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samedi 26 novembre 2022

“Chercher l’or du temps : surréalisme, art naturel, art brut, art magique”

Sophie Cachon Publié le 24/11/22

Friedrich Schröder-Sonnenstern, Der Mond (La lune), 1956.

Convergences, divergences... Une exposition confronte les visions artistiques d’André Breton et Jean Dubuffet.


Ils ont tous deux des caractères bien trempés, un charisme acéré et des passions parallèles pour la création artistique et ses chemins de traverse : l’art magique, brut, populaire, naturel ou surréaliste. Somme de vingt ans de travail et d’autant d’expositions, incroyablement touffue, « Chercher l’or du temps » – uneexpression d’André Breton (1896-1966) – raconte en trois cents œuvres et une centaine de documents les cheminements en rhizomes, les convergences et achoppements entre deux artistes majeurs du XXe siècle, Breton, donc, fondateur du surréalisme, et Jean Dubuffet (1901-1985), inventeur de l’art brut. Ces deux défricheurs entêtés sont à la recherche des sources originelles de l’art. « À quoi rêvez-vous la nuit ? » demande à ses patients le jeune Breton, médecin affecté dans un asile psychiatrique durant la Première Guerre mondiale. Fasciné par la bombe créatrice tapie dans le subconscient, il fonde après-guerre le mouvement surréaliste – ou la révolution politique et esthétique par le rêve. Sur les murs, ses œuvres et celles de ses camarades Max Ernst, Victor Brauner, Yves Tanguy et bien d’autres, expérimentent les jeux graphiques, l’écriture automatique, les cadavres exquis.

Formes bizzaroïdes ou hybridations dialoguent avec les créations des spirites ou des aliénés, dont le potentiel créatif inouï galvanise ces artistes. Filiation assumée entre L’Imbécile, de Max Ernst (bronze, 1961), un ravi de la crèche cornu, et le diable pataud (Der Teufel, sculpture sur bois, avant 1921) de Karl Brendel, dit Cas 17, résident de l’asile de Heidelberg. En 1945, Jean Dubuffet invente l’art brut, celui qui n’a jamais été formaté par la culture avec un grand C, et constitue une collection d’œuvres exécutés par des personnes « indemnes de culture artistique », faisant écho à ses propres créations, pierreuses, terreuses, d’une anti-esthétique revendiquée. Breton et Dubuffet font connaissance en 1948 et se lancent dans la réalisation d’un Almanach de l’art brut, dont quelques œuvres réunies ici montrent les prémices. Mais ces deux chercheur de « l’or du temps » ont découvert des pépites qui ne se partagent pas. L’Almanach ne verra jamais le jour.

TTTT  Jusqu’au 29 janvier, LaM, Villeneuve-d’Ascq (59). Tél. : 03 20 19 68 68. Catalogue, éd. Snoeck (272 p.).


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