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mardi 29 novembre 2016

PSYCHIATRIE Les ergothérapeutes militent pour la reconnaissance de leur rôle en santé mentale

L'Association nationale française des ergothérapeutes (ANFE) publie un livre blanc relatif à l'ergothérapie en santé mentale. Elle y émet critiques et propositions, notamment quant à la reconnaissance du rôle de la profession et à ses effectifs.
L'Association nationale française des ergothérapeutes (ANFE) publie ce 28 novembre un livre blanc intitulé Ergothérapie en santé mentale : enjeux et perspectives. En s'appuyant sur les enjeux actuels de la santé mentale et un rappel de l'histoire et des caractéristiques de l'ergothérapie, l'ANFE dresse une série de constats quant aux rôles, potentialités et reconnaissance de l'ergothérapie dans le domaine de la santé mentale. "Il est apparu qu'à ce jour l'intervention des ergothérapeutes dans le champ de la santé mentale n'était pas encore suffisamment identifiée dans les différentes structures sanitaires, sociales et médico-sociales", déplore d'emblée l'ANFE. Elle note également une réduction du nombre de postes, face à une hausse du nombre d'étudiants formés chaque année, et à des besoins croissants en ergothérapie. La densité moyenne d'ergothérapeutes et de 15,8 pour 100 000 habitants, mais avec une forte disparité entre les régions. La France est ainsi le quinzième pays d'Europe en nombre d'ergothérapeutes par habitant. À titre de comparaison, le Danemark, pays le mieux doté du Vieux Continent, compte environ 150 ergothérapeutes pour 100 000 habitants. "À ce jour, 10 417 ergothérapeutes exercent en France. 57,7% sont des salariés hospitaliers, 32,5% exercent dans des établissements non hospitaliers, et 9,7% en libéral."

L'ANFE appelle donc à un "renforcement des effectifs d'ergothérapeutes pour répondre aux besoins de la population sur l'ensemble du territoire, en institution comme en libéral", affirmant que "les ergothérapeutes sont aujourd'hui plus nombreux à vouloir s'orienter vers l'exercice libéral [...]. Mais à ce jour, cette pratique demeure encore peu répandue en France [...]. Les problématiques du non-remboursement des actes par l'Assurance maladie et du non-accès direct de l'usager sans prescription médicale demeurent des freins importants", alors que cet exercice serait, selon l'ANFE, en accord avec la politique de santé mentale actuelle. Et qu'il permettrait une meilleure prévention, notamment concernant les risques psychosociaux.

Pour une application stricto sensu du terme ergothérapie

Les ergothérapeutes constatent la montée de pratiques telles que le job coaching et le case management. "Ces deux définitions ressemblent fortement à certaines missions des ergothérapeutes. En dépit de l'intérêt des compétences spécifiques de ces professions émergentes, il serait regrettable de ne pas déployer davantage de moyens pour former puis recruter en priorité des ergothérapeutes." Ils s'inquiètent également que "trop souvent des ateliers dits d'ergothérapie sont en fait réalisés par des infirmiers, des aides-soignants ou des animateurs dans une démarche récréative et ce, en dépit des textes de loi [...]. En ambulatoire, les équipes censées être pluridisciplinaires le sont encore bien peu, souvent constituées exclusivement d'infirmiers". L'ANFE s'appuie sur l'article R4331-1 du Code de la santé publique pour exiger que "le terme ergothérapie ne puisse plus être mentionné pour désigner des ateliers qui ne sont pas réalisés par des ergothérapeutes".

L'ANFE estime que les ergothérapeutes s'inscrivent pleinement dans les politiques de santé mentale actuelles, visant à faire du patient un acteur de son parcours de soins. "Par la volonté de responsabiliser le patient dans la gestion de sa maladie, les programmes d'éducation thérapeutique visent à favoriser son autonomie. Or ce concept fondamentale de l'autonomie est au cœur de la pratique des ergothérapeutes [...]. De ce fait, la démarche d'éducation thérapeutique nous est familière et notre participation dans les programmes correspondants apparaît comme une évidence." Elle ajoute que, concernant plus spécifiquement la psychiatrie, l'ergothérapie "est utilisée comme médiatrice. Elle n'est pas un but en soi, mais joue le rôle d'interface entre le sujet et sa problématique", et que les évaluations "écologiques" menées par l'ergothérapeute permettent de repérer des dysfonctionnements cognitifs durant les activités, pouvant "passer inaperçus ou ne pas être évaluables dans des situations de tests psychométriques".

Un accompagnement tout au long du parcours de soins

Enfin, l'ANFE insiste sur le rôle de suivi et d'accompagnement de l'ergothérapie : "L'objectif est toujours de rester vigilant à ce que la continuité du parcours de soins et de vie soit préservée depuis l'hospitalisation jusqu'au retour dans la cité, de façon à maintenir une alliance thérapeutique sur le long terme. L'ergothérapeute connaît bien toutes ces étapes et il est compétent pour intervenir dans chacune d'elle. De ce fait, il est à même d'aider la personne à se repérer dans l'articulation des différents maillons de la chaîne de soins", revendiquant ainsi le maintien et la création de postes d'ergothérapeutes, afin de remplir cette mission de suivi et d'accompagnement du parcours de soins, arguant notamment que leurs "interventions à différents stades de la prise en charge peuvent contribuer à une réduction du coût des soins : d'une part grâce à une évaluation plus précoce des situations de handicap et d'autre part grâce à des interventions visant l'alliance thérapeutique et la réduction des rechutes".

"Par conséquent, le ministère de la Santé et les principaux acteurs de la santé mentale, dans les hôpitaux et dans la cité, doivent se saisir dès à présent de tout le potentiel que nous avons à offrir pour apporter à la population des réponses adaptées complémentaires aux traitements médicamenteux", conclut l'ANFE.
Bruno Decottignies
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