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vendredi 18 février 2022

Paroles d’enfants : « Si t’es tout seul et que t’as ton doudou, t’es pas tout seul »

Publié le 17 février 2022

CHRONIQUE

Marre des brèves de comptoir ? Essayez les propos de Carambar. A l’heure du goûter, notre chroniqueuse s’infiltre chez les moins de 10 ans. Cette semaine, conciliabule à cinq sur le meilleur remède contre la solitude : l’irremplaçable doudou.


Un dimanche après-midi, alors que je traverse un parc de la banlieue nantaise pour rentrer chez moi, je remarque deux petites têtes qui dépassent derrière un banc. En approchant, je réalise que l’un des deux enfants est un peu trop petit, poilu et gris pour être un enfant, justement. Les deux grosses oreilles auraient dû me mettre sur la piste : il s’agit selon toute vraisemblance d’un gros éléphant en peluche. A moins que…

« Mais non, c’est pas un éléphant, c’est mon doudou. C’est un koala ! »

Au temps pour moi (même si je maintiens que la ressemblance avec le marsupial est approximative). Je profite de cette introduction – ratée – avec ce jeune rouquin bouclé de 7-8 ans pour lui demander ce qu’il a mangé au goûter aujourd’hui :

« Du chocolat un peu fondu sur du pain, c’est mon goûter préféré ! »

Tant qu’à être précis : est-ce qu’il s’agit de pâte à tartiner ou est-ce que le chocolat fond grâce à la chaleur ?

« Ben non, il fait pas chaud. C’est l’hiver, madame ! »

Ma question le laisse perplexe – ou consterné –, et seule l’arrivée de trois autres enfants me sauve de l’embarras. Notre équipe se compose désormais d’une jeune collégienne, de son petit frère et d’un copain à lui, aux larges fossettes. Ils habitent tous dans le même immeuble. Tandis que le koala-éléphant me regarde avec morgue, je décide de revenir sur la question des doudous.

« Mon doudou, c’est une souris. Elle s’appelle Mimi et elle a un trou dans le nez parce que je la mordillais tout le temps.

— Moi, c’est pas vraiment une peluche, c’est un tissu un peu carré. Mais il a pas de nom, je crois…

— Moi, j’en ai plein ! Au moins sept ! En fait, ça dépend de mes émotions : j’ai un doudou content, un doudou pas content, un doudou triste… Y’a un doudou pour chaque émotion ! »

J’adore cette idée. Dire que mon ancien doudou était – juste – un genre d’ourson aplati… Quelle banalité ! Mais à quoi ça sert, au juste, un doudou ?

« Ben, c’est pour pouvoir bien dormir, pour trouver le réconfort !

— Oui, c’est ça, pour le réconfort, pour faire des câlins la nuit, tu peux le serrer dans tes bras et ça te rassure. Comme ça, si t’es tout seul et que t’as ton doudou, t’es pas tout seul…

— Sinon, ça fait un peu vide… »

L’épreuve de la perte

Je leur demande s’ils ont déjà été confrontés à cette terrible épreuve que représente la perte du doudou.

« Moi, j’ai eu cinq souris Mimi, je l’ai perdue quatre fois ! Mais je reconnaissais à chaque fois que c’était une nouvelle. Bon, après, c’était facile, parce que je leur grignotais le nez, du coup je voyais bien que c’étaient pas les mêmes…

— Moi, je l’ai perdu dans la Loire, une fois ! Mais c’est pas pareil quand t’as un nouveau doudou. Même s’il a la même tête, il a pas la même odeur, tu vois.

— Aussi, quand ils sont neufs, ils sont moins doux. C’est moins le nôtre, en fait, parce que le nôtre, il était en lien avec nous, ce qu’on a vécu. »

Mais alors, si les doudous sont si importants, comment se fait-il que les adultes n’en possèdent plus ? (Enfin, c’est ce qu’ils disent…)

« Ben, parce que quand t’es grand tu gères mieux tes émotions.

— Ou alors c’est parce qu’on se moque de toi, comme au collège, des fois, les remarques, t’as l’impression que c’est un peu humiliant, du coup c’est peut-être pour ça que t’arrêtes…

— Mais non, les adultes, c’est quand ils ont une amoureuse ou un amoureux, comme ça ils n’en ont plus besoin, parce qu’ils sont plus tout seuls quand ils dorment ! »

Alors que je me demande si j’ai arrêté de dormir avec une peluche le jour où j’ai arrêté de dormir seule (honnêtement, je ne crois pas), mon petit camarade au koala interrompt mes pensées :

« Ben moi, mon papa, il appelle ma maman “Doudou” et ma maman elle appelle mon papa “Doudou”, alors, euh… »


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