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samedi 4 juin 2016

« Il ne faut pas augmenter les consultations », la nouvelle pique de Brigitte Dormont contre les médecins libéraux

Stéphane Long
30.05.2016

dormont
L’économiste Brigitte Dormont ne va pas se réconcilier avec les médecins libéraux. Dans une tribune publiée jeudi 26 mai dans le magazine « Challenges » (n° 479), elle écrit qu’« une hausse de 2 euros des consultations serait une double erreur », budgétaire et médicale. Un argumentaire qui, en pleine négociation conventionnelle, ne devrait pas passer inaperçu auprès des syndicats de médecins qui bataillent pour une hausse du C.

Il y a près d’un an, Brigitte Dormont avait déjà braqué les professionnels en évoquant sur les ondes de France Culture « la mort annoncée de la médecine libérale », ce qui, « d’une certaine manière […] est une bonne chose », avait-elle dit.
Les médecins français, mal payés en Europe ? Faux, constate Dormont
Dans cette nouvelle tribune, l’économiste laisse entendre dans un premier temps qu’une augmentation des revenus des médecins ne serait pas légitime… Selon elle, « les médecins français sont parmi les mieux payés de l’Union européenne ».
Pour les généralistes, « la France est en troisième position, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni », écrit-elle, citant des chiffres de l’OCDE et de la DREES. La comparaison se fait sur la base du rapport entre rémunération et salaire moyen dans chaque pays. En moyenne, un généraliste allemand gagne ainsi 4 fois plus qu’un salarié (selon les revenus 2011).
En France, ce rapport est de 2,8, souligne Brigitte Dormont, dont l’estimation diffère de celle de l’OCDE qui mentionnait un ratio de 2,4 (revenus 2011) dans une étude publiée en 2015. L’économiste ne fournit pas d’explication sur cet écart.
Une augmentation, oui, mais sous forme de prime
Sur le fond, elle juge l’augmentation du C innoportune, parce qu’elle coûterait « 750 millions d’euros aux assurés sociaux » et qu’elle « romprait le cercle vertueux des primes liées à la qualité des soins ».
« On tournerait le dos à une politique […] qui vise à décourager la multiplication des actes médicaux en incitant financièrement les consultations de qualité » écrit Brigitte Dormont, évoquant la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) et les primes forfaitaires mises en place depuis 2011 par l’assurance-maladie (médecin traitant, prise en charge des maladies chroniques…). Bref, la Sécu aurait tout intérêt à poursuivre dans cette direction.
L’économiste ne nie pas les difficultés auxquelles les professionnels font face. Mais elle semble avoir réponse à tout. L’augmentation des tâches administratives ? « Il faut inciter les médecins libéraux à moderniser leur cabinet », répond Brigitte Dormont qui plaide pour un meilleur suivi des maladies chroniques. « Pourquoi ne pas accorder une prime aux médecins qui accepteraient de jouer un rôle de coordinateur de soins » avec les hôpitaux, suggère-t-elle.

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