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vendredi 14 octobre 2016

« Nous sommes à court de ressources pour lutter contre la tuberculose », s'alarme l'OMS

Damien Coulomb     13.10.2016


Dans son rapport 2016 sur la Tuberculose, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pointe du doigt une baisse des financements de la lutte contre cette pathologie. Si les efforts internationaux ont permis de sauver 3 millions de vies en 2015, les auteurs du rapport notent en effet que l'impact mondial de la tuberculose en termes de morbidité est plus important que ce que ce qui était prévu dans les estimations.
Ce constat est principalement dû au déploiement de nouveaux outils de surveillance en Inde, un pays qui forme avec la Chine, l'Indonésie, le Nigeria et le Pakistan le peloton de tête des nouveaux cas. Ces 6 pays totalisent en effet à eux seuls 60 % des 10,4 millions de nouveaux cas (dont 1,2 million de nouveaux cas chez des patients infectés par le VIH).
On estime par ailleurs de 1,8 million de personnes sont décédées en 2015 des suites d'une tuberculose, dont 400 000 coïnfectés par le VIH. Un nombre qui a baissé de 22 % depuis 2000 et qui place la tuberculose devant le VIH et le paludisme.

Un trou de 2 milliards de dollars
En 2016 on estimait à 8,3 milliards de dollars (7,5 milliards d'euros) la somme nécessaire pour la prévention et le traitement de la tuberculose. L'OMS constate que 2 milliards de dollars (1,8 milliard d'euros) manquent encore. « Ce trou pourrait bien atteindre 6 milliards de dollars en 2020 », soit 5,4 milliards d'euros, prédit l'OMS qui ajoute qu'il faudrait un milliard supplémentaire pour accélérer le développement de nouveaux traitements et de vaccins.
Le rapport précise que 84 % des financements disponibles dans les pays de revenus faibles et intermédiaires sont d'origine locale. Ce chiffre est artificiellement gonflé par les données provenant des BRICS (Brésil, Fédération de Russie, Chine, Inde et Afrique du Sud). Les autres pays à revenus faibles ou intermédiaires dépendent à 75 % du fond mondial.
« Nous sommes à court de ressources pour lutter contre la tuberculose, affirme le Dr Ariel Pablos-Méndez, de l'agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Tout le monde à un rôle à jouer pour combler ce vide. Le rapport montre que nous avons besoin d'une couverture médicale universelle, d'une protection sociale et d’un financement public de la santé dans les pays où le fardeau de la tuberculose est le plus élevé. »
En retard sur le plan
Le plan d'élimination de la tuberculose approuvé par l'assemblée mondiale de la santé indique qu'il est nécessaire de diminuer de 90 % le nombre de décès en 2030, comparé à 2015, et de 80 % le nombre de nouveaux cas. « Il faut une augmentation massive des efforts financiers, où plusieurs pays continueront de subir cette épidémie mortelle, et ces objectifs ambitieux ne seront pas atteints ». Entre 2014 et 2015, le nombre de nouveau cas a diminué de 1,5 % alors qu'une baisse de plus de 4 % est nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par l'OMS.
Le rapport 2016 de l'OMS souligne également l'importante disparité dans l'accès au diagnostic et au traitement d'un pays à l'autre. En effet, seulement 6,1 millions de nouveaux cas estimés ont été effectivement dépistés et notifiés. Les auteurs précisent que ces cas non diagnostiqués se concentrent dans les pays où la santé est principalement gérée par le secteur privé, sans garantie d'accès au soin.
VIH et mycobacterium
L'autre sujet de préoccupation de l'OMS réside dans le nombre croissant de cas de tuberculose causés par des Mycobacterium multirésistants : 480 000 cas en 2015, principalement en Inde, en Fédération de Russie et Chine. L'OMS constate en outre que seulement un patient sur 5 ayant besoin d'un traitement de seconde ligne y a accès, ce qui a pour conséquence un taux de guérison de seulement 52 %.
En 2015, seulement 22 % des patients coïnfectés par le VIH et le mycobacterium de la tuberculose bénéficiaient d'une antirétrothérapie. « Près d'un million d'enfants infectés par le VIH sont exposés au risque de tuberculose et devraient bénéficier d'un traitement préventif »,s'alarme l'OMS dans un communiqué accompagnant la publication du rapport.

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