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mardi 31 mai 2016

PARIS HEALTHCARE WEEK 2016 - Les pratiques avancées en psychiatrie permettront d'élargir les horizons thérapeutiques

 - HOSPIMEDIA
Dans l'attente des décrets sur les pratiques avancées pour les auxiliaires médicaux, des psychiatres, cadres de soins et directeurs s'interrogent sur la portée que pourraient avoir ces nouvelles pratiques dans le champ psychiatrique. Elles pourraient ouvrir des perspectives nouvelles, que ce soit sur la qualité ou l'innovation des prises en charge.
À l'occasion d'une agora organisée le 26 mai dans le cadre de la Paris Healthcare Week, plusieurs acteurs de la psychiatrie publique ont échangé sur les avancées que permettront les pratiques avancées pour la discipline. Dans l'attente des décrets d'application de l'article 119 de la loi de Santé définissant le cadre des pratiques avancées pour les auxiliaires médicaux, les professionnels — psychiatres, soignants et directeurs — ont débattu sur différentes questions, comme l'aide que pourrait apporter ces pratiques pour le psychiatre, afin d'améliorer la qualité des soins, ou encore la plus-value pour l'usager, dans le parcours de prise en charge.

Sécuriser des pratiques existantes, valoriser l'expertise...

Pour Michel Nicolas, directeur des soins au centre ressources régional des métiers et compétences de la santé mentale Auvergne-Rhône-Alpes (CRMC AURA), les pratiques avancées permettront de "mieux répondre" aux besoins, en prévention et en soins, des usagers, ainsi que "reconnaître et développer l'expertise des professionnels" qui seront autorisés à exercer ces pratiques. Aujourd'hui, a-t-il fait remarquer, des professionnels en santé mentale "exercent déjà certaines formes de pratiques avancées, mais dans un espace qui n'est pas toujours très sécurisé, ni pour eux, ni pour le patient". Il s'agit aussi de mieux répondre aux enjeux de la démographie professionnelle en santé mentale, a-t-il souligné. Mais plus que l'enjeu du déficit médical, le plus souvent mis en avant, il a souligné que le développement de ces pratiques avancées pourrait renforcer l'attractivité de la discipline. "Je crois que les médecins notamment, sont relativement débordés, et ont besoin d'espace pour travailler sereinement", a-t-il estimé, considérant que ces derniers pourraient être "aidés" dans certaines de leurs tâches, "notamment par des infirmiers". La pratique avancée n'est pas exclusivement le fait d'attribuer/autoriser la pratique d'un professionnel à un autre professionnel, cela peut passer par la création de nouveaux espaces d'un soin, de réponses nouvelles aux besoins, a appuyé Michel Nicolas.

L'article de la loi de santé reconnaît que les professionnels prétendant à être habilités aux pratiques avancées devront bénéficier tout de même d'une expérience et d'une formation minimum, a-t-il souligné, mais "l'on attend encore le décret encadrant ces formations". En psychiatrie, certaines pratiques avancées existent déjà pour les infirmiers. C'est le cas, par exemple, de l'entretien de première intention dans "beaucoup de centres médico-psychologiques (CMP) aujourd'hui", lors de l'accueil des patients adultes, parfois même leur orientation. "Le master, ce serait vraiment la possibilité de sécuriser et de légitimer cette pratique", a noté le directeur des soins. On peut imaginer d'autres champs d'intervention pour les infirmiers en pratique avancée (IPA), comme le suivi de certains patients, "alors que l'on a peu de suivis aujourd'hui réalisés de façon autonome par des soignants" avec la prise en charge des situations les moins complexes, qui ne nécessiteraient pas de chimiothérapie ou de psychothérapie "à proprement parler", par exemple. "Ce qui dégagerait aussi du temps professionnel pour des situations plus complexes, nécessitant un niveau d'expertise plus élevé", a poursuivi le directeur des soins. 

Les infirmiers, interlocuteurs privilégiés pour construire les parcours

Le Dr Olivier Canceil, psychiatre et chef de pôle à l'établissement public de santé (EPS) Maison-Blanche (Paris), a rappelé au travers de la participation de l'EPS aux expérimentations de parcours patients au sein de la communauté psychiatrique de territoire (CHT) parisienne, combien il était nécessaire de réfléchir à l'évolution des pratiques professionnelles dans un contexte de rénovation du secteur. Et les besoins en santé mentale, santé publique, et pour la prise en charge du handicap psychique, sont tels, a-t-il indiqué, que de nouvelles approches sont indispensables pour être plus efficients. "Les pratiques avancées peuvent être une des réponses à cette rénovation du secteur", a estimé Olivier Canceil.

Au nombre des enjeux, il faut répondre à la désertification professionnelle et aux inégalités territoriales de l'offre, aux prises en charge en ambulatoire croissantes, à la nécessité de valoriser des savoir-faire, a égrené le psychiatre. L'infirmier en psychiatrie et santé mentale "a un rôle privilégié à jouer dans l'évaluation des besoins en santé et des facteurs de risque, donc dans l'éducation thérapeutique ; c'est le bon interlocuteur dans la construction du parcours de soins", a souligné le chef de pôle, citant encore la coordination des soins, le suivi des patients, l'observance, etc. "La gestion des situations de crise, c'est également une réelle compétence infirmière", a-t-il poursuivi, sans compter toute la dimension de recherche en soins, "qui reste encore insuffisamment développée en France". Enfin, le vice-président de l'Association des directeurs d'établissements participant au service public de santé mentale (Adesm), Gilles Moullec, a résumé la teneur des débats. Il a souligné en effet, qu'avec les pratiques avancées, il s'agissait moins d'aider dans une situation de pénurie médicale ou de réaliser de simples délégations de tâches, que de s'appuyer au mieux "sur l'ensemble des ressources et des compétences" existantes, voire d'inventer de nouvelles pratiques, au service du rétablissement des patients.  
Caroline Cordier
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