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vendredi 16 novembre 2018

Le rôle des neurones à dopamine dans l'addiction à l'héroïne confirmé par des chercheurs suisses

| 05.11.2018


L'effet addictif de l'héroïne passe par l'activation des neurones dopaminergiques, selon une équipe de chercheurs suisses. Cette étude menée chez la souris est parue dans « e-life ». Elle fait suite à un débat de longue date sur l'implication ou non de ces neurones dans la capacité de l'héroïne à « renforcer » les comportements liés à la consommation de la drogue dès les premières injections.

La dopamine libérée en moins de 1 minute
« Nous avons remis au goût du jour ce débat à l'aide d'outils récents pour étudier l'activité cellulaire des neurones dopaminergiques et la libération de dopamine au niveau des zones cérébrales (aire tegmentale ventrale et noyau accumbens) impliquées dans la récompense et la dépendance aux drogues », indique au « Quotidien » Michaël Loureiro, neuroscientifique et co-auteur de l'étude.
Les chercheurs ont travaillé sur un modèle de souris, éduquées de façon à être capables de s'administrer elles-mêmes de l'héroïne en activant un levier.
Une phase d'observation a d'abord été effectuée avec des capteurs fluorescents pour évaluer la quantité de dopamine. « Plus la quantité de dopamine libérée est grande, plus nous captons de la lumière », explique le neuroscientifique. Une libération de dopamine a ainsi pu être observée moins de 1 minute après l'administration d'héroïne.
« Nous avons ensuite cherché à établir le lien de causalité en regardant si la prise d'héroïne pouvait être réduite en inhibant les neurones dopaminergiques », poursuit Michaël Loureiro. Les souris dont ces neurones ont été inhibés par pharmacogénétique ne s'autoadministraient pas d'héroïne.
Désinhibition des neurones dopaminergiques
L'optogénétique leur a par ailleurs permis, à l'aide de la lumière, d'augmenter ou de diminuer l'activité des neurones dopaminergiques. « L'héroïne va agir en enlevant le frein qui agit sur les neurones dopaminergiques et donc en les activant : il s'agit d'une désinhibition des neurones dopaminergiques », résume Michaël Loureiro.
Par ailleurs, « nous avons également analysé le circuit anatomique impliqué et avons montré que les neurones dopaminergiques activés par l'héroïne se situent dans une sous-partie de l'aire tegmentale ventrale », précise Michaël Loureiro.
Ces résultats laissent présager des applications thérapeutiques. « Les opioïdes sont beaucoup utilisés comme analgésiques, mais leur propriété addictive n'est pas sans poser problème. Au vu de cette étude, il pourrait être envisageable de produire des composés qui agiraient sur le système des opioïdes endogènes en prévenant l'activation des neurones dopaminergiques afin de perdre l'effet addictif », espère le neuroscientifique.
Corre J et al. Dopamine neurones projecting to medial shell of the nucleus accumbens drive heroin reinforcement. eLife 2018;7:e39945. DOI: https://doi.org/10.7554/eLife.39945

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