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lundi 26 septembre 2016

Céline Alvarez ou la pédagogie pressée

LE MONDE  | Par Luc Cédelle
« Les Lois naturelles de l’enfant », de Céline Alvarez. Les Arènes, 464 pages, 22 euros.
« Les Lois naturelles de l’enfant », de Céline Alvarez. Les Arènes, 
Intitulé Les Lois naturelles de l’enfant, le livre est un succès de la rentrée, précédé d’une couverture médiatique déjà exceptionnelle. Céline Alvarez, son auteure – déterminée, énergique, éloquente –, annonce rien moins qu’une « révolution de l’éducation » dont elle serait l’accoucheuse.
Son ouvrage est à la fois le fruit d’une expérimentation pédagogique et de sa théorisation. L’expérimentation – qui a séduit nombre de visiteurs – est celle qu’elle a menée durant trois ans, jusqu’en juin 2014, dans une classe de maternelle de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), avant de démissionner de l’éducation nationale au motif qu’elle n’était plus assez soutenue.
La théorisation s’appuie principalement sur les neurosciences, retenues comme justification de sa démarche.
Elle en martèle une interprétation simplifiée et quasi mystique en avançant que« l’enfant naît câblé pour apprendre et pour aimer ».
Héritage de trois pédagogues historiques
Au nom de la notion, scientifiquement établie, de plasticité cérébrale, caractérisée par le fait que toute émotion, toute ­interaction créent de nouvelles connexions neuronales, Céline Alvarez analyse les situations d’enseignement presque exclusivement à travers ce prisme du« câblage du cerveau ».
Elle se réclame aussi de l’héritage de trois pédagogues historiques : le docteur Jean Itard (1774-1832), son disciple Edouard Séguin (1812-1880), et ­Maria Montessori (1870-1952), dont les propositions, assure-t-elle, sont aujourd’hui corroborées par les neurosciences.
Se plaçant sous les auspices des « grands principes scien­tifiques qui sous-tendent l’apprentissage et l’épanouissement », elle décline les « invariants pédagogiques qu’ils imposent ». Leur énumération s’apparente à un ­passage en revue de principes pédago­giques classiques.
Plaidant en faveur de la « reliance » et des « interactions bienveillantes », elle affirme que « le cerveau humain ne peut pas comprendre ce qu’il ne vit pas », que « l’intelligence de l’enfant a besoin d’être en ­contact avec le monde », que « l’erreur est une condition de tout apprentissage », etc.
Recherche du bonheur à l’école
Autant de clés qui, bien que l’auteure soit appuyée dans sa démarche par des réseaux proches de la droite libérale, lui attirent la sympathie du courant de l’opinion publique motivé, à rebours de la vague autoritaire, par la recherche du bonheur à l’école.
Proclamant que « le secret, c’est l’amour », Céline Alvarez n’en décrit pas moins aussi un cocktail pédagogique et didactique minutieux, axé sur la recherche du « sur-mesure » pour chaque enfant et, notamment en matière d’apprentissage de la lecture, sur une progression précise.
Elle se targue d’avoir obtenu des résultats « extraordinaires », dont son livre est une autocélébration insistante, mais dont aucun protocole d’évaluation n’apporte de preuve objectivée. Sont-ils pour autant imaginaires ? Même les observateurs les plus critiques envers sa démarche ne se risqueraient pas à l’affirmer.
L’application résolue d’un système pédagogique ­cohérent par des professionnels motivés est généralement efficace. Surtout quand elle se pratique – ce qui est ici le cas – avec deux adultes en permanence dans une seule classe. Quant à révolutionner l’éducation, c’est une autre histoire, qui se déploie dans la modestie et le temps long.

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