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lundi 12 février 2018

Lettre ouverte aux pouvoirs publics et aux personnels hospitaliers

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Dans le cadre de la réforme de l’hôpital, il est nécessaire de redonner confiance aux professionnels, de restaurer le dialogue et d’inclure davantage les patients dans l’organisation des soins.

Nous, patients, médecins, infirmiers, directeurs d’hôpital, sociologues, philosophes, partageons le constat fait par les personnels sur la dégradation des conditions de travail et d’accueil des patients à l’hôpital.

A l’heure du développement des parcours à l’intérieur et hors de l’hôpital, une réforme du mode de financement de l’hôpital est nécessaire, mais il faut également en repenser la gouvernance et y interroger les pratiques de management pour définir tous ensemble les objectifs fondés sur les valeurs du service public hospitalier.

Faire confiance à l’intelligence collective

Après les lois HPST («hôpital, patients, santé et territoires») et de modernisation de notre système, le sentiment qui prévaut actuellement est celui d’un cloisonnement entre les catégories professionnelles - infirmiers, aides-soignants, cadres, médecins et directions - mettant à mal une discussion collective. Il est nécessaire pour redonner la confiance à tous les professionnels des hôpitaux de les faire participer le plus largement possible au fonctionnement des services et à l’élaboration du projet d’établissement.
Restaurer des espaces de dialogue - par exemple dans les conseils de service et de pôle - et des staffs pluriprofessionnels permettra de donner la parole à chacun et de recréer une solide dynamique d’équipe. La reconnaissance réciproque des membres de l’équipe, la possibilité de réfléchir ensemble au travail de tous et de chacun sont des conditions essentielles pour redonner du sens au travail. Il importe de prendre acte de cette intelligence collective à tous les niveaux de l’organisation et de se souvenir qu’il n’y a pas meilleur expert du travail que celui qui le fait. Même si la charge est importante, des soignants qui se sentent acteurs de l’organisation de leur travail et qui peuvent contribuer à la définir s’investiront davantage. Non seulement la qualité et la sécurité des soins s’en trouveront améliorées, mais l’efficacité économique en sera augmentée. Cette organisation doit être accompagnée par la direction de l’établissement et par le président de la commission médicale d’établissement. Elle est partie intégrante de la réflexion du plan stratégique des établissements de santé.

Construire avec les patients

Une enquête récente indique que la confiance des Français dans l’hôpital public est toujours grande, même si elle s’est érodée ces dernières années. La collaboration entre patients et soignants est également un moyen indispensable pour faire vivre la démocratie en santé et retrouver cette confiance. De par leurs expériences, les patients sont des observateurs pertinents de ce qui fonctionne bien ou mal dans l’organisation d’un service ou d’un établissement. Réunissons les conditions pour qu’ils soient acteurs à part entière de l’organisation des soins à l’hôpital. Au-delà de la pertinence d’un soin et de la satisfaction d’un patient, il est évident que la qualité des soins est autant liée à la participation des patients à la vie hospitalière qu’à la qualité de vie au travail des personnels de santé, toutes catégories confondues.
Le malaise des soignants est réel. Il est maintenant urgent de donner à tous les acteurs de l’hôpital les moyens d’agir collectivement sur l’organisation des soins pour redonner du sens à leur travail et d’associer concrètement les patients à cette démarche.
Tribune signée, entre autres, par Alain-Michel Ceretti (président de France Assos Santé), Marie Citrini (représentante des usagers des hôpitaux de Paris), François Crémieux (directeur du groupe hospitalier Paris Nord Val-de-Seine, AP-HP), Bernard Dupont (directeur du CHU de Nancy), Véronique Ghadi (Haute Autorité de santé), Etienne Minvielle (chaire de management des organisations en santé de l’Ecole des hautes études en santé publique), Rémi Salomon (médecin, CHU Necker, AP-HP), Didier Sicard (médecin, ancien président du Comité national d’éthique), Edouard Couty (médiateur national, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes)…

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