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vendredi 3 juin 2016

La prévention de la dénutrition des personnes âgées en ville se heurte à de nombreuses résistances



Près de 400 000 personnes âgées vivant à domicile en France sont dénutries. Cette information a été soulignée par Carol Szekely, chef de service Prévention et relation ville-hôpital à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP, hôpital Bretonneau) dans le cadre du salon infirmier, mardi 24 mai. Pour elle, l'infirmière libérale se trouve tout particulièrement aux premières loges de la prévention de la dénutrition des âgés, et ce n'est pas une simple formule. Il semblerait même que cela se révèle être un véritable combat des soignants au quotidien.


L'équipe mobile de gériatrie de l'hôpital Bretonneau a ainsi observé que le suivi de l'état nutritionnel des âgés en ville était souvent une gageure, a témoigné Carol Szekely. 150 personnes âgées visitées dans les 17e, 18e et 8e arrondissements de Paris ont déclaré ne pas posséder de balance, et la moitié ne pas avoir de médecin traitant. Difficile dans ces conditions de suivre leur évolution nutritionnelle, comme le recommande notamment la Haute Autorité de santé (HAS). Pour dépister la dénutrition, le calcul de l'indice de masse corporelle (IMC) repose en effet sur le poids mais aussi la taille de la personne. Cette dernière information est généralement présente sur nos cartes d'identité. Mais là encore pour les âgés, cela n'est pas une donnée fiable. Certaines femmes âgées peuvent perdre jusqu'à 8 centimètres, et il est aussi fréquent pour les anciennes générations de ne pas avoir de papier d'identité. Si le suivi mensuel du poids des résidents semble être devenu un classique dans les Ehpad, ce ne serait donc toujours pas une réalité en ville. 



De son côté, Jean-Fabien Zazzo, membre du comité de suivi programme national Nutrition santé (PNNS) et du comité de liaison alimentation nutrition (Clan) de l'AP-HP, a rappelé les enjeux vitaux que constituent le suivi de l'état nutritionnel des âgés, encore plus lorsqu'ils présentent des pathologies chroniques. Il a notamment insisté sur le fait que "la dénutrition aggrave un état de fragilité ou de dépendance, et favorise même la survenue de morbidités". Malgré les nombreuses preuves scientifiques allant dans ce sens, certaines attitudes assimilables à des croyances demeurent. Plusieurs intervenants ont ainsi insisté sur le fait que les "besoins alimentaires ne diminuent pas avec l'âge". Au contraire, les aînés ont en quelque sorte "besoin de plus d'énergie pour avoir plus d'endurance et ne doivent surtout pas être mis au régime". En ville, les soignants doivent veiller par exemple à ce que les anciens augmentent la fréquence de leurs repas. Prendre une collation à 22 heures n'est pas une aberration et permettrait même de raccourcir un jeûne nocturne préjudiciable. Les intervenants à domicile doivent aussi ne pas hésiter à donner l'alerte s'ils se rendent compte d'une perte de poids importante. Chez eux, les séniors peuvent très facilement mal ou pas se nourrir.
Lydie Watremetz

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