation qui est faite de la génétique. Spécialistes de haut niveau dans ce domaine, ils récusent l’idée qu’ « Il existerait un « socle génétique important et quantifié, à l’origine de différences psychologiques entre les êtres humains, en particulier selon la classe sociale, les origines ou le sexe ».

C’est net, clair ! Et aussi courageux, car cette déclaration va à contrecourant des idées distillées depuis des années, selon lesquelles les enfants posant des problèmes seraient des handicapés atteints de troubles neurodéveloppementaux, dont l’origine serait génétique. De telles affirmations sont donc sans preuves. Elles ont pourtant depuis janvier 2018 la caution du nouveau « Conseil Scientifique de l’Education Nationale ». C’est donner carte blanche à une orientation ségrégative, qui va attribuer à de très nombreux enfants l’étiquette de diagnostics fourre-tout, comme le TDA/H, qui prétend avoir une origine neurodéveloppementale et génétique.
Monsieur Dehaene, président du nouveau conseil « scientifique », a dès 2013 dans une tribune du « Monde » soutenu que l’éducation ne pouvait plus se dispenser de l’apport des neurosciences. Monsieur Ramus, bras droit du Pr Dehaene, a déclaré dans une récente publication de « Le point.fr » que « 30 à 50% des problèmes scolaires sont d’origine génétique ». Les douze cognitivistes, qui forment le noyau dur du nouveau conseil « scientifique » appartiennent tous au même réseau d’influence. Ils ont désormais un grand pouvoir : ce sont eux qui vont donner son orientation à la sélection de millions d’enfants, en publiant des recommandations, en diffusant des manuels à l’intention des enseignants, en dirigeant leurs formations. En réalité, ce coup de force – s’il réussissait – bouleverserait profondément une culture qui s’est voulue universaliste et laïque, en s’appuyant sur l’école.

Après cette déclaration des dix-neuf généticiens, les parents, les enseignants, ceux qui agissent sur le terrain de l’enfance en souffrance ne sont donc plus seuls ! La « pseudo science » qui prétendait cautionner la ségrégation, a désormais contre elle l’avis de scientifiques qui refusent de voir instrumenter leur discipline. Plus que jamais, il importe de demander la nomination d’un nouveau conseil scientifique composé de membres qui n’auront pas la vision eugénique de celui qui vient d’être mis en place.

Il faut le dire : le terme de Fake News, employé par les savants généticiens est une façon civilisée de dénoncer un mensonge, qui va orienter et parfois briser tant de vies. Allons-nous laisser des imposteurs en décider ? Allons-nous manquer cette occasion de mettre un terme à l’envahissement de toutes les places par des « neuroquelquechose », par des cognitivistes, des T.C.C. qui remplissent des questionnaires statistiques inutiles et qui ne servent à quelque chose que lorsqu’ils laissent tomber leur pseudo savoir et se mettent à parler aux enfants comme des êtres humains – cela arrive à certains – heureusement.

Le Monde  25/04/2018
Halte aux" fake news " génétiques

Tribune
Des chercheurs s'élèvent contre l'instrumentalisation pseudo-scientifique de données génétiques conduisant à déduire des différences psychologiques entre les êtres humains.


LA RECHERCHE N'A PAS PU À CE JOUR IDENTIFIER DE VARIANTES GÉNÉTIQUES AYANT INDUBITABLEMENT POUR EFFET DE CRÉER DES DIFFÉRENCES COGNITIVES OU COMPORTEMENTALES


En qualité de chercheurs en -génétique, en neurobiologie, en études sociales ou philosophiques de ces disciplines, nous -tenons à manifester notre inquiétude face au retour d'un discours pseudo-scientifique sujet à toutes sortes d'instrumentalisations : il existerait un " socle " génétique, important et quantifié, à l'origine de différences psychologiques entre les êtres humains, en particulier selon la classe sociale, les origines ou le sexe.
Ainsi, on peut lire que l'intelligence est aux deux tiers génétique, et que l'école doit utiliser au mieux ce tiers sur lequel elle peut jouer en focalisant ses efforts sur les " gamins pauvres ". Il est de même affirmé que la réussite scolaire est influencée par des facteurs génétiques à hauteur de 30 % à 50 %, à parts égales avec les facteurs familiaux et sociaux, et que les personnes les plus défavorisées socialement sont aussi les plus désavantagées génétiquement. Outre qu'il existerait une mesure valide de l'intelligence, et qu'on aurait montré que les enfants de milieux socialement défavorisés naissent en moyenne avec un " désavantage génétique ", on laisse croire que l'influence du bagage génétique serait invariable. Les caractéristiques des personnes seraient déterminées par l'addition d'une " part génétique" et d'une " part environnementale ".

Ces invocations de pourcentages -génétiques sont un usage dévoyé de la notion scientifique d'héritabilité. L'héritabilité d'un trait (exemple : la performance à un test de QI) est le résultat d'un calcul statistique, fait sur une -population donnée, visant à répondre à la question suivante : quelle est la part de la variabilité du trait dont la variabilité génétique peut rendre compte? Outre que la méthodologie de l'étude et le choix du modèle statistique peuvent avoir un impact considérable sur le résultat du calcul, il est important de comprendre deux aspects essentiels de cette notion d'héritabilité.

D'une part, l'héritabilité dépend à la fois des variations génétiques et des variations environnementales présentes dans la population étudiée. En particulier, elle peut varier de 0 % à 100 % selon les conditions d'environnement. D'autre part, le fait que la -variabilité génétique puisse rendre compte de x % de la variabilité d'un trait ne signifie pas qu'elle en est la cause biologique. Par exemple, si une variante génétique favorise le développement d'une apparence physique culturellement stigmatisée, elle pourra avoir un effet négatif sur une mesure de la réussite sociale sans pourtant être en soi une prédisposition biologique à moins bien réussir.

Sur la question des différences -femmes-hommes, d'autres types de pourcentages génétiques fallacieux sont mobilisés. Il est ainsi affirmé qu'en matière d'ADN, la ressemblance entre un homme et une femme n'est que de 98,5 %, du même ordre de grandeur qu'entre un humain et un chimpanzé, en ajoutant gratuitement que cela se manifeste par des différences psychologiques. On nous dit aussi que 23 % des gènes du chromosome X s'expriment en double dose chez les femmes, ou encore que la différence femmes-hommes d'ADN va aboutir à des différences encore plus importantes en termes d'expression de gènes, puisque à peu près 40 % des gènes sont différentiellement exprimés, et c'est ce qu'on retrouve aussi entre le chimpanzé et l'homme, et en particulier dans le cerveau.

Le problème n'est pas seulement que ces chiffres sont discutables, voire pour certains clairement démentis par la recherche. On laisse croire qu'ils traduisent une chaîne causale purement biologique conduisant de la -différence de bagage génétique à des différences psychologiques d'ampleur considérable. De tels raccourcis ne peuvent être faits, sachant que l'environnement influe sur l'expression des gènes, qu'un grand nombre de gènes peuvent s'exprimer différemment sans pour autant que l'ampleur de leur différence d'expression soit conséquente, et que les effets biologiques des différences d'expression de plusieurs gènes peuvent se compenser mutuellement. De fait, les différences cérébrales et cognitives humains-chimpanzés sont incommensurables aux différences femmes-hommes.

En fait, hormis les effets délétères de certaines anomalies génétiques, la recherche n'a pas pu à ce jour identifier chez l'humain de variantes génétiques ayant indubitablement pour effet de créer, via une chaîne de causalité strictement biologique, des différences cérébrales se traduisant par des différences cognitives ou comportementales.

Ces usages trompeurs de " quantifications génétiques " sont graves, s'agissant de sujets à forts enjeux politiques. Lorsqu'ils sont le fait de scientifiques prétendant exprimer l'état des savoirs en génétique ou en neurosciences, il s'agit à nos yeux d'un manquement -caractérisé à l'éthique scientifique.

Par Henri Atlan, biologie et philosophie de la biologie, CHU Hadassah, Ehess ; Luc Berlivet,sciences politiques, CNRS ; Catherine Bourgain, génétique humaine, Inserm ; Emmanuelle Bouzigon, génétique humaine, Inserm ; Philippe Baia, génétique humaine, université Paris-Sud ; Patrick Calvas, génétique médicale, CHU de Toulouse; Françoise Clerget•Darpoux,génétique humaine, Inserm ; Pierre Darlu, génétique humaine, CNRS ; Marc Fellous,génétique humaine, université Paris-Diderot ; Odile Fillod, sociologie des sciences biomédicales ; Emmanuelle Genin, génétique humaine, Inserm ; François Gonon,neurobiologie, CNRS; Pierre-Antoine Gourmand, génétique humaine, université de Nantes ;André Langaney, génétique humaine, MNHN ; Anna-Louise Leutenegger, génétique humaine, Inserm ; Hervé Perdry, génétique humaine, université Paris-Sud ; Audrey Sabbagh,génétique humaine, université Paris-Descartes ; Jean-Louis Serre, génétique, université Versailles-Saint-Quentin ; Jacques Testart, biologie, Inserm ; Catherine Vidal, neurobiologie,Institut Pasteur,

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