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mercredi 12 juillet 2017

Des chercheurs s'inquiètent du lien entre fragilité et hausse de la prescription médicamenteuse

Dans son dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), Santé publique France se penche sur les questions de vieillissement et de fragilité et interroge les approches de santé publique. Sur la sellette notamment, la consommation des médicaments.
En s'appuyant sur les données santé et protection sociale 2012, enrichies des dépenses de santé de l'Assurance maladie, une équipe de chercheurs a analysé la consommation de médicaments en valeur et en volume en fonction du niveau de fragilité (fragile, préfragile, robuste). Conclusion : la dépense ambulatoire de pharmacie des sujets fragiles est de 287 euros plus importante sur l'année que pour un sujet dit robuste. À nombre égal de molécules, les personnes fragiles se voient par ailleurs délivrer quelque 17 boîtes de médicaments supplémentaires sur la période.

Pour les chercheurs, cette analyse permet de montrer que le statut fragile influence à la hausse la consommation de médicaments. Cela, supputent-ils, parce que les médecins "pourraient percevoir l'état de fragilité du patient comme une forme de sévérité des pathologies connexes". Une situation qui ne laisse pas sans inquiétude.

"S'ils ont un effet thérapeutique et permettent de pallier les dysfonctionnements de l'organisme, les médicaments sont aussi pourvoyeurs d'effets indésirables et de iatrogénie, en particulier en population âgée", soulignent les chercheurs. Et de le rappeler au passage : "On estime que 6 à 30% des hospitalisations sont liées à la iatrogénie médicamenteuse en population âgée et que ces hospitalisations sont, pour 30 à 50% d'entre elles, évitables." Aussi s'interrogent-ils sur le rôle "déterminant" des médicaments dans le processus de fragilisation, d'autant plus que les personnes présentant des critères de fragilité — comme la dénutrition, les difficultés de mobilité ou la dépression — sont 15% plus à risque en matière d'accidents iatrogènes médicamenteux.

Davantage de psychotropes après l'entrée en Ehpad

Dans une seconde étude également publiée au BEH, une seconde équipe de chercheurs s'est intéressée à la consommation de soins et l'état de santé des personnes âgées hébergées en Ehpad un an après leur admission. Si l'augmentation des recours aux antalgiques laisse entrevoir une meilleure prise en charge de la douleur, on observe une hausse notamment des antidépresseurs (de 24 à 46% entre l'avant et l'après institutionnalisation). La fréquence de la consommation d'antibactériens passe, elle, de 45 à 61% et laisse craindre "un important mésusage [...] contribuant à l'antibiorésistance".
Agathe Moret
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