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samedi 21 janvier 2017

A Montréal, l’art prescrit pour un mieux-être

La cité canadienne propose plusieurs initiatives innovantes liant expression artistique et santé.

LE MONDE  | Par 
Le nouveau Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal.
Le nouveau Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal. Musée des beaux-arts de Montréal


« L’art fait du bien ! Il peut changer, améliorer, voire transformer la vie d’une personne. » En novembre 2016, le mécène québécois Michel de la Chenelière inaugurait un nouveau pavillon du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), comprenant un atelier international d’éducation et d’art-thérapie. Doté d’une salle de consultation médicale et d’espaces pour des activités artistiques, il s’appuie sur des programmes de recherche uniques au monde, menés avec des universitaires, médecins et thérapeutes, qui étudient les effets bénéfiques de l’art sur la santé.

Le musée est « un vecteur de progrès social », note sa directrice et conservatrice en chef, Nathalie Bondil. Lier art et santé fait partie de ses domaines d’action depuis des années. Pour elle, l’impact « de l’émotion esthétique sur l’état physique » est évident, tout comme le fait de consolider la mission de « laboratoire d’innovation » de l’établissement.

Art-thérapie, danse-thérapie, musicothérapie… Du MBAM aux Grands Ballets canadiens, en passant par le Théâtre du Nouveau Monde, Montréal fourmille d’expériences mettant des disciplines artistiques au service du mieux-être et de la santé. Ces institutions culturelles ont développé, au fil des ans, un fort volet d’engagement social. Celui-ci se manifeste dans l’organisation d’activités associant des équipes multidisciplinaires (du monde culturel, médical et universitaire). Il s’agit de promouvoir les bienfaits de l’exposition à des œuvres d’art, de la participation à des ateliers de danse ou de création artistique pour favoriser le bien-être de personnes fragilisées par la vie.

Montréal compte ainsi, depuis 2013, un Centre national de danse-thérapie regroupant sous un même toit – celui des Grands Ballets canadiens – offre de services, projets de recherche clinique et formation de danse-thérapeutes, ce qui n’existe nulle part ailleurs.


Résultats convaincants


« Nous proposons une vingtaine de projets de thérapie par la danse et le mouvement (TDM) », détaille son directeur, Christian Sénéchal. Le centre organise des ateliers en milieu carcéral (notamment auprès de femmes emprisonnées à vie à l’Institut Philippe-Pinel), à l’hôpital Sainte-Justine (en direction de jeunes souffrant de troubles alimentaires) ou à la Villa Medica (avec des victimes récentes d’AVC). « Nous disposons de huit danse-thérapeutes formés en psychiatrie, criminologie, travail social ou psychologie qui interviennent auprès de clientèles et d’équipes médicales diverses. » L’un des défis de telles expériences est de mesurer scientifiquement leurs effets sur la santé physique ou mentale. Le milieu médical commence seulement à s’y intéresser, admet M. Sénéchal. Les projets de recherche sont encore peu nombreux mais cela va évoluer grâce au développement de programmes universitaires. Le Centre national de danse-thérapie a déjà formé une quarantaine de personnes depuis 2014 et s’attache à développer un programme de maîtrise en TDM avec des universités.

Nathalie Bondil,directrice du musée des beaux-arts de Montréal : l’impact « de l’émotion esthétique sur l’état physique »est évident











Le département de thérapie par les arts de l’université Concordia est en pointe : trois programmes de maîtrise en art-thérapie, drama-thérapie et musicothérapie et un en projet pour la TDM sont proposés. « Nous formons des art-thérapeutes professionnels, déclare Josée Leclerc, directrice de ces programmes. Nous menons plus d’une centaine de partenariats pour des stages et des projets de recherche avec des institutions montréalaises. » 

L’un d’eux a été monté en 2014 avec le MBAM et le programme des troubles de l’alimentation de l’Institut Douglas. Une douzaine de jeunes filles suivies par l’institut viennent au musée, encadrées par du personnel de l’institut, un art-thérapeute et un médiateur du musée. « Elles prennent un repas ensemble au musée, ce qui est déjà un énorme défi pour elles, précise Mme Leclerc, puis on organise une visite d’exposition interactive où les œuvres ont été choisies pour leur rapport au corps ou aux émotions. Suit un atelier d’art-thérapie au cours duquel chacune peut exprimer ce qu’elle ressent. A la fin, elles remplissent un questionnaire précieux pour nos recherches. » Les résultats sont convaincants.

Autre nouveauté : en septembre, un Espace danse ouvrira au centre-ville de Montréal avec l’ambition de devenir un « pôle mondial » de création et d’innovation. Les Grands Ballets canadiens et le Centre national de danse-thérapie y participeront, avec quatre studios destinés en grande partie à la danse-thérapie. Le MBAM met en place, ce mois-ci, un comité scientifique art-thérapie et santé, composé d’experts en santé, recherche et arts. Dernière innovation attendue : un programme de résidence médicale, proposant des consultations in situ, pour offrir des « prescriptions artistiques » aux patients visiteurs du musée.

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