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mercredi 18 mai 2016

Soixante-six suicides assistés pour maladie mentale aux Pays-Bas


Du fait de législations “libérales” ou “irresponsables” (selon les opinions), on observe dans certaines contrées comme les Pays-Bas, une augmentation du nombre d’euthanasies (légales) et/ou de “suicides médicalement assistés” (SMA) concernant des patients souffrant de troubles psychiatriques.

Plus souvent des femmes avec des antécédents psychosociaux complexes
JAMA Psychiatry publie une étude effectuée par des chercheurs exerçant aux Pays-Bas et aux États-Unis, et recensant un total de 66 cas de tels SMA survenus entre 2011 et 2014 aux Pays-Bas. Quarante-six personnes concernées par ces SMA (environ 70 % des cas) étaient des femmes (et donc 30 %, soit 20 cas, des hommes). À leur décès, 32 % de ces sujets (21 personnes) étaient âgés d’au moins 70 ans, 44 % (29 personnes) avaient entre 50 et 70 ans, et 24 % (16 personnes) de 30 à 50 ans.
La plupart de ces malades souffraient de problématiques “chroniques, graves, avec des antécédents de tentatives de suicide et d’hospitalisation en psychiatrie” et présentaient également “des troubles de la personnalité.” Ils étaient couramment décrits comme “socialement marginalisés ou vivant seuls” (socially isolated or lonely). Le diagnostic le plus souvent retenu était celui de dépression (dans 55 % des cas), les autres pathologies étant représentées par “une psychose, un stress post-traumatique, l’anxiété, des troubles somatoformes, des troubles neurocognitifs, des troubles des conduites alimentaires, une affliction incoercible (prolonged grief) et des troubles autistiques.” Des comorbidités (entraînant diverses atteintes fonctionnelles) étaient “très fréquentes.”

Une décision collective

Les auteurs précisent aussi le profil des médecins fournissant ce “service” (très particulier !) du SMA : 41 % sont des psychiatres. Autre constat (surprenant ?) : 27 % des patients recevant ladite “prestation” de la part d’un médecin (que les adversaires de l’euthanasie assimileront peut-être à un “ange de la mort”) représentaient de nouveaux malades pour ce praticien : était-il alors le mieux placé pour juger du “bien-fondé” de cette issue fatale ? Fait moins étonnant : 14 de ces médecins exerçaient dans une “clinique mobile” pratiquant l’euthanasie (The End-of-Life Clinic)[1].
En résumé, les auteurs observent que ces euthanasies concernent “majoritairement des femmes, d’âge variable, avec des antécédents psychiatriques, médicaux et psychosociaux complexes.” La décision de pratiquer ou non cette euthanasie relève “pour une part considérable” d’un avis médical impliquant “habituellement plusieurs médecins qui ne sont pas toujours d’accord”, mais se prend parfois “sans l’avis d’un psychiatre extérieur” (without independent psychiatric input). Contrôlant cette décision, des comités d’examen (euthanasia review committees) s’en remettent “généralement à l’avis des médecins réalisant ces SMA.”
Concernant les différences d’appréciation sur ce sujet controversé, on peut transposer aux Pays-Bas la célèbre formule que Pascal évoquait pour l’Espagne : “Plaisante justice, qu’une rivière ou qu’une montagne borne ! Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà.”
Dr Alain Cohen
RÉFÉRENCE
Scott YH Kim et coll.: Euthanasia and assisted suicide of patients with psychiatric disorders in the Netherlands 2011 to 2014. JAMA Psychiatry, 2016; 73: 362–368.

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