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samedi 10 décembre 2022

« Les usagers du système de santé ont besoin de mesures concrètes pour avoir accès au bon professionnel, au bon moment »

Publié le 10 décembre 2022

TRIBUNE

Des soignants, des associations de patients, ainsi que des professionnels de santé cosignent dans une tribune collective au « Monde » pour défendre les infirmiers en pratique avancée, un maillon essentiel pour renforcer l’accès aux soins.

La profession d’infirmier en pratique avancée (IPA) a été créée en 2018, en réponse aux inégalités sociales et territoriales dans l’accès aux soins. Alors que nous assistons à une diminution de la densité médicale, les besoins croissants de prévention, le vieillissement de la population et ses conséquences ainsi que l’explosion des maladies chroniques ont conduit à transférer de nouvelles compétences aux infirmiers en créant la profession d’IPA.

La pratique infirmière avancée est centrée sur les besoins des personnes. Elle repose sur un savoir infirmier approfondi et un solide jugement clinique permettant un haut niveau d’autonomie et de responsabilité. La formation de ces infirmiers experts (deux années d’études supplémentaires en faculté de médecine), est sanctionnée par un diplôme d’Etat colligeant au grade master.

En travaillant en collaboration étroite avec les médecins, les IPA devaient contribuer à l’amélioration de la qualité des soins. Les bénéfices attendus étaient une gradation des soins permettant ainsi un accès facilité et la fluidification du parcours patient par une orientation pertinente, selon les besoins de santé de la personne. Lancée avec beaucoup d’enthousiasme, cette dynamique s’est heurtée dans la pratique à de nombreux obstacles fragilisant tout le mécanisme d’implantation, et ce à plusieurs niveaux.

Pas d’accès direct au patient

Tout d’abord, sur le plan réglementaire. Les IPA peuvent travailler au sein d’un établissement de santé (soins spécialisés), mais également en ville (soins primaires). L’IPA ne peut recevoir de patient sans établir un protocole d’organisation avec un médecin, il ne dispose donc pas aujourd’hui d’un accès direct au patient. Dans un territoire où aucun médecin n’a signé de protocole avec un IPA, il est impossible pour celui-ci d’exercer sa profession.

De même que si un médecin cesse son activité, celle de l’IPA devra automatiquement s’arrêter. Les patients se retrouveront alors sans médecin et sans IPA. Il est important que la graduation infirmière IPA puisse être une porte d’entrée au système de santé pour ceux qui, par exemple, sont sans médecin traitant, afin de pouvoir intégrer les patients dans un parcours coordonné.

Puis sur le plan économique. Alors que l’on pouvait logiquement s’attendre à des grilles salariales conformes à ce qui se pratique à l’étranger, la plupart des IPA travaillant en milieu hospitalier ont eu la mauvaise surprise de voir leur rémunération stagner comparativement à leur salaire d’infirmier dans le public.

Un manque d’attractivité économique

Des engagements (bien qu’eux aussi insuffisants) ont été pris par le ministère de la santé, mais ne sont toujours pas tenus à ce jour : les grilles de la fonction territoriale et privée ne sont toujours pas créées, celles de la fonction publique hospitalière restent encore à ce jour bien en dessous des attentes au regard des compétences et des responsabilités.

Pire encore, l’exercice en soins de proximité censé apporter une vraie plus-value dans l’accès aux soins des territoires, n’est toujours pas viable. En passant d’infirmier libéral à infirmier en pratique avancée en libéral, certains ont divisé leurs honoraires par quatre. En conséquence, de nombreux IPA sont contraints de n’exercer que partiellement, allant parfois jusqu’au renoncement à leur activité.

Enfin, sur le plan logistique. Lors du Ségur de la santé, le gouvernement affichait un objectif de 3 000 IPA formés en 2022. Or, selon les chiffres compilés par l’Union nationale des infirmiers en pratique avancée (UNIPA), seulement 1 700 professionnels sont aujourd’hui diplômés. Cet écart est certainement lié au manque d’attractivité économique et aux freins de l’installation.

Parvenir à une couverture sanitaire véritablement universelle

De surcroît, l’avenir n’est pas meilleur : pour 2021, les chiffres publiés montrent que les étudiants en première année aux formations d’IPA sont moins nombreux dans les universités. De plus, l’ensemble de la profession constate un manque de volonté des parties prenantes pour promouvoir la gradation des soins et reconnaître financièrement ces nouvelles compétences.

Après des années de concertation, l’heure est à l’action, avec tous les acteurs. Près de sept millions de Français dont 600 000 avec une affection de longue durée ne disposent toujours pas de médecin traitant, d’après le ministère de la santé, et près de 1,6 million ont renoncé à des soins médicaux, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des Statistiques (DREES).

Nous proposons afin de parvenir à une couverture sanitaire véritablement universelle, de passer d’un système de santé conçu autour des maladies et des établissements à un système de santé conçu pour les patients et avec les patients.

Diversifier les portes d’entrée du système de santé

L’approche des soins centrés sur la personne recouvre des déterminants de la santé plus larges et met l’accent sur la santé et le bien-être physique, mental et social. L’objectif est de prodiguer des soins aux personnes dans leur globalité, en fonction de leurs besoins de santé tout au long de leur vie, et non pas simplement de traiter certaines maladies.

De nombreux binômes médecin-IPA exercent déjà avec cette approche et proposent une nouvelle offre de soins de qualité auprès de la population, et cela de manière pertinente, novatrice et coordonnée. La santé de la population française s’envisage aujourd’hui sous un axe global et pluriel : permettre un accès direct aux compétences infirmières, par une gradation des soins (infirmier, IPA, médecin, ainsi qu’avec d’autres professionnels de santé).

Diversifier les portes d’entrée du système de santé n’est pas créer un système à deux vitesses, mais bien de proposer une offre de soins globale et collective : le bon professionnel, au bon endroit, au bon moment. Patients, professionnels de santé, décideurs, avançons ensemble. L’heure n’est plus aux corporatismes, mais à la diffusion de l’approche coordonnée et globale en santé pour tous.

La liste des signataires

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