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vendredi 22 juin 2018

Une étude confirme l’ampleur des dégâts causés par la Dépakine

Les enfants exposés in utero à l’acide valproïque ont quatre à cinq fois plus de risques d’être atteints de troubles mentaux.
LE MONDE |  | Par 

Combien d’enfants ont été atteints de troubles neuro-développementaux, dont l’autisme, après avoir été exposés in utero à l’acide valproïque contenu dans des antiépileptiques comme la Dépakine ? A cette question posée de longue date par les parents d’« enfants Dépakine », l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM) ont apporté une double réponse dans un document qui devait être présenté aux associations vendredi 22 juin.

La première repose sur une étude de très grande ampleur réalisée à partir du système national des données de santé. Toutes les demandes de soins en orthophonie, orthoptie ou psychiatrie, ainsi que tous les diagnostics effectués lors d’une hospitalisation pour troubles envahissants du développement, retard mental, troubles du développement ont été relevés jusqu’au 31 décembre 2016 chez 1,7 million d’enfants nés entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2014, dont 8 848 qui avaient été exposés in utero à différents traitements antiépileptiques (dont 991 à l’acide valproïque).
Résultat : à l’âge moyen de 3,6 ans, les enfants dont la mère prenait un antiépileptique à l’acide valproïque au cours de la grossesse présentent un risque quatre à cinq fois plus élevé d’avoir un diagnostic de « troubles mentaux et du comportement » précoces (avant l’âge de 6 ans) que les enfants dont la mère n’a pas reçu d’antiépileptique pendant la grossesse. Ce risque était jusqu’à 8 à 10 fois plus élevé chez les enfants exposés aux plus fortes doses.
LA PÉRIODE À RISQUE SE SITUERAIT « PLUS PARTICULIÈREMENT AU COURS DU DEUXIÈME ET/OU DU TROISIÈME TRIMESTRE DE LA GROSSESSE »
Le risque de troubles associé aux autres antiépileptiques « apparaît beaucoup moins marqué que pour l’acide valproïque, avec des différences en fonction des substances », relève le rapport.
Les résultats de l’étude « suggèrent », par ailleurs, que la période d’exposition à risque « pourrait se situer plus particulièrement au cours du deuxième et/ou du troisième trimestre de la grossesse ». Une exposition à l’acide valproïque au cours du premier trimestre de grossesse expose à un risque de malformations congénitales majeures. Une précédente enquête nationale évaluait entre 2 150 et 4 100 le nombre d’enfants exposés in utero au valproate atteints d’au moins une malformation majeure.
La CNAM et l’ANSM estiment cependant que plusieurs facteurs empêchent de déduire de ces nouveaux résultats « une estimation du nombre absolu » de cas de troubles neuro-développementaux parmi les enfants exposés in utero à l’acide valproïque en France. Et c’est avec un autre mode de calcul, déjà utilisé par l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), que les deux structures parviennent à calculer une fourchette du nombre d’enfants touchés.
« Chiffre gigantesque »
Considérant que 30 % à 40 % des 41 600 à 76 100 enfants exposés entre le début de la commercialisation de la Dépakine en 1967 et 2016 seraient concernés, ce sont donc entre 16 600 et 30 400 enfants qui seraient atteints de troubles neuro-développementaux précoces, en comptant ceux dont la mère était traitée pour des troubles bipolaires.
Si cette estimation était attendue, c’est la première fois qu’elle figure noir sur blanc dans un document officiel. « C’est un chiffre gigantesque, cela vient confirmer l’ampleur du scandale »,souligne Marine Martin, la présidente de l’Apesac. Les dangers de ces médicaments pour l’enfant à naître sont connus depuis les années 1980 et ont été de nouveau documentés au début des années 2000. Or, les femmes n’ont pas été informées de ces risques pour leur enfant.
Plusieurs procédures judiciaires sont aujourd’hui en cours contre Sanofi, le fabricant de la Dépakine. En décembre 2017, le laboratoire a été condamné par la cour d’appel d’Orléans à verser 2 millions d’euros à la famille d’une victime et 1 million d’euros à la Caisse primaire d’assurance-maladie, décision dont il a fait appel. Un fonds d’indemnisation devrait par ailleurs commencer à fonctionner à l’automne. « Si on est 30 000 victimes et si chacune d’entre nous est indemnisée 1 million d’euros, ça va coûter 30 milliards, prévient Marine Marin. Or, Sanofi continue de nier sa responsabilité. Si l’Etat ne demande pas à Sanofi de participer au fonds d’indemnisation, c’est le contribuable qui devra payer cette somme. »

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