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dimanche 21 juillet 2013

le corps des femmes dans la psychanalyse

The American Journal of Psychiatry consacre une analyse à un ouvrage récent sur « le corps des femmes dans la psychanalyse  »[1]. Écrit d’ailleurs par une femme (Rosemary M. Balsam, professeur de psychiatrie à la Yale School of Medicine de New Haven, dans le Connecticut), ce livre incite à nous remémorer « ce que nous savons, mais continuons à nier », à savoir que nous naissons tous du corps d’une femme. D’ailleurs, ce corps féminin qui nous « entoure » serait même « au centre de notre vie intérieure. » Pourtant, ce corps omniprésent de la femme semble avoir été « marginalisé dans la psychanalyse », l’accent étant mis surtout sur « ses problèmes et ses douleurs. » Comment réorienter ces conceptions réductrices, en acceptant aussi « le plaisir du corps, l’énergie, la compétition et l’agressivité » comme des composantes normales chez la femme ?
L’auteur évoque notamment « ces femmes qui exprimaient leurs secrets à travers le langage du corps », à la clinique de Charcot, au 19ème siècle. Mais paradoxalement, alors que les femmes «utilisent souvent le langage du corps pour exprimer des sentiments cachés » ou refoulés, les secrets de ce corps lui-même paraissent avoir été entraînés dans cette « conspiration du silence » entourant (à toute époque et dans maintes cultures) les sentiments des femmes.

Rosemary Balsam estime que la recherche des étapes théoriques vers les attributs du corps biologique offre des indices du développement mental et que ce corps biologique de la femme a été « largement négligé » dans les études passées, y compris le paradigme du « corps disparu de la femme enceinte » (vanished pregnant body). Et plutôt que de perpétuer le « fossé entre le somatique et le psychique », il vaudrait mieux « réfléchir à l’apport du corps à notre structuration » (comme être sexué). Les réflexions de l’auteur font émerger une psychologie incluant à la fois « l’impact de la psyché, de la culture, de la politique et du corporel, sans marginaliser aucun de ces points de vue. »
Pour Balsam (qui dissocie les concepts de sexualité, féminité versus masculinité, maternité, érotisme), le corps est toujours «mentalisé et élaboré sur le mode de la fantaisie », avec un aspect « fixe et stable » où il faudrait séparer (dans nos modèles du psychisme) « système de valeurs et fantaisie ». Et la psychanalyse paraît « bien placée » pour imaginer un concept de « corps hybride, à la fois physique et mental. »
[1] Women’s Bodies in Psychoanalysis par Rosemary M. Balsam (Ed. Routledge, New York)

Dr Alain Cohen

Auchincloss EL: Women’s bodies in psychoanalysis. Am J Psychiatry 2013; 170 (6) : 688–689.

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