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jeudi 23 janvier 2014

La détresse des femmes, fruit d'une histoire de lutte !

Le Monde.fr | Par 
Face à ce qui apparaît, dans les débats parlementaires, à une remise en cause du droit à l'avortement, de nombreux internautes ont réagi en postant des messages de soutien à l'interruption volontaire de grossesse.
Face à ce qui apparaît, dans les débats parlementaires, à une remise en cause du droit à l'avortement, de nombreux internautes ont réagi en postant des messages de soutien à l'interruption volontaire de grossesse. | Twitter/Imnotalone
Le terme « détresse » apparaît en 1974. A cette époque, les femmes qui le pouvaient avortaient à l'étranger. Des avortements clandestins avaient lieu en France où les femmes et les médecins qui le pratiquaient, risquaient la peine de prison. Dans ce contexte, il s'agissait de «mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps ».
Il est connu que des services sociaux, des médecins, des miltants et des militantes, aidaient des femmes à avorter. Le terme de « détresse » s'est justifié alors pour obtenir le consensus parlementaire permettant que l'avortement soit toléré en France pour mettre fin à une situation où la loi répressive était ouvertement bafouée, voire ridiculisée...
Ce terme, qui n'a rien de juridique, est ainsi maintenu dans la loi de 2001, au profit d'autres avancées estimées prioritaires comme l'allongement des délais de 10 à 12 semaines de grossesse, la suppression de l'entretien pré-interruption volontaire de grossesse obligatoire pour les femmes majeures, la possibilité pour les mineures d'avorter sans autorisation parentale et ce, pour faire reconnaitre l'avortement comme un droit légitime des femmes.

L'IMAGE INFANTILISANTE DES FEMMES EST EN TRAIN DE CRAQUER
Les femmes ne sont plus « mineures », elles pensent et agissent par elles-mêmes, elles sont libres, capables de décider pour elles-mêmes. Il ne s'agit donc plus de personnes victimes, inconséquentes ou écervelées, à mettre sous une tutelle quelconque comme celle du médecin par exemple, quand il est supposé qu'elles ne sont même pas capables de faire bon usage de la contraception et qu'elles avortent !
Cette image infantilisante des femmes est en train de craquer, de se fissurer, malgré les résistances des tenants d'une société traditionnelle et conservatrice où les femmes seraient «naturellement » complémentaires de l'homme, particulièrement plus douées pour la prise en charge de cette « sphère privée » qui les renvoient aux soins des personnes vulnérables, à l'entretien de la famille patriarcale, et de fait sous son autorité.

Il est donc tout à fait logique que cette progression sociale redonnant aux femmes leur plein statut de personne et de citoyenne s'inscrive dans la loi et s'exprime dans l'expression de la « banalisation » de l'IVG, qui devient un acte choisi librement parmi les aléas d'une vie procréative, et rend caduque la condition de détresse.
Sa disparition des termes de la loi vient alors en confirmer le sens de cet amendement. En effet la lecture attentive de la loi inscrit l'IVG comme un acte légal. C'est la femme qui en prend la décision et c'est elle qui juge de sa situation. Il n'est pas demandé au professionnel de contribuer à l'appréciation de celle-ci, encore moins d'« autoriser » l'IVG selon des critères qui y seraient liés.
CE QUE LES OPPOSANTS AU DROIT DE CHOISIR NE SUPPORTENT PAS
La loi légitime donc les femmes qui prennent leur décision de façon autonome et responsable, en expertes de leur situation (couple quand il existe, nombre d'enfants, situation économique, psychologique, médicale, projets d'avenir et choix de vie …) Certaines hésitent, d'autres pas. Savoir les écouter sans jugement, donner à leur parole toute sa légitimité, permettre et respecter leur décision n'a rien de banal.
C'est reconnaître que les femmes sont autonomes et que cette autonomie peut leur faire refuser l'injonction à la maternité, une maternité sociale qu'elles rejettent en décidant d'arrêter un processus biologique en cours, la grossesse. C'est ce que les opposants au droit de choisir ne supportent pas ; ce droit donné aux femmes de choisir d'être mères ou pas, cette transgression qui subvertit les normes du genre féminin !
Le vécu des femmes décidant d'avorter est peu étudié en France souligne le rapport 2010 de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur l'application de la loi de 2001. Cette absence de données ouvre la brèche aux discours alarmistes véhiculant qu'il est impensable qu'une femme ne puisse pas vivre une IVG sans en être traumatisée.
LA DÉCOUVERTE D'UNE GROSSESSE NON PRÉVUE
Ces vécus s'expriment pourtant dans les lieux qui accueillent les femmes en demande d'avortement. Ce qui influence le vécu de ces femmes, c'est la bienveillance ou pas de l'accueil, la non culpabilisation, l'accompagnement de leur choix, dans les structures, par des professionnel-les, l'accompagnement amical ou pas du conjoint, de la famille ou des proches.
La culture du traumatisme est utilisée par les opposants à l'avortement qui menacent les femmes des pires conséquences pour leur santé, leur avenir, et surtout leur « salut ». Il est aussi utilisé par des défenseurs du droit à l'avortement qui ne peuvent se libérer de l'idée que l'avortement est un « échec ».
La réalité est difficile à admettre et pourtant si « banale » : l'avortement n'est pas un problème mais une solution à un problème. Des études existent au niveau international : le rapport britannique de décembre 2011  Induced abortion and mental health (avortement provoqué et la santé mentale), souligne très justement que ce n'est pas l'interruption de grossesse qui fragilise les femmes, mais la découverte d'une grossesse non prévue, ou un état de santé psychique déjà fragile antérieurement.
NI UN DRAME, NI UN TRAUMATISME OBLIGATOIRE
Dans ces cas, que les grossesses soient interrompues ou menées à terme avec accouchement, les suites psychiques sont équivalentes. Une étude danoise publiée de 2011 conclut également sur l'incidence identique de perturbation psychiatrique avant et après un avortement du premier trimestre.
Ces études déconstruisent l'idée reçue que l'avortement a des conséquences en terme de perte d'estime de soi et de dépression. Et l'étude danoise montre in fine que la grossesse menée à terme est davantage à risque que l'avortement pour la santé psychique des femmes...
Il suffit de lire les témoignages des jeunes femmes qui ont contribué au blog et au livre « J'ai avorté, je vais bien merci » pour mesurer la volonté de celles-ci à garder, étendre le droit à l'avortement comme la liberté d'un choix pouvant être fait sans se sentir coupable, la tête haute, qui témoignent haut et fort que l'IVG n'est ni un drame, ni un traumatisme obligatoire.
La suppression de la notion de détresse dans la loi est une avancée réelle dans la déstigmatisation de l'avortement qu'il faut saluer ! Mais la loi ne reste qu'une loi, qui ne peut garantir le droit pour toutes les femmes, sans les moyens pour être appliquée.

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