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jeudi 18 juin 2015

De si jeunes donneurs d’organes

12/06/2015

L’histoire médiatisée d’un don de reins par un nouveau-né anencéphale en Angleterre, ne doit pas occulter que, jusqu’à récemment, les nouveau-nés étaient généralement écartés du don d’organes et de tissus pour plusieurs raisons, dont l’incapacité d’affirmer un état de mort cérébrale avant 2 mois. L’autorisation de faire des prélèvements aussitôt après un arrêt circulatoire a changé la donne aux USA et dans plusieurs pays européens, dont la France depuis fin 2014. Désormais, les nouveau-nés pour lesquels est envisagé un arrêt des traitements actifs deviennent des donneurs potentiels. Des Unités de Soins Intensifs Néonatales [USIN] ont tenté d’évaluer la portée de ce changement.
Les dossiers de 136 patients décédés dans une USIN des USA entre 1 jour et 1 an, de 2010 à 2013, ont été revus. Soixante patients (44 % des décès), porteurs principalement de lésions cérébrales/ d’encéphalopathie ou de malformations multiples, remplissaient les conditions minimum pour être prélevés, à savoir un poids > 2kg, une dépendance de la ventilation assistée, et une décision d’arrêt des traitements actifs.

Dans trois quarts des cas (45/60) le décès est survenu moins de 90 min après le retrait du respirateur (temps médian : 48 min). Dans le dernier quart, il est survenu entre 90 et 180 min ou plus de 180 min après. Si on fixe à 90 min la durée maximum d’ischémie chaude que supportent les greffons, on peut estimer qu’un tiers des enfants décédés (45/136) étaient des donneurs potentiels de reins en bloc ou de tissus (hépatocytes, valves cardiaques).
En réalité, seuls quatre de ces candidats (3 % des décès) sont devenus des donneurs de reins en bloc (n = 3) ou de valves cardiaques (n = 1). Encore les valves cardiaques ont-elles été prélevées lors d’une autopsie.
La différence entre donneurs potentiels et donneurs effectifs correspond à des retards et des défauts de signalement auprès de l’Organisme gérant les greffes. Seuls 11 enfants sur les 60 remplissant les conditions minimum ont été signalés avant l’arrêt des traitements actifs, et 3 sur 11 (27 %) ont été prélevés de blocs de rein « dans les délais » (4 récusations par l’Organisme, 4 refus par les familles). En appliquant le ratio de 27 % à l’ensemble des enfants décédés remplissant les conditions minimum, c’est 5 à 6 fois plus de donneurs qu’on aurait pu obtenir.
Cette nouvelle source de dons d’organes et de tissus sera utile aux nombreux adultes en attente de greffe rénale (greffe de reins en bloc) ainsi qu’aux enfants en attente de greffe d’organes ou de tissus (des essais d’injection d’hépatocytes dans la veine porte de sujets présentant des anomalies du cycle de l’urée sont en cours).
L’étude ne permet pas d’identifier les raisons des retards et des défauts de signalement auprès de l’Organisme gérant les greffes, mais elle suggère de les rechercher plutôt du côté de l’équipe de néonatologie (manque de formation, etc.) que du côté des familles. La réussite du processus de don d’organes et de tissus par des nouveau-nés suppose aussi une logistique locale, avec une salle d’opération et un chirurgien pédiatrique disponibles pour débuter les prélèvements dans les minutes suivant le constat du décès.
Dr Jean-Marc Retbi
RÉFÉRENCE
Stiers J et coll. Potential and actual neonatal organ and tissue donation after circulatory determination of death. JAMA Pediatr., Publié en ligne le 11 mai 2015. Doi:10.1001/jamapediatrics.2015.0317

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