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mardi 18 octobre 2016

Pourquoi je démissionne de l'hôpital public : le témoignage d'un assistant spécialiste parisien

Sophie Martos 19.10.2016

pot
Le Dr Étienne Pot, assistant spécialiste en santé publique et addictologue en poste depuis un an à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a annoncé sur Twitter sa volonté de quitter l'hôpital public.
Cette décision a eu beaucoup d'écho sur le réseau social, le jeune médecin étant un ancien vice-président de l'Intersyndicat national des internes (ISNI) et un actuel membre du bureau de l'Intersyndicat des chefs de clinique et assistants (ISNCCA).
Le praticien a accepté de livrer au « Quotidien » les raisons de son départ, précisant en préambule que ses motivations n'étaient en aucun cas liées à des désaccords avec son service ou son établissement. La rémunération n'est également pas en cause, mais le Dr Pot déplore « l'absence totale de modernité de l'hôpital public ».

Des systèmes d'information inexistants
Selon l'assistant, l'AP-HP a entre 10 et 15 ans de retard en informatique. L'absence quasi-totale de système d'information constitue l'un des principaux obstacles rencontrés quotidiennement. « Tous les systèmes gérant les patients : examens complémentaires, prescriptions, dossier médical ne sont pas partagés entre les établissements (...). » Le jeune praticien regrette de ressentir un sentiment de « lassitude » alors qu'il démarre à peine sa carrière. « On n’arrête pas de parler de parcours de soins du patient. En réalité, il n'y en a pas, il n'y a pas de réelle articulation entre la ville et l'hôpital car il n'y a ni système d'information ni logistique permettant de mettre en place le parcours de soins. C'est une perte de chance pour les patients », détaille-t-il.
À cela s'ajoute l'insécurité de l'emploi. « Un jeune médecin qui démarre sa carrière à l'hôpital en tant qu'assistant ou chef de clinique a très peu de visibilité sur son avenir professionnel. C'est difficile pour un médecin d'obtenir un contrat de praticien hospitalier. L'hôpital public, visiblement, n'a plus les moyens de recruter des PH. Je suis un fervent défenseur de l'hôpital public. Le travail des collègues, des supérieurs, des chefs de service, qui se battent pour faire marcher l'hôpital public, est exceptionnel alors qu'on ne leur donne pas les moyens de le faire correctement. »
L'hôpital public n'est plus concurrentiel
Autre argument avancé par le Dr Pot, l'hôpital public n'est plus concurrentiel par rapport aux autres modes d'exercice. « Le salariat offre un statut moins précaire, une participation aux projets de soins plus importante et une responsabilisation plus précoce. On n'attend pas 10 ou 15 ans », précise-t-il. Pour le jeune médecin, « l'hôpital public doit favoriser un mode d'exercice innovant pour les jeunes professionnels de santé car ce sont eux qui tiendront les services plus tard. Il faut leur donner les outils, leur donner l'envie de rester avec des conditions de travail adaptées. »
Le Dr Pot a décidé de se tourner vers le secteur médico-social : « Je ne pars pas exercer dans le secteur lucratif. J'espère pouvoir travailler en bonne intelligence avec l'ensemble des professionnels dans un environnement qui n'est pas cloisonné. »
« Certaines personnes peuvent penser que je jette l'éponge, mais honnêtement je suis très attaché à l'hôpital public et je pense que je serai plus utile ailleurs. C'est dommage », conclut-il amer.

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