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mardi 1 septembre 2015

La première psychiatre des États-Unis

19/08/2015
Un psychiatre exerçant à l’université de Pennsylvanie à Philadelphie (États-Unis) rappelle que le 19ème siècle a connu « une prolifération des asiles psychiatriques » et développé l’idée que « des patients du sexe féminin pourraient tirer un meilleur bénéfice de soins dispensés par des médecins également du sexe féminin ». Dès avant la guerre de Sécession, le Medical College de Pennsylvanie acceptait qu’une femme pût poursuivre des études de médecine, mais aucune n’avait encore été nommée médecin-chef d’un asile psychiatrique (pour femmes), jusqu’à la nomination d’Alice Bennett (née en1851) à un tel poste, sous l’impulsion du Dr Hiram Corson. Diplômée en médecine en 1876 et première femme à recevoir un titre de docteur en Pennsylvanie, en 1880, Alice Bennett devint aussi, cette même année, la première femme-médecin à exercer en milieu psychiatrique (à Norristown, Pennsylvanie), en accédant alors à un mode d’exercice qui ne la cantonnait plus, comme ses rares consœurs, à ne traiter que les maladies (physiques) des enfants et des femmes, mais faisait d’elle une véritable alter-ego de ses confrères masculins dont elle partageait ainsi une pratique similaire.

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Alice Bennett fut réputée notamment pour « l’humanité » des soins qu’elle délivrait à ses malades et pour sa volonté de recourir le moins possible à la contention, une prouesse à souligner à une époque ne disposant d’aucun médicament psychotrope. Autres " premières"  du Dr Bennett: sa participation (à titre d’expert-psychiatre, dirait-on aujourd’hui) à des procès où elle s’efforçait d’« expliquer le comportement anormal d’une femme » impliquée dans une procédure judiciaire ; et le fait de devenir la première femme à présider une société médicale aux États-Unis, en 1890. Mais elle démissionne de ses fonctions à l’asile d’aliénées après y avoir exercé une quinzaine d’années, «désenchantée de devoir cautionner des ovariectomies pour certains troubles psychiatriques » .Le point d’orgue de sa carrière psychiatrique fut son poste de «médecin personnel pendant 4 ans auprès de la fille (malade mentale) de l’industriel Cyrus Mc Cormick » (inventeur américain à l’origine de la moissonneuse-batteuse et fondateur de l’entreprise McCormick Harvesting Machine Company). Mais l’heure des femmes psychiatres n’était pas encore réellement venue, puisqu’ensuite Alice Bennett «cessa toute pratique médicale jusqu’en 1910 », pour retrouver finalement (à New York, cette fois), un exercice de la médecine plus conforme à la tradition des premières femmes médecins aux États-Unis (et ailleurs), dans une maternité où elle accompagna la naissance de plus de 2000 bébés jusqu’à sa mort, en 1925. 
Dr Alain Cohen
RÉFÉRENCE
Kenneth J. Weiss: Alice Bennett, M.D., Ph. D.: a woman of firsts. Am J Psychiatry, 2015; 172: 7, 

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