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vendredi 4 janvier 2019

Déficits de la perception du mouvement dans la schizophrénie

      Publié le 31/12/2018

La capacité de percevoir le mouvement (par exemple des visages) est un élément essentiel qui influence nos interactions sociales. Chez les patients schizophrènes, des déficits de la perception du mouvement ont été mis en évidence il y a une vingtaine d’années, mais ils demeurent sous-étudiés, surtout aux premiers stades de la maladie.

Une équipe de chercheurs a étudié les causes neuronales des déficiences visuelles sensorielles, y compris le mouvement, chez 63 patients atteints de schizophrénie et 32 patients atteints de psychose atténuée. Des volontaires en bonne santé d'âge similaire à celui du groupe schizophrène (n = 44) et du groupe psychose atténuée (n = 23) ont également été recrutés.

Les participants ont été soumis à trois méthodes de simulation visuelle: comportementale, électroencéphalogramme et imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Les symptômes psychiatriques ont été évalués sur base de deux échelles (Positive and Negative Syndrome Scaleet Scale of Prodromal Symptoms). La fonction neuropsychologique générale et la reconnaissance des émotions faciales ont également été évaluées (MCCBet Penn Emotion Recognition Task).

Au niveau de la méthode comportementale, la perception du mouvement différait significativement entre les patients et les témoins (P < 0,001), avec des réductions de performance significatives observées chez les patients atteints de schizophrénie (P < 0,001) et chez les patients présentant une psychose atténuée (P < 0,01).

D'après les données de l'EEG, il existait des différences significatives entre les groupes quant à l'activité delta chez les schizophrènes (P = 0,008) et chez les patients souffrant de psychose atténuée (P = 0,001) comparativement aux témoins ; en revanche, il n'y avait pas de différence entre les groupes pour l'activité thêta. Chez les patients atteints de schizophrénie, les déficits de perception du mouvement ont été associés à une activation altérée du cortex visuel pendant l'IRMf. En outre, les déficiences touchaient d'autres régions visuelles, y compris le gyrus occipital moyen et le pulvinar chez les patients atteints de schizophrénie mais n'ont pas été observées chez les patients atteints de psychose atténuée.

Dans les deux groupes de patients, la réduction de l'activité delta était corrélée à des scores composites plus faibles au MCCB (P = 0,001) et à des scores plus faibles au niveau du domaine d'apprentissage visuel (P < 0,001), du domaine d'attention/vigilance (P = 0,024) et du domaine de vitesse de traitement (P = 0,001). Les scores de reconnaissance des émotions faciales étaient beaucoup plus faibles chez les patients atteints d'une psychose atténuée qui sont devenus schizophrènes pendant la période de l'étude par rapport à ceux qui ne l'étaient pas (P = 0,045).

Les résultats de cette étude soulignent l'importance du dysfonctionnement visuel au niveau sensoriel dans l'étiologie de la schizophrénie et démontrent que les déficits de la perception du mouvement peuvent précéder l'apparition de la maladie et contribuer à la détérioration de la fonction même chez les patients atteints de psychose modérée.

Dr Caroline Vrancken
RÉFÉRENCE
Martínez A et coll. : Impaired motion processing in schizophrenia and the attenuated psychosis syndrome : etiological and clinical implications. Am J Psychiatry 2018 – doi : 10.1176/appi.ajp.2018.18010072

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