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vendredi 27 mai 2016

LE BON VIEUX TEMPS DE L'ASILE

 26 mai 2016
Ararat Mental Hospital
Patients attachés, malades mis à l’isolement… Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a publié mercredi un rapport dénonçant la multiplication des pratiques indignes dans les hôpitaux psychiatriques français. Tout n’est pourtant pas atroce, dans les asiles, soulignent les Britanniques Barbara Taylor et Jenny Diski (récemment décédée). L’universitaire et l’écrivain y ont toutes les deux séjourné et y ont aussi trouvé rire, entraide et chaleur humaine. Dialoguant à travers un livre, The Last Asylum, et cet article de la London Review of Books traduit parBooks en février, elles plaident pour l’existence de ces refuges permettant aux plus fragiles de fuir la société pour faire retomber une pression qui leur est devenue insupportable.
« La folie est une chose puérile », écrit Barbara Taylor dans The Last Asylum, récit de ses deux décennies de maladie mentale. (1) Le livre raconte sa dépression, ses vingt et un ans d’analyse, ses séjours au Friern Mental Hospital, dans le nord de Londres, tout en offrant une brève histoire du traitement des troubles psychiques et des institutions y afférentes. Taylor a fréquenté l’asile au moment où les vieux établissements victoriens vivaient leurs derniers jours. C’était juste avant que leur fermeture, dans les années 1990, ne disperse leurs patients aux quatre vents du territoire impécunieux et négligé des « soins communautaires », puisque c’est ainsi que l’on a baptisé un système qui accorde aux malades la liberté froide de vivre à la rue ou dans des appartements thérapeutiques. Ah, les asiles de fous !
Nous les appelions « asiles » tout court, comme le fait Barbara Taylor, de même que nous disions « folie » ou « être fou » pour désigner la maladie mentale. Nous nous remémorons encore les cachettes où étaient dissimulés les médicaments que nous avions fait semblant d’avaler, préférant les garder en réserve pour les jours sans. Et nous évoquons ensemble ce jour où nous avions pris notre rôle trop à cœur et où il avait fallu une demi-douzaine d’infirmiers pour nous maîtriser, pendant qu’un autre nous administrait un puissant tranquillisant. (« Halopéridol ? – Non, chlorpromazine. La première fois, en tout cas. » Et de discuter leurs inconvénients respectifs…) En société, ce genre de conversation se déroule dans le même climat – avec cet éclat de défi inflexible dans le regard des uns, cette moue de sympathie sur le visage des autres –, que celui qui règne parfois quand des Juifs racontent des blagues antisémites à vous glacer le sang, pendant que les non-circoncis farfouillent désespérément dans leur trousse à réactions de bon goût, en quête du comportement approprié.

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