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mercredi 5 avril 2017

La consommation de benzodiazépines recule en France

Linda Sitruk
| 05.04.2017


Depuis 2012, la consommation de benzodiazépines et apparentés (anxiolytiques et hypnotiques) baisse de manière continue selon le dernier état des lieux de l’ANSM. « C’est la consommation la plus faible observée depuis 2000 », observe l’agence. Dans cette France toujours pointée du doigt pour sa consommation en psychotropes, elle passe désormais au deuxième rang européen après l’Espagne pour les anxiolytiques et au 3e rang derrière la Suède et la Norvège pour les hypnotiques.
Un recul certain mais modeste
Cependant, cette diminution reste modeste et le nombre de Français consommateurs de benzodiazépines reste trop élevé, notamment chez les sujets âgés puisque 38,3 % des femmes âgées de 80 ans et plus les utilisent.

Si 13,4 % de la population a consommé au moins une fois une benzo en 2015, ils sont 5,7 % de moins à en absorber par rapport à 2012 (-12,8 % pour les hypnotiques et -3,8 % pour les anxiolytiques).
En 2015, la prévalence d’utilisation des benzos est plus élevée chez les femmes (16,6 %) que chez les hommes (9,7 %) quel que soit l’âge. Elle augmente avec l’âge pour devenir maximale chez les femmes âgées de 80 ans et plus (38,3 %). Ainsi le profil type du consommateur est une femme (65 % des utilisateurs) et son âge médian est de 57 ans. Près d’un consommateur sur deux (40 %) absorbe benzos et un autre psychotrope, un antidépresseur le plus fréquemment (30 %).
Moins de BZD hypnotiques
Du point de vue qualitatif, les molécules les plus prescrites sont l’alprazolam (3,8 %) suivie du zolpidem (3,1 %) et du bromazépam (2,7 %).
Globalement, la baisse de consommation de benzodiazépines s’explique surtout par le recul des consommations de benzodiazépines hypnotiques et du clonazépam. Les effets de la prescription sur ordonnance sécurisée de clonazépam, de durée limitée à 12 semaines et son contrôle par des neurologues ou pédiatres ont porté leurs fruits puisque sa consommation a baissé de plus de 84 % entre 2010 et 2015, après avoir augmenté de 4,5 % entre 2000 et 2010.
La tendance est aussi à la moindre prescription de benzos anxiolytiques à demi-vie longue au profit de celles à demi-vie courte (alprazolam et oxazépam).
Un profil de sécurité peu rassurant
L’ANSM se félicite de cette évolution puisque les données de pharmacovigilance enregistrées de 1985 à 2015 confirment les risques liés à leur usage.
Le risque de chute est observé à tout âge mais particulièrement chez la personne âgée. L’utilisation de benzos augmente le risque de révision prothétique chez les porteurs de PTH avec une relation dose-effet. L’arrêt du traitement diminue aussitôt ce risque.
De nombreuses études ont suggéré le risque de démences chez les seniors. Relayée au niveau de l’Agence européenne du médicament, cette information n’a pas modifié la réglementation de cette classe compte tenu du biais protopathique de ces études (l’exposition à un facteur est influencée par les stades précoces de la maladie).
Récemment, l’ANSM a passé la classe des benzos en niveau 3 de risque. En effet, des études internationales montrent une augmentation de 60 à 80 % du risque d’accident, multiplié par 8 quand l’alcool y est associé.
Concernant la iatrogénie au cours de la grossesse, selon l’assurance maladie 3,3 % des femmes enceintes en 2014 ont eu au moins une délivrance de BZD notamment au cours du premier trimestre (71 %). Or des études cas-témoins ont montré un risque de fente palatine significativement augmenté s’il est administré en début de gestation.
Le 10 avril, le zolpidem devra forcément être prescrit sur ordonnance sécurisée en raison du mésusage du produit : il est le plus fréquemment impliqué dans les cas de soumissions chimiques (viols) avec le bromazépam, c’est la substance la plus fréquemment retrouvée sur les ordonnances falsifiées, des cas de fortes dépendances ont été décrits, etc.
Vigilances sur les primoprescriptions
Ainsi, ces vieilles molécules commercialisées depuis les années soixante, doivent bénéficier d’une vigilance sans faille de la part des prescripteurs. Pour l’ANSM, la part des consommateurs est encore top élevée, notamment dans la population âgée particulièrement difficile à sevrer. L’effort doit vraiment se concentrer sur les primoprescriptions qui concernent aujourd’hui des sujets plus jeunes (49 ans) dont 28 % sont aussi sous antidépresseurs.
L'ANSM rappelle que les traitements par BZD sont initiés par les généralistes dans environ 82 % des cas (contre 90 % en 2012). De manière conforme aux recos en durée puisqu’inférieures ou égales à 28 jours dans 76 % des cas.

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